Conversion, réparation et rédemption

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« Ainsi tout bon arbre fait de beaux fruits, et l’arbre pourri fait de mauvais fruits.
Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits, ni un arbre pourri porter de beaux fruits. » Matth. VII-17, 18

Cette phrase de Matthieu signe la mort de toute prétention à transformer la Mal en Bien. Soit celui qui fait le Mal conserve une part de Mal en lui, soit il renonce définitivement et profondément au Mal et alors seulement, il pourra commencer à nourrir l’espoir d’avancer vers le Salut.

Ce point est très mal compris et donne lieu à des interprétations totalement divergentes, dont l’exemple le plus incroyable est celui des criminels qui affichent une piété aussi intense que leur activité criminelle. L’Église catholique paie aujourd’hui le prix d’une collusion avec les systèmes maffieux et les dévoyés de la finance, mais elle n’est pas monolithique. Si certains de ses dirigeants, par peur du communisme ont pu s’abaisser jusqu’à faire le lit des maffias du monde entier, nombreux sont ses membres, clercs et laïcs, qui ont su suivre la voie de Christ et l’on parfois payé cher. Dans d’autres contrées, les maffias locales ont su corrompre d’autres courants chrétiens et d’autres religions. Comment cela peut-il se comprendre ?

Certes, le premier problème est lié au fait que ces Églises appartiennent à des religions qui pensent avoir une mission de pouvoir en ce monde qu’elles croient l’œuvre de Dieu. Victimes de la mystification du Démiurge, elles cherchent à colmater les brèches malignes de ce travail bâclé. Mais, ce faisant, elles oublient le message de Christ qui trône en haut de cette page. Il ne faut pas chercher à combattre le Mal ou à le transformer, il faut chercher le Bien qui est parfois masqué par le Mal et l’aider à s’exprimer. C’est en faisant croitre le bon arbre qu’il pourra s’élever au-dessus de l’arbre pourri. L’autre problème tient au fait que pour des raisons d’inquiétude ou de recherche d’un confort de vie, les personnes préfèrent laisser à Dieu le soin de régler les problèmes terrestres. Mais Dieu est étranger et absent de ce monde et c’est à nous de dire et de faire ce qu’il convient pour éclairer les consciences et aider les personnes qui en sont capables à se mettre en situation d’atteindre l’éveil.

Il faut aussi signaler une erreur d’interprétation des textes. Cette erreur tendrait à laisser croire qu’une contrition tardive pourrait permettre de se laver de ses péchés. Même chez les cathares il existe des témoignages de prêches qui peuvent induire une confusion. Ainsi, l’on trouve cette parole d’un Bon-Chrétien qui, par humilité, reconnaît qu’il est tout-à-fait possible que l’Inquisiteur et le Pape soient sauvés avant lui s’ils se repentent. En fait le repentir est la première marche vers le Salut, mais elle n’est pas suffisante à elle seule. Le repentir marque la prise de conscience de l’erreur que l’on commet et qui nous entraîne vers le Mal. Il doit être suivi de la conversion, c’est-à-dire du renversement des valeurs qui prédisaient à notre vie au profit d’autres qui vont marquer notre vie à venir. Cela revient à dire qu’il va falloir changer de maître. Au lieu de laisser le Mal s’exprimer en nous, il va falloir faire place à l’expression du Bien. Cette expression devra être totale, libre et sincère, sans la moindre place laissée à quelque doute ou tentation qu’il soit.

La conversion, pour extrêmement importante qu’elle soit, ne suffit pas à régler le problème, même si elle constitue une pierre angulaire. Elle doit logiquement être suivie de la réparation. Cela va de la réparation spirituelle, souvent symbolisée par une pénitence librement décidée et appliquée de manière adaptée et suivie, à la réparation des dommages causés. On le voit très bien dans les témoignages concernant l’entrée en noviciat. Celui qui veut s’orienter dans cette voie cherche, par tous les moyens à sa portée — et y compris à perte pour lui —, à résoudre les conflits dans lesquels il se sait impliqué. À plus forte raison, celui qui commet le Mal sciemment ne peut se contenter de se repentir mais doit assumer ses fautes mondaines devant le monde, même si cela doit le conduire à subir des condamnations légales. Ce point est souvent mal compris et les malfaiteurs qui se croient repentants n’entendent pas rendre des comptes en ce monde, espérant s’en sortir avec une admonestation divine le moment venu. Commettre le Mal en ce monde, et le soutenir par action ou par omission, nécessite une réparation en prélude à toute démarche de rédemption. Dieu n’a rien à faire des affaires de ce monde, c’est à nous qu’il revient de les gérer en ce monde avant d’aller plus loin. Or, c’est là le nœud du problème. Agir dans le Mal procure des bénéfices dont peu d’entre nous envisagent de se départir, alors aller jusqu’à perdre ce qui n’est pas dû au Mal pour compenser le tort causé à autrui, est clairement impossible pour beaucoup.

Si l’on surmonte cet obstacle majeur, il ne reste plus qu’à vivre dans le Bien. En quelque sorte c’est le moment où l’on fait le deuil d’une vie dominée par nos instincts malins pour s’orienter vers une vie totalement vouée au Bien, même si l’on sait qu’il y aura toujours de petites dérives à venir, ce qui explique le rituel du service mensuel des cathares. Quand nous serons parvenus à faire de cette vie un état permanent et naturel, il sera temps de demander au Saint-Esprit de nous consoler et d’effacer notre vie antérieure et ses fautes. Alors nous commencerons une vie totalement vouée au Bien qui nous assurera la rédemption en attendant un jour de mériter la grâce divine qui nous mènera au Salut.

Ce petit rappel m’est apparu comme nécessaire dans un monde où l’on croit trop facilement que cesser de faire le Mal ou s’en repentir est l’apha et l’oméga d’une vie chrétienne aboutie.

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