La communication et les déplacements

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La communication et les déplacements

Le monde qui nous entoure a pour objet de nous induire sans cesse en erreur afin de mieux maintenir la domination qu’il exerce sur nos esprits prisonniers.
Ainsi, sous couvert de facilité et de liberté, il nous contraint dans des limites qui lui permettent de nous imposer les choix nécessaire à cet objet d’asservissement.
La communication et les déplacements sont aussi essentiels à l’homme que l’air qu’il respire et l’eau qui l’hydrate. Mais, alors que ces activités semblent de plus en plus facilitées par la vie moderne, je ne peux m’empêcher de constater qu’elles sont en fait fortement contraintes afin de nous empêcher d’atteindre notre objectif d’émancipation de l’esprit vis-à-vis de la matière et du monde.

La communication au Moyen Âge

S’il est un domaine qui a connu des bouleversements inimaginables et apparemment porteurs de plus de liberté, c’est bien celui de la communication.
Jugeons-en. Nos prédécesseurs médiévaux connaissaient les pires difficultés pour accéder à l’information qui leur était nécessaire. La simple lecture d’un Nouveau Testament par une population de culture moyenne était un véritable parcours du combattant. Il fallait trouver un lettré — en général un clerc acquis à la cause — capable de traduire du latin, ou plus exactement d’après les sources les plus récentes, du grec (Septante), les textes sacrés afin de les rendre accessibles à la population capable de les lire. Il fallait trouver des copistes, là aussi généralement des clercs, capable de recopier ces documents traduits en quantité suffisante pour permettre leur diffusion. Il fallait trouver des artisans prêts à les relier et des commerçants susceptibles de les diffuser.
Bien entendu, chacun de ces acteurs était parfaitement informé du fait que chacune de ces activités constituait un crime absolu au regard de l’église dominante et valait, excommunication au mieux, châtiment séculier au pire.
En outre, pour se procurer ce genre de document, il fallait de l’argent, comme cela nous est bien expliqué d’ailleurs par Anne Brenon dans sa biographie de Pèire Autier*.
Au-delà de la communication écrite, indispensable pour accéder à une connaissance ancienne ou pour porter la parole au loin, il y avait la communication directe.
Dans la période de calme relatif, en Occitanie jusqu’en 1209, en Italie jusqu’à la seconde partie du XIIIe siècle, jusqu’au XVe siècle en Bosnie, mais jamais en France malgré la résurgence champenoise du Mont Aimé, la communication directe fut possible par le biais des prédications ouvertes, soit sur la place publique, soit au sein des maisons de bons chrétiens ou lors d’invitations chez des bons croyants.
Ensuite, elle fut très compliquée du fait du risque permanent de la dénonciation (notamment en période d’Inquisition) ou des pièges tendus à des personnes dont les capacités à se protéger de ce mal étaient obérées par leur fort sentiment de devoir envers leur communauté.
Cela nous donne à penser que communiquer au Moyen Âge était un véritable tour de force, alors qu’aujourd’hui nous sommes des privilégiés. Qu’en est-il vraiment ?

La communication aujourd’hui

Au risque de vous paraître excessif je compte vous montrer que, finalement, si les choses ont changé aujourd’hui, elles sont peut-être pire qu’à l’époque médiévale.

Certes, la communication écrite est facilitée aujourd’hui grâce à la facilité qui nous est offerte de pouvoir lire (les illettrés sont heureusement rares), de nous procurer des livres dont la diffusion facile rend le coût raisonnable et par l’invention de la communication virtuelle dont la toile mondiale (world wide web) est la partie la plus évidente.
Cependant, je voudrais vous montrer comment ce monde et son maître, dans leur perversité absolue, ont su transformer un progrès en handicap.
Certes, l’accès aux livres est facile. Par contre, la publication est limitée par plusieurs facteurs dont la plupart sont au pouvoir de l’argent. La publication à compte d’auteur est handicapée par l’absence de publicité, donc de notoriété et la publication bénéficiant d’une bonne notoriété est soumise à l’approbation des maisons d’édition.
Même si la plupart d’entre-nous ne s’en rendent pas forcément compte, les critères économiques de rendement ne sont pas les seuls qui dirigent la politique des maisons d’édition.
Depuis quelques années j’observe un comportement, dont je ne saurais dire s’il est volontaire ou fortuit, qui amène une société connue pour ses fortes sympathies envers le milieu catholique que je qualifierais prudemment de traditionaliste, à acquérir directement ou par le biais de sociétés satellites les maisons d’éditions les plus impliquées dans la publication des meilleurs ouvrages relatifs au catharisme. Or, ces sociétés commencent à créer une pénurie en ne ré-éditant pas les ouvrages les plus intéressants dans ce domaine. Hasard, retard involontaire, volonté commerciale ou choix machiavélique, je ne saurais dire laquelle de ces hypothèses est la bonne, mais l’observation du phénomène est troublante.
Dans le même temps, la commercialisation de la marque « cathare » permet son aliénation dans l’esprit du public en l’associant à des concepts au mieux éloignés du sujet initial (châteaux cathares par exemple) ou carrément en totale opposition avec sa signification réelle (saucisson cathare par exemple).
La publicité faite aujourd’hui à ce catharisme dévoyé a également permis la floraison luxuriante d’auteurs légitimes ou improvisés qui produisent des ouvrages sur le sujet dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont loin de la réalité historique d’une part et du fondement doctrinal d’autre part. Récemment, le développement d’une vague romancière est en train d’aggraver le phénomène en dissociant complètement le catharisme de ses bases, voire en l’associant à d’autres éléments qui lui ont toujours été totalement étrangers, comme le Graal, les Templiers, en attendant les Francs-Maçons et pourquoi pas les petits hommes verts.

