Évangile selon Jean – Chapitre 10

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction de Jean Grosjean, textes traduits, présentés et annotés par Jean Grosjean et Michel Léturmy avec la collaboration de Paul Gros.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

ÉVANGILE SELON JEAN

Chapitre X

1 – Oui, oui, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans l’enclos des brebis mais qui l’escalade ailleurs est un voleur et un bandit.
2 – Celui qui entre par la porte est le berger des brebis.
3 – Le portier lui ouvre et les brebis écoutent sa voix. Il appelle ses brebis par leur nom et il les emmène.
4 – Quand il a fait sortir toutes ses brebis, il va devant elles, et les brebis le suivent car elles connaissent sa voix.
5 – Elles ne suivront pas un étranger, elles le fuiront plutôt, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers.
6 – Jésus leur dit cette similitude, mais ils ne surent pas de quoi il parlait.

Mon analyse :
Jésus nous indique qu’il y a deux sortes d’intervenants auprès du peuple de Dieu. Celui qui entre sournoisement mais qui est finalement reconnu comme tel par le peuple de Dieu et celui qui est légitime et qui n’a aucun mal à se faire reconnaître. Ainsi Jésus manifeste son docétisme.

7 – Jésus dit encore : Oui, oui, je vous le dis, je suis la porte des brebis.
8 – Tous ceux qui sont venus sont des voleurs et des bandits, mais les brebis ne les ont pas écoutés.
9 – Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé, il entrera et sortira et trouvera sa pâture.
10 – Le voleur ne vient que pour voler, égorger et perdre. Moi je suis venu pour qu’elles aient la vie et l’aient davantage.

Mon analyse :
Jésus se positionne comme celui qui permet aux brebis de passer de l’enclos où elles sont retenues vers le pâturage. Le peuple de Dieu n’est donc pas chez lui dans l’enclos. Quant à celui qui y entre et n’est pas Dieu il est un monstre, comme dit dans le chapitre VIII.

11 – Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour les brebis.
12 – Le salarié n’est pas le berger, ce ne sont pas ses brebis. Il voit venir le loup, il laisse les brebis et s’enfuit, et le loup les enlève et les disperse.
13 – Il est salarié, il ne se soucie pas des brebis.
14 – Je suis le bon berger, je connais mes brebis et mes brebis me connaissent,
15 – comme le Père me connaît et que je connais le Père, et je donne ma vie pour les brebis.

Mon analyse :
Jésus différencie ceux qui l’ont précédé et lui-même. Il est le seul prêt à donner sa vie pour assurer sa mission et libérer le peuple de Dieu. Il y a donc, en plus du faux Dieu de faux prophètes et tous sont là pour nuire au peuple de Dieu.

16 – J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos. Je dois les mener, elles entendront ma voix et il n’y aura qu’un troupeau et qu’un berger.

Mon analyse :
Nous ne sommes pas les seuls membres du troupeau. Cela est certes valable pour les juifs de l’époque — ce que Paul avait compris alors que les autres disciples, aveuglés par Jacques le frère de Jésus, ne l’avaient pas compris — mais aussi pour nous aujourd’hui. Gardons-nous de l’orgueil de nous croire seuls élus.

17 – C’est pourquoi le Père m’aime, parce que je donne ma vie, et je la reprendrai.
18 – Personne ne me l’a enlevée, je la donne de moi-même. J’ai pouvoir de la donner et j’ai pouvoir de la reprendre. C’est le commandement que j’ai reçu de mon Père.

Mon analyse :
Voila le commandement suprême, avoir plus d’attention et de soin aux autres qu’à soi-même. Ne pas regarder aux biens ponctuels (la vie dans ce monde) mais aux biens permanents (la vie donnée par Dieu). Le double sens du mot « vie » fait penser au double sens du mot « loi » dans l’œuvre de Paul. D’abord il s’agit de la vie en ce monde, comme Paul évoque la loi des Juifs, et ensuite de la vie éternelle que l’on reprend comme un manteau un temps déposé, comme Paul parle de la loi d’amour.

19 – Il y eut encore une dissension entre les Juifs à cause de ces paroles.
20 – Beaucoup disaient : Il a un démon, il est fou, pourquoi l’écoutez-vous ?
21 – D’autres disaient : Ce ne sont pas des paroles de démoniaque. Est-ce qu’un démon peut ouvrir les yeux des aveugles ?

