Évangile selon Jean – Chapitre 7

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON JEAN

Chapitre VII

1 – Après quoi Jésus circulait en Galilée, et il ne voulait pas circuler en Judée, car les Juifs cherchaient à le tuer.
2 – La fête juive des Tabernacles était proche.
3 – Ses frères lui dirent : Pars d’ici, va en Judée, que tes disciples voient les œuvres que tu fais,
4 – car personne n’agit en secret s’il cherche à être franc. Puisque tu fais ces œuvres manifeste-toi au monde.
5 – Car ses frères ne se fiaient pas à lui.

Mon analyse :
Jésus semble être critiqué par ses frères. Ceux-ci lui reprochent de ne pas être franc, reproche qui se répètera. Ils veulent le renvoyer là où il a déjà été menacé, au risque de mettre sa vie en danger. Or, l’on nous dit qu’ils n’ont pas foi en lui. L’hypothèse qu’il puisse s’agir de cousins et non de frères de sang semble assez fragile en raison de l’apparente proximité qu’il y a entre eux. Ses frères semblent également prêts à se débarrasser de lui, fut-ce en lui faisant prendre de grands risques. Cela rappelle un peu le comportement des frères de Joseph (Gen. 37). En effet, on peut imaginer qu’il y a là aussi une jalousie envers un frère et l’envie de s’en séparer.

6 – Jésus leur dit : Mon instant n’est pas encore là, mais le vôtre est toujours prêt.
7 – Le monde ne peut vous haïr, mais il me hait parce que j’atteste que ses œuvres sont mauvaises.

Mon analyse :
Non seulement Jésus n’est pas dupe, mais il profite de l’incident pour énoncer un fait majeur. Le monde — qui pour tout juif digne de ce nom est œuvre divine — n’a pas les faveurs de Jésus qui attestent que ce monde est mauvais. Il y a là un formidable renversement de valeur qui invalide la loi juive (qui pour nous est l’Ancien Testament). Inversement, il dit à ses frères qu’ils sont prêts à tout car ils sont comme le monde, c’est-à-dire qu’ils le haïssent.

8 – Montez à la fête, moi je ne monte pas à cette fête parce que mon instant n’est pas encore atteint.
9 – Et sur ces paroles il demeura en Galilée.
10 – Une fois ses frères montés à la fête il y monta aussi, mais comme en secret, sans se manifester.
11 – Les Juifs le cherchaient à la fête et disaient : Où est-il ?
12 – Et on murmurait beaucoup à son sujet dans les foules. Les uns disaient : Il est bon. Les autres disaient : Non, il égare la foule.
13 – Toutefois, par crainte des Juifs, personne n’en parlait franchement.

Mon analyse :
Jésus agit secrètement et va voir ce qui se passe à la fête où il a annoncé ne pas vouloir se rendre. Manifestement, une partie des habitants lui manifeste de l’hostilité. Cependant, ce n’est pas encore quelque chose d’officiel.

14 – Comme on était déjà au milieu de la fête, Jésus monta enseigner au temple.
15 – Et les Juifs disaient, étonnés : Comment sait-il les lettres sans avoir appris ?

Mon analyse :
Attitude surprenante ; après s’être caché, Jésus se dévoile et vient parler au temple. Ce faisant il choque car il n’est pas considéré comme ayant étudié les écritures et pourtant il surprend par ses connaissances.

16 – Jésus leur répondit : Ma doctrine n’est pas de moi mais de celui qui m’a envoyé.
17 – Quiconque veut faire la volonté de Dieu saura si ma doctrine est de Dieu ou si je parle de moi-même.
18 – Qui parle de soi-même cherche sa propre gloire, mais qui cherche la gloire de celui qui l’a envoyé est vrai et il n’y a pas d’injustice en lui.

Mon analyse :
Sa réponse est évidente, ce qu’il sait ne vient pas de lui mais de Dieu. Il enjoint les juifs à s’interroger sur eux-mêmes afin de savoir s’ils ont une foi réelle. Et il précise que sa démarche ne peut être mal jugée car elle ne vise pas à son profit personnel. Ainsi, il prépare la suite où les autorités vont le poursuivre, prouvant ainsi qu’elles sont illégitimes face à Dieu.

19 – Est-ce que Moïse ne vous a pas donné la loi ? Et personne de vous ne pratique la loi. Pourquoi cherchez-vous à me tuer ?
20 – La foule répondit : Tu as un démon. Qui est-ce qui cherche à te tuer ?
21 – Jésus leur répondit : Vous êtes tous étonnés d’une œuvre que j’ai faite.
22 – Moïse vous a donné la circoncision (non qu’elle soit de Moïse, elle est des pères) et vous la faites pendant le sabbat.
23 – Alors on circoncit pendant le sabbat de peur de violer la loi de Moïse, et vous vous irritez contre moi parce que j’ai guéri un homme tout entier pendant le sabbat ?

Mon analyse :
Jésus démontre l’incohérence de la loi qui autorise à sauver, en tout temps, par l’alliance, symbolisée par la circoncision, mais pas à soigner. Son opposition à la loi lui vaut de n’être pas reconnu comme prophète mais comme ennemi.

24 – Ne jugez pas d’après l’apparence, jugez avec justice.

