La frontière invisible

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Depuis que l’homme est homme, il cherche à appréhender ce qui le dépasse, à comprendre ce qui lui paraît infiniment supérieur à lui et à maîtriser ce qui lui semble susceptible de lui nuire à l’occasion.
Dans le même temps, conscient que sa propre personne renferme des secrets qu’il ignore, il essaie de mieux se connaître pour mieux se dépasser et devenir ainsi un être plus évolué que la moyenne de ses contemporains.
Ces attitudes ne sont pas répréhensibles et elles ont même contribué à l’évolution de l’humanité.
En outre, l’exploration des limites de notre conscience et des confins de notre environnement ont permis à l’homme d’avancer dans la compréhension de la frontière invisible qui sépare ce qui relève de notre mondanité et de ce qui la dépasse.

L’exploration de la frontière

Si cette frontière est invisible, elle n’est pas pour autant inaccessible, même si les voies d’accès peuvent être parfois déroutantes. Mais l’on pourrait en dire autant de domaines plus tangibles, comme celui de la physique. En effet, si le passage de la physique newtonienne à la physique d’Einstein n’a pas trop révolutionné les esprits cartésiens, la physique quantique quant à elle a nécessité un véritable retournement des certitudes de la part des spécialistes.
Dans l’approche cathare de la lecture du monde, nous sommes des composés comportant une part divine et une part mondaine, cette dernière ayant pour objet de maintenir la part divine dans un état amoindri destiné, d’une part à lui permettre de l’utiliser pour maintenir la cohérence du mélange qui assure un semblant d’être à cette création, et d’autre part, assurer l’emprisonnement de cette part divine afin de l’empêcher de retourner à son origine.
La profonde intrication entre ces deux parties ne nous est pas facilement accessible. Tout d’abord parce que nous sommes une partie du problème, ce qui nous empêche de l’aborder dans sa globalité et d’en avoir une vision directe et nette. Ainsi, à l’instar des premiers observateurs des étoiles, nous sommes obligés de procéder par hypothèses et déductions, d’aligner les observations et les comparaisons, de suivre des pistes pour découvrir si elles sont cohérentes ou impossibles, mais toujours de rester éminemment modestes et pondérés dans nos conclusions puisque rien de tangible ne viendra les confirmer ou les infirmer.
Rappelons-nous combien d’erreurs ont été commises, de vérités ont été infirmées, dans le domaine de la connaissance de notre planète et de l’univers qui l’entoure, et combien sont encore devant nous.

Les méthodes

La comparaison avec le domaine astrophysique me semble très pertinente car, en bien des points, elle montre des similitudes troublantes.
Certains ont refusé et — quand ils avaient le pouvoir, ils ont interdit aux autres de le faire — d’étudier ce qui à leurs yeux devait demeurer un mystère insondable. C’est le principe du tabou. Cette approche vise à maintenir en l’état un système qui rassure, voire qui permet la perpétuation d’un équilibre, en général favorable à ceux qui le préconisent.
Malheureusement, la curiosité est un caractère dominant de notre espèce. Donc, quand l’interdiction devenait impossible à maintenir malgré toutes les coercitions, les tenants du pouvoir ont cherché à se placer en position privilégiée.
Pour cela ils ont affirmé détenir la seule information valable, soit par la maîtrise de données validées par des critères en général très peu scientifiques, soit par des compétences extra-sensorielles qui venaient confirmer leur suprématie.
Cette méthode a connu diverses variantes et a notamment servi les systèmes religieux mondains dans leur volonté d’hégémonie sur les consciences.
Enfin, d’autres ont fait le choix de science et en multipliant les observations et les expériences, ils ont réussi à démontrer la validité de leurs hypothèses et l’inanité de celles des autres.

