Évangile selon Jean – Chapitre 6

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON JEAN

Chapitre VI

1 – Après quoi, Jésus s’en alla au-delà de la mer de Galilée (c’est-à-dire de Tibériade).
2 – Et une grosse foule le suivait parce qu’ils voyaient les signes qu’il faisait sur les infirmes.
3 – Il gravit la montagne et s’y assit avec ses disciples.
4 – La Pâque, la fête des Juifs, était proche.
5 – Jésus leva les yeux et vit une grosse foule venir à lui. Il dit à Philippe : Où achèterons-nous des pains pour qu’ils aient à manger ?
6 – Il disait cela pour l’éprouver, car il savait ce qu’il allait faire.
7 – Philippe lui répondit : Deux cents deniers de pain ne suffiraient pas pour que chacun en ait un peu.
8 – Un des disciples, André frère de Simon Pierre, dit :
9 – Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce là pour tant de gens ?
10 – Jésus dit : Faites étendre les gens. Il y avait là beaucoup d’herbe et les gens s’étendirent. Ils étaient environ cinq mille hommes.
11 – Alors Jésus prit les pains, rendit grâces et les distribua aux convives tant qu’ils en voulurent, et de même les poissons.
12 – Quand tous furent rassasiés, Jésus dit à ses disciples : Ramassez les restes pour que rien ne se perde.
13 – Ils les ramassèrent et remplirent douze corbeilles avec les restes d’un repas de cinq pains d’orge.
14 – Les gens voyaient quel signe il avait fait et disaient : Il est vraiment le prophète qui vient en ce monde.

Mon analyse :
Jésus traverse le lac de Tibériade et s’installe sur une éminence à proximité d’où il voit la foule le rejoindre. On le voit, l’objectif de ce chapitre n’est pas de nous décrire un prêche de Jésus mais de mettre l’accent sur un point majeur à partir d’une démonstration. L’action qui se déroule est allégorique. Les pains et les poissons sont sa parole, son enseignement. Il les distribue jusqu’à ce que chacun en ait reçu tout ce qu’il pouvait prendre. Son rôle n’est pas de nourrir ou de guérir, mais de transmettre le message qui vient du Père. À la fin du repas, il y a un épisode qui nous ramène aux cathares. À la fin du repas on récupère les miettes afin que rien ne se perde. Quand les cathares se mettaient à table, ils consacraient aussi le pain, comme Jésus rend grâce avant de distribuer la nourriture et à la fin ils récupéraient les restes de pain afin de na pas laisser perdre cette nourriture consacrée.

15 – Jésus alors sut qu’ils allaient venir l’enlever pour le faire roi et il s’enfuit encore dans la montagne, tout seul.

Mon analyse :
Jésus apporte un message de non puissance et les hommes attendent un Messie royal venu libérer le peuple juif de son joug à la tête de ses armées divines. Conscient du quiproquo qui perdurera chez presque tous les auditeurs, Jésus choisit la fuite. Il fuit dans la montagne ce qui indique qu’auparavant il n’était pas sur la montagne mais sur une éminence en bordure du lac.

16 – Le soir venu, ses disciples descendirent à la mer
17 – et, montés en bateau, ils allaient vers Capharnaüm au-delà de la mer. Il faisait déjà nuit, Jésus ne les avait pas rejoints
18 – et la mer se soulevait au souffle d’un grand vent.
19 – Après avoir ramé environ vingt-cinq ou trente stades, ils voient Jésus marcher sur la mer et s’approcher du bateau. Ils eurent peur.
20 – Mais il leur dit : C’est moi, n’ayez pas peur.
21 – Ils voulaient alors le prendre dans le bateau et aussitôt le bateau fut au rivage où ils allaient.

Mon analyse :
Et oui, même les disciples sont faibles face à l’adversité. Que Jésus vienne à manquer et la fermeté de leur foi tangue comme une coquille de noix dans la tempête. Mais que Jésus revienne dans sa majesté (marchant sur les eaux), et la foi renaît. Nous pouvons voir ici la description de nos propres errements dans la foi. Nous aussi sommes ballottés et ne retrouvons foi que devant des événements extraordinaires ou merveilleux. L’objectif est d’avoir foi, même dans l’adversité.

