L’arbre qui cache la forêt

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Le fondamentalisme, les fondamentalismes religieux, l’extrémisme religieux et maintenant l’extension isme comme stigmatisation restreinte des religions de la violence. Bien entendu, s’agissant de montrer du doigt celui que l’on veut stigmatiser sans chercher à analyser, les créations sémantiques sont d’un recours indispensable si l’on veut éviter qu’en levant le coin du voile on ne découvre une gangrène bien plus étendue.
De la même façon que l’extrémisme politique, qu’on l’appelle anarchisme, nihilisme ou autre, n’est qu’un révélateur de la violence réactionnaire de l’État de (si peu de) droit, le fondamentalisme religieux est le révélateur de la violence intrinsèque de la religion sectaire : l’arbre qui cache la forêt.

Origines du fondamentalisme

D’aucun pourraient croire que le fondamentalisme vient d’un excès de connaissance et de maîtrise d’une religion ; c’est l’inverse. Et le fondamentalisme violent vient du constat d’impuissance à convaincre par les arguments du fondamentalisme, et en raison des brèches de sa doctrine, qui pousse alors à faire le choix de la violence physique, soit pour contraindre par la terreur ceux qui y sont sensibles, soit à supprimer ceux qui refusent d’admettre les incohérences du fondamentalisme religieux.

Comme son nom l’indique, le fondamentalisme est une vision fondamentale d’un religion, c’est-à-dire une approche extrêmement épouillée d’une doctrine religieuse ramenée à sa partie jugée essentielle.
Malheureusement, il signe le cul de sac d’un cheminement erroné lié à une lecture elle-même faussée d’une doctrine souvent bancale.

En effet, le fondamentalisme est issu de religions affirmées comme détentrices uniques de la vérité, ce qui devrait déjà interroger leurs zélateurs, car comment peut-on détenir à plusieurs et en plusieurs interprétations une vérité unique, et à quel titre un Dieu universel aurait-il choisi de favoriser tel ou tel groupe issu de sa propre création au détriment des autres ?
Or, c’est clairement le premier point qui signe une erreur de jugement de ceux qui promeuvent une religion que de la croire seule manifestation de la Vérité divine et réservée à leur seul usage, ou plutôt à leur seule interprétation.
La Torah, l’Ancien Testament et le Saint Coran sont atteint de ce vice de fabrication. Les hommes qui les ont écrits — sans préjuger de leur bonne foi et de leur amour sincère de Dieu — se sont laissé aller à un fondamentalisme d’interprétation, lui-même empreint d’orgueil, qui leur a fait croire qu’ils détenaient en propre la seule voie possible vers Dieu.
Nous connaissons bien les erreurs de la Torah et de l’Ancien Testament en la matière qui séparent les croyants entre ceux qui ont la bienveillance divine et ceux qui sont ses réprouvés, mais le Saint Coran débute lui aussi sur cette erreur. La première sourate (Al-Fâtihah) dit entre autre : « … Guide-nous dans la voie droite, la voie de ceux que Tu as comblé de Tes grâces, non pas [la voie] de ceux qui ont encouru Ta colère (tels les juifs), ni des égarés (tels les chrétiens). » (Sourate 1. 6-7).
Cette première erreur, sans aucun doute d’origine humaine pour qui croit en un Dieu parfait dans le Bien, crée une différenciation de valeur entre les créatures de Dieu, ce qui est impossible de la part d’un vrai père à l’amour absolu.
Comment s’étonner alors que certains prennent ce genre d’argument au pied de la lettre et cherchent à imposer la suprématie de leur camp, y compris contre leurs coreligionnaires jugés trop mous dans leur interprétation ?

La doctrine du fondamentalisme

Elle est en fait relativement simple puisqu’elle est… inexistante !
En vérité c’est bien de là que vient la dérive violente. Le fondamentaliste est sans défense face à l’argument selon lequel il y a contradiction ontologique entre un Dieu absolu et l’idée même qu’il puisse séparer sa création afin d’en favoriser une partie au détriment de l’autre.
Les japonais le disent : « Celui qui cède le premier à la violence reconnaît objectivement qu’il n’a plus d’argument valable à opposer à son contradicteur. »
Céder à la violence, fut-elle verbale, est donc la reconnaissance de la supériorité argumentaire de l’autre ou de sa propre faiblesse argumentaire.
Or, une doctrine basée une une erreur princeps, celle d’un Dieu partial donc non aimant, est d’une fragilité extrême.
Ce sable sur lequel sont construites bien des vérités auto-proclamées ne fait que fragiliser les constructions doctrinales et dogmatiques — aussi élaborées et torturées soient-elles — de religions qui ont cru pouvoir se satisfaire d’un concept bancal certes, mais tellement adapté aux passions humaines que le suivre semblait être un chemin semé de roses. Et il l’est puisqu’il recommande à l’homme de céder à toutes ses pulsions, de préférences les pires, pour valider le postulat imbécile qui leur sert de fondement.
Et bien entendu,  plus la tour dogmatique s’élève vers un ciel d’encre, plus ses constructeurs deviennent sourds aux langues de ceux qu’ils ont abandonné en route.
Et la violence est d’autant plus forte contre ceux qui suivent une voie quasi parallèle car ce sont ceux-là qui sont les plus dangereux. En effet, ils pratiquent la même erreur avec le même entrain et sur des bases proches donc plus aisément susceptibles de se substituer aux leurs.

