Catharisme et dissidences catholiques

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Nous le savons la résistance au catharisme existe toujours. Si elle est moins violente physiquement que ne le fut l’Inquisition médiévale, elle est plus insidieuse de nos jours.

Une tactique largement éprouvée au fil des siècles fut de repousser hors du christianisme cette spiritualité chrétienne authentique. Tour à tour étiquetée manichéisme, arianisme, gnosticisme, elle fut plus récemment associée à l’origénisme et désormais elle est considérée par certains comme une simple dissidence catholique. Une association s’est même créée pour « noyer » l’étude du catharisme dans le fatras des dissidences chrétiennes médiévales.

Mais, soit que ces comportements résultent de l’incompétence en matière théologique de leurs auteurs, soit qu’il s’agisse une fois encore d’une manœuvre de détournement, l’étude sérieuse du sujet ne laisse aucun doute quant au ridicule de telles assertions.

En effet, quand on cherche à identifier une religion et à la comparer à d’autres, ce qui fonde cette étude c’est le contenu doctrinal. Quand le contenu doctrinal semble différer, ce qui permet de classer les groupes ce sont les fondamentaux, c’est-à-dire ce qui constitue l’ossature profonde de la doctrine. Grâce à cette analyse il devient possible de différencier ce qui découle d’un même fond doctrinal et ce qui lui est étranger.

Comme toutes les époques furent l’occasion d’une cohabitation entre divers courants de pensée religieuse, il n’est pas vain de les étudier à l’aune de ce que je viens d’exposer afin de ne pas se laisser manipuler par des événements historiques dont la proximité temporelle ne doit pas les faire confondre.

Ainsi à Cologne ce sont deux groupes qui sont identifiés dont l’un porte les caractéristiques d’une dissidence catholique alors que l’autre est clairement cathare.
En Champagne, le paysan Leutard n’a rien de cathare et tout d’une révolte interne au catholicisme. Mais à Orléans, l’exposé des fondamentaux du groupe de moines révèle un catharisme pur sucre.
Cela nous invite à nous interroger sur le fait que ce sont souvent des clercs catholiques qui se trouvent impliqués dans l’apparition du catharisme. Cela pourrait apporter de l’eau au moulin de ceux qui veulent n’y voir qu’une simple dissidence interne.

Pourtant il faut remettre les choses en place. Une dissidence implique le maintien des fondamentaux doctrinaux. il n’y a donc pas de rupture totale entre la dissidence et le rameau dont elle diffère. C’est le cas de la Réforme protestante, de l’anglicanisme, etc. Or, nous le voyons très bien à Orléans, ces clercs, catholiques apparemment, ont totalement renié les fondamentaux catholiques tels qu’ils nous sont résumés dans le credo de Nicée-Constantinople. ils ne sont donc pas dissidents mais bel et bien apostats du catholicisme.

Comment et pourquoi ce sont des clercs qui sont touchés, eux que l’on pourrait croire mieux immunisés contre un tel risque ?
Tout simplement parce que les clercs sont les intellectuels de l’époque et qu’ils sont relativement libres de leur temps contrairement aux nobles et aux bourgeois, quand cette classe sociale apparaîtra. Ils sont donc en mesure de lire les textes et de les analyser, de faire les recherches nécessaires et quand ils vont basculer dans le catharisme, ils n’auront pas forcément le sentiment de trahir leur vocation initiale mais simplement d’en redresser l’orientation initiale qui leur apparaît désormais comme fausse. C’est aussi pour cela qu’ils ne sont pas identifiés d’emblée car ils ressemblent beaucoup aux clercs catholiques, notamment à l’époque où le catharisme n’est pas encore bien organisé en France et en Occitanie. Leurs pratiques rituelles sont les mêmes et seule leur interprétation des contenus doctrinaux diffère.

Par contre, quand les Église cathares s’organisent, comme au mont Aimé ou en Occitanie comme le rapporte la Charte de Niquinta, les pratiques cathares acquerront un particularisme facilement identifiable qui stigmatisera la réaction catholique.

C’est donc avec une grande lucidité qu’il faut analyser les documents historiques pour différencier les mouvements religieux, dont beaucoup furent effectivement des réactions à des mutations internes au christianisme catholique et orthodoxe (réforme grégorienne, lutte des iconoclastes), mais que l’on ne peut objectivement confondre avec les manifestations du christianisme authentique (paulicianisme, bogomilisme et catharisme), sauf à vouloir nier celui-ci pour des raisons idéologiques, politiques ou autres.

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