Prologue Évangile Jean

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Prologue de l’Évangile selon Jean

Ce prologue concerne les versets 1 à 18 du premier chapitre pour les catholiques, mais d’après René Nelli, les cathares s’arrêtaient eux au verset 14.

Voyons d’abord les cinq premiers versets.

Les différents textes

Voici ce que dit la Vulgate :
1. In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum
2. hoc erat in principio apud Deum
3. omnia per ipsum facta sunt et sine ipso factum est nihil quod factum est
4. in ipso vita erat et vita erat lux hominum
5. et lux in tenebris lucet et tenebræ eam non conprehenderunt

Mais les Évangiles furent écrits primitivement en grec qui était la langue des intellectuels.
Voici d’ailleurs, un photo du prologue en grec :

Le morceau de texte encadré correspond à la fin du verset 3. En voici un agrandissement :


Comme on le voit il y a un point entre les trois premiers caractères et les deux derniers. La traduction phonétique est donc : oude.en

D’autres versions montrent, au contraire l’absence de séparation, ce qui donne : ouden.

Voici une traduction grecque littérale :

1 – À l’origine, le Logos était, le Logos était auprès de Dieu et dieu était le Logos.
2 – Il était, à l’origine, auprès de Dieu.
3 – Tout vint à l’existence par lui, et sans lui, rien de ce qui est venu à l’existence, ne vint à l’existence.
4 – La vie était en lui – la vie, lumière des humains.
5 – La lumière luit dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l’ont point saisie.

Voici maintenant la transcription du vieil occitan faite par Jean Duvernoy à partir du N.T. de Lyon :

1- In pnincipio erat verbum, et verbum erat apud Deum, et Deus era la paraula.
2 – Aiso era el comenzament amb Deu.
3 – Totas causas so faitas per lui e senes lui es fait nient. Zo que’s fait
4 – en lui era vida, e la vida era lutz dels homs.
5 – E la lutz lutz en tenebras, e las 
tenebras no la prisero.

Point d’étape

Il semble y avoir une concordance entre tous ces textes. Le verset 3 indique que tout ce qui existe, existe par le Verbe (Logos), qui est parole et raison de Dieu, et que rien de ce qui existe ne peut exister en dehors de lui.

En fait, les divergences d’opinions portent sur la plasticité intellectuelle du lecteur, plus que sur le texte lui-même.

En effet, si l’on se refuse à imaginer une création extérieure à Dieu, la compréhension pousse vers l’idée que rien n’existe en dehors du Verbe et l’on néglige alors le dernier morceau de la phrase que l’on considère comme une redite.

Si l’on est prêt à envisager une création externe à Dieu, ce dernier corps de phrase prend alors son importance et ne peut être négligé :
… sans lui, rien de ce qui est venu à l’existence, ne vint à l’existence.
… et sine ipso factum est nihil quod factum est
… e senes lui es fait nient. Zo que’s fait

Rappelons-nous que pour le Bien, le Mal est étranger à sa sphère d’entendement. Il n’est donc pas surprenant que la description de ce qui n’est pas venu à l’existence soit succincte.
Ce qui compte est qu’il puisse y avoir quelque chose en dehors de l’existence. Mais alors qu’est-ce que ce texte veut dire par existence ?
C’est là qu’il nous faut relire Parménide.

Hé bien! je vais parler, et toi, écoute mes paroles: je te dirai quels sont les deux seuls procédés de recherche qu’il faut reconnaître. L’un consiste à montrer que l’être est, et que le non-être n’est pas: celui-ci est le chemin de la croyance; car la vérité l’accompagne. L’autre consiste à prétendre que l’être n’est pas, et qu’il ne peut y avoir que le non-être; et je dis que celui-ci est la voie de l’erreur complète. En effet, on ne peut ni connaître le non-être, puisqu’il est impossible, ni l’exprimer en paroles. 
Car la pensée est la même chose que l’être.

En disant que le non-être n’est pas, Parménide signale néanmoins sa réalité. Il l’exclut du champ de l’être simplement. Mais le non-être ne peut être connu ni qualifié.

Il faut que la parole et la pensée soient de l’être; car l’être existe, et le non-être n’est rien.

La parole et la pensée : le Logos donc. Le non-être n’est rien, c’est-à-dire qu’il n’est rien dans le champ de compréhension de l’être ; il est un néant d’être.
Et l’être qu’est-il ?

l’être est sans naissance et sans destruction, qu’il est un tout d’une seule espèce, immobile et infini; qu’il n’a ni passé, ni futur, puisqu’il est maintenant tout entier à la fois, et qu’il est un sans discontinuité.