Mon analyse :
Voilà un élément fondateur de la nouvelle loi : ne jugez pas sur ce qui est superficiel et trompeur, mais fiez-vous à ce que vous porte à croire ce qu’il y a de plus pur en vous. En effet, l’application stricte d’une loi normative amène à ne plus considérer le fond mais à ne se fier qu’à la forme. Nous connaissons le même problème aujourd’hui avec les lois de notre société. Tel est condamné parce qu’il n’a pas respecté telle disposition légale, mais qui s’interroge sur ses motivations profondes qui expliquent peut-être, voire justifie ses choix. Accueillir un malheureux ou l’aider à survivre peut nous valoir les foudres de la loi mondaine alors que cela nous est demandé par la loi d’Amour.

25 – Quelques-uns de Jérusalem disaient : N’est-ce pas lui qu’ils cherchent à tuer ?
26 – Le voilà qui parle franchement et ils ne lui disent rien. Les chefs auraient-ils vraiment reconnu qu’il est le christ.
27 – Mais nous savons d’où il est. Et quand le christ vient, personne ne sait d’où il est.
28 – Alors Jésus qui enseignait dans le temple cria : Oui vous me connaissez, oui vous savez d’où je suis, mais je ne suis pas venu de moi-même. Véritable est celui qui m’a envoyé et vous ne le connaissez pas.
29 – Moi je le connais parce que je viens de lui et c’est lui qui m’a envoyé.
30 – Et ils cherchaient à le prendre, mais personne ne mit la main sur lui parce que son heure n’était pas encore venue.
31 – Beaucoup dans la foule se fièrent à lui, ils disaient : Le christ quand il viendra fera-t-il plus de signes que n’en fait celui-ci ?
32 – Les pharisiens entendirent ce que la foule murmurait à son sujet, et grands prêtres et pharisiens envoyèrent des gardes pour le prendre.

Mon analyse :
Contrairement à ce que ses frères lui reprochaient, les juifs présents sont surpris que les propos sans ambiguïté de Jésus ne lui vaillent aucune réaction des autorités religieuses. La foule s’interroge sur la possibilité qu’il soit le christ annoncé dans les écritures, ce qui provoque une réaction des autorités juives. Jésus semble déjà là échapper physiquement à ceux qui veulent l’attraper. Est-ce un signe de son état non humain ?

33 – Jésus dit : Je ne suis plus pour longtemps avec vous, je m’en irai vers celui qui m’a envoyé.
34 – Vous me chercherez et vous ne me trouverez pas, car vous ne pouvez venir où je suis.
35 – Les juifs se dirent entre eux : Où va-t-il aller que nous ne le trouvions pas ? va-t-il aller vers ceux qui sont dispersés chez les Grecs et enseigner les Grecs ?
36 – Quelle parole dit-il : Vous me chercherez et ne me trouverez pas, car vous ne pouvez venir où je suis ?

Mon analyse :
L’annonce de sa mort n’est pas comprise par les Juifs qui se demande s’il ne va pas aller vers la diaspora de Grèce. Cela peut être un signe d’inquiétude de la part de la minorité juive d’Israël. L’incompréhension est totale. Les Juifs ne peuvent comprendre son message à cause du barrage culturel.

37 – Le dernier jour, le plus grand de la fête, Jésus debout cria : Si quelqu’un a soif qu’il vienne à moi. Que boive
38 – celui qui se fie à moi. Comme dit l’écriture : Des fleuves d’eau vive couleront de son sein.
39 – Il parlait de l’Esprit qu’allaient recevoir ceux qui se fieraient à lui. Car il n’y avait pas encore d’Esprit parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié.
40 – À ces paroles certains disaient dans la foule : Il est vraiment le prophète.
41 – D’autres disaient : Il est le christ. Mais d’autres disaient : Est-ce que le christ vient de Galilée ?
42 – Est-ce que l’écriture ne dit pas que le christ vient de la semence de David et du village de Bethléem d’où était David ?
43 – Il y eut alors une dissension dans la foule à cause de lui.
44 – Quelques-uns voulaient le prendre, mais personne ne mit la main sur lui.

Mon analyse :
Dès que Jésus cite les écritures, les Juifs comprennent et voient en lui, qui un prophète, qui le christ. Le texte essaie de rattacher Jésus à la tradition juive en faisant croire que sa naissance à Bethléem fait de lui le christ annoncé de la lignée de David. Encore une fois, Jésus échappe à ses détracteurs.

45 – Et les gardes revinrent vers les grands prêtres et les pharisiens. Ceux-ci leur dirent : pourquoi ne l’avez-vous pas amené ?
46 – Les gardes répondirent : Jamais homme n’a parlé comme cet homme.
47 – Les pharisiens leur répondirent : Est-ce que vous vous égarez aussi ?
48 – Est-ce qu’un des chefs ou des pharisiens s’est fié à lui ?
49 – Mais cette foule qui ne connaît pas la loi, ce sont des maudits.
50 – L’un d’eux, Nicodème, qui était venu naguère vers lui, leur dit :
51 – Notre loi juge-t-elle un homme avant de l’entendre et de savoir ce qu’il fait ?
52 – Ils lui répondirent : Es-tu de Galilée aussi ? Scrute et vois qu’il ne se lève pas de prophète de Galilée.
53 – Chacun s’en alla à sa maison.

Mon analyse :
Les autorités juives ont fort à faire et se réfugient dans le déni et la malhonnêteté intellectuelle. Face aux gardes, subjugués par les paroles de Jésus, ils n’ont pour répondre que leur propre valeur auto-proclamée et, même face à Nicodème, ils n’ont d’autre argument que l’origine galiléenne de Jésus. Et l’affaire tourne court, personne n’ayant pu la résoudre de façon satisfaisante.

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