Évangile selon Jean – Chapitre 21

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON JEAN

Chapitre XXI

1 – Après quoi Jésus se manifesta encore aux disciples, au bord de la mer de Tibériade. Voici comment il se manifesta.
2 – Simon Pierre, Thomas appelé Didyme, Nathanaël de Cana en Galilée et deux autres disciples étaient ensemble.
3 – Simon Pierre leur dit : Je vais pêcher. Ils lui disent : Nous venons avec toi. Ils sortirent, ils montèrent dans le bateau et ils ne prirent rien cette nuit-là.
4 – Le matin venu, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était jésus.
5 – Jésus leur dit : Les enfants n’avez-vous pas de poissons ? Ils lui répondirent : Non.
6 – Il leur dit : Jetez le filet à droite du bateau, vous trouverez. Ils le jetèrent et ils ne pouvaient plus le retirer tant il était plein de poissons.
7 – Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C’est le Seigneur. À ces mots : C’est le Seigneur, Simon Pierre se ceignit de son sarrau, car il était nu, et se jeta à la mer.
8 – Les autres disciples qui n’étaient guère qu’à deux cents coudées de la terre, vinrent en barque en traînant le filet de poissons.
9 – Une fois descendus à terre, ils voient un feu de braise avec du poisson dessus et du pain.
10 – Jésus leur dit : Apportez de ces poissons que vous venez de prendre.
11 – Simon Pierre monta tirer à terre le filet rempli de cent cinquante-trois grands poissons. Et malgré ce nombre, le filet ne se déchira pas.
12 – Jésus leur dit : Venez déjeuner. Aucun des disciples n’osait lui demander : Qui es-tu ? car ils savaient que c’était le Seigneur.
13 – Jésus vient prendre le pain et le leur donne, et de même le poisson.
14 – C’était la troisième fois que Jésus, relevé d’entre les morts, se manifestait à ses disciples.

Mon analyse :
La fin du chapitre précédent laissait penser qu’il était la fin de cet évangile. Ce nouveau chapitre vient se rajouter à la manière d’un épilogue nous indiquant deux choses. D’abord les disciples, notamment les plus proches de Jésus, semblent ne pas arriver à le reconnaître spontanément. Est-ce dû à l’apparence du ressuscité ? Est-ce parce qu’ils sont insuffisamment éveillés ?
La stérilité de la pêche pourrait évoquer par parallélisme cette de l’éveil des disciples. Et le filet soudain rempli donnerait à comprendre la puissance de l’éveil que provoque l’apparition de Jésus. Le nombre très précis de poissons ne peut être dû au hasard. Jean Grosjean propose deux lectures : soit cela voudrait représenter l’ensemble des espèces de poissons existantes selon l’état de la science de l’époque, soit cela représenterait la somme des dix-sept premiers chiffres, ce qui chercherait à évoquer l’idée de plénitude.
Sur le plan symbolique, Pierre s’habille car il était nu. Est-ce à dire qu’il revêt une dignité qui lui faisait défaut ? Jean devine qui est cet homme qui vient de leur faire réaliser une pêche miraculeuse mais le manifeste prudemment ; Pierre, lui, dès qu’il le comprend agit de façon presque extrême. Il se jette à l’eau confirmant son caractère impulsif déjà vu lors de l’arrestation de Jésus. Cela voudrait nous donner à penser que Jean est l’intellectuel et Pierre le manuel de l’équipe ? Les autres viennent à la berge avec difficulté et en traînant leur prise qui les alourdit ; oserait-on dire qu’ils rament ?

15 – Après déjeuner, Jésus dit à Simon Pierre : Simon fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? Pierre lui dit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Fais paître mes agneaux.
16 – Il lui dit à nouveau : Simon fils de Jean, m’aimes-tu ? Pierre lui dit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Mène paître mes brebis.
17 – Jésus lui dit une troisième fois : Simon fils de Jean, m’aimes-tu ? Pierre fut triste parce qu’il lui demandait pour la troisième fois : M’aimes-tu ? et il lui dit : Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Fais paître mes brebis.

Mon analyse :
Cet épisode bien connu n’est pas toujours bien compris. En fait, les évangiles ont été retransmis en grec et cette langue a plusieurs mots pour définir le terme amour. Ce que Jésus demande à Pierre lors des deux premières interrogations c’est s’il a pour lui un amour détaché de toute contingence matérielle, ce que j’appelle de la Bienveillance et que le grec exprime par agapé. Or, Pierre qui ne comprend pas la question répond qu’il est attaché sentimentalement à Jésus comme un ami très cher, voire comme un frère, ce que le grec appelle philae. Voyant que Pierre ne peut se mettre à sa portée intellectuelle, Jésus vient à son niveau et lui demande s’il a de la philae ce qui provoque un trouble chez Pierre, car cela fait déjà deux fois qu’il le dit. Les réponses de Jésus indiquent qu’il destine Pierre à la direction du groupe de disciples, du moins est-ce que le narrateur veut nous faire croire. Nous savons que c’est Jacques — frère du Seigneur — qui en prendra la tête.

18 – Oui, oui, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture et tu allais où tu voulais. Mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, un autre te ceindra et te portera où tu ne veux pas.
19 – C’était lui signifier de quelle mort il glorifierait Dieu. Et sur cette parole, il lui dit : Suis-moi.
20 – Pierre se retourne et voit venir aussi le disciple que Jésus aimait, celui qui, placé au dîner contre sa poitrine, avait dit : Seigneur, qui est-ce qui te livre ?
21 – Pierre le voit et dit à Jésus : Seigneur, et lui ?
22 – Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ma venue, que t’importe ? Toi, suis-moi.
23 – On se mit à dire parmi les frères : Ce disciple ne mourra pas. Or Jésus n’a pas dit : Il ne mourra pas, mais : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ma venue.
24 – C’est ce disciple qui atteste tout cela et qui l’a écrit. Et nous savons que son témoignage est vrai.
25 – Il y a encore bien d’autres choses que Jésus a faites, mais si on les écrivait une à une, je ne pense pas que le monde puisse contenir les livres qu’on écrirait.

Mon analyse :
Le verset 18 est énigmatique. En fait, à l’époque, évoquer le fait d’étendre les mains et de se faire ceindre d’une ceinture orientale, est l’évocation de deux choses : une vieillesse honorée mais impotente et une crucifixion. Or, Pierre vivra les deux. Il sera honoré comme le premier « évêque » du judéo-christianisme mais n’en sera pas le chef, et il mourra crucifié tête en bas. L’épisode suivant montre qu’en fait Jésus ne considère pas Pierre à la hauteur de ce que celui-ci espère dans son orgueil et sa jalousie. Ce n’est pas la première fois que l’on observe chez les disciple ce désir mimétique d’être favorisé par Jésus. Mais là, c’est Pierre qui en est coupable. On se demande si ce dernier chapitre n’est pas un diatribe anti-pétrinienne rajoutée sur le tard.

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