Haïssons-nous les uns les autres !

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La haine comme seul moteur du monde ?

Certes, la crise et la peur font toujours ressortir les pires instincts de l’humanité. Mais aujourd’hui je reste sans voix, ou presque, en voyant le tournant que prend la campagne électorale française. Simultanément, une chaîne d’information continue, plutôt considérée comme ultra-libérale et très droitière, nous fait entendre un discours d’un candidat d’un parti démocratique de droite et un micro-trottoir réalisé dans l’assistance venue l’écouter. Reprenant, mot pour mot, ses propos, elle remarque que la plupart des interlocuteurs approuve sans réserve, voire en rajoute une louche, des propositions du candidat sur le refus de l’immigration, y compris de réfugiés de guerre, sur la volonté d’exclusion pour motifs religieux et sur le désir d’un isolationnisme du pays vis-à-vis de l’Europe, et donc du monde. Certaines propositions encore plus dures comme le rétablissement de la peine de mort ou de la perpétuité réelle, l’expulsion d’immigrés sans emploi, l’obligation d’employer les français avant les autres, le refus des aides sociales sur des critères nationaux, etc. font également florès. Et, quand la journaliste dévoile que l’ensemble des propositions sont en fait celles émises lors de la campagne de 2012 par le parti d’extrême droite, les sondés ne s’en inquiètent pas et trouvent normal que ces propositions extrémistes deviennent désormais des propositions « républicaines ».

Ne rêvons pas, les propositions des partis de gauche ne sont pas toujours meilleures et si la détestable dictature du prolétariat n’est plus à l’ordre du jour, c’est désormais la haine de l’entrepreneuriat qui surfe dans leurs programmes. On s’est offusqué de l’arrivée au pouvoir de leaders d’extrême droite dans d’autres pays européens, hésitant même sur leur droit à demeurer dans l’Union Européenne, on se moque du candidat américain républicain qui veut expulser et parquer derrière des murs les miséreux venus chercher de quoi vivre aux USA, mais en quoi ces politiques français sont-ils différents ? En quoi sommes-nous différents de leurs électeurs et de leurs sympathisants ? Après avoir rejeté Dieu au siècle des lumières et devant l’évidence que la réussite financière n’est plus à l’ordre du jour, n’aurions-nous comme seule alternative que la haine de tous à proposer ? Sommes-nous prêts à inverser le commandement christique : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ! » pour lui préférer : « Haïssons-nous les uns les autres comme nous savons si bien haïr ! » ?

La haine signe la victoire du Mal en ce monde

La seule et unique décision qui a permis à notre espèce de survivre et de se développer fut de choisir la solidarité face à l’isolationnisme. Quand nos ancêtres décidèrent de regrouper les cellules nucléaires préhistoriques — c’est-à-dire composées d’un mâle dominant, entouré de ses femelles, de ses petits et de quelques anciens —, ils accomplirent l’exploit de décupler leurs capacités et leurs moyens de défense, sans parler de la création de temps de loisirs qui furent à l’origine de notre capacité créatrice et inventive. Certes, cela posa des problèmes, comme la rivalité mimétique, qui furent réglés par des moyens détournés qui furent à l’origine de la plupart de nos religions actuelles.
Au fil des siècles, c’est ce schéma qui fut privilégié et malgré des crises liées à des conflits de proximité ou concernant l’appropriation de biens nécessaires, la population humaine s’est étendue dans l’espace et a colonisé la quasi totalité de la planète. Grâce à ce système nous avons même réussi, notamment en Europe, à réduire quasiment à néant le risque de conflit guerrier. Il faut croire que le Mal considère que la récréation a suffisamment durée. Depuis quelques décennies, surtout pour ceux qui ont oublié — ah le triste privilège de l’âge — ou qui n’ont jamais connu les affres des guerres, le manque de conflit mimétique semble insupportable et la recherche de victimes émissaires devient une urgence.
Il en faudrait peu pour se laisser envahir par les craintes millénaristes et apocalyptiques, car comment ne pas voir dans ce qui nous arrive la prédication efficace de l’Antéchrist décrit dans l’Apocalypse de Jean ? En fait, ce personnage n’est certainement pas un être unique, mais plutôt la manifestation tangible de nos pires instincts que l’on laisse, petit à petit, prendre le dessus sur notre intelligence et notre éthique. Il n’y a pas de petite haine ! Tous les coups de canifs donnés à l’harmonie humaine sont fondateurs de plaies purulentes qui seront très longues, peut-être même trop longues, à guérir. Rejeter l’autre c’est se rejeter soi-même car, sans l’autre nous ne sommes rien. Même si nous faisions le choix d’en revenir à la vie préhistorique, combien d’entre nous pourraient survivre plus d’un mois ? Et les autres, sont-ils prêts aux contraintes d’une telle vie et à une espérance de vie ramenée à vingt-cinq ans à la naissance ?
Au lieu de cultiver la haine à la moindre des difficultés qui nous oblige à comprendre que notre mode de vie autiste et égocentrique n’a plus cours dans le monde d’aujourd’hui, nous devons comprendre qu’il s’agit d’une occasion de mettre en œuvre notre intelligence et notre inventivité pour développer d’autres méthodes et choix de vie afin d’anticiper les prochaines catastrophes humanitaires qui vont se produire sous peu en raison de ce que nous avons fait subir à cette planète et afin de rendre le vivre ensemble possible malgré les torts immenses que nous avons accumulés, nous occidentaux repus et méprisants, envers l’immense majorité de la population du globe que nous avons traitée comme des animaux, avant de l’exploiter sans vergogne et de l’abandonner à sa misère en croyant qu’elle ne nous en tiendrait pas rigueur.

