L’immaculé conception de la vierge Marie

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Lecture des textes de la liturgie catholique

Comme chaque Dimanche et pour les principales fêtes catholiques, je reprends la tradition cathare qui consistait en l’analyse des textes de la messe catholique et leur compréhension du point de vue cathare. Il n’y a là nulle intention malveillante mais un simple exercice de style visant à montrer que la compréhension des textes est aussi affaire de doctrine.

L’immaculé conception de la vierge Marie

L’immaculée conception de Marie est un pilier du christianisme catholique. En effet, pour rattacher Jésus à la lignée davidique il fallait le faire naître dans un corps d’homme issu d’une femme juive, elle-même rattachée à cette lignée, puisque pour les Juifs c’est la femme qui garantit la lignée. Effectivement, à l’époque comme aujourd’hui, la maternité est facile à confirmer alors que la paternité peut soulever des doutes.
Mais il fallait aussi marquer le fait que Jésus était l’autorité suprême, donc il devait être le premier né, et il fallait que son statut divin soit clairement reconnu, donc il ne fallait pas que l’on puisse imaginer que son père eut pu être Joseph. Pour y arriver, on n’hésita pas à faire de Marie une quasi prostituée. À l’époque, enfanter sans être mariée était monstrueux. D’ailleurs Joseph, bien placé pour savoir qu’il n’était pour rien dans cette grossesse, aura un premier réflexe classique en voulant répudier Marie.
Mais l’idée de l’immaculée conception pose une question essentielle : celle du rapport du judéo-christianisme à la sexualité. D’un côté elle est nécessaire aux plans du démiurge qui veut une création foisonnante, de l’autre elle recourt à des expédients peu glorieux, voire un peu dégoûtants. Cette ambivalence marque clairement l’impossible connexion entre une vision élevée de la divinité et de sa création et la réalité d’un monde où les choses sont bien moins propres. On pourrait aussi s’interroger sur le fonctionnement biologique de la procréation humaine (et de bien des espèces d’ailleurs) qui nécessite l’usage d’organes qui sont proches ou communs à ceux des fonctions d’élimination des déchets du corps humain. Surprenant quand les fleurs usent de moyens bien plus poétiques.
Au final, les religieux, et notamment les cathares, ont compris ce problèmes et c’est pour cela qu’ils prônent et pratiquent la continence.

1re lecture :

Genèse : 3, 9-15. 20

9 – Iahvé Élohim appela l’homme et lui dit : « Où es-tu ? »
10 – Il dit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché. »
11 – Il dit : « Qui t’a révélé que tu étais nu ? Est-ce que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais ordonné de ne pas manger ? »
12 – L’homme dit : « La femme que tu as mise auprès de moi, c’est elle qui m’a donné de l’arbre et j’ai mangé. »
13 – Iahvé Élohim dit à la femme : « Qu’est-ce que tu as fait ? » La femme dit : « Le serpent m’a dupé et j’ai mangé. »
14 – Iahvé Élohim dit au serpent : « Puisque tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et entre tous les animaux des champs ! Sur ton ventre tu marcheras et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie !
15 – J’établirai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et sa race : celle-ci t’écrasera la tête et, toi, tu la viseras au talon. »
20 – L’homme appela sa femme du nom d’Ève, parce qu’elle fut mère de tout vivant.

Mon commentaire :
Ce passage est un chef d’œuvre et je n’arrive pas à comprendre comment les judéo-chrétiens peuvent encore le lire de travers. Examinons les personnages. Iahvé cherche l’homme — comme s’il n’était pas omniscient —, ou alors il fait semblant de le chercher, ce qui confine à la perversité. Il ne dit pas à l’homme qu’il est nu, ce qu’il lui avait caché jusque là ; il s’inquiète simplement de savoir comment l’homme l’a découvert. Il est donc menteur (Jn 8, 44). Ensuite, il s’en prend au serpent, soi-disant responsable de la situation, alors qu’il lui aurait été très simple de l’empêcher s’il l’avait voulu ou pu. Encore une forme de perversité. Et il précise qu’à l’avenir, il fera en sorte que la femme et le serpent ne puissent plus communiquer.
La lecture cathare est bien plus claire et simple. Iahvé n’est pas Dieu mais le démiurge, opérateur du mauvais principe. Il n’a pas de pouvoir sur le Bien, et c’est pour cela qu’il n’a pu empêcher Dieu de mettre l’arbre de la connaissance dans le jardin ni le serpent de venir apporter la bonne nouvelle (évangile) à la femme. Faute d’avoir pu prévoir ces événements (car il n’est pas omniscient), il tente de rattraper la situation à sa manière maligne en s’en prenant au messager (christ-serpent) dont il veut empêcher de futures interventions. Cela ne réussira pas puisque nous savons qu’il reviendra auprès des hommes.

