Les carêmes, les jeûnes et l’endura

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Les carêmes, les jeûnes et l’endura

Introduction

Les carêmes et les jeûnes sont des éléments qui ont été largement mis en avant par les historiens du catharisme.

Il faut reconnaître que ces pratiques sont spectaculaires pour ceux qui vivent leur quotidien dans un monde où le manque de nourriture touche la moitié de la population mondiale.

C’est aussi une marque d’ascèse très forte puisqu’elle se positionne en opposition avec les conceptions les plus fortes de la nature humaine en matière de préservation de la vie. Le fait de refuser de s’alimenter est vécu comme anormal et revendicatif. C’est même la dernière cartouche qu’utilisent ceux qui ne parviennent plus à se faire entendre. C’est une pratique hautement dangereuse aux yeux de la population et le « suicide » des indépendantistes irlandais, à la suite de leur député Bobby Sands, a largement participé à rappeler la violence des grèves de la faim.

Dans le même temps, le refus d’alimentation a aussi une image positive grâce à Gandhi qui en fit, non seulement un outil de revendication face à la puissance occupante anglaise, mais aussi pour amener le peuple indien à faire cesser les luttes entre hindouistes et musulmans, sans pour autant empêcher la partition entre Inde et Pakistan et les massacres que cette partition a généré.

Chez les cathares les choses sont très différentes ; essayons de faire le point.

Histoire des pratiques ascétiques du christianisme

Quel est le sens des restrictions alimentaires dans le christianisme ?

Tout d’abord, elles s’appuient sur les quarante jours passés par Jésus dans le désert, ainsi que nous les rapportent les évangiles[1]. Notons au passage que cet épisode est absent de l’Évangile selon Jean.

Mais si le judéo-christianisme y voit une forme d’ascèse sacrificielle, le catharisme ne l’appréhende pas de la même façon. Pour les cathares, l’abstinence alimentaire est une façon d’approfondir sa part spirituelle en tenant ce qui relève du monde à distance.

Ce point de l’abstinence alimentaire est un élément fondamental du gouffre doctrinal qui sépare les judéo-chrétiens (catholiques, orthodoxes, protestants, etc.) des pagano-chrétiens (certains gnostiques, cathares, etc.). En effet, ce qui fait la différence est le rapport au mondain, donc au corps en l’occurrence. Chez les judéo-chrétiens c’est une œuvre de Dieu, alors que chez les pagano-chrétiens c’est une création du diable. Dès lors, il est facile de comprendre que limiter les ambitions du corps à se gaver soit pour les premiers une épreuve sacrificielle quand il s’agit pour les seconds d’un outil permettant de « libérer » l’esprit de l’emprisonnement charnel.

Les jeûnes dans les premiers temps de l’Église

Les christianismes des premiers siècles avaient des pratiques très variées concernant les jeûnes et les abstinences.

Dans son numéro 113-114 de 2006, la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée[2] en donne une présentation claire.

Non seulement les chrétiens d’Orient ont des pratiques différentes de celles de l’Occident latin, mais les Églises d’Orient divergent entre-elles.

En Occident des jeûnes courts sont pratiqués dans les heures précédant l’Eucharistie et les veilles de fête. Un jeûne très particulier, appelé « jeûne des stations » se pratiquait les mercredis et vendredis.

Petit à petit, l’Occident abandonna la plupart des jeûnes et ne conserva que celui de Pâques et du vendredi. En Orient, le respect des traditions s’est mieux maintenu.

En Occident, ce sont les cathares qui ont montré qu’ils étaient ceux qui étaient restés les plus fidèles aux traditions initiales. En effet, leur pratique de jeûnes hebdomadaires, les lundis, mercredis et vendredis et leur respect des trois carêmes de quarante jours effectifs sont clairement en lien avec ces traditions.

