L’approche du catharisme de nos jours

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De nos jours le regain d’intérêt pour le catharisme ne se dément pas. Certes, cet intérêt peut parfois sembler, pour les puristes que nous sommes, largement dévoyé dans des domaines où la confusion le mêle avec le ridicule.
Cependant, il semble que l’intérêt se soit également porté sur la spiritualité cathare. L’accroissement continuel de la fréquentation du site et des inscriptions à la lettre mensuelle d’information en sont un modeste témoignage.
Alors, comment comprendre ce qui fait cette alchimie complexe et quelle leçon pouvons-nous tirer de cette analyse ?

Quand je discute avec des touristes à la cité de Carcassonne, je leur dis qu’il y a au moins trois façons de visiter la cité : selon l’approche historique, selon l’approche architecturale et selon l’approche religieuse.

De même, le catharisme se vit au quotidien ici de trois façons : selon une conception « grand public » qui fait la part belle au tourisme et à l’économie locale, selon une approche historique qui peut être teintée de plusieurs éléments susceptibles de la dénaturer et selon une approche religieuse dont nous voyons ici-même qu’elle dispose d’une myriade de facettes.
À ces trois approches viennent se superposer parfois des éléments qui jouent sur plusieurs d’entre-elles, la politique laïque et religieuse, le régionalisme, la philosophie, un certain romantisme, etc.

Le catharisme destiné au grand public

Il faut reconnaître à la vulgarisation le mérite de permettre la diffusion des idées. Cependant, la contrepartie de cet avantage est que l’intérêt mercantile l’emporte souvent sur la qualité et que l’éducation des masses populaires n’est pas un paramètre susceptible de motiver les promoteurs de cette démarche.
Ainsi, la diffusion du catharisme dans la région sud de la France, a eu les effets liés aux intentions politiques qui ont présidé à sa mise en place.
Initialement voulue pour revaloriser une région en souffrance sur le plan économique, cette vulgarisation du “Pays Cathare” n’avait pas vocation à réveiller l’histoire ou la religion mais à permettre un essor économique que l’absence d’industrie et la faiblesse de l’activité viticole menaçait gravement.
Il faut donc comprendre les dérives que nous fustigeons parfois avec, je l’espère, suffisamment d’humour pour ne pas blesser. Car les boucheries «cathares» ou les restaurants «cathares» affichant cassoulet et foie gras à leur menu ne peuvent que surprendre.
Mais, que cherche vraiment le grand public en venant chez nous ? Un environnement agréable teinté de mystère, de gloire et de drame susceptible d’agrémenter gentiment ses vacances et son repos.
En aucune façon les instigateurs de ce choix politique et économique n’ont envisagé réveiller une revendication sociale et régionaliste susceptible de mettre en danger les équilibre socio-politiques de nos régions ou de remettre sur le devant de la scène une religion endormie apte à pointer du doigt les dérives terribles de religions aujourd’hui installées ou à favoriser leur mise au pilori dans leur dimension actuelle, forcément totalement différente de ce qu’elle était alors.

Cela permet de mieux comprendre que les institutions officielles prennent désormais grand soin à « gommer » les parties les plus saillantes de cette histoire qui s’est surtout écrite dans le sang et l’injustice.
Cela ne m’empêche pas de sourire quand j’entends des guides favoriser la thèse cathaphrygienne sur la thèse diabolique pour expliquer l’origine du terme « cathare », mais j’en comprends la motivation. De même, voir certains religieux issus de l’église de Rome de l’époque, chercher à s’apparenter autant que faire se peut aux cathares en mettant en avant leur propre schisme, me fait un peu sourire quand on constate qu’ils sont bien plus proche de la dogmatique judéo-chrétienne qu’ils ne voudraient le reconnaître.