Est-il encore possible de lutter contre nos instincts malins ?

Avant d’envisager de contrer les avancées du Mal nous devons prendre conscience de sa réalité. Cela veut dire qu’il ne faut pas réagir instantanément aux informations et aux images dont nous abreuvent jusqu’au dégoût ces pseudo journalistes qui ne valent pas mieux que nous, et qui n’ont que l’excès comme ligne de conduite.
Il faut ensuite arrêter d’attendre que les autres fassent le premier pas. Chacun de nous, à son petit niveau, peut agir localement ou plus largement pour soutenir ceux qui souffrent et ceux qui les aident. Nous pouvons aussi agir pour limiter la dégradation de notre environnement afin de retarder les futures catastrophes climatiques qui nous attendent.
Enfin, nous avons le pouvoir de confier les rênes de notre politique nationale et internationale à ceux qui proposent des voies médianes respectant l’humanité et la devise de notre pays : Liberté, égalité, fraternité.
Liberté pour tous et pour chacun de vivre sa vie au grand jour tant qu’elle n’empêche pas l’autre de vivre la sienne.
Égalité de tous sans considérations élitistes liées à tel ou tel argument d’antériorité dans tel ou tel domaine. N’oublions pas la fable de La Fontaine, Le chat, la belette et le petit lapin, qui nous rappelle que ce ne sont jamais les plaideurs qui gagnent.
Fraternité dans le respect des différences et dans la tolérance des particularismes que nous ferions mieux d’étudier plutôt que de les rejeter d’emblée. De notre connaissance commune naîtra la bienveillance réciproque qui nous pousse à aider ceux qui sont un peu à la traîne et à ne pas considérer que notre position fait de nous quelqu’un de supérieur aux autres.
En notre qualité de citoyen, demandons à nos représentants d’agir eux aussi, à l’échelle du pays dans ces principes, fondateurs de notre République.
Plutôt que de relancer les programmes militaires pour lutter contre les plus virulents excès de cette misère dont nous sommes la cause, mettons ce moyens et bien d’autres au service de programmes de développement et de nutrition qui, en réduisant la misère développeront l’envie d’une vie sereine et solidaire dans ces pays qui au lieu de rêver nous détruire verront en nous des fournisseurs et des clients, et bientôt sans doute des amis.

Faisons barrage au Mal en ce monde, sous peine d’en être les victimes

Comme on ne peut empêcher l’inondation et le tsunami de tout submerger, on n’empêchera pas la multitude des peuples poussés par la peur de la mort et la misère de nous envahir. La seule solution est de les convaincre que chez eux ils pourront atteindre une sérénité et un confort de vie tout à fait acceptables.
Si nous suivons les sirènes d’alarme des faiseurs de ténèbres, si nous suivons les joueurs de flûte du renfermement et de l’exclusion, nous finiront comme les rats d’Hamelin popularisés dans le conte des frères Grimm.
En ma qualité de novice cathare je pourrais me contenter d’observer ce que prédit ma religion en me disant que la fin de ce monde, nativement malin, ne me concerne pas. Mais, ce qui me concerne c’est la souffrance de tous ces esprits non éveillés qui subissent cette situation sans savoir ni pouvoir s’en extraire. C’est pourquoi je pousse ce cri d’alarme, car les cathares ne se cachent pas derrière leurs murs pour échapper aux tribulations du monde ; ils affrontent les éléments déchaînés avec le calme de Jésus sur la barque prise dans la tempête. Agissons ensemble pour corriger les effets de nos erreurs passées, non pas pour rendre ce monde idyllique mais simplement pour le rendre vivable jusqu’à ce que nous soyons en état de nous en échapper.

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