Sainte Oraison dominicale

Rituels et sacrement

1-1-Sujets principaux
1 502 vue(s)

Rituels et sacrement

Le catharisme est un christianisme qui a réduit les activités rituelles au strict minimum en se basant sur ce que les Écritures nous disent de la pratique de christ.

À l’exception notable du Baiser de paix (caretas), tous les rituels nécessitent la présence d’un chrétien consolé. Ils sont normalement réalisés par le consolé le plus ancien présent au moment donné : ancien, diacre, Fils et bien entendu évêque.

Certains relèvent de la vie évangélique de la communauté vivant dans la maison cathare et les autres sont destinés à marquer l’appartenance à la communauté ecclésiale qui réunit les croyants vivants dans le monde et les communautés évangéliques.

Les rituels concernant les croyants

Certains rituels incluent les croyants, seuls ou associés à des consolés. D’autres sont réservés aux consolés, accompagnés ou non des novices. Parmi ces derniers certains acceptent des croyants, voire des sympathisants comme témoins muets.

Le Baiser de paix[1]

C’est le seul rituel qui ne nécessite pas la présence et la participation d’un consolé. Les croyants peuvent donc le pratiquer ensemble à l’occasion d’un temps de concentration spirituelle. Par exemple, si des croyants prient ensemble avec le Père saint, ils peuvent conclure ce temps par un Baiser de paix.

Ce rituel permet aux membres de la communauté de manifester ostensiblement, les uns envers les autres, leur appartenance et leur cohésion.

La pratique en est simple et rappelle ce qui se passe dans les communautés judéo-chrétiennes.

D’abord, le rituel ne peut s’effectuer qu’entre membres de même sexe. Il se compose de trois accolades alternées sur chaque épaule et se termine par un baiser, à bouche fermée, effectué en inclinant la tête de façon à ce que les lèvres de rejoignent de façon perpendiculaire. Il se conclue par un baiser donné au Nouveau Testament que chaque groupe fait circuler.

En présence d’un consolé, les membres de même sexe que lui (ou elle) le pratiquant prononce à chaque accolade : « Bénissez-moi. » et après le baiser, il dit : « Priez Dieu pour nous. », ce à quoi le consolé répond : « Que Dieu en soit prié. ».

L’Amélioration[2]

C’est sans doute le rituel le plus important au sein de la communauté ecclésiale. Il manifeste l’appartenance à la communauté et l’obéissance du croyant ou des consolés envers le Saint-Esprit paraclet représenté par l’ancien de la communauté évangélique.

C’est un rituel intime qu’on ne pratique pas en public, mais uniquement si l’assistance est composée de consolés et de croyants.

Il se décompose en deux temps :

La révérence

Le croyant ou le consolé qui pratique se met face au consolé qui officie. Il joint ses mains à plat, pouces collés si possible contre sa poitrine. Il incline la tête et le buste pour manifester. Aucun mot n’est prononcé de part et d’autre.

La prosternation

Sans pause, le pratiquant se met à genoux et adresse sa demande à l’officiant : « Bon-chrétien (ou Bonne Dame), la bénédiction de Dieu et la vôtre. »

L’officiant étend sa main au-dessus de la tête du pratiquant et répond : « La bénédiction de Dieu et la nôtre. »

Le pratiquant met alors ses mains à plat sur le sol et se prosterne en les touchant du front. Puis il revient à la position antérieure et renouvelle sa demande. L’officiant lui répond de même. La troisième fois, le pratiquant dit : « Priez pour nous pécheurs, afin qu’il fasse de nous de bons chrétiens et nous conduise à bonne fin. », ce à quoi le consolé répond : « Que Dieu vous bénisse et veuille faire de vous de bons chrétiens pour vous conduire à bonne fin. ».

Le pratiquant se relève et le rituel se termine par le Baiser de paix.

