La fin du monde et l’apocalypse

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Quand vivre dans le monde devient difficile, voire insupportable, l’hypothèse d’une fin du monde prochaine tend à refaire surface et à prospérer.
De tous temps cette tentation peut être observée et étudiée. Elle fut prégnante dès les premiers temps du christianisme et elle perdure même chez les athées d’aujourd’hui.

L’origine de cette conception

À partir du moment où l’homme a cessé de voir sa fin prochaine dans les manifestations naturelles, il s’est construit une pensée religieuse qui incluait nécessairement cette hypothèse.
On l’a retrouve donc chez les sumériens et jusque dans la Torah où elle est quasi permanente tant Yahweh-Elohim semble prendre plaisir à menacer l’humanité qu’il a enfanté.
Elle est soit espérée et attendue, comme Paul le manifeste sans cesse, soit inéluctable en raison de l’analyse que font les hommes du monde.
Elle est soit liée à des temps définis, comme chez les millénaristes, soit liée à l’activité humaine et, pour les cathares, elle dépend de l’évolution de la création « démiurgique » vers une forme de concentration du Mal due à l’appauvrissement de ce monde en parcelles de Bien.

La fin du monde chez les chrétiens

La fin du monde véhiculée par le judéo-christianisme permettra à Dieu de faire le tri pour séparer ceux qui l’ont renié de ceux qui lui sont resté fidèles, comme l’évoque la parabole du bon grain et de l’ivraie.
Elle est annoncée par Jésus par une parole rapportée qui sert de base aux théories millénaristes chrétiennes, la seconde parousie du Christ étant annoncée pour dans mille ans et plus.
Pourtant on est en droit de douter de la validité de cette parole car, Paul de Tarse n’aurait pu l’ignorer, et pourtant tout dans sa prédication indique qu’il s’attend à un événement proche et non à une attente de mille ans.
Pour autant nombreux seront ceux qui tiendront cette prédiction pour vraie et attendront la fin du monde pour l’an mille — d’où ce nom de millénariste — non pas dans la peur, comme l’ont cru des générations d’hommes jusqu’à nos jours, mais dans l’espoir de l’apocalypse qui ne pouvait manque de suivre.
Car, si les chrétiens sont obsédés par la fin du monde, au point de la souhaiter pour demain, c’est qu’elle n’est qu’un moment difficile à passer avant la restauration d’un monde parfait où les justes — dont tout un chacun affecte de croire qu’il en est — verront récompensés leurs mérites et compensées leurs souffrances.
Pour autant, si les judéo-chrétiens ont fait de la fin du monde et de l’apocalypse un élément essentiel de leur croyance, les chrétiens authentiques, apparemment dès Marcion, semblent en avoir eu une autre approche.
En effet, pour les judéo-chrétiens, ce monde étant l’œuvre dévoyée de Dieu, la fin du monde a pour objet d’effacer l’erreur et l’apocalypse est une période transitoire visant à révéler les forces en présence et à ouvrir la voie d’une re-création, cette fois-ci réellement parfaite.

Pour les chrétiens authentiques — et je rappelle qu’il s’agit d’un adjectif visant à signifier sans mélange avec le judaïsme et non détenteur de la Vérité absolue — la problématique, et donc la solution, est différente. Ce monde étant l’œuvre du démiurge, du Mal donc, nul espoir d’amélioration n’est possible. Au contraire, le monde ne peut que se déliter progressivement puisque les parcelles de Bien qu’il recèle et qui sont les esprits dérobés dans la création divine, tendent au fil du temps à s’échapper et à retourner à leur origine réduisant d’autant la part de Bien dans ce monde du Mal.
Au passage nous noterons que pour les cathares l’apocalypse a déjà eu lieu puisque cette lutte au cours de laquelle l’envoyé du Mal a dérobé les esprits saints a déjà eu lieu, d’où notre présence ici-bas. Voilà un point majeur de divergence entre judéo-chrétiens et chrétiens cathares trop souvent oublié des spécialistes qui veulent à tout prix rapprocher certaines tendances judéo-chrétiennes — comme certains courants de l’Église réformée — du catharisme.

