La société est-elle compatible avec l’évolution ?

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Quand on observe nos société de manière macroscopique il semble que l’évolution qui nous a poussé à abandonner le système fermé du groupe familial pour un système social de plus en plus ouvert tende aujourd’hui à nous ramener vers plus d’égoïsme.
Que faut-il penser de cette évolution et d’abord est-ce une évolution ou une involution ?
La nature obéit-elle à un plan dont la finalité nous échappe ou bien est-elle victime de sa condition qui la pousse vers son anéantissement ?
Les espèces évoluées ont-elles le moyens de dépasser un atavisme naturel qui les pousserait vers l’extinction ou sont-elles gangrénées dès l’origine par une nature profonde qui ne peut se résoudre que par le chaos ?

Ces questions si elles intéressent, parfois de façon obsédante et angoissante, tout le genre humain sont particulièrement intéressantes à étudier sous l’angle de la foi cathare.
En effet, elles peuvent fournir un substrat initial et des exemples concrets de notre conception du monde, de son origine et de son destin.

Évolution et décadence

Il est une question qui m’obsède quand je vois l’évolution de la société actuelle et que je me rappelle ce que j’ai appris de son évolution depuis les temps les plus anciens. Il semblerait que l’évolution positive de la société, dans son respect de toutes les différences, dans le développement de la solidarité, dans l’acceptation des différences, etc. s’accompagne de difficultés qui semble dénoncer cette évolution. Est-ce une erreur de lecture de ma part ou est-ce un défaut de conception de la société qui ne parvient pas à s’adapter ?
Au risque de faire hurler beaucoup d’entre-vous je vais donner des exemples que je vous demande de prendre pour ce qu’ils sont et non pour des jugements de valeur. Nous verrons ensuite combien ils peuvent être tempérés par ailleurs.
La conquête de l’énergie a de tous temps été au centre des préoccupations de l’homme, depuis la découverte du feu jusqu’à la recherche de l’énergie inépuisable du soleil. Pour autant si chacune de ces étapes a permis à l’homme de franchir un cap important, nous observons qu’elles ont aussi participé à son déclin dans certains domaines et même menacé son existence. Le feu nous a protégé des rigueurs du climat et des prédateurs mais a aussi favorisé la survie de plus faibles dont les gênes sont venus affaiblir l’ensemble du groupe humain. Le système patriarcal profondément injuste pour la moitié de l’humanité a laissé place à l’égalité des sexes ce qui a doublé la demande sur le marché du travail et a créé le fléau du chômage. La suppression de la famine des pays riches a augmenté celle des pays pauvres tout en favorisant les pathologies de la surconsommation. Le respect des différences favorise la revendication communautaire et l’émergence de groupes sociaux ultra-minoritaires qui fragmentent la société et exacerbent les oppositions.
Cessons-là ces analyses à l’emporte-pièce pour essayer de comprendre pourquoi ces événements aboutissent forcément à des résultats ambivalents.

Le monde des contraires

Et si l’explication était simplement liée à la nature de notre monde ?
La compréhension cathare de ce monde ne pourrait-elle pas expliquer ce phénomène ?
Réfléchissons un peu. Selon notre compréhension du monde, il est le résultat d’un mélange instable entre deux éléments profondément antagonistes.
Dès lors il semble cohérent que tout ce qui vise à améliorer le monde génère automatiquement une action antagoniste qui vise à exprimer la part maléfique de ce mélange.
À la nature maligne initiale de l’humain, l’esprit apporte un élément modérateur qui le pousse vers le bien et quand le bien est premier le mal intervient pour ramener la nature à son concept initial.
Alors la question qui se pose est de savoir si, à terme, le bien peut dépasser le mal ou bien si ce sera l’inverse, à moins que cet équilibre soit consubstantiel à ce mélange, comme la mayonnaise est consubstantielle au mélange huile-eau.
Là encore l’observation, fine cette fois-ci, du monde semble nous apporter la réponse.
Quoi que l’on fasse aucun bien ne parvient à éliminer durablement le mal alors qu’il semble que certains maux tendent à perdurer.
Il y aurait donc une forme de suprématie du mal dans ce monde qui serait incoercible, sauf à lui appliquer un mal plus grand et plus profond.
Ce phénomène passait relativement inaperçu tant que l’humanité pouvait encore trouver des sources de progrès utile. Malheureusement, il semble que nous soyons entrés dans une phase, au mieux de stagnation, au pire de régression, où les progrès ne sont plus que superficiels et où les conséquences malignes sont exponentielles.