Comme indiqué plus haut, le jeûne des stations, qui comprenait le mercredi et le vendredi, était largement pratiqué dans tous les christianisme. En Occident, existait aussi le jeûne des Quatre-temps où l’on jeûnait mercredi, vendredi et samedi, pratique réprouvée par les chrétiens d’Orient en raison du risque d’assimilation au sabbat juif. Est-ce que cela pourrait expliquer le déplacement du jeûne du samedi vers le lundi ? Difficile à dire. Dans son Histoire des francs, l’évêque Grégoire de Tours indique que le carême de l’Avent (de la Saint Martin à Noël) est une période où l’on doit jeûner trois fois par semaine. C’est un cas unique chez les catholiques qui pratiquaient initialement deux jeûnes hebdomadaires seulement.

Donc les trois jeûnes hebdomadaires, courants au début du christianisme, ont été progressivement abandonnés en Occident au seul profit du vendredi, alors qu’en Orient deux jours étaient pratiqués.

Concernant les carêmes, on remarque qu’initialement, les chrétiens (judéo-chrétiens) jeûnaient durant la semaine sainte. La notion de quarantaine apparaît au concile de Nicée (325), mais n’a concerné d’abord que les catéchumènes et les pénitents publics. L’Église d’Antioche ajoutait la semaine sainte à la quarantaine, comme le font encore les coptes de nos jours qui ajoutent en plus une semaine de préparation, soit un carême de 55 jours au total. Mais les samedis et dimanches sont exempts de jeûne en Orient. Pour compenser, les Églises grecque, arménienne, géorgienne et nestorienne commence le carême au lundi précédant le mercredi des cendres. L’Église catholique romaine pratique bien les six semaines avant Pâques, mais elle en exclue les dimanches qu’elle compense en commençant au mercredi des cendres pour rattraper les quatre dimanches manquants.

Par la suite sont ajoutés deux autres grands jeûnes annuels. Celui de l’Avent qui précède Noël et celui des Apôtres qui commence une semaine après la Pentecôte pour s’achever à la fête de Saint Pierre et Saint Paul. Un carême de deux semaines est également proposé juste avant l’Assomption. De fait, les Églises latines ne pratiquent plus que le carême de Pâques, contrairement à d’autres Églises, notamment orthodoxe, qui gardent un carême de vingt jours pendant l’Avent.

Les Églises orientales, dont les orthodoxes, rajoutent également d’autres carêmes de durée variable, comme un jour en septembre (exaltation de la Croix), les trois jours de Jonas et des jeûnes de pénitence.

Les interdits alimentaires

Outre les jours de pratique on constate également des variations dans la nature des aliments autorisés ou interdits.

C’est au Moyen Âge que les Occidentaux ont commencé à « aménager » les restrictions alimentaires quand les Orientaux continuaient à les respecter.

En fait, la plupart des Églises occidentales se limitent à l’abstention de chair animale et des produits qui en sont directement tirés (lait, beurre, fromage) alors que les Églises orientales rejettent jusqu’au poisson, adoptant un régime végétalien. Elles autorisent parfois très peu de vin qui est interdit en Orient, mais interdisent les œufs et parfois même l’huile.

C’est au XIIe siècle que se pose la question de la consommation d’animaux aquatiques.

L’Église latine de son côté réduisit le nombre de repas pendant les jours de jeûne afin de n’en autoriser qu’un seul, à l’heure des nones dans un premier temps (vers 15 heures), puis à sexte (12 heures) ensuite.

Les cathares médiévaux semblent avoir respecté les règles en usage dans le christianisme oriental jusqu’au XIe siècle, puis avoir suivi quelques éléments de la règle occidentale ensuite. Cette apparente versatilité pourrait bien trouver son origine dans l’implantation occidentale du catharisme en France et en Italie, survenue à cette période. En effet, les pauliciens respectaient les règles orientales et quand ils furent « transplantés » en Italie du Sud et en Languedoc, dans les conditions que nous avons déjà évoquées, ils prirent certaines habitudes locales. Cela semble s’appliquer notamment à la consommation de poisson et de vin. Par contre, les bogomiles conservèrent l’interdiction du vin, typiquement orientale.

Les jeûnes et les carêmes chez les cathares

Tout d’abord, et c’est indispensable de le rappeler, les jeûnes et carêmes ne concernent que les bons chrétiens, c’est-à-dire ceux qui ont fait le choix de la vie ascétique et qui ont reçu la Consolation ainsi que les novices en cours de préparation à cette vie.