On peut reprendre ce schéma dans le cadre spirituel, tout en se réservant le droit d’y introduire quelques variantes.
Le système religieux traditionnel se base sur des écrits prétendument issus directement de la divinité de référence et sur des hommes dont la conscience supposée supérieure permet de préciser le sens des écritures concernées. Et comme par hasard, on constate que les unes et les autres confirment le courant dont ils sont issus et rejettent les autres de façon absolue. Imaginez une seconde que Jésus ou Jean le baptiste aient annoncé que Bouddha était le référence ou que Mohammed ait annoncé la révélation de Manès ?
Fort heureusement il n’en est rien, et les vaches sont bien gardées, chacune dans son pré.
Et si les textes ne sont pas suffisamment clairs, il ne manque pas d’interprétations autorisées pour en indiquer la bonne lecture. Quant aux éléments apparemment incompréhensibles ou discordants, soit on les tait en empêchant les « non-initiés » à y accéder, soit on les écarte en les habillant de mystère ou d’une transcendance forcément hors de notre portée, mais pas de celle de ces personnes divinement destinées à nous mener vers la bonne voie.
Pour ne parler que du christianisme, je rappelle que la traduction en langue vulgaire (vernaculaire) des écrits latins fut interdite jusqu’au XXe siècle. De même, le judéo-christianisme est plein de référence au mystère ou à l’impénétrabilité des voies divines.
Et puis, certains se sont mis à étudier les textes et à les comparer avec ce que la science moderne permettait de comparer. Et là, il fut évident qu’une partie de ces certitudes étaient construites sur du sable. L’origine de certains textes s’est avérée tout simplement humaine, les conditions de leur rédaction et les intentions de leurs auteurs sont apparues dans leur simple logique. Perdant tout-à-coup leur caractère divin, ces textes nous ont quand même renseigné sur des événements qui ont marqué leur époque. Il est clair qu’aucun des évangiles aujourd’hui disponible n’est véridique, pourtant le simple fait qu’il y en ait autant et que ces textes se recoupent de façon si régulière renseigne sur le fait que des événements particuliers ont bien eu lieu à cette époque.
De même, si l’Ancien Testament est un récit allégorique destiné à mettre en avant un groupe social, les Hébreux, longtemps dominé par une classe sociale aisée car coopérante avec les régimes forts qui l’entouraient, les Cananéens, nous savons désormais qu’ils ne formaient qu’un même peuple jusqu’à ce que l’exil à Babylone donne aux premiers le moyens de dominer les seconds.. Ce récit vient donc assurer un fondement divin à cette situation et son caractère épique n’est là que pour confirmer la préférence divine accordée aux Hébreux, et en leur sein à la tribu de Lévi. Pour autant les faits rapportés peuvent être vrais si on les dépouille de leur oripeaux, et certains sont même prouvés.
La science, si longtemps traitée en ennemie par un fanatisme conscient de ses propres faiblesses, est donc un outil de connaissance qui aide à séparer le grossièrement faux du vrai. Malheureusement, certains ont fait de la science une nouvelle religion ce qui les a poussé dans un extrême que les premiers scientifiques se seraient bien gardé d’explorer. La science moderne considère comme faux, voire comme tabou, tout ce qu’elle ne peut expliquer logiquement et dans un sens non religieux. Car aujourd’hui, être scientifique c’est d’abord être athée. Et l’athéisme est devenue une règle si brutale qu’elle cherche a tout plier à sa conception. Ainsi l’exigence de laïcité n’est rien d’autre, pour beaucoup, qu’une exigence d’athéisme au lieu d’être un respect de toutes les convictions.
Pourtant les scientifiques des siècles précédents étaient souvent des croyants. En étaient-ils moins bons scientifiques pour autant ? Non, bien entendu. Mais, depuis le siècle des lumières, la fracture entre le religieux et la science s’est accentuée, le plus souvent en raison des extrémistes des deux bords. Un peu comme aujourd’hui l’Islam souffre de ses extrémistes et les religions judéo-chrétiennes développent les leurs comme seule réponse à l’exode qui marque leurs rangs.

Y a-t-il une voie cathare en la matière ?

