La violence cachée

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Le croyant et, bien entendu le novice et le Bon-Chrétien, refuse toute forme de violence envers les autres, ce qui incluse le monde animal. Certes cet objectif est utopique car notre nature humaine, intimement liée à divers écosystèmes, nous pousse obligatoirement à commettre involontairement des violences envers certains éléments relevant du monde animal, ne serait-ce que pour éviter de nous tuer nous-même. Car la non-violence ne doit pas devenir un extrémisme qui causerait des torts encore plus graves au motif d’en éviter certains qui sont programmés dans le fonctionnement naturel de ce monde malin.
Mais, au-delà de cette violence involontaire, il en existe une autre qui est volontaire mais qui nous est cachée, du moins pour autant que nous demeurons mal informés. Comme nos prédécesseurs médiévaux nous ne pouvons maîtriser ce que nous ne connaissons pas mais rien ne nous exonère des erreurs commises faute d’avoir pris la peine d’acquérir la connaissance nécessaire.

Qu’est-ce que la violence cachée ?

La violence, consubstantielle à ce monde malin, peut prendre de nombreuses formes. Nous avons déjà parlé de la violence destinée à accéder à un statut de pouvoir et à la volonté de vivre qui notre bagage animal depuis notre « incarcération » dans ce corps de boue. Celle-là nous apprenons à la contrôler, puis à la refuser, afin de cheminer sur la voie de la Bienveillance.
Nous avons aussi compris que certains comportements considérés comme naturels, voire essentiels à notre bien-être, sont en fait de la violence gratuite car des alternatives non-violentes existent et permettent de vivre dans le respect des autres espèces, parfois martyrisées et mises en esclavage pour notre seul profit. Ainsi, nous avons compris que l’alimentation carnée (y compris le poisson, les crustacés et les fruits de mer) n’était pas compatible avec notre démarche chrétienne.
Certains d’entre-nous ont aussi appris que certains modes de production d’aliments, apparemment non-violent, cachent en fait une violence animale réelle. C’est le cas des fromages dont le lait est obtenu par abus de gestation — épuisante pour la femelle — et par privation du petit d’un lait maternel essentiel à son bien-être produit un abaissement de l’espérance de vie de l’une et une mort encore plus prématurée de l’autre. C’est aussi le cas des œufs qui sont obtenus par sélection des races pondeuses dont les mâles, impropres à la filière de production de viande, sont éliminés par broyage dès la naissance. Nous sommes donc devenus végétaliens pour ne pas être complices de cette violence.
Mais, parfois nous avons choisi de conserver certains aliments car nous pensons qu’ils peuvent être obtenus sans recours à cette violence. Certains éleveurs ne font-ils pas de la production de lait une démarche écologique qui respecte l’animal et ne se servent qu’après que le petit ait eu sa part ? Le lait, le beurre, la crème et les fromages obtenus ainsi — et sans présure animale — ne sont-ils pas non violents ? Le miel, obtenu grâce à la surproduction d’abeilles élevées dans le respect de l’animal, en jouant uniquement sur leur nature productiviste et sans les malmener dans des transhumances mortifères, n’est-il pas bio et non-violent ? Je ne vous cache pas que, jusqu’à ce matin, je mangeais mon miel avec beaucoup de bonne conscience. Mais, en voulant me renseigner sur la non-violence de la gelée royale que j’ai commencé à consommer en espérant tirer profit des bienfaits qui lui sont attribués, je viens de comprendre mon erreur.
La violence cachée tient également à des comportements inhérents à la production, aussi respectueuse soit-elle, comme le fait de produire des veaux, des chevreaux et d’autres petits pour disposer de lait ou de faire fonctionner un rucher pour obtenir du miel. Cette production nous rend responsables directement ou indirectement d’une violence envers ces animaux. Ces petits finiront par être vendus et consommés par d’autres. En tirant profit d’une partie de cette chaîne de production, aussi infime qu’elle puisse nous paraître, nous sommes responsables de tout ce qu’elle entraîne comme violence. La production du miel provoque des troubles dans le rucher, par les efforts supplémentaires qu’elle impose aux abeilles et par l’agression que représente l’intervention humaine, notamment l’enfumage des ruches. Mais en premier lieu, et nous l’oublions souvent, la violence la mieux cachée est celle que nous produisons en modifiant les règles naturelles de la vie animale. Le lait et le miel ne sont pas produits pour la consommation humaine mais pour la consommation des animaux qui les produisent ou pour leurs congénères.
Intervenir pour notre profit est donc une violence qui produit parfois des réactions de refus nettes, comme chez les abeilles qui tentent désespérément de protéger leur miel, ou qui par une apparente passivité de l’animal spolié peut nous laisser croire à un accord qui n’est en rien différent de celui de l’esclave à qui on vole sont travail et que l’on épuise jusqu’à qu’il perde la force de se révolter.

Cette violence, pour cachée qu’elle soit, ne doit pas être méconnue. Encore une fois, je ne peux que rappeler ici la nécessité de la connaissance qui nous permet de mieux comprendre les implications et les justifications de nos actes et de notre conception du monde. Personnellement, je viens de saisir l’erreur de mon attitude en ce domaine. La lecture d’un article a suffit pour réveiller en moi la conscience endormie par un sentiment de bonhommie associé à une envie de simplification de ma vie quotidienne.

Comment limiter notre violence ?

Le cheminement sur la voie de justice et de vérité passe par un travail continu de recherche et d’interrogation sur les implications de ce que nous croyons juste et bon sans chercher des justifications ou des excuses, soit dans des modes de fonctionnement alambiqués, soit dans des comparaisons qui seraient plutôt favorables à nos choix. Il ne faut pas chercher à se cacher la réalité des choses susceptibles de nous gêner et il ne faut pas limiter notre champ d’étude et d’analyse à ce qui nous arrange.
Dès que nous avons conscience des torts que nous provoquons envers le règne animal et pour autant que nous ayons la capacité à les réduire ou à les supprimer, nous ne pouvons pas continuer à agir comme si nous ne savions rien.
La règle la plus simple est que l’homme ne peut utiliser l’animal à son profit sans le faire souffrir d’une manière ou d’une autre. Sur le plan alimentaire il faut donc tendre vers une alimentation strictement végétalienne. Dans les autres domaines, la recherche de solutions végétales ou minérales doit être également la règle. Certes, pour des raisons liées aux choix de vie du reste de la population, nous ne pourrons pas toujours y parvenir mais que si nous dérogeons ce ne soit pas de notre fait mais par obligation imposée par le reste du système mondain.
Donc, après avoir compris la nocivité de l’alimentation carnée et des sous produits laitiers, j’ai également compris que les œufs — quel que soit leur mode de production — constituent un vol et une violence envers les animaux. Aujourd’hui j’ajoute qu’aucun produit ou sous-produit d’origine animale ne peut s’accorder avec la règle de justice et de vérité à laquelle tente de s’accorder le cheminement spirituel cathare. À compter de maintenant je ne perdrai plus mon temps à chercher des aménagements à cette règle et je l’appliquerai totalement.

Éric Delmas, 23/04/2014.

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