La Tradition du pain de la sainte Oraison

Lorsque des consolés et des croyants se trouvent ensemble à table, le plus ancien des consolés (ancien, diacre, Fils, évêque) va reproduire la gestuelle, attribuée à Jésus, de partage du pain de la Cène sans que cela ait la prétention de signifier quoi que ce soit de comparable avec l’eucharistie judéo-chrétienne. Il s’agit juste de commémorer des agapes.

Au début du repas, le consolé place sur son épaule (inverse de sa main dominante) une serviette blanche et y pose du pain en le maintenant, à travers la serviette, avec l’autre main.

Puis, il prononce quelques mots, pendant une durée estimée à celle nécessaire pour dire deux Notre Père. Que dit-il ? Personne ne l’a rapporté de façon claire, mais on peut considérer qu’il y avait sans doute un Pater, et que les quelques mots dit à voix basse, servaient au consolé à confirmer que cette réunion se faisait pour manifester la présence de l’ecclésia.

Ensuite, il découpe le pain en autant de parts que de convives. Il les distribue en respectant l’ordre d’ancienneté dans la croyance. Enfin, chacun mange son pain sans rien n’en laisser perdre.

Aujourd’hui cela peut s’envisager avec des tranches de pain déjà découpées pour simplifier les choses.

Les deux prières des croyants

Si je vous parle de cela c’est que les consolés ont des rituels de prières qui leur sont réservés. Les croyants n’en ont pas, mais ils disposent de prières qui leur sont autorisées, contrairement au Pater.

Le Père saint

« Père saint, Dieu légitime des bons esprits.
Toi qui n’as jamais trompé, ni menti, ni erré, ni hésité ;
Par peur à venir trouver la mort dans le monde du Dieu étranger,
Puisque nous ne sommes pas du monde et que le monde n’est pas de nous,
Donne-nous connaître ce que tu connais et d’aimer ce que tu aimes. Amen.
 »

Ce texte est suivi d’un anathème, tiré de l’Évangile selon Matthieu, écrit en réaction à l’éviction des juifs chrétiens des synagogues par les juifs (pharisiens et sadducéens) qui leur faisaient porter la responsabilité de la chute du Temple de Jérusalem en 70.

Bénédicité

Pour les instants à risque, un texte plus court est proposé à la demande des croyants :

« Bénédicité, seigneur Dieu, père des bons esprits, aide-nous dans tout ce que nous voudrons faire. »

Les rituels concernant les consolés

En plus des rituels ci-dessus, les consolés ont des rituels qui leur sont spécifiques et dont certains se pratiquent à l’abri des maisons cathares, c’est-à-dire sans que les croyants y assistent.

Le rituel des Heures

Ce rituel s’inscrit dans la vie quotidienne des consolés et, dans une moindre mesure, des novices.

Il s’agit de pratiquer un rituel simple ou double à certaines heures de la journée et de la nuit. Le rituel double enchaîne deux rituels simples.

Ils sont répartis comme suit :

  • Matines : rituel double exécuté dans l’heure qui précède le lever du jour ;
  • Laudes : rituel double exécuté dans la première heure du jour ;
  • Prime : rituel simple exécuté à la suite du précédent ;
  • Tierce : rituel simple de la troisième heure du jour ;
  • Sexte : rituel simple de la sixième heure du jour ;
  • Vêpres : rituel double exécuté à la douzième heure du jour ;
  • Complies : rituel double exécuté avant le coucher.

Le rituel se compose d’une série d’éléments récités et d’éléments gestuels. Dans l’ordre :

  • Benedicite : « Bénissez-nous, épargnez-nous. Quel Père, le Christ et le Saint-Esprit nous remettent et nous épargnent tous nos manquements.»
  • Adoremus : pratique appelée veniae (pl. venias) visant à se prosterner à trois reprises, mains à plat sur le sol et tête appuyée sur les mains, précédée du récitatif suivant : « Prions devant le Père, le Christ et le Saint-Esprit ; cela est digne et juste. » ;
  • Pater : 13 sont dits en commun et un est dit par l’ancien qui dirige le rituel ;
  • Adoremus : 3 venias identiques aux précédentes ;
  • Pater : 1 dit en commun et 3 dits par l’ancien ;
  • Adoremus : 1 veniae identique aux précédentes ;
  • Gracia : « Que la grâce du Christ, notre sauveur, soit toujours avec nous.»
  • Benedicite : identique au premier.

