Bâtissons notre maison sur le roc

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« Quiconque entend mes paroles et les pratique sera pareil à cet homme sensé qui a bâti sa maison sur de la roche ; la pluie est descendue, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et sont tombés sur cette maison, et elle n’est pas tombée, car elle était fondée sur de la roche.
Et quiconque entend mes paroles et ne les pratique pas sera pareil à ce stupide qui a bâti sa maison sur le sable : la pluie est descendue, les torrents sont venus, les vents ont soufflé, ils ont heurté contre cette maison, et elle est tombée, et sa chute a été grande.
» Matth. VII, 24-27.

Cela fait très longtemps que certains d’entre-nous ont l’espoir de rejoindre une communauté de vie chrétienne cathare qui renouerait le fil rompu au XVe siècle. Cet espoir fut tenu enfoui en eux tant qu’ils ne voyait rien de concret émerger des groupuscules ou des personnalités qui s’agitaient en brandissant le drapeau de la renaissance cathare.

Depuis quelques temps pourtant, cet espoir d’une réelle renaissance d’une approche cathare implantée dans ce monde reprend vigueur. L’idée que cette fois pourrait être la bonne tient au fait que le travail entrepris n’a pas cédé aux sirènes de l’ésotérisme débridé et des concepts futiles mais qu’au contraire elle a choisi la voie d’une spiritualité confortée par des recherches appuyées et exhaustives qui ont permis de séparer ce qui relève effectivement du catharisme et de ses origines de ce qui relève des digressions chrétiennes et parfois extérieures au christianisme qui ont jalonné les siècles en cherchant à donner au message chrétien un sens qu’il n’avait pas.

Forcément, cette étape essentielle laisse entrevoir la mise en place prochaine d’une communauté de vie évangélique qui remettrait à l’ordre du jour l’approche cathare dans sa dimension pleine et entière et non pas seulement comme une philosophie éthérée et désincarnée. En effet, les cathares vivaient pleinement leur foi dans le monde et hors du monde, c’est-à-dire en interaction avec leur siècle et dans le cadre d’une règle cénobitique.

Mais, comme le savent et le pratiquent les adeptes de l’alpinisme, il faut se méfier de toute précipitation, qu’elle soit motivée par le désir profond de finaliser sa démarche spirituelle trop longtemps contenue dans le cadre intellectuel ou qu’elle soit motivée par le désir de participer à la première initiative en ce genre.
Car ce qui compte pour celles et ceux qui veulent s’inscrire dans la démarche cathare, ce n’est pas qu’une communauté éclose tant bien que mal, mais qu’une communauté s’installe dans la durée et qu’elle offre un lieu d’accueil bien après que ses initiateurs auront disparus.
Comme l’alpiniste qui sait qu’il ne faut pas tendre trop loin le bras dans l’espoir de terminer l’ascension par une dernière prise exagérée, le croyant désireux d’entrer en noviciat ne doit rien sacrifier des nécessités relative à la saine construction d’une communauté de vie évangélique car cela risquerait presque certainement de créer un monstre qui ne pourrait prolonger son action sans se détruire de l’intérieur et qui remettrait ainsi en cause tout le travail effectué en amont pour démontrer la crédibilité d’une telle mise en pratique de la doctrine cathare.
Tout cela est bel et bon me direz-vous, mais comment déterminer ce qui est de la construction solide et ce qui relève de l’entreprise hasardeuse ?

Je crois que comme pour toute construction il faut travailler des fondations vers le toit et non l’inverse.
Il faut établir la Bienveillance, l’Amour absolu, l’agapê ou la dilection — peu importe lequel de ces termes vous parle le mieux — comme élément essentiel à la mise en place des structures de cette communauté de vie et non s’interroger sur la figure charismatique à laquelle on souhaite se référer quitte à maintenir hors du groupe ceux qui ne la reconnaîtraient pas.
La Bienveillance fixe comme préalable la reconnaissance de chacun à égale considération que n’importe quel autre et donc son opinion ne peut être dénigrée ou rejetée au seul fait qu’elle serait minoritaire. Une communauté de vie cathare n’est pas une dictature, ni une oligarchie et même pas une démocratie. C’est une fusion spirituelle qui s’incarne dans le quotidien d’une vie mondaine subie afin de donner à l’esprit prisonnier en chacun de ses membres la capacité à s’extérioriser de sa prison charnelle pour faciliter à terme la fin des transmigrations.
Cela donne donc comme préalable à toute prise de décision importante la recherche d’un accord unanime et non pas une simple majorité, fut-elle qualifiée. Une amie vivant en communauté en Bretagne m’a montré qu’il n’est pas besoin de se réclamer du catharisme pour avoir compris ce point essentiel à la durabilité d’un tel projet. Même si l’unanimité exige de longues discussions, des concessions mutuelles et approfondissements de la pensée de chacun, elle est la seule garante d’un accord susceptible de maintenir la cohésion du groupe qui, sans elle, est voué à l’échec.