Sans naissance et sans destruction est la définition de l’éternité. Un tout d’une seule espèce, immobile et infini… un et sans discontinuité ; c’est la définition du principe selon Aristote. L’Être est donc un principe éternel.

Un quiproquo ?

Après avoir les écrits des uns et des autres, ainsi que les échanges vifs de la controverse qui opposa Christine Thouzellier et son élève à René Nelli et Jean Duvernoy sur la question du nihil, j’en viens à me demander si tout cela n’est pas né d’un quiproquo.

En effet, René Nelli, Jean Duvernoy et — d’une façon moins tranchée — Michel Roquebert fondent leur étude sur le Nouveau Testament occitan de Lyon. Christine Thouzellier, elle se base sur une version latine, toute droite issue de la Vulgate de Jérôme. Or, plutôt qu’une analyse sémantique de haute volée, qui n’a pas grand intérêt au demeurant, c’est plutôt à une étude de la façon dont chaque groupe comprend le concept, qu’il faut se livrer. N’oublions pas qu’il ne s’agit que de documents écrits par des hommes et souvent recopiés par des scribes dont l’absolue fidélité aux textes « originaux » est loin d’être absolue. La meilleure preuve est que lorsqu’on essaie de retrouver les parchemins les plus anciens, on trouve des versions grecques différentes !

Ce qui importe n’est pas de pérenniser une querelle de clochers mais de définir ce que les cathares pensaient et si cela avait un fondement cohérent et défendable sur le plan scripturaire.

Lecture et analyse

1-   In principio erat verbum, et verbum erat apud Deum, et Deus era la paraula.

On remarque, contrairement à la Vulgate et aux traductions françaises modernes, qu’il y a un mélange entre latin et occitan.

Bertran de la Farge, qui est à ma connaissance et à ce jour le seul à avoir traduit ce texte propose :

1 – Au commencement il y a le Verbe et le verbe est en Dieu et le Verbe est Dieu.

Cette différence entre Verbe et paraula n’apparaît logiquement plus. Pourtant, pourquoi le scribe cathare a repris le début du texte en latin ? Je me demande si ce n’est pas pour que le terme Principio apparaisse ?
Nous savons que pour les cathare ce terme de Principe ne se résumait pas au concept de commencement, et ce pour une bonne raison : l’éternité de Dieu ne conçoit pas l’idée de commencement.

Ce n’est donc pas la traduction idéale.

Je suis convaincu qu’il faut respecter et expliquer ce terme de principe.
Si l’Évangile selon Jean est dit l’évangile le plus philosophique, ce n’est pas sans raison.
Celui qui a fait la renommée du terme principe est Aristote, dont la pensée a été compilée dans un document baptisé a postériori : Métaphysique

Que dit-il du principe ?

Dans son livre α, il réfute l’idée que la recherche des causes puisse aller à l’infini :

… si rien n’est premier, absolument rien n’est cause.

En effet, s’il est toujours possible de remonter au-delà du point observé, il n’est pas possible d’envisager d’arriver à la cause initiale.

Sa critique est sans appel :

Mais ceux qui imaginent l’infini ne se rendent pas compte qu’ils détruisent la nature du bien…

… celui qui a une intelligence agit toujours en vue de quelque chose, c’est-à-dire en vue d’un terme, car l’accomplissement est un terme.

On ne peut raisonner sans se fixer une finalité à son raisonnement, quand bien même nous raisonnons dans l’éternité. Car l’éternité ne s’oppose pas à l’idée de finalité. Une finalité peut être éternelle, mais elle est le terme de la recherche des antécédents.

Et comme le dit Aristote : … car il n’est pas possible de savoir avant d’arriver aux indivisibles.

Il faut donc comprendre que toute cause est forcément indivisible, sinon elle ne peut être cause, mais ne peut être que conséquence de ce qui la compose.

Dans le livre Γ, il aborde le fond du problème : l’étude de la plus haute nature des choses, c’est-à-dire l’ontologie.

La plus haute nature d’une chose est la nature de cette chose en soi ; pour essayer d’être plus clair on peut dire que la plus haute nature de l’être est l’être en soi, c’est-à-dire l’être débarrassé de tout ce qui peut venir s’y ajouter et ainsi créer un composé dont l’être ne serait qu’un élément.

Or, justement c’est la définition du principe. Ce qui est au principe, c’est ce qui constitue la nature en soi de l’élément étudié.

En l’occurrence, pour Aristote, l’être en soi est immuable, non composé, et ne peut produire que des conséquences de même nature, également immuables et non corruptibles.

Le Verbe, c’est-à-dire la raison, la pensée et la parole de Dieu, que le grec traduit par Logos, est à l’image de son principe. Il ne peut accepter qu’une seule nature en soi, son principe c’est-à-dire Dieu !

Voilà pour ce premier point.

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