Fin du monde et eschatologie

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Depuis l’origine du christianisme la prédiction de la fin du monde et de la seconde parousie du Christ a donné à des personnalités et à des groupes l’occasion de penser à la fin dernière de l’humanité et du monde où nous vivons. Les formes les plus marquantes et toujours vivaces de nos jours sont le millénarisme et l’approche apocalyptique.
Nous savons que des personnes fortement ancrées dans l’histoire du catharisme, et notamment ses débuts, comme Paul et Jean l’auteur de l’Apocalypse, furent des initiateurs de ces approches. Aussi est-il légitime de s’interroger à notre tour et de chercher à comprendre comment cela fut appréhendé par nos prédécesseurs et comment nous pouvons envisager de l’appréhender à notre tour.

La fin du monde est assurée

Que l’on soit croyant ou athée il est une certitude démontrée, ou tout au moins prévue avec une précision scientifique a priori indiscutable, c’est celle que le monde où nous vivons actuellement est appelé à disparaître avec comme échéance la plus tardive celle où notre soleil devenant une géante rouge nous engloutira dans sa lente agonie, c’est-à-dire dans environ trois milliards d’années.
Ensuite, chacun est libre d’imaginer un chaos total pouvant survenir bien avant cette date, même si l’étude des quatre ou cinq anéantissements de la vie sur terre qui se sont produits dans le passé nous a montré qu’ils n’étaient jamais totaux et que la vie reprenait toujours le dessus, d’une façon ou d’une autre.
Dans le domaine religieux, et notamment dans le christianisme, cette fin du monde est également prévue, soit par l’action du Mal, soit par la prise de pouvoir de Dieu qui interviendrait après une période de domination du Mal.
Notre devenir varie selon les religions et même au sein du christianisme s’opposent deux versions, celle judéo-chrétienne qui veut qu’après le chaos le Christ revienne instaurer un règne de mille ans avant la fin du monde et je jugement dernier qui séparerait définitivement les justes et les damnés et celle qui veut que ce monde n’étant pas de Dieu, il soit voué à retourner au néant d’où il fut sorti laissant les derniers esprits prisonniers retourner à leur origine, la création divine spirituelle.
Le seul problème est que la fin du monde, si elle est annoncée, n’est absolument pas programmée. L’espoir de l’an mil retombé et celui de l’an 2000 avorté, il nous faut bien accepter l’idée que la date nous demeurera inconnue jusqu’à son échéance.
De là sont nées deux approches, l’une annonçant sans cesse la fin du monde pour demain et l’autre cherchant, sinon à la nier, du moins à la repousser sans cesse, afin de libérer les hommes de l’angoisse qu’elle pourrait susciter en eux. Car il semble bien que les hommes ont toujours eu du mal à imaginer une autre façon d’appréhender cette échéance que par l’imminence de l’impréparation ou par le déni. Les cathares, même s’ils ne furent certainement pas les seuls à le faire, eurent le mérite de proposer une autre voie, celle de l’ataraxie.

Comment se préparer à la fin du monde ?