Le catharisme fait cohabiter deux éléments inconciliables et pourtant fortement liés, le mondain et le spirituel. En refusant de les rattacher à la même origine, il se donne un atout non négligeable dans sa façon de les concevoir et de les étudier. En effet, si Dieu fait le Bien et le Mal, il faut justifier ce dernier sans entacher le premier, exercice au combien périlleux et systématiquement voué à l’échec, pour qui accepte de l’aborder de façon rationnelle.
Si l’on accepte la cohabitation de ces deux éléments opposés et inconciliables, on peut essayer de comprendre le monde où nous vivons et notre propre nature humaine à la lumière de cette approche.
Du coup, plusieurs points viennent à l’esprit pour justifier la recherche d’une certaine connaissance et rejet à la fois les obscurantismes et les a priori.
D’abord, dans un système qui nous englobe et qui nous pénètre, croire que l’on peut réussir à discerner le bon du mauvais à la seule force de sa volonté est une erreur et une présomption presque aussi grave que penser être un élu disposant de la connaissance infusée directement au détriment des autres.
Le refus de l’étude et de la réflexion sont donc préjudiciables à une démarche cathare, tout comme le serait une démarche scientifique qui oblitérerait la part spirituelle.
La démarche scientifique ne peut prétendre tout expliquer et doit accepter d’être face à des situations d’impasse, soit inexplorables en l’état, soit accessibles à l’exploration par déduction logique sur la base d’une croyance, par définition non scientifique.
Cela veut donc dire qu’un croyant peut mener des recherches scientifiques car il admet que tout ne peut pas forcément s’expliquer de façon rationnelle et qu’un bon scientifique ne doit pas nier ce qui résiste à ses expériences.
La seule chose qui soit scientifique c’est de chercher à repérer ce qui n’est pas cohérent, ce qui est falsifié, ce qui est justifié, ce qui est démontrable.
La démarche cathare me semble être d’utiliser ces outils pour débroussailler ce qui peut venir contrarier notre démarche croyante ou qui risque de la dévoyer et de lui faire emprunter des voies détournées qui nous empêcheront de mener à bien notre quête.
Car nous savons le Mal actif en ce monde et notre prison charnelle désireuse de maintenir notre détention indéfiniment.
Mais comment peut-on étudier cette frontière invisible entre le spirituel et le mondain ?
Je vois plusieurs angles d’approche. D’abord ce qui est spirituel en nous — qui est en fait notre moi profond — est à l’image de notre créateur, puisque nous somme de la même substance, c’est-à-dire est parfait dans le Bien et ne peut en aucune façon être modifié par le Mal.
Ce moi profond s’exprime en nous quand nous agissons en bien sans aucune arrière pensée, sans aucun intérêt, sans autre objet que le bien général. Dès que notre action vise à nous promouvoir ou à nous montrer meilleur que nous ne sommes, y compris dans l’humilité et la modestie, c’est notre mondanité qui est aux commandes.
Nos compétences sont différentes, variées et parfois surprenantes. Je ne dispose personnellement d’aucune compétence surnaturelle spécifique. Ce que je sais ou ce que je réalise je l’ai appris d’autres plus calés que moi et seule mon expérience et ma pratique sont responsables de l’éventuelle compétence que vous pouvez apprécier aujourd’hui.
Mais je connais des personnes qui ont des capacités surnaturelles — ou du moins qu’il est commun de considérer ainsi — et je me suis longtemps interrogé sur ces compétences qui semblaient faire de ces personnes des « élus de Dieu ».
Mon grand-père et ma grand-mère paternel disposaient chacun d’une telle compétence. À l’époque on appelait cela un « secret ». Mon grand-père avait celui de faire passer les entorses et ma grand-mère d’atténuer l’effet des brûlures. Une dégénérescence mentale liée à une mauvaise grippe m’a empêché de la voir à l’œuvre et de l’interroger sur cette compétence. Mon grand-père m’a soigné un jour pour une entorse. Avec le recul et ma meilleure connaissance des choses médicales, je dirai qu’il pouvait très bien s’agir d’une simple douleur d’effort sans pour autant que l’articulation en ait été affectée sur le plan mécanique. Néanmoins j’ai vu pratiquer mon grand-père et j’ai scrupuleusement suivi son rituel afin d’essayer de la comprendre. En fait il s’est contenté de signes de croix réalisés sur la partie douloureuse accompagnés de prière (essentiellement des Notre Père bien catholiques). En outre, mon scepticisme de l’époque, même s’il dû reconnaître un amoindrissement de la douleur eut le sentiment que la guérison n’était pas complète. Aujourd’hui, je dirai que cela pouvait très bien être un effet placébo lié à une suggestion liée au rituel. D’ailleurs, peu de temps avant de mourir, mon grand-père a transmis son « secret » à son fils aîné, et maintenant mon oncle pratique sans problème ce qu’il ne savait pas faire auparavant.
Ma grand-mère, morte sans avoir pu faire de même, je ne sais rien de sa pratique si ce n’est que mon père m’a affirmé qu’elle l’avait un jour guéri d’une brûlure contractée sur un poêle rougi à blanc et qu’il n’en avait gardé aucune séquelle. Un tel résultat peut tout-à-fait s’obtenir en maintenant la zone brûlée sous l’eau fraîche pendant au moins une dizaine de minutes, à condition de le faire sans délai.
Mais, au-delà des talents de soignants, je connais des personnes qui disent avoir des dons divers. Je passerai rapidement sur le don affirmé de contact direct avec le Christ affiché par l’une de mes connaissance car j’ai remarqué que sa tendance appuyée au dénigrement ou à la condescendance, s’accordait mal avec le caractère spirituel d’une telle compétence. En effet, le Mal peut très bien nous illusionner, voire nous tenter par des manœuvres susceptibles de flatter notre égo afin de nous maintenir dans l’erreur.
Le cas d’une autre personne m’intéresse bien davantage. Non seulement elle se dit médium et voyante — ce qui de nos jours est loin d’être rare — mais elle a aussi été capable d’une auto-analyse critique de ses compétences qui lui a permis de comprendre qu’elles relevaient strictement de la sphère mondaine. Chez elle nulle forfanterie sur ses capacités qu’elle attribue à des dispositions naturelles, nulle excroissance égotiste qui lui ferait croire qu’elle est désignée par le sort ou par une divinité. Juste une envie de mettre au service des autres dont la nature de son incarnation l’a dotée.
Et bien pour moi, c’est là que se situe l’esprit. Savoir ce contenter de ce que l’on a, accepter les vicissitudes comme les dons, et surtout faire le meilleur usage possible de tout cela.
Je n’ai pas cherché à vérifier la nature exacte de ses dispositions car je ne suis pas en recherche de réponses sur la part mondaine de ma nature et je ne sais pas si elle a « vu » quoi que ce soit me concernant. J’espère bien si c’est le cas qu’elle en gardera le secret car je voudrais avancer dans ma route avec le moins d’interférences possibles.
Par contre, je remarque ses dispositions spirituelles, tout comme je remarque celles d’autres connaissances pas forcément aussi remarquables qu’elle.

