Le Dieu bon et le Dieu juste

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Le Dieu bon et le Dieu juste

Ce qui différencie le christianisme romain et ses déclinaisons du christianisme authentique et ses racines est dans l’identification de sa source.
L’erreur magistrale commise par les tenants du judéo-christianisme fut de chercher à tout prix à concilier l’inconciliable.
En effet, à force de vouloir rattacher le Christ à ce monde pour justifier la Torah, les judéo-chrétiens sont tombés dans le piège que leur tendait le mauvais principe et ont tous rejoint (catholiques, orthodoxes et protestants), le clan des défenseurs d’un Dieu législateur et justicier.
Or, ce Dieu est l’antithèse du Dieu bon, parfait que reconnaissaient les chrétiens authentiques dans l’image que leur en donnait le Christ et que leurs successeurs (marcionnites, bogomiles, cathares, etc.) ont toujours défendu au prix de souffrances que leur faisaient subir ceux qui voulaient cacher leur propre dérive, mais ne faisaient en fait que confirmer leur propos.

Dès sa révélation, Paul sut faire la différence entre ces deux entités.
Cependant son message était très difficilement audible d’une société bâtie depuis si longtemps sur la validation de la pire supercherie que l’on puisse imaginer.
Pourtant, la lecture des textes sacrés prend toute sa lumière à l’application de cette révélation.
Le Dieu d’Abraham et de Moïse n’est pas le Dieu bon. Quoique largement supérieur à l’homme, il est animé par une volonté maléfique, mais totalement incapable de se comparer au Dieu bon, principe du Bien et seul vrai Dieu..

L’homme veut bien ne pas être au sommet de la pyramide — surtout quand il est patent qu’il ne peut ni expliquer ni reproduire des phénomènes qui le dépassent — mais à la seule condition que celui qu’il doit reconnaître comme supérieur à lui soit unique, parfait et décidé à considérer l’homme comme  son premier « enfant » et à l’aider à asseoir sa suprématie sur le reste de la création.

Or, admettre deux principes supérieurs à l’homme amène à le faire reculer d’un rang dans la hiérarchie initiale.
Cela amène aussi à s’interroger sur l’existence d’un Dieu qui semble inopérant dans la vie des hommes car, seul le Dieu juste maintient des relations avec l’humanité et le Dieu bon paraît impuissant face au Mal.
Vu avec des yeux humains et une logique mondaine, le Dieu bon est singulièrement absent quand on a besoin de Lui et, apparemment moins puissant que le Dieu juste.
Car l’homme ne peut guère imaginer les choses « là-haut » différemment de ce qu’il en constate ici-bas.
S’il y a deux Dieux il faut qu’il y ait conflit guerrier entre eux, tout comme cela se passe depuis Caïn et Abel.
Il faut que l’un supplante l’autre de façon visible.
D’ailleurs le fils de Dieu attendu par les juifs était considéré comme un guerrier venu libérer « son » peuple de l’asservissement afin de montrer aux autres hommes qui peut espérer le salut.
J’imagine aisément la déception de ceux qui ont vu un mendiant, vêtu de guenilles, venir leur parler d’un Dieu situé ailleurs et ignorant du mal dont eux savaient presque tout.
En outre, comment choisir, si ce n’est en faveur de celui qui a déjà manifesté à maintes reprises ses pouvoirs et, surtout sa grande variabilité d’humeur confinant parfois à la schizophrénie qui ne peut qu’inciter à la prudence.
D’ailleurs ceux qui ont choisi le Dieu bon plutôt que le Dieu juste l’ont payé cher alors que les autres n’ont eu qu’à se louer dans leur existence terrestre d’avoir opté pour le bon choix.

Car le Dieu juste sait dispenser ses bienfaits et sa législation est globalement acceptable et parfois même bonne.
Marcion ne cachait pas le respect que lui inspirait la Torah. Son seul défaut, selon lui, était de ne pas venir de Dieu même si, à son avis, son contenu était souvent valable et utile à l’humanité. La Torah comme le Coran sont de bons traités juridiques pour le développement harmonieux de la société de leur époque.
Mais, Dieu n’étant pas de ce monde, n’a rien à faire d’en organiser le fonctionnement.
Qui d’entre-nous aurait l’idée d’aller réglementer la vie de la fourmilière située dans son jardin ?

On retrouve là le trait principal de l’Homme depuis la nuit des temps.
Contrairement à l’opinion qu’il se fait de lui-même, l’Homme est certainement la créature la plus chétive et la moins adaptée à la survie sur cette planète.
Incapable d’imaginer les possibles, il ne « découvre » que ce que la nature lui plante sous le nez.
Incapable d’ambition, il  ne sait que reproduire — en pire la plupart du temps — l’existant.
Incapable d’humilité, il pense que l’orgueil vaut la compétence dont il est dépourvu.

On comprend aisément qu’il ait passé tout son développement à chercher des alliances fructueuses avec la nature et avec son créateur.
D’ailleurs, quand aujourd’hui on évoque la possibilité de vies intelligentes ailleurs dans l’espace, il frémit et tente d’en minimiser l’importance et si, d’aventure, quelqu’un prétend que ces « étrangers » pourraient être plus développé que lui, il s’en gausse et traite cela de science-fiction.

Forcément, doté de telles « qualités » l’homme ne peut pas être totalement à blâmer quand on le regarde vivre aussi petitement.
Il lui faut cette béquille divine qui lui indique la voie autorisée et les limites à ne pas outrepasser ; qui lui tape sur les doigts si nécessaire et qui le récompense d’un beau massacre d’ennemis quand il est bien sage.
Ce Dieu juste — enfin, pas toujours – est un Dieu sage à la hauteur de la compréhension de l’humanité.
Alors que le Dieu bon, qui n’intervient pas dans la vie de l’homme, qui ne lui indique pas les limites, qui ne le punit pas et qui lui porte un amour sans bornes, ne peut que l’exaspérer.
Quand après des milliers d’années, il lui envoie un messager pour lui montrer la lumière, l’homme est tellement enfoncé dans son obscurité qu’il « casse la lampe » et s’empresse de modifier le message pour le ramener à ses fondamentaux empreints de violence sacrificielle.

Ils peuvent venir les Jean, Paul, Marcion, etc., l’homme est prêt à tout pour conforter son opinion et cela pendant des millions d’années encore.

Mais il est vrai qu’il faut un esprit surprenant pour s’attacher à vouloir « régresser » au point de n’attacher aucune importance à ce qui vient de ce monde et rechercher à développer le seul sentiment qui semble extérieur à notre condition humaine : l’Amour absolu, pur, non violent et exhaustif. Vouloir vivre sans laisser ce monde imprégner notre être est radicalement incompréhensible pour des hommes qui n’ont jamais pu exister en dehors des pulsions les plus primaires qui se puissent imaginer.
Il est donc logique et mondainement normal qu’on élimine ceux qui osent défier ainsi l’ordre d’un monde par des moyens ridicules au regard de ceux dont leur adversaire est doté.

Voilà pourquoi il est contradictoire de penser que le Dieu bon puisse avoir quoi que ce soit de lié à ce monde et à son fonctionnement et qu’il puisse y intervenir de quelque façon que ce soit pour en modifier le fonctionnement.
La toute puissance du Bien est bien moins miscible dans le monde du Mal que l’huile ne l’est dans l’eau.

Éric Delmas, 14 janvier 2009.

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