Apocalypse now ?

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Apocalypse et christianisme

Certes, je reprends ce terme — tiré du titre d’un film culte —, mais ce n’est pas pour faire un effet de style. Il n’échappe à personne que, quelque soit le lieu où se portent nos yeux sur cette terre, et même dans notre pays, tout semble se dégrader de plus en plus vite et les menaces globales semblent plus importantes que jamais. Mais, quand on commence à réfléchir comme cela, la crainte de l’emballement ou de la vision simpliste n’est pas loin. Le catastrophisme est à la mode et y céder peut sembler trop facile et exagéré.

Le christianisme naissant était lui aussi très catastrophiste. Les premiers chrétiens étaient persuadés que la fin du monde était proche. Il faut dire que Jésus, si l’on en croit les Évangiles ne manquait pas de leur laisser entendre que la fin du monde était proche. Mais ces textes sont de la fin du premier siècle au mieux et de la première moitié du deuxième. L’auteur le plus ancien, Paul de Tarse, était lui aussi apocalyptique. Aussi se demande-t-on pourquoi le christianisme est aussi négatif ? La réponse se trouve peut-être dans sa doctrine. En effet, les chrétiens sont persuadés que le meilleur viendra après la mort, quand le Christ reviendra vaincre les forces du Mal afin d’établir ici-bas la Jérusalem céleste que l’Apocalypse de Jean nous décrit descendant des cieux pour s’implanter sur terre.

Donc, les chrétiens attendent la fin du monde avec inquiétude et espoir. Inquiétude de ne pas être sauvés, faute d’avoir mérité leur paradis, et espoir d’en finir avec ce monde terrible ; espoir également d’atteindre un paradis qui les récompensera de leurs souffrances terrestres. Les cathares abordent les choses avec plus de tranquillité. En effet, la fin du monde est pour eux synonyme de fin de l’enfer sur terre et retour dans le monde spirituel, d’où ils sont tombés voici bien longtemps. Le salut étant assuré à tous, ceux qui mourront lors de cette fin du monde seront simplement les retardataires d’un système d’évasion mis en place depuis des siècles.

L’apocalypse est-elle pour demain ?

La description qui est faite dans les évangiles des prémices de la fin du monde, pourrait nous donner à penser que nous en sommes proches.

Les grandes perturbations sociales et communautaires sont bien là ; les guerres aussi et les oppositions internes aux pays, voire parfois aux communautés de tous genres, y compris familiales, correspondent clairement à la description que Jésus fait de l’instant qui précède sa seconde parousie.

Nous commençons même à voir apparaître les persécutions religieuses qui pourraient bien aboutir à des guerres de religions et à des martyres qui se produisent dans des pays où la répression religieuse est déjà en place. Même le bouddhisme, idéalisé comme religion non violente par les occidentaux, n’est pas à l’abri des violences commises ou subies.

Il ne manque plus que l’Antéchrist pour compléter le tableau. Mais là aussi il ne manque pas de théories qui font penser qu’il est déjà là et depuis bien longtemps en fait. Tour à tour identifié au capitalisme, au communisme, aux dirigeants religieux, l’antéchrist serait à l’œuvre et nous serions en train de vivre la fin de son œuvre. Les mille ans de son règne sont ils ceux que nous venons de vivre ?

Personnellement je n’en sais rien mais, pour moi, la question n’est pas là. Car se focaliser sur la prédiction de la fin du monde est une perte de temps et d’énergie. D’abord parce que ce qui doit advenir viendra sans que nous ayons les moyens d’en modifier quoi que ce soit. Ensuite parce que nous ne sommes pas de ce monde, ce qui fait que sa fin ne nous concerne pas. L’autre interrogation qui est de savoir si nous assisterons à cette fin du monde est superflue également. En effet, soit notre corps mourra avant et notre esprit réussira à bénéficier de la grâce divine pour éviter une énième transmigration, soit nous échouerons encore et encore. Dans le premier cas, nous la verrons de loin et j’aime à croire que nous serons alors occupés à aider ceux qui seront pris dans ce chaos afin de les aider à s’en échapper. Dans le second, nous serons à la fois bénéficiaire de la meilleure place pour assister aux événements et nous aurons un parcours vers le salut un peu plus pénible que ce que nous espérions. Mais comme on dit : « Si on mange son pain blanc en premier, il ne reste ensuite que le pain noir. »

