Jamais je ne t’ai promis un jardin de roses

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Dans ce film de 1978, une jeune patiente fait le douloureux apprentissage que nécessite le fait de passer de son univers fantasmé à la réalité. Sous la bienveillante et patiente houlette de sa thérapeute elle va, pas à pas, faire cet effort et rejoindre la réalité.

Si j’ai choisi ce titre ce n’est pas par hasard. Le catharisme d’aujourd’hui est à construire, mais il faut s’entendre sur ce que l’on appelle catharisme et sur ce que l’on considère être sa reconstruction.

Notre nature mondaine nous pousse en permanence vers la facilité et vers la sensualité. Il nous revient de ne pas céder à cette pression. Pour cela nous avons l’aide de la connaissance, de la volonté que procure la foi d’aller vers un chemin et non vers un autre, de l’assistance que les autres peuvent nous apporter à condition qu’ils ne soient pas aussi mal embarqués que nous et de la compréhension que ce qui flatte nos sens — y compris nos sens mystiques — est contraire à notre intérêt spirituel.

La résurgence cathare est, depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles, l’objet d’une vision fantasmée qui oscille selon les courants qui l’ont faite leur dans ces périodes. Cela ne veut pas forcément dire que ceux qui ont suivi ces voies, l’ont fait de manière maligne et avec de mauvaises intentions. Par contre, souvent ils l’ont fait sans tenir compte d’un ou plusieurs éléments que je viens de citer. La théosophie, la mystique ésotérique, organisées ou non en structures comme le sont les mouvements rosicruciens ou francs-maçons, et même les démarches identitaires, notamment occitanistes, ont fait l’impasse sur des éléments essentiels du catharisme. Sans compter que ceux qui les ont soutenus ou initiés ont souvent négligé la recherche et ont fait des choix sélectifs afin de ne pas avoir à remettre en cause leurs choix pré-établis.

Mais il n’y a pas que l’appartenance à des voies déviantes qui peut poser problème. Il y a aussi une pratique très commune et très appréciée qui consiste à considérer qu’il est préférable de tordre un peu la doctrine connue afin de la rendre plus facile à vivre, plutôt que de s’interroger pour savoir si l’on est suffisamment avancé dans son cheminement pour respecter la doctrine telle qu’elle nous est parvenue. Mais comment définir ce qui doit être respecté précisément et ce qui peut être adapté ? Tout comme vous, je m’interroge quotidiennement à ce sujet. Certains points semblent clairs car, n’étant pas soumis à l’évolution sociale, technique et humaine du monde, ils demeurent tels qu’ils étaient au Moyen Âge. D’autres, par contre, sont clairement marqués par leur époque et peuvent être adaptés sans déroger au fondement de la doctrine.

On le voit, le cheminement du croyant n’est pas pavé de roses. D’ailleurs, si vous en doutez, rappelez-vous les témoignages des disciples. Ils n’ont pas suivi Jésus comme on suivrait un guide vous offrant le gite et le couvert et un confort douillet. Au contraire, ils ont tout abandonné pour lui, tout perdu dans ce monde pour l’espoir qu’il leur insufflait. Or, il ne leur a jamais proposé de devenir des élus mystiques promis à un radieux avenir face à un monde où tous les autres seraient les grands perdants. Il s’est simplement contenté d’appeler les hommes de bonne volonté à suivre son exemple et à respecter sa loi de Bienveillance.

Mais il n’a jamais caché que ce choix aurait des conséquences difficiles et qu’il serait ardu. D’ailleurs on le voit bien, les Évangiles sont truffés d’épisodes au cours desquels Jésus doit corriger les erreurs d’interprétation des disciples, totalement imprégnés de leur judaïsme, et je pense que si Paul fut choisi, secondairement, c’est bien pour corriger le choix erroné du judéo-christianisme pris par Jacques et suivi par Pierre et Jean.

Ce qu’ils n’ont pas réussi ou qu’ils ont fini par faire dans la difficulté alors que leur guide était là et qu’ils étaient suffisamment nombreux pour s’entraider, comment pouvons-nous espérer y parvenir facilement ?

Non, jamais Jésus ne nous a promis un chemin de roses. Au contraire, nous aurons de grandes difficultés à éviter les pièges qui n’épargneront personne, même parmi ceux qui nous semblent les plus avancés et les plus doués de compétences. Au contraire, c’est quand on pense avoir atteint un certain degré d’équilibre que l’on commence à manquer d’attention et que l’on chute d’autant plus lourdement qu’on était arrivé haut.