Le rituel est obligatoirement suivi d’une période de réflexion et d’étude de même durée.

Les novices, qui ne peuvent dire le Pater peuvent participer aux rituels simples et prononcer les phrases relatives aux autres parties du rituel. S’ils n’ont pas encore été admis à la pratique de la sainte oraison dominicale, ils ne peuvent assister aux rituels doubles, mais peuvent profiter de la période d’étude qui les suit.

Le Pater des cathares d’aujourd’hui

Après avoir étudié plusieurs versions du Pater anciens et modernes et en avoir fait l’exégèse, j’en suis arrivé à proposer une version moderne qui permette de mettre en avant les éléments importants de la doctrine cathare tout en conservant la forme initiale :

Père tout-puissant, principe des esprits-saints,
Ta volonté agit sur tout le Bien.
Ton Saint-Esprit nous guide comme il te plaît,
Pour que ta grâce puisse nous être accordée.
Donne-nous chaque jour, la nourriture
Que ta Parole et ton Amour procurent.
Remets-nous nos fautes et nos manquements,
Comme pour nos frères nous en faisons autant.
Et soutiens-nous dans les difficultés,
Afin de nous délivrer du Mauvais.
Amen.

Le rituel des Jours

Les consolés et les novices pratiquent des jeûnes rituels qui sont organisés de la façon suivante :

  • Jeûne strict comportant 100 g de pain et des boissons claires, froides ou chaudes à volonté. Il se pratique les lundis, mercredi et vendredi tout au long de l’année. Il se pratique également les mardi et jeudi de la première et de la dernière semaine de carême, ainsi que le samedi et le dimanche de la première semaine de carême.
  • Jeûne simple qui demande une restriction alimentaire portant sur les corps gras et sur les produits alimentaires de type récréatifs (gâteaux, confiserie, desserts sucrés, etc.). Il se pratique les mardi, jeudi et samedi de la deuxième à la cinquième semaine de carême inclus et le samedi et le dimanche de la sixième.

Des Jours peuvent être pratiqués en sus de ceux indiqués en contrition d’un manquement que la communauté aura avoué lors du rituel du Service.

Le Service[3]

Les consolés considèrent que le vrai péché est celui que l’on commet en se départissant du chemin qui mène au Bien.
Donc, seuls ceux qui ont connaissance du Bien, les consolés, peuvent vraiment pécher.
Cela imposait logiquement de manifester ouvertement sa contrition pour tous les péchés commis : volontaires, conscients, involontaires et inconscients.
Pour cela, une cérémonie rituelle était organisée chaque mois, en présence des croyants, aux cours de laquelle le diacre dont dépendait la maison cathare concernée, venait recevoir ce Service de la part des anciens des maisons cathares concernées.

Le texte de ce Service met en avant la conscience des consolés de n’avoir pas pu observer leur règle de façon stricte et efficace, en raison des fautes que leur nature mondaine provoque. À l’issue de cette contrition commune et publique, l’ancien annonce la mesure d’ascèse que sa communauté évangélique a décidé d’observer de façon à approfondir la bonne pratique de sa maison cathare. Le diacre écoute, mais ne se prononce pas, car le consolé a toute latitude pour évaluer son respect de la règle et définir ce qu’il doit faire pour rattraper le droit fil de son cheminement. Cette cérémonie était éventuellement l’occasion d’une confession privée d’un consolé au diacre, quand son ancien considérait que cela dépassait le cadre du Service commun. Là encore, le diacre, après avoir écouté la confession, demandait au consolé de définir la ou les mesures que ce dernier pense nécessaires à s’appliquer. Il pouvait, si besoin, modérer ou aggraver ces mesures, s’il pensait que le consolé n’avait pas su tirer les bonnes conclusions de son manquement ou de sa faute.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

Concernant les novices

Les novices en formation en vue de devenir des consolés avaient deux étapes fondamentales à passer.