22 – Le lendemain la foule qui était restée au-delà de la mer vit qu’il n’y avait eu là qu’une barque, que Jésus n’y était pas entré avec ses disciples et que les disciples étaient partis seuls.
23 – Or des barques vinrent de Tibériade vers le lieu où l’on avait mangé le pain
24 – et, quand la foule vit que Jésus ni ses disciples n’étaient là, les gens allèrent en barque à Capharnaüm chercher Jésus.
25 – Ils le trouvèrent au-delà de la mer et lui dirent :Rabbi, quand es-tu venu ici ?
26 – Jésus leur répondit : Oui, oui, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés.

Mon analyse :
Voilà qui confirme que le pain est spirituel. D’ailleurs Jésus dénie tout pouvoir réel aux actes, même quand il s’agit des signes qu’on lui attribue. C’est bien par l’enseignement que se fait l’éveil et l’adhésion. C’est la base de la conception cathare.

27 – Travaillez, non pour un aliment périssable, mais pour un aliment qui demeure dans la vie éternelle, celle que vous donne le fils de l’homme. Car c’est lui qu’a scellé Dieu le Père.
28 – Ils lui dirent : Que ferons-nous pour travailler aux œuvres de Dieu ?
29 – Jésus leur répondit : L’œuvre de Dieu est de vous fier à celui qu’il vous a envoyé.

Mon analyse :
Voilà une rupture avec le judaïsme ! La preuve de la foi n’est plus à affirmer dans des actes visibles de tous comme les sacrifices au Temple. La foi s’appuie sur la conviction qui la fonde. La reconnaissance du messager divin.

30 – Ils lui dirent : Quel signe nous feras-tu voir pour nous fier à toi ? quelle œuvre ?
31 – Nos pères ont mangé la manne dans le désert, comme il est écrit : Il leur a donné à manger un pain du ciel.
32 – Jésus leur dit : Oui, oui, je vous le dis, Moïse ne vous a pas donné le pain du ciel, c’est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel,
33 – car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie au monde.

Mon analyse :
Encore une rupture. Les anciens qui ont suivi la volonté du dieu vétéro-testamentaires et qui ont absorbé la nourriture par lui donnée, ne la doivent pas à Moïse comme le dit leur Torah mais à Dieu lui-même. Moïse n’est donc pas le vrai médiateur. La droite voie de Dieu commence à Jésus et sa parole (son pain) est le seul pourvoyeur de vie éternelle.

34 – Ils lui dirent : Seigneur, donne-nous toujours ce pain.
35 – Jésus leur dit : Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura jamais faim, qui se fie à moi n’aura jamais soif.
36 – Mais, je vous l’ai dit, vous me voyez et vous ne vous fiez pas.
37 – Tout ce que le Père me donne vient à moi et qui vient à moi, je ne le jette pas dehors,
38 – car je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui ‘a envoyé.
39 – Et la volonté de celui qui m’a envoyé est que je ne perde rien de ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite le dernier jour.
40 – La volonté de mon Père est que quiconque voit le Fils et se fie à lui ait la vie éternelle et je le ressusciterai le dernier jour.
41 – Les Juifs murmuraient contre lui parce qu’il avait dit : Je suis le pain qui descend du ciel.
42 – Et ils disaient : N’est-il pas ce Jésus, fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? Comment dit-il maintenant : Je descends du ciel ?
43 – Jésus leur répondit : Ne murmurez pas entre vous.
44 – Personne ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai le dernier jour.
45 – Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés par Dieu. Quiconque entend et apprend du Père vient à moi.
46 – Non que personne ait vu le Père sinon celui qui vient de Dieu et qui, lui, a vu le Père.
47 – Oui, oui, je vous le dis, celui qui a foi a la vie éternelle.
48 – Je suis le pain de vie.

Mon analyse :
Voilà le cœur de cette prédication. Jésus rappelle que lui n’est rien devant la volonté de Dieu. Il n’est que le porteur du message. Mais ce message fait de lui le médiateur unique pour ceux qui aspirent à la vie éternelle. Il n’y a plus de peuple élu ; il reçoit tous ceux qui veulent, mais il ne se leurre pas sur la foi réelle de ceux qui l’écoutent. Face aux Juifs qui commencent à comploter contre lui, il enfonce le clou en rappelant qu’il est le seul à connaître le Père, ce qui invalide Abraham et Moïse, et qu’il est la seule voie du salut.