C’est donc ainsi que je voudrais terminer ce propos, jeté tout de go, comme à mon habitude, sur l’écran de mon ordinateur. Pour être en mesure de mieux discerner la part spirituelle à laquelle nous aspirons, nous devons comprendre au mieux ce qui relève du mondain et qui peut avoir des apparences spirituelles. Bien des phénomènes apparemment spirituels sont mondains et peuvent être démasqués avec un peu de logique et de cohérence. Quand il y a possibilité de doute, ce dernier doit inciter à penser que le phénomène est plus vraisemblablement mondain que spirituel. Le spirituel appelle rarement le doute de ceux qui ont l’habitude de chercher et de s’interroger.
Moins on affine sa compréhension par l’acquisition de connaissances, plus on est à la merci d’une illusion mondaine. De même, si l’on se base uniquement sur la connaissance on se ferme à l’expression spirituelle. Cependant, il y un temps pour tout et tout un chacun peut avoir besoin de commencer par l’acquisition de connaissances, ce qui est le plus facile, avant de passer à l’analyse appuyée par l’expérience des connaissances accumulées.
Enfin, nous devons cesser d’être éblouis par les vessies que la mondanité cherche à nous faire prendre pour des lanternes. Cessons de nous croire des élus ou de suivre le doigt au motif qu’il ne peut appartenir qu’à un sage. Soyons des sages pour nous-même en nous donnant les moyens de penser juste et en acceptant d’être régulièrement remis sur la route par les autres.
Car si la frontière entre le spirituel et le mondain est invisible, le cheminement spirituel est difficile à tenir dans notre incarnation et la dérive en est le lot permanent, comme je l’ai déjà expliqué dans un autre de mes messages.

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