On note que ces cérémonies comportent un temps d’admonestation de l’officiant envers le bénéficiaire qui vise à lui faire prendre pleinement conscient de l’importance de l’étape qu’il s’apprête à franchir.

Rituel de la sainte Oraison dominicale

Quand le novice avait atteint un niveau d’avancement dans sa formation qu’il considérait comme suffisant, sous réserve que les consolés l’ayant suivi soient d’accord avec lui, il pouvait demander à bénéficier de l’autorisation de participer pleinement aux rituels des Heures.
Cela revenait à l’autoriser à dire le Pater et à participer, comme les consolés, à l’ensemble des Heures, simples et doubles.

En général, ce rituel intervenait à la fin de la première année complète de noviciat, incluant trois carêmes. Dans la plupart des cas, les sources nous disent que ce rituel était associé au sacrement de la Consolation.
En effet, les novices qui n’étaient pas destinés à des missions de prédication, avaient reçu au cours de cette année de noviciat, les bases suffisantes pour mener une vie de consolé en maison cathare.
Par contre, les novices destinés à une mission de prédication pouvaient, soit ne pas être consolés immédiatement, soit l’être, mais ils continuaient leur formation en compagnonnage avec différents prédicateurs qui leur montraient ainsi les différentes pratiques apostoliques et complétaient leur connaissance des textes et des pratiques rhétoriques nécessaires à la bonne diffusion des prêches cathares. Une fois cette formation supplémentaire terminée, qui pouvait durer plusieurs années, ils étaient consolés et devenaient donc des prédicateurs associés à un plus ancien. S’ils avaient été consolés comme les autres, à la suite du rituel de la sainte Oraison dominicale, ils étaient re-consolés une nouvelle fois.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

Sacrement de la Consolation

C’est le seul et unique sacrement du christianisme cathare, car c’est le seul sacrement dont les textes nous disent qu’il aurait été pratiqué par le christ.

Il s’agit d’un baptême d’esprit, réalisé par imposition des mains. Il est réservé à des personnes ayant été formées dans le cadre d’un noviciat cathare et estimées prêtes à le recevoir. Il faut noter que ce sacrement n’est pas imposé par les formateurs du novice, mais que c’est ce dernier qui ressent en son for intérieur qu’il est temps pour lui de franchir cette étape dans son cheminement. Ce ressenti est en fait la vraie Consolation spirituelle par laquelle le Saint-Esprit consolateur baptise le novice. La cérémonie qui suit n’est qu’une reconnaissance ecclésiale de l’état de baptisé de l’ancien novice. Bien entendu, il peut y avoir confusion de la part du novice ; c’est pour cela que l’avis des consolés de la communauté où vit le novice est nécessaire à la mise en place de la cérémonie.

La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

La Consolation[4] n’est pas un rituel figé, comme l’est par exemple le baptême chez les catholiques. Elle était donc renouvelée à l’occasion d’étapes importantes de la vie d’un consolé, comme lors de l’attribution de charges importantes (diaconat, désignation comme Fils ou évêque). Elle pouvait aussi être renouvelée quand le consolé avait perdu son état, à l’occasion d’un départ volontaire de la communauté ou lors d’une faute ayant entraîné la perte de l’état de chrétien.
Au cours de la cérémonie, le novice se voit remis ses péchés antérieurs et choisi un prénom qui le désignera désormais au sein de la communauté, associé au nom de la commune où il s’est éveillé au catharisme.