Mon analyse :
Voila un lien avec le chapitre précédent. Ils ne disent pas qu’il a rendu la vue à un aveugle, ce qui pourrait suggérer éventuellement une action matérielle, mais ils disent ouvrir les yeux, comme l’on dit ouvrir les yeux d’un incrédule. C’est bien d’un aveugle spirituel qu’il s’agissait et non d’un handicapé physique. Mais, comme ceux qui le dénigrent le fond sans toucher au fond de leur argumentaire, puisqu’ils n’ont rien de concret à lui reprocher, ceux qui le défendent se basent sur un signe et non sur le fond de ses paroles. Personne ne l’a vraiment compris.

22 – Il y eut alors à Jérusalem la fête de la Dédicace. C’était l’hiver.
23 – Jésus se promenait dans le temple sous le portique de Salomon.
24 – Les Juifs l’entourèrent et lui dirent : Jusqu’à quand nous tiendras-tu l’âme en suspens ? Si tu es le christ, dis-le franchement.
25 – Jésus leur répondit : Je vous l’ai dit et vous ne me croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon Père témoignent de moi,
26 – mais vous ne me croyez pas parce que vous n’êtes pas de mes brebis.

Mon analyse :
Voila qui doit nous rendre modestes. La foi ne peut se commander de l’extérieur. Elle est affaire intime. Quand bien même verrions-nous des miracles, nous n’aurons la conviction que si nous avons la foi, si nous sommes du bon troupeau. Jésus ne dit pas que les Juifs sont des loups, c’est-à-dire des animaux différents des brebis. Il dit qu’ils ne sont pas de son troupeau, c’est-à-dire que leur aveuglement actuel les éloigne de leur berger. Il n’y a rien de définitif dans ce constat qui n’est pas une condamnation.

27 – Mes brebis entendent ma voix, et je les connais, et elles me suivent.
28 – Je leur donne une vie éternelle, jamais elles ne seront perdues, personne ne les enlèvera de ma main.
29 – Mon Père qui me les a données est plus grand que tous et personne ne peut les enlever de la main du Père.
30 – Le Père et moi ne sommes qu’un.
31 – Alors les Juifs apportèrent de nouveau des pierres pour le lapider.
32 – Jésus leur répondit : Je vous ai montré beaucoup de bonnes œuvres du Père. Pour laquelle me lapidez-vous ?
33 – Les Juifs lui répondirent : Nous ne te lapidons pas pour une bonne œuvre, mais pour un blasphème parce que toi qui es homme tu te fais dieu.
34 – Jésus leur répondit : N’est-il pas écrit dans votre loi : J’ai dit : Vous êtes des dieux ?
35 – Quand elle nomme dieux ceux qu’atteint la parole de Dieu, et la parole ne peut être défaite,
36 – moi que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, vous me dites : Tu blasphèmes, parce que j’ai dit : Je suis le fils de Dieu ?

Mon analyse :
Une nouvelle foi Jésus montre l’absurdité de la loi de Moïse puisqu’elle s’oppose à elle-même en traitant de blasphémateur celui qui la transcende. Il suffit de se dire fils de Dieu pour être condamnable. C’est la perversité de la Torah qui permet cela. En fait, le démiurge savait qu’un jour viendrait ce messager et il avait prévu une riposte. L’aveuglement des Juifs fait qu’ils attachent plus d’importance à des mots qu’à des faits. S’ils étaient éveillés leur foi serait la garante de la vérité.

37 – Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne vous fiez pas à moi,
38 – mais si je les fais et que vous ne vous fiez pas à moi, fiez-vous à ces œuvres pour connaître et savoir que le Père est en moi et moi dans le Père.
39 – Alors ils cherchèrent à le prendre, mais il leur échappa des mains.

Mon analyse :
Là Jésus met les Juifs en défaut avec leur cohérence. Il ne leur propose rien d’autre que de vérifier par eux même si son attitude est en accord avec ses dires. Mais ils ne tiennent compte que du terme fils de Dieu qu’il a employé et cherchent à le prendre. Ils sont relativement nombreux mais il leur échappe. Est-ce un signe de son état non incarné ?

40 – Il retourna au-delà du Jourdain, au lieu où Jean avait d’abord immergé, et il y demeura.
41 – Beaucoup vinrent à lui, ils disaient : Jean n’a fait aucun signe, mais tout ce que Jean a dit de cet homme était vrai.
42 – Et là, beaucoup se fièrent à lui.

Mon analyse :
Jean baptiste est remis à sa juste place d’annonceur et cela suffit à convaincre une partie de la population.

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