Il doit donc être très clair que ces pratiques ne concernent absolument pas l’immense majorité des personnes qualifiées de « cathares » qui sont des croyants dont le mode de vie ne diffère en rien de celui du reste de la population.

Il faut dire que l’approche que nous avons des jeûnes et des carêmes est fortement biaisée par le fait que nous ne sommes pas des bons chrétiens et que nos concepts et échelles de valeurs sont sans rapport avec les leurs.

Les sources nous renseignent relativement bien sur le rythme des jeûnes et des carêmes ainsi que sur leurs modalités précises.

Ce qui est peut-être un peu moins facile à comprendre, de notre point de vue, c’est la justification des jeûnes et le pourquoi des carêmes.

La doctrine de Bienveillance, y compris envers soi-même, semble en opposition avec ce concept de privation d’alimentation qui ne peut que faire souffrir notre corps. En fait, les choses sont un peu différentes.

D’abord, celui qui fait ce choix est dans une démarche spirituelle qui nous est un peu étrangère et son objectif n’est pas de satisfaire tous les désirs de son corps mais d’aider son esprit à « exister » malgré ce corps qui le contraint et l’emprisonne jusqu’à lui interdire toute capacité d’expression.

Un peu comme cela arrive quand on remplace des chaussures fortement usées et douloureuses à l’usage par des chaussures neuves qui font un peu mal aux pieds avant de devenir de vrais chaussons, la privation alimentaire finit par apporter un bien-être que l’on ne peut soupçonner tant qu’on ne l’a pas expérimentée.

Les carêmes cathares

La pratique des carêmes chez les cathares révèle clairement leur volonté de maintenir les pratiques originelles du catharisme, progressivement abandonnées par l’Église romaine.

Ils avaient donc leur carême de la période de l’Avent, celui d’avant Pâques et celui qui suivait la Pentecôte. S’ils avaient finalement choisi de fixer ce dernier carême, non pas pour qu’il se termine à la Saint Pierre et Saint Paul, c’est peut-être que cette date était à la fois fluctuante dans le mois, mais aussi dans la semaine. En outre, pour les cathares, la fête de Saint Pierre et Saint Paul n’est pas une fête importante. Les catholiques l’ont instituée pour valoriser Pierre dont nous savons qu’il n’a jamais eu le rôle de leader du catholicisme que Clément de Rome lui attribua au deuxième siècle, car en fait c’est Jacques le mineur qui dirigeait l’Église de Jérusalem. De même la « récupération » de Paul, premier et plus prolifique écrivain chrétien de l’époque, nécessitait de rabaisser un peu son aura en l’associant à Pierre, puisqu’il était considéré avant tout comme l’« apôtre des hérétiques »[3].

D’où l’idée de commencer le lundi de Pentecôte et de finir un vendredi, souvent proche de cette fête des apôtres. L’Église catholique semble avoir également privilégié ce lundi puisqu’il est toujours férié de nos jours.

Ce qui change fondamentalement dans les carêmes cathares si on les compare aux carêmes catholiques, c’est le sens qui leur est donné.

Ainsi le carême précédant Pâques, initialement adossé à l’équinoxe de printemps, n’est plus destiné à préparer la célébration sacrificielle suprême qu’y voient les catholiques. La crucifixion fut pour eux un leurre puisque Jésus n’était pas incarné. Cependant, ce spectacle signait l’apparence d’un échec, rapidement suivi de l’apparence d’une grande victoire des forces spirituelles sur les forces temporelles. C’est pour cela que je l’ai appelé carême de la désolation.

Si les catholiques, empreints de cet esprit sacrificiel propre aux Églises judéo-chrétiennes, font de Pâques leur fête majeure du calendrier liturgique, il n’en est rien pour les cathares qui se fixent à la date de Pentecôte. En effet, pour une Église qui fait du baptême d’esprit le moment crucial de la vie du chrétien, cet événement inaugural du baptême des apôtres par le Saint Esprit consolateur, est la base de leur vie spirituelle. Logiquement, ce devait être la date préférentielle du baptême des novices et un jour de prêche particulièrement attendu. D’où le nom évident de carême de la Consolation que je lui ai attribué. Enfin, si les cathares ont conservé les dates de l’Avent qui aboutissent à Noël pour les judéo-chrétiens, mais surtout au solstice d’hiver pour les cathares, c’est que ce moment marque le retour de la lumière après une lente descente vers les ténèbres mondaines. C’est pourquoi je lui ai donné le nom de carême de la régénération.