Au final, la création d’une pénurie d’une part — en attendant l’assèchement des sources fiables — et la prolifération d’éléments perturbateurs, voire dérivatifs, aboutit de fait à priver de l’accès à l’information une large partie de la population qui n’en est encore qu’au début de son information sur le sujet. Elle rend également plus difficile le travail d’information en provenance des personnes compétentes sur le plan historique qui sont marginalisées par ceux qui ont le pouvoir de se présenter comme des sources fiables et sur le plan spirituel, ceux qui veulent informer sont soit marginalisés et ridiculisés, soit étouffés faute de moyens de diffusion dignes de ce nom.

Le défi de la communication interne

Nous pourrions au moins espérer, qu’une fois mis sur la bonne piste, ceux qui ont le désir de s’informer puissent le faire sur les médias disponibles.
Or, il est aisé de constater que la communication est difficile quand elle ne devient pas carrément impossible.
L’outil de communication gratuit (ou presque), facile d’utilisation et accessible à tous est le web. Plusieurs espaces permettent, outre l’accès à l’information, la capacité d’expression directe par le biais de forums ou de Facebook, censés rendre compte de la vitalité de la spiritualité cathare en ce siècle.
Malheureusement, la réalité est moins évidente. Il existe de nombreux freins à l’expression saine de cette vitalité. Ils sont de divers ordres :

  • mauvaise qualité de communication
  • mauvaise maîtrise des éléments constitutifs de la pensée
  • emprise mondaine

Mauvaise qualité de la communication

Elle tient essentiellement aux restrictions qu’impose le média écrit. Certes, il offre un avantage important qui est de permettre l’expression de tous en interdisant les interruptions intempestives d’expression des moins assurés des participants. Et encore cet avantage est tempéré par la timidité dont beaucoup font preuve par crainte de donner une image d’eux correspondant à leur manque d’assurance, et ce malgré l’anonymat offert par ces supports. Sans parler de ceux qui vivent comme une douche froide toute remarque plus ou moins adaptée à leur intervention et qui s’abstiennent de poursuivre le débat laissant l’espace libre aux plus assurés qui ne sont pas forcément les plus intéressants à lire.
Mais il est pauvre dans la qualité d’expression car il rend quasi impossible la transmission de l’état d’esprit de celui qui s’exprime, car il handicape celui qui a du mal à s’exprimer de façon claire et ordonnée et qu’il rend impossible la transmission des paramètres de communication parallèles (ton, langage corporel, correction en temps réel, etc.) indispensable à une communication saine.
C’est pour cela que ce média est régulièrement le lieu de quiproquos ou d’agressions liées à une mauvaise analyse dans l’émission ou la réception du propos. Cela vient perturber la qualité des échanges et crée des clivages injustifiés, voire des antagonismes à mille lieues de l’état d’esprit qui devrait régner dans ces espaces de communication.
La présence de personnes désireuses d’exprimer un point de vue, même s’il est sans rapport avec le thème, pour le seul plaisir de prendre ce qu’elles considèrent comme un pouvoir valorisant sur les autres et les nombreux avortements de discussions liés aux digressions quasi systématiques, rend encore plus ce média difficile à utiliser à bon escient.

Mauvaise maîtrise des éléments constitutifs de la pensée

J’ai le sentiment que l’accès facile à la connaissance de divers modes de pensée, voire la diffusion de théories sans la moindre argumentation documentée, amène certaines personnes à se laisser leurrer par certaines hypothèses et à les faire leurs ou à les utiliser pour se construire une architecture intellectuelle assise sur du sable.
Certes, au Moyen Âge le choix étant plus restreint, ces risques étaient limités. Aujourd’hui malheureusement, il est très difficile d’avancer dans la jungle des choix spirituels et de leurs avatars tant ils sont nombreux, parfois attrayants et toujours prompts à utiliser les ressources de la liberté pour chercher à s’imposer sans jamais se sentir tenu à un minimum d’objectivité ou de sérieux.
Le fait que la catharisme ait eu à souffrir énormément de l’éparpillement de son corpus de connaissance — corpus dont les recherches historiques nous disent qu’il fut conséquent — favorise les propositions, voire les élucubrations les plus diverses sans que jamais leurs auteurs ne se sentent de construire leurs hypothèses en respectant les principes essentiels qui sous-tendaient la pensée cathare.
Certes, je ne prétends pas que mes propres hypothèses ne sont pas susceptibles de critiques, mais j’aimerais que chacun s’efforce de construire les siennes sur des bases plus solides afin d’éviter d’éparpiller le catharisme dans des directions qui ne peuvent que perturber ceux qui nous lisent et qui n’en sont qu’au début de leur apprentissage théorique.