Aujourd’hui, l’espoir de voir un catharisme conforme à l’original reprendre forme stimule notre impatience. Or, cette impatience est un piège diabolique. Nous devons cheminer sous la bienveillante protection des Bons-Chrétiens qui nous ont laissé suffisamment d’éléments d’information pour ne pas commettre d’erreur si nous sommes prêts à accepter la difficulté qui sera nôtre.

Notre première obligation est de déterminer ce que nous sommes et non pas où nous en sommes de notre cheminement. Beaucoup d’entre nous se disent croyants, et sans doute en sont-ils persuadés. Mais ils commettent une erreur d’appréciation qui est liée à un manque de connaissance sur ce sujet. Le croyant n’est pas qu’un sympathisant. Il est profondément, viscéralement convaincu que la foi cathare est la réponse à toutes nos questions. Cette certitude l’amène logiquement et de façon cohérente à vouloir adopter un choix de vie qui le conduira vers sa bonne fin. Ce choix de vie n’est pas qu’une démarche intellectuelle ; c’est un engagement de tous les instants au service de la construction d’un catharisme, non pas moderne ou modernisé, mais authentique en notre époque. Le croyant est donc décidé à agir, à la hauteur des capacités et dans tous le domaines possibles, pour créer les conditions qui lui permettront à terme, mais pour autant qu’il le peut en cette vie mondaine, d’entrer en vie chrétienne et d’être en état de recevoir sa Consolation avant de mourir.

Ensuite, une fois engagé dans cette démarche, le plus difficile reste à faire. Car, non seulement il va devoir agir avec les autres pour la résurgence cathare mais aussi veiller à agir pour lui même dans le respect de la règle de justice et de vérité. Or, cette règle contient des préceptes qui peuvent sembler difficiles à tenir à notre époque. Mais, au lieu de les négliger ou des les contourner, il faut au contraire les considérer sereinement et se donner le temps de les faire sien jusqu’à ce qu’ils deviennent une seconde nature. Je ne suis pas meilleur qu’un autre, moi aussi j’ai cherché à composer avec la règle. Mais aujourd’hui j’ai fait ce bout de chemin, bien modeste en fait, et j’ai compris qu’il faut avancer sur cette route difficile mais au combien merveilleuse. Il faut avancer sans se perdre dans de fausses excuses ou sans remettre à demain notre engagement au service de la mission que nous confie Christ. Qu’aurait été Paul s’il avait choisi d’attendre un peu avant de se faire baptiser à Damas ? Et Marcion s’il avait décidé d’attendre l’accord des judéo-chrétiens avant de mettre son Église en place ?

Mais il faut aussi se lancer à bon escient. Ce n’est pas en se jetant à corps perdu dans une entreprise que l’éveil viendra ou que nous réussiront à suivre une règle qui nous est étrangère pour le moment. Le catharisme est une voie de l’ascèse voulue et désirée et non de l’ascèse forcée et imposée. Ce choix serait celui de l’échec. Quand nous nous sentons faibles sur un point, il faut étudier et approfondir la connaissance que nous avons de la doctrine cathare et de la règle de justice et de vérité. Ce travail nous aide à faire une révolution en nous. Plus nous étudions et plus nous comprenons la raison d’être de ces choix faits par les cathares qui nous ont précédés. Et quand nous avons du mal à appréhender certains détails, nous pouvons faire œuvre de foi en acceptant le fait indéniable qu’ils savaient plus de choses que nous et que leurs choix étaient validés par cette connaissances.

Il faut donc d’abord définir ce que nous sommes, sans impatience et sans excès, car il vaut mieux être un bon sympathisant qu’un mauvais croyant. Ensuite, si nous sommes convaincus d’être croyant, il faut agir comme tel et tout mettre en œuvre pour favoriser la résurgence. Enfin, si nous avons encore du mal à adopter certains éléments de la règle de justice et de vérité, il faut faire preuve de patience au lieu d’essayer d’adapter la règle à notre situation actuelle. Ainsi il sera possible de poursuivre notre cheminement et peut-être un jour parviendrons-nous à pousser la porte de ce fameux jardin de roses auquel nous aspirons.

Éric Delmas – 31/05/2014

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