La Consolation au mourant

Il était admis que les croyants, n’ayant pas eu la possibilité de se former lors d’un noviciat, s’ils se retrouvaient au seuil de la mort, pouvaient recevoir une Consolation in extremis. Cela rappelait que les cathares ne s’arrogeaient pas le droit de décider qui serait sauvé ou pas. Ils laissaient cela à l’appréciation du Saint-Esprit paraclet et de Dieu.
Cette Consolation n’était donc pas une garantie de salut, mais elle mettait le croyant dans les meilleures dispositions nécessaire à sa survenue. Si le croyant ne mourait pas, il devait, soit renoncer à son vœu d’être consolé, soit entrer en maison cathare pour suivre un noviciat suivi d’une nouvelle et complète Consolation. La cérémonie est codifiée et nous en avons une présentation détaillée dans le rituel cathare du Nouveau Testament occitan de Lyon.

La Convention

Les contraintes imposées par la croisade et l’Inquisition, qui rendaient plus difficile le recours à un consolé pour administrer la Consolation à un mourant, conduisit l’Église cathare à mettre en place un système de dédoublement de ce sacrement, une partie étant réalisée à distance de l’échéance et l’autre l’étant à son chevet, même s’il n’était pas conscient.
Il faut comprendre que la Consolation n’est possible que si le bénéficiaire est capable de répondre en pleine conscience aux demandes et interrogations de l’officiant.
Donc, quand la venue rapide d’un officiant s’est avérée plus aléatoire, l’idée de diviser la cérémonie en deux temps, un premier où le croyant indique clairement sa volonté pleine et entière d’être reçu, le moment venu dans la communauté évangélique comme baptisé, le second où l’officiant valide et finalise la Consolation sur un croyant incapable de lui répondre consciemment. Cependant, cela ne peut être considéré à l’instar des derniers sacrements catholiques, puisque le croyant, quoique inconscient, doit être vivant.

De nos jours, ce système peut être remis en place tant que l’Église sera faible en membres et dispersée sur le territoire.

Exprimez-vous dans le forum dédié à ce sujet.


[1] Appelé caretas dans les documents qui en parlent.

[2] Appelé melhoramentum, melhorament ou meliorer

[3] Il est appelé Apparelhment dans les textes.

[4] Elle est appelée Consolament dans les textes.

Le rituel de la sainte oraison dominicale

8-3-ecf- Rituels
11 970 vue(s)

Le rituel de la sainte oraison dominicale

Dans mon livre[1], je décris très précisément le rituel dit de la tradition du Livre et de l’Oraison dominicale.
Plusieurs points sont à relever :
1 – À qui s’adresse ce rituel ?
2 – À quel moment se situe-t-il ?
3 – Quel est son ordonnancement ?
4 – À quoi fait-il référence et quelles sont ses implications ?

Mises au point préliminaires

Le fait de remettre le Nouveau Testament au novice qui est en fin de formation initiale doit nous faire réfléchir à plusieurs points. Rappelons-nous que le catharisme ne supporte ni l’approximation ni l’incohérence.

D’abord, et pour être clair, net et précis, je passe la parole à Jean Duvernoy : « Le baptême proprement dit, la « consolation » (consolamentun), n’intervient qu’après le noviciat qui a pour issue la tradition de l’oraison. »[2]

