Plus cathare que moi… tu meurs !

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Plus cathare que moi… tu meurs !

Le catharisme est vraiment une auberge espagnole. Chacun y vient avec ses désirs, ses obsessions, ses rancœurs, ses rêves, ses espoirs, ses objectifs sociaux, politiques, commerciaux, etc.
Au final, chacun utilise le catharisme pour défendre sa chapelle et personne n’hésite à le parodier et à lui faire dire ce qui l’arrange.
Sur le plan spirituel il ne manque pas d’exemples de détournement du catharisme, soit par incompréhension de la spiritualité cathare, soit par désir d’endosser la robe de bure ensanglantée des derniers martyrs non violents du christianisme.

Les dérives spirituelles

Il semble plus facile de rechercher qui n’a pas cherché à se trouver des liens avec les cathares que l’inverse.
Tous ceux qui se voient hors des grandes religions monothéistes se sont un jour trouvé un petit côté cathare. Le catharisme prône la connaissance, tous les gnostiques se croient donc cathares, il rejette la divinité du maître de ce monde, tous les dithéistes sont persuadés d’être cathares. Il est enfin reconnu comme un christianisme authentique et l’on voit se presser au portillon de l’identité cathare les catholiques orthodoxes qui voient dans leurs moines le portrait des bons hommes et les protestants qui, sous prétexte de proximité topographique, se veulent leurs descendants.
Si le catharisme propose une cosmogonie différente, les adeptes des spiritualités exotiques — qu’elles soient orientales ou new age — sautent sur l’occasion et en font leur étendard.

À croire que l’on peut définir une religion sur n’importe quel critère, sauf bien entendu celui de la doctrine. Un peu comme si tous les roux étaient des parents, tous les habitants d’une ville faisaient en fait partie de la même famille et tous les tenants d’une doctrine politique avaient les mêmes ancêtres personnels.

Les dérives socio-politiques

Mais ceux qui ne se sentent attirés par aucune religion n’ont pas pour autant l’intention d’abandonner la pépite cathare aux seuls calotins.
Le catharisme le mieux documenté est celui qui s’est implanté en Languedoc, donc le catharisme est languedocien et, si cela ne suffit pas, il est en fait occitan. Le catharisme était une religion minoritaire et pourchassé par les méchants catholiques, donc il est politiquement contre le pouvoir en place. Par contre, le catharisme et sa répression risquent de mettre une tâche peu ragoutante sur le tourisme qui a justifié sa « résurrection » tardive, donc il sera gentiment nettoyé de tout ce sang qui peut soulever l’estomac sensible du touriste aussi convoité qu’il se fait rare.

À croire que les bons chrétiens se sont jamais préoccupés de politique ou de tourisme. Ceux-là même qui prétendent défendre le catharisme le font à la manière de ceux qui défendent les taureaux de combat, c’est-à-dire sans remettre aucunement en cause leur propre comportement qui est à bien des égards aux antipodes, des valeurs cathares d’un côté et non violentes de l’autre.

Les dérives scientifico-historiques

Je ne sais si je peux séparer cette catégorie des deux autres tant les connexions entre elles sont évidente.
L’historiographie du catharisme fut longtemps dominée par le point de vue du vainqueur qui ravalait le catharisme au rang d’une secte idiote et dangereuse dont le monde fut bien disposé de se séparer. Des chercheurs non adoubés par l’Université, qui est en France à peu près aussi adaptée à sa mission que l’est l’Administration à la sienne, eurent le mérite de sortir de siècles d’enlisement un sujet aussi riche. Leur travail souvent sincère a permis de faire avancer la recherche et le sujet a finalement intéressé des chercheurs ayant suivi la voie classique de l’Université. Certains ont eu la modestie de se couler dans le moule déjà bien modelé par ceux qui, sans avoir les titres, avaient largement débroussaillé le terrain. D’autres ont cru que leur titre valait savoir et on proposé des hypothèses destinées à mettre en valeur leur travail. Mais l’absence d’une véritable recherche les a amenés à faire des choix souvent douteux et parfois même ridicules. Si l’on peut poser toutes les questions légitimement, toutes les réponses ne le sont pas forcément. Et même parmi les anciens, un certain relâchement dans la ferveur des débuts les a amené à poser des hypothèses et à en faire des dogmes tout en refusant d’envisager d’autres hypothèses. Devenus des autorités par leur travail, ils se sont comporté à l’instar de ceux qui méprisaient leur manque de titres honorifiques.

À croire que l’on peut écrire l’histoire d’une religion et d’une philosophie sans étudier sérieusement les doctrines religieuses et les pensées philosophiques. Comme si les groupes religieux, dont les fondamentaux doctrinaux sont organisés de façon homogène, pouvaient pousser ici ou là comme des champignons après la pluie sans avoir le moindre lien, sans avoir la moindre antériorité et pouvaient disparaître pour des motifs contraires à leur doctrine, faute d’avoir envisagé une autre hypothèse.
Ce serait bien mal connaître ceux que l’on prétend étudier. Et tant le refus de voir un fil rouge dans une nébuleuse doctrinale, que la volonté d’interdire tout débordement hors de la période médiévale ou celle de dénier le titre d’Église à un mouvement sous prétexte que ses persécuteurs auraient pu avoir avantage à son existence ne sont des comportements qui conviennent à ceux qui se parent du titre de chercheur. Enfin, les politiques qui privilégient l’appauvrissement culturel au point de galvauder à l’extrême un mouvement religieux pour en faire une marque commerciale et d’interdire à un centre de recherche de faire… de la recherche pour lui imposer de faire de la vulgarisation, se disqualifient d’eux-même dans la représentation d’une population dont ils semblent avoir une image misérable.

Ne soyons pas plus royalistes que le roi

Comment peut-on se positionner face à de telles dérives et à des volontés et des pouvoirs aussi fortement orientés vers une codification de l’Histoire au profit du présent ?
Grossièrement je dirais que je ne vois que deux formes d’action. La première consiste à laisser faire car nul ne pourra jamais faire dire ou croire à l’autre ce qu’il ne veut pas dire ou croire. La seconde serait de mener des combats permanents pour dénoncer toutes ces dérives et montrer combien parfois elles peuvent être méprisables et ridicules. Mais ce serait là tomber dans le piège du monde où la guerre seule peut définir la vérité. Nos prédécesseurs ont refusé de combattre le mal, ce n’est pas à nous de le faire.
La troisième voie me semble plus réaliste, logique et relativement proche de celle choisie par les bons chrétiens de tous temps. Il s’agit simplement d’apporter autant d’éléments d’appréciation objectifs à la somme des documents existants que ces derniers soient honnêtes et argumentés ou malhonnêtes et falsifiés. Non pas pour convaincre ceux qui ont intérêt à mentir ou à refuser ce qui ne va pas dans leur sens, mais pour laisser une trace pour ceux qui — comme nous l’avons fait — voudront un jour chercher à comprendre ce qui s’est passé ici et maintenant.

Face aux extrémismes de tous poils, religieux, politiques, athées, scientifiques, etc. opposons la non violente sérénité de notre honnête travail de recherche et d’analyse. Nous ne recherchons aucune vaine gloire et aucun salaire, même si parfois la publication de nos travaux peut trouver un écho (en fait fort modeste). Donc, n’ayant pas de Graal à atteindre nous ne risquons pas d’échouer et nous n’avons nul besoin de faire monter les enchères ou de nous armer contre ceux qui nous attaquent de front ou le plus souvent dans le dos. Nous sommes capables de distinguer le loup même quand il enfile une peau de brebis.
Éric Delmas, 25 février 2011.

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