L’erreur trop souvent commise est de penser que nous devons nous préoccuper de la fin du monde, comme si cette échéance nous concernait de quelque façon que ce soit.
En fait il en est une autre, autrement plus proche et, au mieux, concomitante, qui est celle de la fin de notre vie terrestre actuelle.
Mais là encore réapparaissent les mêmes problématiques, soit l’imminence, soit le déni. On le constate régulièrement, la volonté de vivre dans ce monde est si prégnante que l’homme, même très croyant, cherche à en profiter au maximum ce qui induit une angoisse de n’être pas prêt à l’échéance et de rater le coche comme les jeunes filles attendant le promis dans les évangiles. Les autres affectent de mépriser l’échéance mais en conserve une telle angoisse que sa simple évocation provoque souvent chez eux des réactions de déni ou une brutalité qui révèle leur véritable état d’esprit.
On le voit, aucune de ces deux façons de traiter le sujet ne semble adaptée à notre situation. Et d’ailleurs, quelle est-elle ?
Elle est celle d’individus qui doivent gérer l’événement le plus important de leur vie alors qu’ils ne disposent pas des moyens d’en modifier le cours. Je passe volontiers sur le suicide qui est un leurre dans lequel l’homme accomplit son destin en pensant le maîtriser. Le problème vient à mon avis du fait que nous posons le problème de façon erronée.
La question n’est pas d’influer sur le cours de notre destin mais de nous préparer à l’appréhender en pleine conscience et dans les meilleures conditions possibles. Je passe sous silence le problème des non croyants cathares, qu’ils reçoivent une autre foi ou qu’ils soient athées, car je ne peux pas raisonner dans des domaines qui me sont étrangers.
Le croyant cathare fait majoritairement le choix de vivre sa vie mondaine le plus longtemps possible et d’essayer de se mettre en état de grâce à l’instant ultime.
Si je comprends très bien que certains engagements pris dans la vie mondaine avant de s’engager en vie chrétienne doivent être honorés jusqu’à un terme raisonnable, je ne comprends pas qu’ensuite on puisse demeurer ainsi au lieu de chercher à se mettre dans les meilleures conditions possibles pour recevoir la grâce si l’Esprit paraclet nous en juge dignes.
Or, la seule façon d’y parvenir éventuellement n’est pas d’espérer un Consolament sur son lit de mort mais de se mettre en capacité de le recevoir le plus tôt possible en adoptant un mode de vie chrétien correspondant à ce que le catharisme nous enseigne, c’est-à-dire en adaptant intégralement sa vie mondaine au modèle évangélique des premières communautés et des communautés cathares plus proches de nous.
Car, les chrétiens de ces communautés visent à atteindre le seul état d’éveil possible pour recevoir la grâce qui est l’état d’ataraxie. L’ataraxie ne s’obtient pas en quelques instants, même aux frontières de la mort, mais par une disposition d’esprit qui se travaille. Cela ne veut pas dire qu’un Consolament in extremis ne peut en aucune façon être valable, seul l’Esprit consolateur peut l’apprécier, mais je crois qu’il est plus cohérent de travailler à l’apaisement de nos sens et au détachement de notre mondanité dans la durée et la persévérance.
Ne nous voilons pas la face, beaucoup pensaient et pensent encore que les conditions que requiert la vie évangélique leur paraissent si exigeantes au regard de leur vie actuelle, qu’ils ne pourront les maintenir durablement d’où l’intérêt d’y souscrire pour la plus courte durée possible. C’est une erreur d’appréciation car, en fait, nous ne pouvons juger de ce que nous trouverons normal demain par le regard altéré que nous y portons aujourd’hui.

La vie évangélique doit être choisie et non subie

Une fois convaincu de ce que je viens de dire il ne suffit pas de se présenter à la porte d’une communauté chrétienne cathare, d’ailleurs encore virtuelle, et d’espérer que les jours passant nous pourrons nous « fondre dans le moule » et acquérir cette « paix de l’âme » que représente l’ataraxie.
Par contre nous pouvons et nous devons nous préparer dès aujourd’hui, ici et maintenant, par un travail de réflexion et par des avancées modestes mais régulières, afin de nous préparer à passer le cap où la prégnance mondaine essentiellement dominée par nos sens et leur dictature laissera la place à la lumière d’une vie simple tournée vers la Bienveillance et l’Esprit.
Alors nous pourrons organiser si nécessaire notre entrée en vie évangélique et rejoindre ou mettre en place une ou plusieurs communautés de vie au sein de laquelle nous approfondirons ce travail serein et détaché qui maintiendra notre lampe allumée comme celles des jeunes filles qui surent attendre le promis et entrer à la noce avec lui.
Et du même coup les problématiques millénaristes et apocalyptiques, les angoisses eschatologiques et le déni inutile n’auront plus aucun sens pour nous qui seront en fait déjà en train de cheminer au-delà de notre dernière vie mondaine. Du moins c’est ce que je nous souhaite à toutes et à tous.

Éric Delmas, le 19/08/2017.

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