Forts de cette précision, nous sommes obligés d’admettre que les pratiques rituelles amenant à utiliser la Pater, ne peuvent être mises en œuvre que par ceux qui en ont reçu la formation et l’autorisation, à savoir les novices — en fin de noviciat —, c’est-à-dire des hommes réguliers. La différence entre régulier et séculier doit, elle aussi, être clairement précisée.
L’homme séculier est celui qui vit dans le siècle, c’est-à-dire qui n’observe pas la règle. Cela concerne les étrangers au catharisme, les sympathisants et les croyants. En effet, contrairement à une idée qui tend à être diffusée depuis quelques temps, le croyant n’observe pas la règle de vérité et de justice. Tout au plus, s’il en intègre des éléments dans sa vie de tous les jours, peut-on dire qu’il pratique une morale — j’accepte de dire une éthique pour ceux à qui le mot morale donne de l’urticaire —, proche de la règle, mais le simple fait de vivre dans le monde et non en maison cathare, ouverte vers l’extérieur et dans la transparence de sa pratique, fait qu’il ne peut être comparé à un novice.
L’homme régulier est celui qui vit dans la règle, c’est-à-dire qui s’est mis en situation de vivre en permanence dans le respect contrôlé de la règle de vérité et de justice. C’est le cas des consolés ; mais alors pourquoi dire homme régulier plutôt que Bon-Chrétien ? Justement, cela s’explique fort bien à compter du moment où l’on prend en compte les novices, qui vivent dans la règle mais qui ne sont pas consolés. Ils sont en fait à la fois réguliers et séculiers. Ils ont quitté le siècle mais y sont encore attachés car n’ayant pas franchit l’étape, normalement irréversible, de la Consolation, mais ils sont réguliers car ils se plient à toutes les obligations de la règle.

Pourtant, les novices sont eux aussi interdit de dire l’oraison dominicale. En effet, leur caractère séculier l’emporte vis-à-vis de l’importance que revêt ce rituel de l’oraison dominicale. Ils en sont exclus, sauf pour les simples — c’est-à-dire les pratiques ne comportant qu’une seule série de Pater —, qu’ils suivent en auditeurs muets. C’est en cela que le Nouveau Testament occitan précise dans sa règle : « La mission de tenir « double » et de dire l’oraison ne doit pas être confiée à un homme séculier. »[3]

La tradition de l’oraison dominicale est précédée d’un temps appelé : la remise du Livre. Il s’agit bien entendu du Nouveau testament, dans sa version antérieure au VIIe siècle à l’époque. Cette précision pour rappeler que l’ordonnancement des textes a changé vers cette époque, modifiant considérablement l’impression que les catholiques voulaient qu’il laisse sur les lecteurs.
Si l’on remet officiellement le Livre au novice en fin de noviciat initial, cela veut dire que pendant tout son noviciat, il s’en est passé. On pourrait comparer cela à l’élevage d’un bébé. Pendant six mois on lui donne du lait, unique nourriture possible, et il totalement passif. Ensuite, on introduit une diversification prudente et progressive ; l’enfant acquiert alors une relative autonomie. Enfin, plus tard il va manger seul et choisir ce qu’il mange, avant de se décider un jour à faire sa cuisine tout seul. De même le novice a besoin d’un temps d’adaptation à la vie régulière, pendant lequel il reçoit passivement la nourriture spirituelle de ceux qui ont la charge de son éducation, puis il acquiert une relative autonomie en obtenant l’outil indispensable qu’il va pouvoir consulter à sa guise pour en apprécier la substance. Plus tard, après sa Consolation, il deviendra plus ou moins autonome selon qu’il restera en maison cathare ou qu’il accèdera au statut de prédicateur.

La description du rituel

Voyons maintenant comment cela se passe.

Préparation

Tout d’abord la compétence du demandeur est validée par les Bons-Chrétiens de sa communauté. Il ne peut pas y avoir de rituel sans un accord de l’ancien, représentant de la communauté.

Ensuite, il doit y avoir une préparation spirituelle assortie d’un jeûne de trois jours avant la cérémonie[4].

Le jour dit, le novice et les Bons-Chrétiens en charge du rituel se lavent les mains.

Le rituel peut se dérouler dans la maison cathare où vivent le novice et les Bons-Chrétiens en charge de la cérémonie.

