Genèse – 2

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La Torah – Le Pentateuque [1]

Ce texte est tiré de l’Ancien Testament publié dans la collection La Bibliothèque de la Pléiade des éditions NRF Gallimard.
Introduction par Édouard Dhorme, textes traduits, présentés et annotés par Édouard Dhorme.
Afin de respecter le droit d’auteur, l’introduction, les présentations et les annotations ne sont pas reproduites. Je vous invite donc à vous procurer ce livre pour bénéficier pleinement de la grande qualité de cet ouvrage.

Genèse

Chapitre 2

1 – Ainsi furent achevés les cieux, la terre et toute leur armée.
2 – Élohim acheva, au septième jour, l’œuvre qu’il avait faite et il se reposa, au septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite.
3 – Élohim bénit donc le septième et le consacra, parce qu’en lui il se reposa de toute son œuvre qu’Élohim avait créée par son action.
4 – Telle fut la genèse des cieux et de la terre quand ils furent créés. Au jour où Iahvé Élohim fit la terre et les cieux,
5 – il n’y avait encore sur la terre aucun buisson des champs et aucune herbe des champs n’avait encore germé, car Iahvé Élohim n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol.
6 – Mais un flot montait de la terre et arrosait toute la surface du sol.
7 – Alors Iahvé Élohim forma l’homme, poussière venant du sol, et il insuffla en ses narines une haleine de vie et l’homme devint âme vivante.

Mon commentaire :
Comment ! En 1.27, Dieu crée l’homme et la femme et là, il recommence !
En outre, il ne le crée plus de sa seule volonté, mais à partir de matière et il l’anime en y insufflant quelque chose.
Voilà une façon de faire peut compatible avec l’image d’un dieu tout puissant.
Comment ne pas imaginer que ce que ce dieu insuffle dans la matière façonnée puisse être étranger à la création de ce dieu ?
Ce qui semble incohérent dans l’optique judéo-chrétienne est parfaitement cohérent dans celle du Christianisme cathare.
Ce dieu — que l’on peut appeler comme on veut (Satan, Lucifer, etc.) — est le mauvais principe, ou son démiurge, en train de mettre en place une création qu’il veut comparable à celle de Dieu. Ce qu’il insuffle est la part de l’Esprit divin dérobé à la création divine et amoindri pour en faire son serviteur, l’Adam primordial !
Effectivement, cette présentation des choses explique que les ténèbres préexistent sur la lumière et que l’homme soit fait de deux pièces, une issue de la matière et l’autre un souffle (un esprit dérobé à la création divine).

8 – Iahvé Élohim planta un jardin en Éden, à l’Orient, et il y plaça l’homme qu’il avait formé.
9 – Iahvé Élohim fit germer du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger, ainsi que l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la science du bien et du mal.

Mon commentaire :
Bizarre. Cet arbre va causer bien des problèmes à ce dieu qui malgré tout le met en place. Quelle surprenante vision de sa toute puissance, lui qui ne peut s’empêcher de semer la graine qui va détruire son édifice.

10 – Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin et de là se divisait pour former quatre têtes.
11 – Nom du premier fleuve : Pishon. C’est lui qui contourne tout le pays de Hawilah où se trouve l’or,
12 – et l’or de ce pays est bon. Là se trouve le bdellium et la pierre d’onyx.
13 – Nom du deuxième fleuve : Gihon. C’est lui qui contourne tout le pays de Coush.
14 – Nom du troisième fleuve : Tigre. C’est lui qui coule à l’orient d’Assur. Le quatrième fleuve, c’est l’Euphrate.
15 – Iahvé Élohim prit l’homme, et l’installa dans le jardin d’Éden pour le cultiver et pour le garder.
16 – Puis Iahvé Élohim donna un ordre à l’homme, en disant : « De tout arbre du jardin tu pourras manger,
17 – mais de l’arbre de la science du bien et du mal tu n’en mangeras pas, car du jour où tu en mangerais, tu mourrais. »

Mon commentaire :
L’homme aurait donc pour mission de cultiver (alors que tout semble pousser à loisir) et de garder le jardin. Le garder ? mais, contre qui ?
 Cette attitude méfiante pourrait donner des doutes quant à la véritable nature de ce dieu méfiant.
Ce dieu affirme que la consommation des fruits de l’arbre de la connaissance provoquera la mort de l’homme. Nous verrons que c’est faux. Donc, méfiant et menteur. À n’en pas douter, un drôle de dieu que voilà.

18 – Iahvé Élohim dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul : je veux lui faire une aide qui soit semblable à lui. »
19 – Alors Iahvé Élohim forma du sol tout animal des champs et tout oiseau des cieux, il les amena vers l’homme pour voir comment il les appellerait et pour que tout animal vivant ait pour nom celui dont l’homme l’appellerait.
20 – L’homme appela donc de leurs noms tous les bestiaux, les oiseaux des cieux, tous les animaux des champs. Mais pour l’homme on ne trouva pas une aide qui fut semblable à lui.

Mon commentaire :
Ah bon ? Mais c’était déjà fait semble-t-il (1.20 et suivants). Un dieu qui s’y reprend à deux fois pour la même réalisation n’est pas très habile. Méfiant, menteur et maladroit. Le tableau est complet.

21 – Alors Iahvé Élohim fit tomber une torpeur sur l’homme et celui-ci s’endormit. Il prit une de ses côtes et enferma de la chair à sa place.
22 – Iahvé Élohim bâtit en femme la côte qu’il avait prise de l’homme. Il l’amena vers l’homme
23 – et l’homme dit : « Cette fois celle-ci qui est l’os de mes os et la chair de ma chair. Celle-ci, on l’appellera Femme, parce que d’un homme celle-ci a été prise.
24 – C’est pourquoi l’homme laissera son père et sa mère, s’attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair. »
25 – Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme étaient, et ils n’en avaient point honte.

Mon commentaire :
Certains cathares considéraient que la première création de l’homme (ex nihilo) est celle de Dieu car il lui suffit de le vouloir pour que cela soit, alors que la seconde est celle du démiurge, car il s’agit d’un véritable acte de bricolage, sans parler de la femme. Le démiurge veut qu’homme et femme forment une seule chair, alors qu’en fait ils ne sont qu’un seul esprit.

Guilhem de Carcassonne.


[1] La Torah est la loi que Iahvé a demandé à Moïse d’écrire. Il s’agit donc de la loi mosaïque qui contient les règles que fixe Iahvé à son peuple. Les judéo-chrétiens l’appellent Pentateuque qui veut dire cinq rouleaux, car elle contient les cinq premiers livres de la Bible : Genèse, Exode, Lévitique, Livre des nombres et Deutéronome. Elle se différencie de la loi orale, Mischna, qui est d’origine rabbinique et qui est complétée par les Talmuds. La seule loi d’origine divine est donc la Torah, le reste étant des interprétations essentiellement pharisiennes.

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