Traité cathare anonyme

30 août 2009 par Éric de Carcassonne

Retrouvé dans le Liber contra Manicheos de Durand de Huesca, vaudois converti au catholicisme, ce traité — dont il ne reste que des extraits — est d’autant plus intéressant que ce moine catholique déploie de grands efforts pour tenter de le réfuter.
Entièrement construit à partir de références scripturaires, ce traité comporte très peu de commentaires de l’auteur, ce qui le rend d’autant plus utile pour valider sa démonstration.
L’auteur de ce traité serait Barthélémy de Carcassonne qui aurait pu être un représentant en Languedoc d’un haut dignitaire cathare de Bosnie.
Ce document semble être un outil préparé en vue de controverse ou d’enseignement et utilisant les sources scripturaires afin de conforter la doctrine cathare dyarchienne.

Pour des raisons de respect du droit d’auteur et des droits d’édition, il n’est pas possible de publier ici plus que des citations ou de courts extraits de ce document. Il est actuellement publié dans le recueil « Écritures Cathares » de René Nelli aux éditions du Rocher. Le groupe Fabre, détenteur de cette maison d’édition et des éditions Privat n’a pas indiqué s’il envisageait de continuer la diffusion des documents sur la religion cathare. Espérons que les engagements connus de ce groupe ne seront pas un obstacle à la libre information des lecteurs.

De la création divine

I – Après avoir rappelé le monothéisme absolu des chrétiens cathares, il tient à lever l’ambiguïté sur la notion de création divine :
« En premier lieu : nous honorons au plus haut point le Dieu suprême et vrai… par qui… ont été faits le ciel, la terre, la mer et tout ce qui y est compris… ».
« Ainsi, par ces témoignages et d’autres, aussi nombreux que possible, nous croyons que Dieu tout-puissant a fait et aussi créé, le ciel, la terre, le monde et tout ce qui s’y trouve. ».

II – Cependant, il dénonce l’incompétence de ses détracteurs qui considèrent ce monde comme la création de Dieu :
« …ils sont assez nombreux, ceux qui se préoccupent le moins possible de l’autre monde et des autres créatures, et ne s’intéressent qu’à celles que l’on peut voir dans celui-ci – mauvaises, vaines, corruptibles – et qui, de même qu’elles sont venues, sans aucun doute, du néant, retourneront au néant; nous disons, nous, qu’il existe un autre monde et d’autres créatures incorruptibles et étemelles, dans lesquelles consistent notre joie et notre espérance… ».

III – Il appelle à témoigner le Christ et Paul :
« Nous prêchons la sagesse aux parfaits, mais ce n’est pas celle de ce monde, dont l’empire se détruit, mais nous prêchons la sagesse de Dieu… que nul des princes de ce monde n’a connu. (I Cor., 2, 6-8) »

IV – Ce faisant, il démontre par les sources que ce monde, visible et corruptible n’est pas la création divine mais celle du malin :
« De ce présent monde, mauvais, malin « et tout entier posé dans le mal » (I Jean, 5,19), Jacques dit dans son Épître : « Âmes adultères, ne savez-vous pas que l’amour de ce monde est une inimitié contre Dieu ? Ainsi quiconque voudra être ami de ce monde se rend ennemi de Dieu » (Jac., 4, 4)… ». Cet exemple, parmi beaucoup d’autres est clair quant à l’approche qu’un cathare doit avoir de ce monde.
Rien ne peut en être vu comme venant de Dieu car il n’est que corruption dans la nature et dans la durée.
Il appelle Jean à l’appui de ses dires :
« Père, le monde ne vous a point connu (Jn, 17, 25). » et « Ne vous étonnez pas si le monde vous hait (I Jn, 3, 11). »

V – Maintenant, il oppose par les textes, les deux mondes :
« Paul déclare, parlant de la résurrection : “ Je veux dire, mes frères, que la chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu”. et « De l’autre monde vrai et de sa “création” (factura), Jean nous dit dans l’Apocalypse : “Les royaumes de ce monde sont enfin soumis à Notre Seigneur et à son Christ” (Apoc., 11, 15). »

VI – Mais une autre création existe de tous temps elle et dispose des qualités de toute création divine.
Là encore, l’auteur déploie de nombreuses citations à l’appui de ses dires :
« …Dans ce « siècle (divin), nous croyons qu’il y a un ciel nouveau et une terre nouvelle, desquels le Seigneur parle ainsi à son peuple dans Isaïe : « Car, comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je vais créer subsisteront toujours devant moi (dit le Seigneur), ainsi votre nom et votre race subsisteront éternellement » (Is., 66, 22). Pierre dit aussi dans son Épître : « Car nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera » (II Petr., 3, 13). Jean, dans l’Apocalypse : « J’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Apoc., 21, 1)…. ».

VII – Il nous rappelle que, si ce monde est sous le pouvoir du malin, le peuple lui est de Dieu, y compris Marie.

VIII – Cependant il critique ceux qu’il considère comme les enfants du diable et s’appuie sur la parabole du bon grain et de l’ivraie (Matth., 13, 24 – 39).

IX – Il dénie également la moindre qualité aux jours passés dans ce monde. C’est pourquoi il rappelle que le sage doit vivre ces jours en sachant ce qu’ils valent.

X – De même, il rappelle que les œuvres de ce monde sont mauvaises alors que les œuvres de Dieu, ou inspirées par Lui, sont bonnes.

XI – Ce chapitre est consacré à la comparaison entre la bonne et la mauvaise création, tant dans leur qualité que dans leur durabilité.

XII – L’auteur nous offre une excellente analyse d’où il découle que le terme « toutes choses » (omnia) s’applique successivement aux choses bonnes et spirituelles et aux choses mauvaises et aux péchés.

XIII – S’ensuit un exposé brillant sur la notion de Néant, qui rappelle beaucoup celui de Jean de Lugio dans le Livre des deux principes. Appliqué d’abord aux êtres et à leurs qualités ou défauts…

XIV – … il s’étend ensuite à la création toute entière.
« …Et dans l’Évangile : « Toutes choses ont été faites par lui et sans lui rien n’a été fait » (le nihil a été fait) (Jean, 1, 3-4). Ce qui prouve que Jean a voulu parler des choses spirituelles et bonnes ; c’est qu’il ajoute tout de suite après : « Ce qui a été fait en Lui était la Vie » (Jean, 1, 4)…. »

XV – Une fois encore l’auteur démontre que les Écritures différencient les deux créations.

XVI – Enfin, il déploie tout un argumentaire basé sur les sources scripturaires concernant la situation des créatures divines après la fin des temps. Malheureusement le traité est interrompu au cours de cette démonstration.

XVII – Ce chapitre est consacré à l’établissement du royaume de Dieu à la fin des temps et à la résurrection.

XVIII – Ici il nous parle du rôle de rassembleur du Christ afin que nul ne soit oublié.

XIX – Texte tronqué.

Voilà comment les cathares considéraient cette création qui peut confondre la logique des personnes les moins attentives. Car le bien apparent dans ce monde n’est souvent qu’une face d’un mal plus grand en action ailleurs dans ce même monde. Ce monde où le mal est toujours premier et dominant, ne peut en aucune façon avoir quoi que ce soit du bon principe qui ne connaît pas le mal. C’est aussi ce que veut dire Marcion quand il déclare que Dieu est étranger à cette création.

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