Jean le baptiste : ange ou démon ?

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Nous savons que pour certains cathares, Jean le Baptiste était considéré comme un démon.
Comment peut s’expliquer cette opinion sur celui que les évangiles et la culture judéo-chrétienne présente au contraire comme le saint le plus proche de la vérité et l’annonciateur du Christ ?
Tout dans la vie de cet être — à certains points presque sosie de Jésus — semble devoir en faire un prophète exceptionnel.
Pourquoi donc les cathares avaient-ils de lui une image aussi négative et, était-ce justifié ?

Jean-Baptiste, annonciateur de Jésus ou du Messie davidique ?

Effectivement, la lecture du nouveau testament peut laisser croire, de prime abord, que Jean est là pour annoncer l’arrivée de Jésus.
Luc (1 – 13 à 18) fait même de Jean un envoyé spécial dont la naissance est annoncée à son futur père. Mais nous savons que cette partie de Luc est un faux, dénoncé par les exégètes comme destiné à « judaïser » un évangile très paulinien, ce qui ne trompera pas Marcion d’ailleurs.
Jean-Baptiste est considéré comme un essénien, ce que semble confirmer les invectives qu’il profère à l’encontre des pharisiens et des sadducéens (Matthieu 3 – 7). Cela pourrait expliquer que son message annonce un Messie guerrier qu’attendent certains juifs, ce qui ressort également des admonestations de Jean.
« Déjà la hache est prête à attaquer les arbres à la racine : tout arbre donc qui ne produit pas de beau fruit est coupé et jeté au feu. » (Matthieu 3 – 10) (Luc 3 – 9).
C’est donc bien un Messie violent et guerrier que semble annoncer Jean. En cela il est pleinement dans son rôle de prophète du Dieu d’Abraham. Il ne semble pas savoir le message que va véhiculer celui qu’il annonce.
On est loin du coup de cet annonciateur génial, voire du mentor spirituel de Jésus que certains ont cru voir en Jean.
Si Jean se trompe quant à l’identité de celui qu’il annonce, qu’en est-il de son attitude face à l’apparition de Jésus ?
À deux reprises, Jean fait dire à Jean-Baptiste qu’il ne connaissait pas Jésus. (Jean 1 – 31 et 33) et rien dans les évangiles ne laisse penser que Jean découvre quelque chose de nouveau dans celui qu’il baptise. Rien n’interdit de penser qu’il croit toujours avoir à faire avec le futur roi d’Israël.

Jean-Baptiste, concurrent de Jésus ?

Sachant la venue du Christ prochaine, pourquoi Jean fait-il le choix de baptiser dans le Jourdain ? Rien ne nous indique que cela lui fut commandé, excepté peut-être quand il sous-entend qu’il accompli cette mission à la demande de l’Esprit-Saint (Jean 1 – 33). Agit-il de sa propre initiative ? Est-ce naturel pour celui qui admet n’être, ni le Christ, ni Elie, ni le prophète ? (Jean 1 – 20 à 22). Cela peut surprendre à moins qu’il n’ait d’autre fonction que de baptiser Jésus. Mais alors pourquoi poursuit-il cette action qu’il reconnaît comme insuffisante à procurer le salut ? (Matthieu 3 – 11 ; Marc 1 – 8 ; Luc 3 – 16 ; Jean 1 – 33).
Or, comme nous le verrons, ce baptême d’eau — notoirement insuffisant d’après son initiateur lui-même — va brouiller partiellement le message de Jésus et son baptême d’esprit. Volontairement ou non, Jean n’est-il pas alors en situation de concurrence avec Jésus ? En outre, alors qu’il a reconnut l’envoyé de Dieu dans le Jourdain (même s’il est probable qu’il ne différencie pas le dieu concerné), il ne le suit pas et va même lui envoyer ses propres disciples afin de l’interroger sur sa propre nature. (Matthieu 11 – 2 et 3 ; Luc 7 – 19)). Surprenant !
Et pourtant Jésus ne semble pas tenir rigueur à Jean de son attitude et de ses doutes. Au contraire, il le montre comme celui qui fut envoyé pour lui ouvrir la route. (Luc 7 – 26) Et même quand il semble le rabaisser (Luc 7 – 28), je crois qu’au contraire il le grandit vis-à-vis des hommes tout en montrant combien il était éloigné du Royaume de Dieu.

Jean, « l’ami du marié »

Finalement Jean semble avoir été un prophète dont la culture — vraisemblablement essénienne — a pu fausser le jugement quant à la véritable nature de celui que ses songes lui ont montré comme étant l’envoyé de Dieu.
Tout d’abord enthousiaste en croyant voir arriver le grand guerrier d’Israël, il se rend compte que ce Jésus ne correspond pas à ce qu’il en attend, au point d’envoyer ses disciples se renseigner, puis il se résout à ne pas tout comprendre mais reste convaincu du destin exceptionnel de celui qu’il a côtoyé. (Jean 3 – 28).
Alors, je serai certainement moins sévère que nos cathares du Moyen Âge en disant que Jean fut certainement un prophète dont la culture l’a empêché de bien interpréter ce qu’il avait reçu en songe. Néanmoins, sa vie et la constance de sa foi ont certainement dû lui être compté à son profit.

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