Psaumes : 98 (Vulgate 97) 1. 2-3ab, 3cd-4

1 – Psaume. Chantez à Iahvé un chant nouveau, car il a fait des merveilles. Sa droite l’a secouru et son bras de sainteté [l’a aidé].
2 – Iahvé a fait connaître son salut, aux yeux des nations il a révélé sa justice,
3 – il s’est souvenu de sa grâce et de sa fidélité envers la maison d’Israël,
4 – Acclamez Iahvé, toute la terre, exaltez-vous, criez de joie et psalmodiez,

Mon commentaire :
Ce texte veut faire croire que Iahvé est bon pour les hommes. L’espoir s’est concrétisé et le peuple élu chante les louanges du Dieu qui les a favorisé. Nous savons que cela changera plusieurs fois au fil du temps.

2e lecture :

Lettre de Paul aux Éphésiens : 1, 3-6. 11-12

3 – Béni soit le Dieu et père de notre seigneur Jésus Christ, qui dans les deux nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans le Christ
4 – quand il nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour être, devant lui, saints et sans reproche en amour
5 – et qu’il nous a destinés d’avance à être adoptés pour lui, par Jésus Christ, selon le souhait de sa volonté
6 – et à la louange de la glorieuse grâce dont il nous a gratifiés en son fils aimé.

Mon commentaire :
On pourrait voir dans le début du verset 4 une affirmation de la consubstantialité qui diffère clairement de l’idée d’une création ex nihilo qui est la règle catholique. Nous sommes loin de la Genèse et du démiurge maladroit.

11 – En celui-ci aussi nous avons hérité d’être déterminés d’avance, selon le propos de celui qui opère tout d’après le dessein de sa volonté,
12 – pour qu’à la louange de sa gloire nous soyons les premiers à espérer dans le Christ.

Mon commentaire :
Ce court passage renforce la première partie : Dieu est clairement compétent et nous a déterminé de tous temps, ce qui fait que, quelques soient les vicissitudes que nous devons affronter en notre exil, il suffira que nous espérions en Christ pour que notre destiné s’opère quoi que veuille faire le démiurge.

Évangile selon Luc : 1, 26 – 38

26 – Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth,
27 – à une vierge fiancée à un homme appelé Joseph, de la maison de David, et la vierge s’appelait Marie.
28 – Il entra chez elle et dit : Réjouis-toi, gracieuse, le Seigneur est avec toi.
29 – À cette parole elle se troubla, elle se demandait quelle était cette salutation.
30 – L’ange lui dit : Ne crains pas, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
31 – Voilà que tu vas concevoir et enfanter un fils. Tu l’appelleras Jésus.
32 – Il sera grand et on l’appellera fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père.
33 – Il régnera au long des âges sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin.
34 – Marie dit à l’ange : Comment ce sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ?
35 – L’ange lui répondit : L’Esprit saint surviendra sur toi, la puissance du Très-Haut te couvrira : c’est pourquoi l’enfant sera saint et on l’appellera fils de Dieu.
36 – Et voilà qu’Élisabeth ta parente a aussi conçu un fils dans sa vieillesse, et ce mois est le sixième de celle qu’on appelait stérile ;
37 – car rien n’est impossible à Dieu.
38 – Et Marie dit : Voici l’esclave du Seigneur. Qu’il en soit de moi comme tu dis, Et l’ange la quitta.

Mon commentaire :
Cette scène, destiné à attester l ‘immaculé conception de Marie et l’humanité de Jésus, est amusante. Sachant qu’elle émane des courant hellénistes juifs, on ne peut s’empêcher d’y voir une imitation des légendes où Zeus choisit une mortelle pour s’accoupler à elle et concevoir des demi-dieux. Vouloir faire de cet évangéliste un proche de Paul est une idiotie dont la comparaison entre ces deux textes apporte la démonstration.

Voici comment je reçois ces textes.

Guilhem de Carcassonne.

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