Les Cathares face à l’apocalypse

Si pour nous le catharisme apporte les réponses à nos questions spirituelles et même existentielles, l’apocalypse ne saurait nous inquiéter. En effet, la fin du monde est le terme logique d’un drame qui s’est noué voici plusieurs millénaires et qui ne pouvait finir autrement. C’est le moment où nous pourrons enfin revenir vers notre origine, le bon principe, puisque nous n’avons pas réussi à le faire plus tôt.

Au fil des siècles nombreux furent ceux qui connurent un moment de passage difficile en raison de leur foi le plus souvent, et nos ancêtres médiévaux nous en ont donné un terrible exemple. Mais ils nous ont montré également qu’un vrai croyant ou un Bon-Chrétien était en quelque sorte pourvu d’une telle assistance qu’il était en mesure de supporter cette épreuve avec sérénité. Ce qui nous inquiète c’est de savoir si nous serons prêts au moment venu. Il me semble que la réponse est positive car, le salut ne peut être accessible qu’à ceux qui ont acquis l’état de grâce. Pour les autres, il n’y a pas d’enfer en vue, si ce n’est un enfer mondain qui peut se poursuivre sur cette terre ou ailleurs peut-être comme je l’imaginais dans mon livre.

Faut-il avoir peur de l’apocalypse ou est-elle une aide pour notre salut ? Cette question n’est ni anodine ni moqueuse. Si nous sommes encore emprisonnés dans ce monde, quand tant d’autres ont réussi leur passage, c’est que nous avons des difficultés majeures à atteindre l’éveil et à faire vivre en nous cette foi que nous croyons connaître mais qui germe dans des ronces, comme le disent les évangiles, étouffée par les attirances et les contraintes d’une vie mondaine prégnante. En effet, si nous arrivons à dépasser la première réaction face à cet avenir sombre que nous entrevoyons, l’apocalypse devient ce que son nom veut dire, c’est-à-dire une révélation ! C’est la révélation qu’il est temps pour nous de nous concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire sur la préparation au salut et à la bonne fin.

L’apocalypse, le dernier rappel

Donc, l’apocalypse en tant que révélation de notre situation et de la nécessité de nous mettre enfin en chemin, doit nous convaincre qu’il est plus que temps d’agir efficacement. C’est un peu comme ces spots publicitaires, volontairement désagréables et stressants, destinés à nous rappeler à la nécessité de nous comporter de façon saine et sécurisée.

Alors, au lieu de nous effrayer et de chercher comment survivre en ce monde, concentrons nos efforts sur l’approfondissement de notre connaissance de la spiritualité et cheminons de façon plus efficace afin d’être cette fois en mesure d’atteindre ce salut que nous avons toujours repoussé à plus tard.

Mais si tout cela n’était qu’un mythe ? Si cette apocalypse sans cesse annoncée et aussi souvent repoussée, que ce soit par les prédictions de Nostradamus, de Malachie, des Incas, de Bugarach et de qui sais-je encore, n’était cette fois encore qu’une de ces théories « complotistes » dont nous sommes friands ? Et bien tant mieux, car cela nous aura poussé à faire enfin l’effort de nous réveiller de notre torpeur mondaine et, qui sait, peut-être parviendrons-nous à faire notre bonne fin avant que n’intervienne cette apocalypse. Nous changerons de camp et au lieu d’être les derniers de la classe nous suivrons cette apocalypse de haut.

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