La fin du monde chez les athées

Chez les athées, l’idée de fin du monde, bien que non adossée à un concept religieux, ne peut s’empêcher de s’y référer.
La simple observation d’un monde considéré comme finit et temporel conduit logiquement les athées à en imaginer la fin. Mais au lieu de l’imaginer paisible comme une lente et calme agonie, ils ont souvent tendance à lui calquer la vision apocalyptique judéo-chrétienne, c’est-à-dire incluant la responsabilité de l’homme dans le phénomène, au point de limiter leur approche à la première partie du programme, c’est-à-dire à la destruction du monde.
L’inquiétude des athées semble avoir rejoint celle des judéo-chrétiens à la fin du deuxième millénaire car cette date de passage majeur est logiquement considérée comme une date charnière — comme c’est le cas pour les anniversaires humains de fin de décennie — ce qui est amusant car il est très courant qu’alors, l’on fasse une erreur en prenant en compte le début de la dernière année du millésime au lieu de considérer son dernier jour, qui lui est véritablement le point charnière. Ainsi, beaucoup se sont agités pour le premier janvier 2000 alors qu’il aurait fallu le faire pour le 31 décembre 2000.
Chez les judéo-chrétiens l’inquiétude portait sur l’analyse de la phrase attribuée à Jésus, que je cite au début de mon message, qui était interprétée comme fixant un créneau entre le premier janvier 1001 et le 31 décembre 2000. Cette analyse n’est en fait pas plus pertinente que celle de l’an mille car « …dans mille ans et plus… » ne veut pas dire et par extension dans moins de deux-mille ans.
Néanmoins cette synergie entre athées et judéo-chrétiens semble perdurer et toutes les occasions sont bonnes désormais pour essayer de trouver un nouveau signe susceptible d’indiquer la date fatale. Le dernier en date fut lié à l’histoire du calendrier Maya censé indiquer le 21 décembre 2012 comme date fatale.
Je passe sur la caractère hautement fantaisiste de l’analyse pour remarquer que même alors que cette annonce vient d’être annulée — soi-disant en raison de nouvelles découvertes — les groupes et individus baignés dans cette culture de fin du monde, persiste à y croire au point que les opérations visant à se mettre à l’abri de l’événement continuent à susciter des annonces et des mouvements de population suffisamment importants pour inquiéter les autorités, comme c’est le cas pour le site de Bugarach dans l’Aude (France). Et c’est intéressant d’observer à quel point ces frayeurs sont relativement bien partagées par des athées et des croyants de diverses origines.
Bien entendu, le 22 décembre, il ne manquera pas de spécialistes pour nous annoncer qu’en fait une légère erreur d’appréciation s’est glissée dans les calculs et pour proposer une autre date, à la fois proche mais pas trop, histoire de relancer la machine à cauchemars.

Et pour les croyants cathares d’aujourd’hui ?

Comme je l’ai indiqué plus haut, depuis Marcion, les chrétiens authentiques ne semblent pas avoir fait de la fin de ce monde leur centre d’intérêt.
Une des raisons logique est que, contrairement aux autres hommes — croyants ou athées — cette Terre n’est pas pour eux le seul refuge possible et la mort en ce monde n’est pas la fin pour l’esprit prisonnier, bien au contraire.
Une autre raison est que l’idée de la fin de ce monde n’est pas pour nous une hypothèse. Ce monde issu du Mal est incapable de se maintenir sans le secours de l’Être que seul un élément de la création divine peut apporter. Donc, la fin de ce monde signera simplement le retour dans la création divine du dernier esprit prisonnier ici-bas.
Pour autant, si la fin du monde ne fait pas mystère pour nous, elle ne semble pas non plus faire particulièrement envie. En effet, le retour des esprits saints dans leur lieu d’origine n’est pas simplement lié à un événement survenant dans ce monde-ci.

Au contraire, comme je viens de l’expliquer c’est l’inverse. Donc, tant que subsistera ici un esprit n’ayant pas atteint l’éveil suffisant pour s’échapper à la mort du corps qui le contient, le monde du démiurge perdurera.
Certes on peut s’interroger sur la nature de ce maintien car, comme on peut s’interroger sur la façon dont les esprits prisonniers sont répartis alors que la population augmente régulièrement, on peut s’interroger sur le devenir des esprits non éveillés si un accident venait à détruire ce monde, ou tout au moins toute vie humaine à sa surface.
Dans ce domaine chacun est libre d’imaginer une explication cohérente. Pour ma part j’avais proposé l’hypothèse d’une répartition des esprits dans tout l’univers, qui serait de fait la vraie création maléfique, et chaque monde qui en héberge serait en fait en équilibre avec les autres mondes comme dans le cas des vases communicants, ce qui rendrait plausible le fait que certains monde soient en croissance démographique alors que d’autres seraient en décroissance et même pourraient disparaître à terme sans les esprits soient libérés d’une quelconque incarnation. Ce scénario m’a été inspiré par le film Stargate, où un être surpuissant « ensemençait » l’univers de terriens déplacés auprès desquels il se faisait passer pour le dieu Râ. Intéressante synergie entre un auteur de science-fiction et la pensée cathare.

Pour conclure

Comme vous venez de le lire, les croyants cathares d’aujourd’hui ne sont pas plus intéressés par une éventuelle fin de ce monde qu’ils ne le sont par les peurs ou les espoirs qu’elle peut susciter dans la population croyante ou athée.
Pour nous le seul point de focalisation est la poursuite du cheminement entamé par notre éveil à la spiritualité cathare et l’espoir de parvenir à un point suffisamment avancé en cette vie mondaine pour espérer échapper à notre prison dès la fin de cette vie terrestre.

La seule vraie inquiétude serait de revenir ici ou ailleurs dans la même prison de chair.

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