Le catharisme au prisme de l’histoire

Il n’y a que dans les manuels que l’histoire parvient à être un peu figée.
Il suffit de participer à un colloque pour comprendre que l’histoire est comme le football ; il y a ce qui s’est passé sur le terrain et que chacun a perçu avec sa sensibilité et selon son angle de vue, sans parler de ce qu’il lui manque en raison d’un occultement matériel ou d’une inattention passagère et il y a ce que chacun en a compris et qu’il développe lors de la « troisième mi-temps ».
L’historien est avant-tout un être de chair et de sang… et surtout de pulsions.
Il est donc normal qu’il s’exprime dans ce cadre et ce sans la moindre malhonnêteté intellectuelle.
Le catharisme historique est, pour le moment, circonscrit à l’époque médiévale faute d’avoir trouvé des traces identifiables précédant cette période ou la continuant à la Renaissance, tout au moins sous une forme accessible au pré-requis des historiens modernes.
Donc, la lecture que les historiens font du catharisme est une approche médiéviste fortement teintée des particularités de cette période.
Mais leur approche est aussi légèrement influencée par leur nature personnelle : laïcisme, régionalisme, romantisme, « socialisme », etc.
Voilà autant de traits susceptibles de favoriser une lecture divergente d’éléments pourtant identiques.
Les querelles d’historiens sont aussi vieilles que l’histoire elle-même et elles sont stimulantes et positives pour l’intérêt de la recherche historique, comme c’est le cas en science physique par exemple, tant que cela reste une activité menée par des personnes honnêtes et sincères.
J’ai souvent remercié les historiens pour leur travail qui me sert souvent de référence dans mon approche personnelle du catharisme et, même si je connais moins certains courants de recherche que je peux même trouver moins crédibles, je ne les exclue pas de mes remerciements. Si M. Duvernoy que j’apprécie infiniment n’avait pas remis en cause les travaux de ses prédécesseurs et n’avait été à la recherche de documents peu ou mal étudiés, il ne nous aurait pas permis de découvrir le catharisme sous un jour totalement nouveau.
Si certains se sont trompés, ils ne sont pas à blâmer d’avoir mené des recherches mais à remercier d’avoir maintenu l’intérêt pour ce sujet qui a permis à d’autres d’aller plus loin et mieux.

Le catharisme vu sous l’angle religieux

Dès que l’on s’éloigne d’éléments matériels appréhendables, la place faite aux divergences d’opinions s’étend à l’infini. La religion est le champ d’exploration idéal de ce phénomène.
Comme il y avait à peu près un gnosticisme par évêque, il y a presque un catharisme moderne par cathare d’aujourd’hui.
Face à une religion non dogmatique et qui, à la fois n’est que la photographie de sa philosophie à un moment donné et n’est soutenue par aucun dogme persistant tout en s’appuyant sur une documentation rare, il ne faut pas s’étonner d’une diversité de lectures.
Les plus sages diront que la vérité du christianisme n’est pas accessible à nos esprits « matérialisés » et qu’il faut rester modestes face aux vérités des autres et face à nos propres certitudes.
Les influences extérieures sont là aussi nombreuses, tant sur le plan philosophique que politique. Car, non content d’être circonscrit au Moyen Âge, le catharisme se voit souvent encore limité à l’Occitanie.

Sous quel angle aborder le catharisme ?

Comme toujours, cela dépend de ce que l’on veut y trouver. L’auberge espagnole cathare est riche de promesses pour qui cherche honnêtement son chemin.
Ce qui importe n’est pas ce que l’on trouvera mais de respecter ce que d’autres ont pris et que nous avons jugé peu intéressant pour nous.
Les bons chrétiens donnaient à connaître leur approche du christianisme sans faire de prosélytisme au sens strict d’une recrutement agressif.
Il semble donc honnête de les suivre sur cette voie. Que chacun réfléchisse à son approche du catharisme, qu’il la soumette à l’épreuve d’une critique constructive, qu’il s’intéresse à d’autres approches de la même façon et qu’il en tire une conclusion ouverte.
Ne dogmatisons pas ce qui ne l’était pas et ne cherchons pas à imposer un point de vue là où il n’est pas reçu.
Il ne manque pas de place pour exprimer ses arguments et les outils de diffusion sont aujourd’hui à la portée de tous.

Cependant, il est coutumier de nos jours de s’approprier une croyance identifiée et, tout en s’en réclamant, de lui retirer certains de ses fondamentaux jugés non acceptables sans comprendre que l’on se met alors ipso facto hors jeu vis-à-vis de la religion concernée.
Il en va de même du catharisme. Certains points sont récurrents et étroitement liés à la religion cathare ; les rejeter sous prétexte qu’ils gênent revient à se mettre hors du catharisme.
Certes cela n’est pas grave car point n’est besoin d’être rattaché à tel ou tel groupe pour exister comme chrétien aujourd’hui. Mais il semble bien que l’instinct grégaire qui caractérise notre espèce empêche d’en être totalement convaincu. Ce qui est déjà en soi un élément d’alerte quant à la dépendance des personnes concernées vis-à-vis de leurs pulsions mondaines.

