Le libre arbitre

Information

312 vue(s)

Le libre arbitre

De tout temps, les hommes ont cherché des explications logiques à la présence du mal dans un univers qu’ils pensaient créé par Dieu, image parfaite du Bien. Il ne faut pas être très affuté pour voir combien ce monde est mauvais, imparfait et corruptible, trois qualificatifs à l’opposé de l’idée que l’on se fait de Dieu.

Pour dédouaner Dieu de la responsabilité d’un tel fiasco, les judéo-chrétiens ont proposé que Dieu supportât le Mal dans ce monde au principe du respect du libre arbitre de l’homme. En fait, ce n’est pas Dieu qui est responsable de l’état du monde, mais l’homme en raison de sa faute originelle, librement choisie par lui alors que Dieu lui avait offert un monde parfait représenté par le Jardin d’Éden.

C’est donc en application de son libre arbitre que l’homme avait fait le choix du mal au lieu de continuer à vivre dans le bien.

Voilà un point de doctrine qui oppose souverainement les chrétiens authentiques cathares et les judéo-chrétiens catholiques, orthodoxes et réformés dans toutes leurs composantes.

L’explication qui va suivre peut paraître difficile à assimiler de prime abord, mais vous pouvez y revenir à votre guise pour prendre le temps de bien la comprendre si nécessaire. C’est fondamental, car c’est ce qui oppose la vision cosmogonique cathare de celle judéo-chrétienne et surtout, c’est ce qui justifie la venue du messager divin en ce monde, en charge de nous secouer les puces pour que nous apprenions à voir les choses en face.

Qu’est-ce que le libre arbitre ?

Dieu ne connaît pas le Mal et il n’a aucun pouvoir sur lui

Tout d’abord posons-nous la raison de l’invention de ce concept bizarre de libre arbitre. Comme je l’ai déjà expliqué, la justification du Mal en ce monde pose problème si l’on considère que Dieu l’a créé. En effet, le constat du Mal en ce monde interroge sur le comportement de Dieu.

De par son statut divin, il ne peut que ce qu’il veut et veut tout ce qu’il peut ; c’est le concept de l’omnipotence.

De même, il ne peut rien ignorer du devenir de ce qu’il crée ; c’est le concept de l’omniscience.

Et comme il est tout amour, il ne peut en aucune façon vouloir ni pouvoir le Mal. Donc ce qui émane de Lui est de même substance et est soumis à la même règle philosophique liée à son état de principe (cf. Aristote).

Commençons par bien expliquer le sens des mots. Le libre arbitre est la « faculté de se déterminer sans autre cause que la volonté, hors de toute sollicitation ou contrainte extérieure », ce qui veut dire : avoir la capacité de prendre une décision sans la moindre contrainte, d’agir donc en pleine volonté et conscience.

Le libre arbitre est une invention du principe corrupteur

Donc, d’où peut bien venir le Mal ?

C’est là que les judéo-chrétiens, fortement influencés par la Torah à laquelle ils sont si fortement attachés, ont imaginé exonérer Dieu de toute responsabilité, et d’en faire peser la faute sur l’homme. En fait l’homme aurait désobéi à Dieu — on se demande bien comment cela est possible sans que Dieu n’ait commis une erreur dans sa création — et se serait retourné contre son créateur en exprimant des sentiments (l’envie, la haine, etc.) qui auraient logiquement dû lui être totalement étrangers. Il semble y avoir là de fortes incohérences.

Que l’on considère que les esprits sont tombés dans la matière par accident ou furent victimes d’un enlèvement de force, ainsi que le pensent les cathares dyarchiens ou que l’on pense qu’ils ont succombé volontairement à la tentation de l’envoyé du mauvais principe, selon l’avis des cathares monarchiens, ils ne peuvent l’avoir fait par libre arbitre.

Ce que nous savons désormais de l’homme nous confirme que l’esprit-saint, consubstantiel à Dieu — tombé dans la matière —, est contraint dans sa prison mondaine ; il n’a donc pas de libre arbitre. En effet, il est soumis à une contrainte extérieure, dont il n’a pas toujours conscience, mais qui est néanmoins bien réelle. Ne dit-on pas que la plus sûre des prisons est celle dont le prisonnier ignore qu’il y est enfermé ?

Ses choix sont liés à de nombreux facteurs sur lesquels il n’a pas de maîtrise, à supposer qu’il en ait conscience et ses décisions sont influencées par le fait qu’il n’en connaît ni les tenants ni les aboutissants alors même que son intellect croit le contraire.