Emprise mondaine

Et puis il y a bien entendu le travail de sape que le monde et son prince réalise quotidiennement sur notre expression.
Il suffit d’une remarque, d’une critique, d’une mauvaise interprétation pour que resurgisse le démon de la vanité et du désir de pouvoir. Combien de nos conversations, apparemment pleines d’espérance de progrès intellectuel et spirituel, n’ont-elles pas fini au fond du gouffre de notre ego ? En ce domaine, il n’y a jamais ni vainqueur ni vaincu, ni coupable ni innocent. Par contre, il n’y a que des victimes ; du côté des intervenants qui finissent trop souvent par se fâcher de façon quasi irrémédiable et du côté des lecteurs à qui est donné le pire exemple de ce qui ne saurait être considéré comme un comportement digne de l’ambition qui est la nôtre.
Détruire est toujours plus facile que construire. Or, la réparation des dommages ne saurait s’envisager, à la façon mondaine qui nous fait tant horreur, par la capitulation et la dévalorisation de l’une des parties. Non, c’est par un chemin commun d’effort de compréhension et de développement de l’argumentation toujours associé à un choix rigoureux des termes employés dans l’analyse de l’opinion de l’autre, pour éviter toute incompréhension ou pire sentiment d’injure, que doit se faire, d’abord la réconciliation, ensuite le débat.

Vous le voyez, l’amélioration des outils de communication est plus souvent moyen de dégradation de cette communication qu’élévation de la spiritualité de ceux qui communiquent.
J’espère que cette analyse que je vous livre ici, du fond de mon esprit, éveillera en vous une réflexion adaptée, si ce n’est déjà fait depuis longtemps, afin que nous utilisions ces outils dans la conscience que notre environnement est plus hostile que nous ne voudrions le croire et que notre cohésion est trop fragile pour jouer à en tester la solidité.

Les déplacements

Là encore, le progrès et la modernité n’ont certainement pas rendu les choses plus faciles, tant s’en faut.
Les déplacements sont faciles, et les moyens d’aller ici et là sont nombreux et confortables.

Si au Moyen Âge, les déplacements de lieu en lieu étaient le moyen privilégié de communiquer, nous avons vu qu’aujourd’hui ils sont souvent remplacés par la communication virtuelle.
Devant les défauts de cette communication et malgré les difficultés que notre vie moderne tend à notre désir de rencontres physiques, il faut trouver un juste équilibre entre les deux.
La réclusion est le piège où veut nous conduire le mal. À l’instar des moines cloîtrés, voire méditatifs absolus ayant fait vœux de silence, nous devons rejeter cette tentation de la tour d’ivoire qui éloigne des autres et renforce nos propres vices.
En réalité, nous devons apprendre à nager en eaux troubles, comme nos anciens se déplaçaient aux pires moments de l’Inquisition car, l’isolement est pire que le mal à craindre à l’extérieur.

C’est le contact humain qui détermine la véritable relation et l’échange de qualité.
Il nous faut donc braver les rigueurs de ce monde afin de rencontrer nos frères humains et de trouver parmi la multitude ceux qui ont commencé leur éveil.
C’est pourquoi les rencontres doivent se multiplier afin que chaque groupe de pensée, chaque communauté formée accepte de recevoir des personnes extérieures pour prolonger ou initier des discussions qui nous permettront de mieux nous connaître.
C’est en réduisant la part de ténèbres que nous croyons discerner chez l’autre et que nous interprétons à notre guise que nous pourrons apprécier la richesse de la pensée cathare. Pour cela, il faut absolument que nos échanges virtuels soient très régulièrement entrecoupés de rencontre réelles qui aideront à relativiser l’opinion de plus en plus déformée que nous nous faisons de ceux avec qui nous ne communiquons que par écrit.

La diversité des options spirituelles doit s’exprimer dans ces rencontres informelles et l’unité de nos fondamentaux communs doit se renforcer à l’occasion de la rencontre œcuménique de la communauté cathare que nous continuerons d’organiser annuellement.

Pour le reste, il nous faut nager dans la boue des bas instincts humains en ne lui laissant qu’un minimum de prise sur nous afin d’essayer par notre propre attitude d’en retarder un peu la lente mais inexorable putréfaction.
L’erreur serait de nous enfermer bien à l’abri du mal car le mal est en nous et il s’enrichit des certitudes et des jugements que l’on porte sur les uns et les autres.

Éric Delmas, 21 décembre 2009.


* Le dernier des cathares. Pèire Autier : Anne Brenon aux éditions Perrin – 2006

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