Le déséquilibre est-il à l’origine de la décadence ?

Si l’équilibre entre les bienfaits de l’évolution sociétale et les méfaits qu’elle génère est rompu sans que le bien ne l’emporte c’est que nous avons entamé une phase de décadence.
Ce phénomène est connu et s’est déjà produit à différentes échelles. Au niveau des groupes sociaux humains, toutes les sociétés qui ont dominé ce monde ont fini par régresser et disparaître, soit au profit d’un autre modèle en phase d’évolution, soit en laissant la place à une période de chaos. Au niveau des espèces, cela s’est aussi produit au moins cinq fois depuis que la vie est apparue sur Terre. La dernière fois remonte à 65 millions d’années (crétacé) et a vu la disparition des dinosaures suite, vraisemblablement, à un incident cosmique.
Cela nous permet de comprendre qu’en fait, les extinctions (majeures, intermédiaires ou mineures) sont le moteur de renouvellement de la Terre. Donc, c’est par un système extrêmement négatif que notre monde donne l’apparence d’une évolution positive.
En fait, ce principe s’applique à tous les niveaux et est responsable d’une destruction quasi générale qui passe presque inaperçue vu que l’analyse qui en est faite provient de l’infime partie qui en a profité pour subsister et se développer.
Le déséquilibre en faveur du mal est donc naturel et conduira à terme à la disparition de notre espèce au profit d’une autre.
C’est donc de façon incontrôlable que nos choix et nos actions génèrent obligatoirement plus de mal que de bien et nous conduisent sur la pente fatale qui verra notre extinction.
Pour autant, il semble impensable d’envisager une régression générale, que tentent de mettre en place des groupes qui prônent une marche arrière en matière de consommation et de progrès scientifique. De même ceux qui proposent d’en finir avec l’humanité par un arrêt de la reproduction cherchent à protéger le reste de la vie terrestre en accélérant l’extinction humaine alors que ce phénomène va vraisemblablement se produire de façon naturelle.
Ma lecture de ces phénomènes est plus apaisée. Elle relève d’un constat, de son analyse et de la prévision de ses conséquences.
J’ai l’énorme avantage sur mes congénères de ne pas considérer ce monde comme un champ clos mais comme un élément distinct et étranger dont je ne souhaite que m’extraire à terme.
Par conséquent, j’ai le regard de l’entomologiste sur la fourmilière et non celui de la fourmi.
Faute de pouvoir modifier une évolution que je considère comme inéluctable et à défaut de vouloir en hâter le terme, je me contente donc de la considérer pour ce qu’elle est.

Comment faire le bien en limitant le mal ?

Pour autant le croyant cathare ne peut se contenter de rester passif face à cette évolution qui conforte sa foi et qui pousse l’humanité vers sa fin.
Au contraire, son rôle est à la fois didactique et pratique.
Didactique dans le sens où il peut essayer de montrer comment certains comportements, sous une apparence de bien vont en fait participer à une aggravation du mal et pratique en essayant de limiter les effets négatifs qu’il observe par ses actions sociales.
Si le croyant dispose des moyens d’agir en raison de sa vie mondaine quasiment normale, le bons chrétien et le novice sont plus à même d’effectuer le travail didactique.
Souvent en effet, l’action nécessite des moyens qui font défaut à ceux qui ont fait le choix d’une pauvreté choisie. Par contre ils disposent du temps et des dispositions intellectuelles permettant d’informer et d’analyser sur les événements qui viennent à leur connaissance.
Pour autant, il ne faut pas croire que les croyants cathares peuvent inverser la tendance. Au mieux ils ne peuvent que l’accompagner et au pire ils en seront certainement les victimes car leurs actions et surtout leur refus d’agir en certains cas feront d’eux les boucs émissaires auxquels les moins éveillés des hommes voudront faire porter la responsabilité de la situation.

Finalement, il est clair que l’évolution apparente de nos société n’est qu’un pas de plus vers leur anéantissement mais que ce constat n’autorise pas le croyant cathare à se croire en droit de laisser faire sans réagir du mieux qu’il peut pour en atténuer les effets sur les humains qui l’entourent.

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