Le plus avancé en cheminement, après l’ancien[5], commence par faire trois venias[6], qui ne sont pas accompagnées du rituel de l’Amélioration. Ceci fait il prépare le matériel à savoir : une table ronde ou un plateau rond posé sur un support. Il refait trois venias à l’ancien, puis installe sur la table un tissu[7] qui la recouvre. Il fait encore trois venias. Enfin, il dépose le Livre sur la table et dit : « Bénissez-nous, épargnez-nous. »

Déroulement

Une fois tout installé, c’est le novice qui entre en action. Il fait son Amélioration à l’ancien et reçoit le Livre des mains de ce dernier.
L’ancien lui fait un prêche[8] qui rappelle la raison d’être de l’Église cathare, l’importance de la communauté ecclésiale et de la règle de vérité et de justice, ainsi que la valeur de la tradition de l’oraison dominicale qu’il va recevoir.

Ceci fait, l’ancien va prononcer le Pater et le novice va répéter après lui, logiquement phrase après phrase et suffisamment lentement pour qu’il ait le temps de bien s’imprégner des paroles prononcées.

L’ancien va alors s’adresser au novice en ces termes :
« Nous vous livrons cette sainte oraison pour que vous la receviez de Dieu, de nous et de l’Église, et que vous ayez pouvoir de la dire tout le temps de votre vie, de jour et de nuit, seul et en compagnie, et que jamais vous ne mangiez ni ne buviez, sans dire premièrement cette oraison. »

Le novice lui répond en ces termes :
« Je la reçois de Dieu, de vous et de l’Église. »

Il termine en faisant une Amélioration. Il rend grâce[9]

Les Bons-Chrétiens présents font alors une double avec le novice qui pratique ainsi pour la première fois, ce qui confirme son nouvel état puisqu’il est autorisé à pratiquer la double comme tout homme régulier. Les autres novices et les croyants présents restent immobiles et silencieux pendant cet office.

Voilà, pour rappel comment cela se déroulait à l’époque. Je ne vois pas de raison de changer grand-chose aujourd’hui, car rien de ce qui était pratiqué ne peut l’être de nos jours.
Je pense que ce rituel peut très bien se pratiquer un samedi matin, ce qui permet de laisser le mercredi, le jeudi et le vendredi précédent pour la période préparatoire. En outre, le samedi matin le novice peut prendre son petit déjeuner pour éviter un problème pendant le rituel et commencera sa pratique régulière dès le repas de midi.

Dans le contexte actuel, c’est-à-dire en l’absence de Bons-Chrétiens, j’imagine que des croyants pourraient assister le novice, mais que les venias et les Améliorations ne se feront pas en direction d’une personne précise, mais plutôt en direction de l’extérieur, puisque le Saint-Esprit paraclet est seul apte à les recevoir.
Le sermon, préparé par le novice et les croyants prêts à l’aider, serait lu par un croyant et le Pater pourrait être lu, phrase par phrase, par plusieurs croyants afin qu’aucun d’eux ne le lise en entier. Seul le novice le dira intégralement. De même, le novice effectuera seul la double.

[1] Catharisme d’aujourd’hui – nouvelle édition 2015, page 260.
[2] Le catharisme. T. 2 La religion des cathares – Jean Duvernoy – éditions Privat (Toulouse) 1976
[3] Le Nouveau testament – traduit au XIIIe siècle en langue provençale, suivi d’un Rituel cathare – éditions Slatkine reprints (Genève) 1968, p. XXI
[4] Cette obsession de pureté étend le jeûne préparatoire aux pratiquants et pas au seul novice.
[5] Dans l’hypothèse d’un rituel effectué dans la maison cathare, entre les novices et Bons-Chrétiens y vivant, avec éventuellement quelques croyants témoins, c’est l’ancien de la maison qui officie. Dans l’hypothèse où de plus anciens que lui participent (diacre, Fils majeurs ou mineur, évêque), c’est le plus ancien d’entre eux qui officie.
[6] Les venais sont des prosternations avec agenouillement comme cela se pratique de nos jours dans à peu près tous les groupes chrétiens. Quand le contexte fait que des personnes étrangères à la foi sont présentes, ces agenouillements sont remplacés par un signe de tête, voire un accolade.
[7] Rien n’est précisé quant à ce tissu ni sa composition ni sa couleur. On peut imaginer cependant du coton ou du lin et la couleur blanche appropriée à ce genre de cérémonie.
[8] Il n’y a pas de texte formalisé pour ce prêche, mais on en trouve un exemple dans le rituel latin de Florence situé juste après le rituel occitan de Lyon dans Écritures cathares de René Nelli – éditions du Rocher 1995 et suiv. p. 239
[9] On peut hésiter sur le fait qu’il prononce simplement les grâces : « Que la grâce de notre seigneur Jésus Christ soit toujours avec nous, amen. » ou qu’il manifeste sa reconnaissance aux officiants, aux Bons-Chrétiens et novices ayant assisté à la cérémonie et au public des croyants.