La logique auto-destructrice du fondamentalisme

À partir du moment où le cheminement commence sur une telle voie, il devient quasiment impossible de faire marche arrière.
D’abord parce qu’il faudrait repartir à zéro ou presque, ensuite parce qu’il faudrait admettre avoir été victime d’un aveuglement total, voire d’une imbécillité crasse pour n’avoir pas vu le piège qui devient grossier dès lors qu’on le repère.

Pour échapper à cette option extrêmement déstabilisante, il n’y a que trois voies. Celle du rejet de toute religion au motif qu’elle sont toutes menteuse. Celle du consensus mou qui fait accepter les incohérences en les habillant de mystère ou de transcendance pour s’éviter d’avoir à les regarder en face. Et enfin celle de la fuite en avant qui aboutit au fondamentalisme religieux.
Mais le fondamentalisme religieux porte en lui le germe de la violence. Car nous sommes des animaux à l’instinct grégaire. Nous ne nous sentons bien que dans le troupeau. Or, si le troupeau ne partage pas notre opinion, nous nous trouvons isolé, donc visible, donc fragilisé.
Mais comment amener le troupeau à partager un avis extrémiste quand il se complait majoritairement dans le consensus mou qui permet de vivre sans se poser de question ?
Tout simplement en lui forçant la main. Pour cela il n’existe que deux méthodes, étant entendu que la persuasion est impossible puisque le dogme est faussé.
Or, pour lui forcer la main, il faut l’amener à son troupeau, soit en le séparant du troupeau des autres, soit en l’obligeant à partager notre vision pervertie.
La violence, tournée vers d’autres groupes stigmatise le groupe dont nous sommes les fondamentalistes et oblige son « ventre mou » à se radicaliser, quitte à éliminer les plus opposant à ce choix. La violence tournée vers le « ventre mou » le force à rejoindre les extrémistes de peur d’être supprimé.
Et c’est ainsi que l’on s’aperçoit que certains groupes radicaux — bras armé de groupes fondamentalistes — sont soutenus de fait par des groupes beaucoup plus modérés qui les aident par peur et aussi parfois par sentiment de culpabilité de n’avoir pas été aussi « pur » dans la lecture de la doctrine erronée.

La fin du fondamentalisme est-elle possible ?

L’homme ne peut-il pas revenir à la raison ? L’arbre isolé qui contamine la forêt ne peut-il être détruit ?
La réponse humaine est négative. Car les doctrines religieuses calquées sur les comportements humains sont rassurantes et faciles à suivre, pour autant que l’on reste dans la lecture médiane, et donnent aux hommes le sentiments de concourir à leur propre salut à peu de frais.

Comment pourrait-on envisager de suivre une doctrine qui demanderait à l’homme des efforts qui lui paraissent surhumains ? L’Amour absolu, la non violence, le refus du confort et de la sécurité obtenus grâce à l’inconfort et à l’insécurité du plus grand nombre, sont des concepts exigeants et considérés comme générateurs de souffrance personnelle.
Certes la vision de ces ascètes, ermites, moines, yogis, etc. provoque une forme d’admiration des vrais croyants. Mais très vite on préfère penser qu’ils souffrent pour eux et pour nous, comme les chrétiens jetés aux lions reproduisaient le sacrifice imaginaire accordé à la Passion de Jésus.
Le Salut par procuration, par un pèlerinage, par un ex voto, par une quête et quelques œuvres pies est bien plus acceptable que celui qui demanderait un travail personnel, profond et constant, et surtout privatif de tous ces petits péchés quotidiens qui rendent la vie sur Terre si agréable.

Donc, faute de pouvoir arracher à sa racine la cause du mal, on préfère s’en accommoder, quitte à s’apitoyer sur les victimes d’un fondamentalisme, forcément fou, perpétré par ceux qui « n’ont rien compris à la religion », comme si les autres y avaient compris quelque chose.

Au final, on préfère laisser l’arbre nous pourrir le sol et nous gâcher la vue plutôt que d’y mettre le feu une bonne fois pour toute de peur de voir la forêt s’embraser.

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