Le salut

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Les sympathisants et les croyants sont toujours très intéressés par la question de savoir comment se manifeste la certitude du salut ou l’angoisse de le voir repoussé à plus tard.
Il faut comprendre la relative inanité de cette question dans le cadre du christianisme authentique. Le judéo-christianisme qui s’est développé à partir de la souche chrétienne — qui s’est imposée comme universelle (catholique) avant de se scinder en église orientale (orthodoxe) et occidentale, elle-même divisée ensuite afin de laisser apparaître une partie réformée (protestante) — a fait du salut un problème central puisqu’il ne donne à l’homme qu’une seule chance d’échapper à l’enfer.
En fait, d’après ce judéo-christianisme, on constate que la plus grande part de la création divine était spontanément appelée à la damnation et qu’une faible partie pouvait espérer le salut.
C’est logique dans le cadre d’une foi basée sur une loi qui, comme chacun sait, est forcément transgressée un jour ou l’autre par tout un chacun.
On peut donc imaginer que c’est pour corriger ce biais que ces religions ont introduit des éléments modérateurs comme le repentir et le purgatoire destinés à récupérer in extremis quelques égarés modérément coupables de transgressions à la loi sévère mais juste.

Le christianisme authentique ne pose pas les choses ainsi.
Sa référence n’est pas la loi mais l’Amour. Non pas l’amour dans ses différentes formes humaines classiques (charnel, amical, fusionnel, etc.) mais dans une approche très particulière faite d’abandon conscient et maîtrisé.
Dans l’Amour, pas de jugement, pas de contrainte, pas de condamnation. Même pas de pardon puisque pas de reproche.
Le salut est inscrit dans le seul « contrat » initial posé entre Dieu et sa création. Le principe de toute émanation est de revenir à ce dont elle émane.
Alors, peut-il y avoir dans le christianisme authentique une angoisse du salut comme elle existe dans le judéo-christianisme ?
A priori, la réponse est non.
Pourtant les hommes s’en inquiètent. Pourquoi ?
Certainement parce que ce salut repose sur un principe qui nous dépasse tous et dont l’insondable profondeur peut faire douter de sa réalité, puisqu’il est par définition inabordable à nos esprits matériels : l’éternité.
En effet, le principe du Bien — Dieu pour simplifier — dispose de l’éternité ainsi que tout ce qui émane de Lui. Le principe du Mal — le néant — ne s’exprime que dans un temps fini.
La création diabolique eut un début et aura une fin.
Le salut interviendra donc pour tous les éléments de la création divine, au plus tard à l’occasion de cette fin.

L’inconnu porte sur quelques points qui sont les seuls éléments d’une éventuelle angoisse existentielle des croyants.
Tout d’abord, une fois informé et convaincu du fait que ce monde est diabolique et que l’esprit, prisonnier de corps successifs, y subit des nombreuses tribulations, généralement peu agréables, le croyant aspire enfin au repos.
Ce repos il le conceptualise par un retour anticipé auprès de son créateur et au sein de la création divine dont il découvre la nostalgie en son exil forcé.
Mais ce retour impose quelques contraintes dont la moindre n’est pas d’accéder à un détachement quasi total qui doit être naturel et non forcé.
Ce détachement nécessite un contexte particulier qui va permettre à l’homme de comprendre sa situation — c’est la révélation ou l’éveil — à partir de laquelle il va cheminer jusqu’à l’engagement de vie chrétienne, matérialisée autrefois par le Consolament rituel mais qui aujourd’hui ne peut être que symbolique à la manière pressentie par Guilhem Bélibaste quand il évoque un Consolament donné par des apôtres spirituels.
C’est là que l’homme va pouvoir fixer son angoisse qui semble si nécessaire à sa nature duale.
Car cet engagement est fragile et repose sur la constance de l’homme qui le prend.
Cela explique que, la plupart du temps, les croyants cathares faisaient le choix d’un engagement tardif qui fit confondre le Consolament avec une sorte d’extrême onction catholique censée délivrer des péchés son récipiendaire moribond.
Il n’en était rien. Le Consolament tardif permettait juste au nouveau chrétien de s’engager sur la voie de justice et de vérité pour un temps qu’il jugeait compatible avec ses capacités matérielles. Il ne garantissait de rien et imposait tout.

Que ressort-il de toutes ces explications ?
Dans l’absolu nous ne devrions pas nous inquiéter de notre salut car il nous est acquis. Consubstantiels à Dieu, nous sommes à son image, éternels et bons.
Mais, comme l’enfant devant l’étal du confiseur, nous rêvons d’un retour rapide à l’état de félicité que nous croyons entrevoir.
Ignorant totalement les voies que prendra notre salut nous cherchons un moyen de le hâter.
Or, le christianisme authentique est l’école de la patience et du renoncement.
C’est lorsque nous cesserons de chercher notre salut qu’il nous atteindra.
Nous ne devons pas viser la « récompense » mais nous devons agir à l’image que nous nous faisons du Bien.
Aimer en justice et en vérité doit être notre seul objectif. Le reste viendra en surcroît, en lieu et temps voulu.

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