Certes, dans notre monde et compte tenu des obligations des uns et des autres, il peut paraître illusoire d’obtenir cette unanimité. Il est quasi impossible de réunir tous les acteurs d’un projet sur une période assez longue pour arriver à cette unanimité. L’éloignement, les obligations professionnelles et familiales, les choix de vie qui impliquent que les projets d’entrée en vie cathare varient de l’un à l’autre, rendent le débat direct impossible.
Cependant, que de temps à autre des rencontres permettent à des parties du groupe d’étudier tel ou tel point afin d’en faire une synthèse utile à tous me semble valable à condition que les participants n’en viennent pas à penser que leur approche doit s’imposer aux autres. Il faut toujours se mettre en situation de revoir son projet à la lumière des opinions extérieures qui peuvent aider à l’améliorer ou aider à gommer des éléments qui ne seraient conforme au principe de Bienveillance qui doit rester la base de la structure.

Le point essentiel de l’échange et de la recherche de l’unanimité reste le dialogue qui peut se réaliser de maintes manières, depuis l’échange direct face à face jusqu’à la discussion grâce aux outils modernes qui nous sont donnés.
Une fois l’unanimité établie pour les éléments fondamentaux de la vie évangélique cathare, il sera temps de proposer une mise en place et d’en étudier les modalités pratiques. Car ce n’est pas une fois installé qu’il faut s’interroger sur l’organisation quotidienne, le partage des tâches, les observances spirituelles et rituelles, la place de chacun et la gestion de tous. Or, ces choix sont fondamentaux et doivent donner lieu à des décisions unanimes.

Il est clair que notre communauté actuelle manque encore cruellement de l’entente nécessaire à un tel projet. Les échanges sont rares, ils tendent à être sélectifs et quand un projet de réunion se fait, il fixe des règles qui émanent le plus souvent d’un tout petit groupe soucieux d’imposer ses vues au lieu de s’ouvrir aux autres.
À terme cela ne peut rien donner de bon. À quoi servirait-il à la renaissance du catharisme de voir apparaître des communautés dont les choix de vie seraient si différents les uns des autres qu’elles seraient incapables de se considérer les unes les autres comme rameaux d’un même mouvement ?
Même si certains d’entre-nous, et j’en fais partie maintenant que se profile à mon horizon une possibilité de participer activement à une telle communauté de vie évangélique, sont pressés car leur attente est longue et leur avenir leur apparaît peut-être restreint, il faut garder à l’esprit que l’objectif n’est pas de créer un espace de vie, une sorte de « village cathare », comme nous connaissons le village gaulois d’Astérix, mais qu’il s’agit d’offrir des conditions de bonne fin à des croyants désireux de progresser dans leur foi face à un monde tout entier voué à la division et à l’opposition entre les êtres.

C’est pourquoi, malgré les difficultés relationnelles avec certains, j’aspire à cette unité et à cette unanimité basée sur une conscience éclairée de chacun maintenant que nous disposons d’éléments clairs et détaillés sur l’exemple des communautés chrétiennes cathares qui nous ont précédé.
Je m’investirai dans toute initiative, voire je la susciterai si nécessaire, afin que ceux qui voudraient rejoindre cette communauté de vie, aujourd’hui, dans cinq ans ou dans vingt ans, sachent qu’elle sera conforme à leur choix mûrement et librement construit dans un esprit de respect mutuel et de Bienveillance.
Si d’autres veulent se précipiter, et peut-être précipiter l’échec de ce projet, libre à eux de le faire, ce n’est pas à moi de les juger.

« La précipitation vient du Diable ; Dieu travaille lentement. » Proverbe persan

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