Comment définir un catharisme d’aujourd’hui ?

À la veille d’animer une première édition d’une conférence sur la catharisme, il est important que je sois en mesure de proposer quelques pistes à ce sujet.
D’abord il convient de remettre en avant les fondamentaux.
Le catharisme est une religion spirituelle, c’est-à-dire qu’elle met l’esprit en premier. L’esprit certes, mais de quoi parle-t-on ? Les cathares considèrent que seul leur esprit — certains diraient leur âme — constitue leur véritable identité. Le reste, corps et même système intellectuel, psychologique, et en partie éthique n’est qu’une portion destinée à maintenir leur esprit prisonnier de ce monde de matière, donc opposé à leur essence.
Le catharisme est une religion de l’éveil, c’est-à-dire qu’elle considère que l’esprit prisonnier est incapable d’appréhender son état sans passer par un stade de révélation qui lui permettra d’entamer un cheminement vers l’émancipation de sa condition mondaine. La forme que prend cet éveil n’est pas définie et semble pouvoir prendre bien des formes qui vont de la révélation brutale comparable à celle de Paul sur le chemin de Damas (cf. Les Actes des Apôtres) à une lente émergence qui, pas-à-pas les mènera vers la révélation finale.
Le catharisme est un christianisme, c’est-à-dire que sa référence est le Christ. Non pas un Christ humanisé, matérialisé, parfois même accouché dans une crèche et surtout soumis aux tentations du monde et à la violence de l’humanité dans une vision sacrificielle chère à notre humaine condition, mais un Christ à la fois messager et message, donc d’essence strictement spirituelle, jamais incarné et jamais crucifié.
Le catharisme est une religion de l’Amour c’est-à-dire de la fidélité au message du Christ. Non pas dans une approche mondaine, érotique, fraternelle ou filiale, mais dans une approche spirituelle et universelle. Cet amour que l’on nomme dilection , terme qui tend à le limiter à un rapport à Dieu, les grecs l’appelaient agapé et je l’appelle Bienveillance, c’est-à-dire volonté de faire à tous le bien que je voudrais que l’on me fasse.
Le catharisme est aussi une religion adossée à une philosophie qui remonte aux sources de la philosophie grecque et qui se manifeste par deux approches. D’abord une approche cohérente qui voulait que les philosophes ne philosophaient pas mais vivaient en appliquant les préceptes de leur philosophie. Ensuite par une réflexion logique qui emprunte tout autant à la maïeutique socratique et platonicienne qu’à la logique aristotélicienne. Ainsi, appliquant ce principe au monde, ils reconnaissaient dans cette imperfection totale où le Mal est premier en toute chose, non pas l’œuvre de Dieu mais celle d’un démiurge aussi malin qu’incompétent. Ils n’avaient donc aucune volonté de le sauver, puisque sa nature est toute entière acquise au Mal, mais ne cherchaient qu’à lui échapper.
Le catharisme est une religion où l’éthique est forte. S’ils identifient parfaitement le Mal dans le monde qui les entoure, les cathares savaient qu’ils n’étaient pas des purs en ce monde et considéraient même que leur état d’éveil avancé leur donnait à eux seuls la capacité de pécher en pleine conscience. Cela leur donnait une totale mansuétude envers leurs contemporains, dont les fautes n’étaient pas de vrais péchés mais simplement des élans de leurs pulsions mondaines. Soucieux de limiter leur nature pécheresse sans pour autant fuir les responsabilités que leur conférait leur incarnation mondaine, ils suivaient une règle qui leur était dictée par leur Bienveillance et leur logique philosophique. Ainsi, l’ascèse physique qu’ils suivaient sans contrainte ni souffrance n’était que le reflet visible de l’ascèse morale qui les guidait sur leur chemin de vie.

Donc, en fait aujourd’hui comme hier le catharisme exprime toujours les mêmes valeurs car cette religion dépouillée n’avait rien dans ses bagages qui ne soit toujours valable aujourd’hui.

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