Évangile selon Jean – Chapitre 13

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON JEAN

Chapitre XIII

1 – Avant la fête de la Pâque, sachant venue son heure de passer de ce monde au Père, Jésus qui avait aimé les siens dans ce monde, les aima jusqu’à la fin.
2 – Pendant le dîner, comme le diable avait déjà mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, de le livrer,
3 – lui qui savait que le Père lui avait tout donné dans les mains et que, venu de Dieu, il s’en allait à Dieu,
4 – se lève de table et il pose ses vêtements. Il prit un linge et il s’en ceignit,
5 – puis il jeta de l’eau dans le bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint.
6 – Il vient alors à Simon Pierre qui lui dit : Seigneur, toi, me laver les pieds !
7 – Jésus lui répondit : Pour l’instant tu ne sais pas ce que je fais, mais après tu le sauras.
8 – Pierre lui dit : Jamais tu ne me laveras les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi.
9 – Simon Pierre lui dit : Seigneur, non seulement les pieds, mais les mains et la tête.

Mon analyse :
Souvent dans l’évangile de Jean, Pierre est montré comme totalement ignorant du fond de la parole et de la pensée de Jésus. Il incarne typiquement pour le judéo-christianisme la foi du charbonnier. L’évangile de Jean montre ainsi ceux qui ont part à l’enseignement direct de Jésus, comme Jean, et ceux qui ne sont que des aveugles soumis.

10 – Jésus lui dit : Qui s’est baigné, n’a pas à se laver, il est tout entier pur. Et vous êtes purs aussi mais pas tous.
11 – Car il savait qui allait le livrer, c’est pourquoi il dit : Vous n’êtes pas tous purs.
12 – Après leur avoir lavé les pieds, avoir repris ses vêtements et s’être remis à table, il leur dit : Savez-vous ce que je vous ai fait ?
13 – Vous m’appelez maître et seigneur, et vous dites bien car je le suis.
14 – Alors si moi, le seigneur et le maître, je vous ai lavé les pieds, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres,
15 – car je vous ai donné l’exemple pour que vous fassiez comme je vous fais.
16 – Oui, oui, je vous le dis, un esclave n’est pas plus grand que son seigneur, ni un apôtre, plus grand que celui qui l’envoie.
17 – Si vous le savez, vous êtes magnifiques, pourvu que vous le fassiez.

Mon analyse :
Dans ce chapitre, Jésus livre son testament à ses disciples. La première partie concerne l’état d’esprit qui doit présider à l’action et la manière d’agir. L’épisode du bain de pieds révèle l’humilité. Nul n’est suffisamment pur pour ne pas être humble au service de ses frères. Et l’exemple est la façon dont doit se faire l’enseignement. Je fais ce que je souhaite voir fait par les autres car, si je ne le fais pas, je ne peux prétendre le voir faire aux autres. Cette démarche, que l’on trouve exactement dans la philosophie grecque et qui tend à disparaître à l’époque de Jésus de la philosophie latine au profit d’une scolastique néo-grecque, est également en rupture avec le judaïsme où la loi prévaut sur l’exemple.

18 – Je ne le dis pas de vous tous. Je connais ceux que j’ai choisis. Mais c’est pour accomplir cette écriture : Lui qui mange mon pain a levé le talon contre moi.
19 – Je vous le dis dès maintenant, avant l’événement, pour qu’après l’événement vous croyiez que je suis.
20 – Oui, oui, je vous le dis, qui reçoit celui que j’enverrai me reçoit et qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé.
21 – Sur ces paroles, Jésus fut troublé en esprit et il attesta : Oui, oui, je vous le dis, l’un de vous me livrera.
22 – Les disciples se regardaient les uns les autres, incertains de qui il parlait.
23 – Un de ses disciples, celui que Jésus aimait, était à table contre le sein de Jésus.
24 – Simon Pierre lui fait signe : Demande-lui de qui il parle.
25 – Lui, placé ainsi contre la poitrine de Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce ?
26 – Jésus lui répond : C’est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper. Alors il trempe la bouchée, la prend et la donne à Judas, fils de Simon Iscariote.
27 – Aussitôt après la bouchée, Satan entra en lui. Et Jésus lui dit : Ce que tu fais, fais-le vite.
28 – Mais aucun des convives ne sut pourquoi il disait cela.
29 – Comme Judas avait la bourse, certains pensèrent que Jésus lui disait d’acheter ce qu’il faut pour la fête ou de donner quelque chose aux pauvres.
30 – Il sortit aussitôt la bouchée prise. C’était la nuit.

Mon analyse :
Là encore le texte vise à stigmatiser Judas pour rendre son geste encore plus intolérable quoique nécessaire. D’ailleurs, l’auteur trahit involontairement son propos en précisant que Satan entre en judas lors de la remise de la bouchée, comme si Jésus exécutait l’action qui donnera à Judas ce rôle exécré et pourtant indispensable. Judas n’agit pas par libre arbitre, mais par soumission au monde. Autre point important, le disciple que Jésus aimait (Jean lui-même), bénéficie d’une information tue aux autres, même à Pierre qui pourtant initie l’ambassade de Jean.

31 – Quand il fut parti, Jésus dit : Maintenant le fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui.
32 –Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu le glorifiera aussi en lui et il le glorifiera bientôt.
33 – Petits enfants, je ne suis plus pour longtemps avec vous. Vous me chercherez et comme j’ai dit aux Juifs : Vous ne pouvez venir où je vais, je vous le dis aussi maintenant.
34 – Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés, vous aussi vous aimer les uns les autres.
35 – Par là, tous sauront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.

Mon analyse :
Seconde partie du testament de Jésus, la nouvelle loi, la loi d’amour. La façon dont la phrase est tournée donne une double lecture. Composé de trois corps de phrase elle donne d’abord une lecture mémorielle (s’aimer les uns les autres comme il nous a aimé) et ensuite une lecture exemplaire (ainsi qu’il nous a aimé nous devons nous aimer les uns les autres). Ce dernier point est renforcé par la phrase suivante qui définit ce que devra être le christianisme, une spiritualité de l’exemple. On reconnaît les chrétiens à l’amour qu’ils montrent, à l’instar de celui de Jésus, ce qui les rend visibles du reste des hommes. On retrouve la notion des bons fruits issus du bon arbre mais aussi, sous entendue, la notion qu’en absence d’amour il n’y a pas de christianisme.

36 – Simon Pierre lui dit : Seigneur où vas-tu ? Jésus répondit : Maintenant, tu ne peux me suivre où je vais, mais tu me suivras plus tard.
37 – Pierre lui dit : Seigneur, pourquoi ne puis-je te suivre maintenant ? Je donnerai ma vie pour toi.
38 – Jésus répond : Tu donneras ta vie pour moi ? Oui, oui, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m’aies renié trois fois.

Mon analyse :
Pierre semble clairement dévalorisé dans cet évangile. Il y est présenté comme incompétent et faible.

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