49 – Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts,
50 – mais voici le pain qui descend du ciel, et quiconque en mange ne meurt pas.
51 – Je suis le pain vivant qui descend du ciel. Celui qui mange de ce pain vivra pour toujours, et le pain que je donnerai c’est ma chair pour la vie du monde.
52 – Les Juifs disputaient entre eux : Comment peut-il nous donner sa chair à manger ?
53 – Jésus leur dit : Oui, oui, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’avez pas de vie en vous.
54 – Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai le dernier jour,
55 – car ma chair est vraiment un aliment et mon sang est vraiment un breuvage.
56 – Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.
57 – De même que le Père vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra par moi.
58 – Voici le pain qui descend du ciel, non pas celui qu’ont mangé les pères et ils sont morts, mais quiconque mange ce pain vivra pour toujours.
59 – Il enseignait cela en synagogue, à Capharnaüm.
60 – Après l’avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : Cette parole est dure. Peut-on l’écouter ?
61 – Jésus alors sut en lui-même que ses disciples murmuraient et il leur dit : Cela vous scandalise ?
62 – Et quand vous verrez le fils de l’homme monter où il était d’abord ?
63 – C’est l’esprit qui fait vivre. La chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
64 – Mais certains d’entre vous n’ont pas foi. Car dès le principe Jésus savait ceux qui n’avaient pas foi et celui qui le livrerait.

Mon analyse :
Jésus poursuit sa démonstration en la renforçant à l’extrême. Il dénie aux Juifs d’avoir suivi la bonne voie en indiquant que ceux qui ont mangé la manne sont morts. Bien entendu, il joue sur les mots ; ils sont morts physiquement, c’est ce qu’entendent les Juifs, mais ils sont morts spirituellement car ils n’ont pas suivi la bonne voie. C’est la raison de la venue de Jésus : nous remettre dans la bonne voie. Et pour cela il faut absorber le message. Pour renforcer cette idée, il s’assimile au message divin en demandant qu’on le mange en chair et en sang, car il n’est pas de chair et de sang, il est de verbe et d’esprit. Et c’est en esprit que les hommes doivent le recevoir car la chair n’est rien vue qu’elle appartient à ce monde alors que l’esprit vient de Dieu. Les Juifs n’arrivent pas à comprendre le sens profond de ce message mais, les disciples non plus et jésus n’est pas dupe.

65 – Et il disait : C’est pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi à moins que ce ne lui soit donné par le Père.
66 – Dès lors beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et ils n’allaient plus avec lui.
67 – Jésus dit aux douze : Voulez-vous partir aussi ?
68 – Simon Pierre lui répondit : Seigneur, à qui irons-nous ? tu as des paroles de vie éternelle.
69 – Nous avons foi et nous savons que tu es le saint de Dieu.
70 – Jésus leur répondit : N’est-ce pas moi qui vous ai choisis, vous les douze ? et l’un de vous est un diable.
71 – Il parlait de Judas fils de Simon Iscariote, car celui-là, l’un des douze, allait le livrer.

Mon analyse :
Cette prédication va être un élément de séparation entre ceux qui le suivaient comme ils auraient suivi n’importe quel prophète juif, comme beaucoup sont déjà passés et ceux qui sont prêts à accepter cette rupture. C’est pourquoi beaucoup de disciples abandonnent. L’éveil n’est pas affaire de volonté humaine, mais il vient de notre part spirituelle. C’est part notre consubstantialité divine que nous pouvons entendre ce message et suivre le chemin qui nous est montré. Pierre résume assez bien la position des disciples qui vont rester ; c’est moins par conviction profonde que par incapacité à trouver mieux qu’il reste. Jésus a conscience de cela et sait que leur foi est fragile. Il leur dit même que l’un d’entre eux va mal tourner et cela nous rappelle qu’il ne suffit pas d’être appelé par lui pour être assuré de demeurer ferme dans le chemin. Plusieurs qui avaient suivi jusqu’à la Consolation la voie cathare ont changé et sont retournés au judéo-chritianisme. Le chemin est un effort de tous les instants.

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