L’évolution de mon noviciat cathare

8-5-ecf-Praxis cathare
4 054 vue(s)

L’évolution de mon noviciat cathare

À l’issue de ce cinquième carême de mon noviciat, entamé le 16 juin 2016, je ressens le sentiment d’avoir atteint une sorte de plénitude dans ma démarche. C’est un peu comme si, après avoir monté un certain nombre de marches j’atteignais un niveau intermédiaire où je peux faire une sorte de point sur mon avancement.
Certes, j’ai clairement la certitude que je suis loin d’atteindre au but… mais pouvons-nous l’atteindre vraiment, ou bien n’est-ce là aussi qu’une étape supplémentaire ?
Cependant, il me semble que j’ai obtenu des résultats dans mon évolution spirituelle qui me donnent à penser que je dois envisager une progression, car l’évolution du croyant et du novice me semble être le fruit d’étapes successives qui constituent autant de ruptures dans une progression apparemment linéaire et calme.
Bien entendu, ce n’est qu’une opinion personnelle et j’aurai besoin que les croyants qui liront mes messages me répondent afin de me donner leur sentiment personnel.

Bien entendu, l’idée n’est pas d’arrêter, au contraire. Mon questionnement est d’essayer d’évaluer mon degré d’avancement pour savoir si je peux faire « un pas » de plus. J’ai toujours su que je devrais avancer prudemment et prendre mon temps pour éviter de tomber dans les embûches du monde. Ces embûches causées par l’impatience qui vous font croire que vous êtes déjà quasiment un Bon-Chrétien, qui vous pousse à négliger, voire à mépriser les enseignements de nos prédécesseurs et à pratiquer sans les compétences indispensables des actes qui au lieu de vous élever, vous abaissent.

Pour moi donc, faute d’encadrement digne de ce nom, estimer si je peux entamer ma préparation à la réception de la Sainte Oraison dominicale est un problème.
J’ai l’impression d’avoir atteint un niveau où pas mal de choses se sont éclairées à mes yeux et où je me dis que retarder de trop cette avancée décisive revient à me conforter dans une position plutôt sécurisante mais nuisible à mon avancement et surtout, nuisible à la résurgence cathare qui ne pourra se faire que lorsque nous aurons suffisamment de novices en cours de formation et, espérons-le des Bons-Chrétiens pour les encadrer.

Je ne peux pas — et ne veux pas — me contenter de ma seule appréciation pour décider du palier que je peux m’autoriser à passer pour poursuivre ma progression.
Voilà pourquoi votre regard, à la fois extérieur et intérieur m’est indispensable.

Je me donne jusqu’au mois de février pour réfléchir sereinement à tout cela et je vous demande d’en faire autant.

Merci d’avance de votre bienveillante sollicitude.

 PS : J’ai publié ce texte sur Facebook, mais comme certains croyants n’y ont pas accès, je le publie également ici. Pour me répondre, excepté la page Facebook de la maison cathare, vous pouvez m’adresser un message via ce formulaire.

Contenu soumis aux droits d'auteur.

0