Mais que dire des esprits avant qu’ils ne chutent ? Avaient-ils un libre arbitre ? Nous l’avons dit, le Bien ignore le Mal, car il n’a pas de Mal en lui. Tout au plus peut-il constater l’action du Mal et ses effets, comme nous le voyons dans l’étude de la parabole du bon grain et de l’ivraie. Les esprits divins sont circonscrits dans le domaine du Bien, ce qui fait qu’ils ne connaissent que le Bien, n’ont d’autre référentiel que celui du Bien et ne sont pas en mesure d’envisager autre chose que le Bien. En effet, comme l’explique fort bien Jean de Lugio dans son traité[1], Dieu n’a créé que des êtres ignorants tout du Mal, donc incapables de le préférer au Bien qu’ils connaissent de toute éternité.

L’évêque cathare stigmatise l’argument catholique de l’époque selon lequel si Dieu avait fait ses anges parfaits dans le Bien, il n’aurait pas pu disposer du moyen de les juger sur leurs actes, afin de les récompenser ou les punir. Nous sommes là dans un délire anthropomorphique total. Dieu n’est pas notre censeur ni notre bourreau ; il est notre principe et, de ce fait, il ne juge pas puisque de lui ne peut émaner que sa substance parfaite. En outre, comment apprécier un père aimant qui soumettrait sa progéniture au mal pour mieux la punir si elle y cédait ?

C’est l’incarnation dans ce monde imparfait qui introduit les notions de contraires. Si l’homme commet le mal c’est à cause de son état d’esprit-saint affaibli dans une incarnation imparfaite dont il ne sait pas se détacher, fût-ce momentanément. Il n’agit donc pas par libre arbitre, car il n’est pas libre et, s’il n’était pas affaibli, il agirait en esprit-saint demeuré ferme auprès du bon principe, donc en Bien.

La liberté de faire le bien et le mal dans cette création n’est donc pas libre arbitre vis-à-vis de Dieu, mais péripétie dans un espace limité dans le temps. Les bons esprits n’ont donc pu, à aucun moment faire le choix du Mal et dans notre incarnation nous sommes forcés au mal d’autant plus que notre esprit est amoindri dans sa capacité à exprimer le Bien. C’est un peu comme une souris de laboratoire, mise contre son gré dans un labyrinthe, et qui se déplace sans savoir ce qui l’attend, selon le chemin qu’elle choisira. Elle ne peut être tenue pour responsable des conséquences de ses choix de déplacement. De même, ni Dieu ni l’esprit-saint prisonnier ne peuvent être tenus pour responsables du Mal.

En fait, la théorie du libre arbitre n’est qu’un emplâtre destiné à masquer la gangrène d’un concept intenable selon lequel Dieu serait créateur du Bien et du Mal. Elle est également parfaitement malhonnête, car elle permet de rabaisser l’homme et de le maintenir sous la coupe de « directeurs de conscience » qui peuvent ainsi lui imposer leurs quatre volontés. C’est enfin, un crime envers les femmes qui sont fustigées de tout temps au motif qu’elles seraient « l’antre du diable » et qui justifie encore aujourd’hui de leur dénier des droits pleins et égaux à ceux des hommes.

Ce que nous apprend la doctrine cathare c’est que, ni Dieu ni nous ne sommes responsables du mal que nous commettons dans ce monde, ce qui ne veut pas dire qu’une fois informé de cet état nous devions nous vautrer dans le stupre et la fornication, comme disaient les anciens.

Ce qui importe est de dévoiler la supercherie du Mal et de son démiurge afin d’accéder à l’éveil qui nous révèlera ces mensonges et nous permettra d’agir dans le sens de notre nature. La connaissance acquise par l’étude nous permet de démystifier les textes trompeurs commis par des hommes sous l’influence du démiurge. Une fois correctement assimilée, elle nous permettra de nous trouver dans un état réceptif à l’éveil qui nous révèlera comment cheminer vers le principe parfait pour, comme le fils prodigue, assumer notre erreur et agir afin de mériter notre salut. Cela peut se faire à titre individuel, en se rattachant ou pas à une spiritualité ou bien collectivement au sein d’une ecclésia partageant la même spiritualité.

En cela le catharisme propose une voie, certes ardue et exigeante, mais nous pensons qu’elle est la plus droite vers le but que nous visons. Il ne vous reste qu’à prendre vos responsabilités et à suivre votre chemin qui se fera seul ou accompagné.

Avec ma profonde Bienveillance.

Guilhem de Carcassonne.


[1] Jean de Lugio, Traité du libre arbitre, dans Livre des deux principes chap. 3 dans Écritures cathares de René Nelli – édition du Rocher 1959 (version initiale). Ré-édition augmentée du Rituel de Dublin, annotée par Anne Brenon – même éditeur.

Faites connaître cet article à vos amis !

Contenu soumis aux droits d'auteur.

0