Le monde du diable

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Comme l’a rappelé la Première rencontre de la diversité cathare, la certitude de vivre dans un monde sous l’entière domination du Mal — quel que soit le nom qu’on lui donne : Satan, Diable, Lucifer, Malin, etc. — est un point de convergence de tous ceux qui se reconnaissent dans le christianisme cathare.

Pour ma part, m’inscrivant dans le courant de pensée dyarchique, je pense même que le Mal est responsable de l’existence de ce monde.
Mais je voudrais essayer d’aller un peu plus profondément dans cette notion qui permet de considérer que ce monde est dominé par le Mal quand les autres religions chrétiennes et les deux grandes religions monothéistes non chrétiennes (judaïsme et islam), considèrent elles qu’il est sous le contrôle de Dieu.

Même si j’utilise toujours les Écritures avec modération et méfiance — tant je sais qu’elles ont été victimes de modifications, d’interprétations, voire de création ex-nihilo pour servir les intérêts de pouvoirs temporels — je pense que, quand elles sont concordantes, elles peuvent laisser entrevoir un pan de vérité.

Pourquoi ce monde n’est-il pas celui de Dieu ?

Il y a deux façons d’aborder cette démonstration.
Il n’est pas sous la domination de Dieu car je n’y reconnais pas l’Œuvre de Dieu.
Il est sous la domination du diable car Dieu s’en dit étranger.
Même s’il est impossible de définir positivement Dieu, qui par définition est inconnaissable, il est possible de le définir par contraste.
Plus clairement, faute de pouvoir dire ce que Dieu est, je peux essayer de dire ce qu’Il n’est pas.
Je pense qu’il n’y a pas de mal en Dieu, qu’il n’y a pas d’imperfection en Dieu et qu’il n’y a pas de temporalité (corruption dans le sens de ce qui est affecté par le temps) en Dieu.
Or, il y a du mal dans ce monde, il y a de l’imperfection dans ce monde et il est corruptible puisque tout ce qui le constitue se dégrade et finit par disparaître, même ce qui nous paraissait immuable comme l’univers et le temps.
Il en faudrait peu pour que je considère qu’il n’y a rien de Dieu dans ce monde.
D’ailleurs, les Écritures relatent sans cesse que des « envoyés de Dieu » modifient ce monde par leur action inspirée (miracles). Or, s’il était l’œuvre de Dieu, ce monde n’aurait aucun besoin d’être modifié pour démontrer la puissance de Dieu.

Si l’on considère que Jésus fut, d’une façon ou d’une autre, l’envoyé de Dieu, force est de constater qu’il ne se sent pas chez lui dans ce monde.
Là encore les Écritures sont clairement concordantes et abondantes pour le rappeler :
« Ma royauté n’est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs ; en fait, ma royauté n’est pas d’ici. » (Jean 18-36)
Comment être plus clair ? Et même, plus que clair car Jésus délivre deux messages en un. D’une part, ce monde n’est pas le sien, clairement exprimé. D’autre part, ce monde ne peut pas être le sien car il est régi par la violence qui est le fait des sujets d’une divinité violente qui ne peut être Dieu.
Car en précisant que ses gens auraient dû combattre les Juifs, il précise de fait que le dieu de ce monde est un dieu qui utilise la violence, via le bras armé des peuples qui le reconnaissent pour leur Dieu, pour imposer sa loi.
Il ne faut, bien entendu, pas comprendre que le peuple qui sert de bras armé à ce dieu est responsable puisqu’il est en quelque sorte trompé par celui qui se prétend Dieu à ses yeux. Jésus trace donc ainsi le portrait en négatif de Dieu « son père », qui Lui n’utilise pas la violence et ne se sert pas d’un peuple contre un autre car toutes ses créatures (les esprits prisonniers ici-bas) sont d’égale valeur pour Lui.
On comprend mieux encore le sens de (Luc 4-5 à 8 ) où l’on voit Satan offrir le monde à Jésus en échange d’un acte de soumission. Comment proposer de donner une chose si elle ne vous appartient pas ?

Dieu a-t-il part à ce monde ?

Désormais, le doute n’est plus permis. Ce monde est la « propriété » du Malin.
Pour autant, Dieu peut-il y avoir part ?
Il est vrai que l’on est troublé en lisant les Écritures car, Dieu semble connaître ce monde et semble en mesure d’y intervenir sans grande difficulté.
Comment expliquer cela s’il est étranger à ce monde et s’il est puissant au-delà de tout ?
Il faut pour comprendre cela essayer de s’arracher à la conception « judéo-chrétienne » du monde.
Nous sommes endoctriné depuis de nombreuses générations afin de considérer que tout est dualiste, voire manichéen selon l’acception moderne de ce terme.
Le bien s’oppose au mal, le beau au laid, le bon au mauvais, le fort au faible, etc.
Mais, il s’agit là d’une approche conforme à ce monde dont nous venons de dire qu’il n’est pas celui de Dieu.
Si l’on considère Dieu de façon positive, après l’image contraire que j’ai esquissé, l’on peut dire — en admettant toujours que Dieu inconnaissable ne peut être décrit positivement que de façon hautement imparfaite — que Dieu est parfait et tout puissant dans le Bien, que son Œuvre est tout aussi parfaite et incorruptible que Lui (donc éternelle) et qu’Il ignore tout du Mal car il n’y a pas de dualité en Lui.
Voilà donc esquissé une vision d’un monde qui ne connaît que le Bien et, contrairement à ce que nos esprits formatés pourraient croire, il ne lui manque pas quelque chose (le Mal) pour être complet, mais au contraire, c’est notre monde qui est incomplet car en manque de Bien.
Alors, dans ces conditions, comment Dieu peut-il avoir part à ce monde ?
La réponse est tout simplement qu’Il n’y a aucune part.
Pour autant, à défaut d’y intervenir — ce qui dans un monde de violence imposerait d’user de violence, donc de Mal — car Dieu n’a pas de Mal à opposer au Mal (puisqu’Il est parfait dans le Bien), il n’en ignore rien car Il est omniscient de tout temps et il a part à ce que le Mal a « emprunté » à la création divine (les esprits ayant chu). C’est à ce niveau qu’Il intervient, non pas dans ce qui dépend du mal mais dans ce qui dépend du Bien.
Cela permet de comprendre comment, dans le monde du Mal, le Bien absolu peut intervenir sans se corrompre et sans changer sa nature absolue.
L’on peut donc penser justement, que tout ou partie du bien qui s’exprime dans ce monde est une manifestation de Dieu, même s’il faut avoir à l’esprit que cette manifestation ne peut en aucune façon transformer le Mal en Bien, donc faire de ce monde un jour, le monde du Bien. Dieu restera à jamais étranger à ce monde et les esprits sont donc appelés, à leur heure, à quitter ce monde qui n’est pas plus le leur que celui de Jésus, pour retourner à leur créateur.
Et nous touchons là un point de forte divergence avec les autres religions chrétiennes et les religions monothéistes citées plus haut qui est de comprendre qu’il n’y a rien à espérer de ce monde et que le Bien qui s’y exprime ne vise qu’à tempérer le Mal et que plus le temps avance vers sa fin, plus le Mal s’exprime fortement puisque, petit à petit, les esprits s’échappent et la part du Mal augmente jusqu’à la fin des temps où le Mal redevenu seul élément de ce monde renverra celui-ci à son état originel : le Néant.

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