Les jeûnes cathares

Maintenant que nous avons vu comment jeûnaient les premiers chrétiens et comment ont continué à le faire les chrétiens orientaux, on peut plus facilement comprendre les raisons des jeûnes des cathares.

On peut considérer que ce sont les bogomiles et les pauliciens qui, en venant s’installer en Occident, ont transplanté leur pratique des trois jeûnes hebdomadaires qui n’étaient pas connus des chrétiens occidentaux d’alors. Cela explique également la suspicion des clercs catholiques envers ces personnes plus assidues qu’eux à la pratique de l’ascèse alimentaire.

La pratique cathare concernant les jours jeûnés prévoit que tout au long de l’année, les bons chrétiens jeûnent au pain et à l’eau trois jours par semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi[4], ainsi que tous les jours de la première et de la dernière semaine des carêmes. Pendant les trois autres semaines de chaque carême ce jeûne strict est maintenu pour les jours concernés.

Les autres jours des carêmes le jeûne concerne l’abstention de matières grasses (huile, poisson, etc.) et de vin, qui était consommé largement étendu d’eau[5] pour lui retirer toute capacité perturbatrice sur le mental.

En jeûne strict il est précisé que l’on peut se préparer un bouillon d’eau à peine enrichi d’une infusion obtenue à partir d’une noix.

Ce jeûne strict, au pain et à l’eau, est chrétien comme nous le rappelle un texte peu connu : Le pasteur d’Hermas. En effet, il y est clairement écrit : « … le jour que tu jeûneras, tu ne prendras rien, sauf du pain et de l’eau[6]. »

On voit également une grande proximité quant au contenu des repas des premiers chrétiens et des cathares médiévaux. Seul le point de la consommation d’animaux aquatiques semble avoir échappé aux cathares, sans doute en raison de l’époque de leur implantation en Occident. En outre, le statut zoologique des poissons, des crustacés, des grenouilles et des escargots était flou semble-t-il. Leur mode de reproduction n’ayant pas été déterminé, la croyance était qu’ils se reproduisaient par scissiparité, c’est-à-dire par division directe à la façon des cellules lors de la mitose. On disait même qu’ils apparaissaient dans l’eau à la façon des algues. Cela confortait l’idée qu’ils n’étaient pas des animaux conscients à proprement parler et pouvaient donc être consommés. La plupart des autres animaux à sang froid était directement issus du malin (serpents, etc.) et ne pouvaient donc être consommés. La connaissance zoologique du Moyen Âge était tributaire de deux documents : l’Histoire naturelle de Pline et l’Histoire des animaux d’Aristote. En outre, la lecture médiévale était fortement contrainte par l’obligation de rapporter les études à la référence que constituait la Genèse[7].

De toute façon, aujourd’hui cette question ne se pose plus.

Le point qui différencie le plus les cathares des autres chrétiens est la pratique des jeûnes durant les carêmes. Anselme d’Alexandrie nous dit que les cathares jeûnaient de façon stricte pendant la première semaine des trois carêmes et la dernière semaine du carême de Pâques[8]. Est-ce que ce témoignage, forcément très indirect, est fiable ? En effet, ceux qui parlaient le plus devant l’inquisiteur était des sympathisants, voire des croyants. Les consolés, beaucoup plus rares, étaient interrogés sur des points doctrinaux afin d’éviter la perte d’information dans le cas où ils se seraient mis en endura, ce qui provoquait chez les inquisiteurs une sentence définitive de peur de les voir mourir d’autre chose que le bûcher.

Si le jeûne strict — c’est-à-dire au pain et aux liquides clairs — de la première semaine est assez permanent, donc fiable, celui de la dernière semaine mérite une réflexion approfondie. Le jeûne strict vise clairement à mater les velléités du corps à s’opposer à l’ascèse, c’est-à-dire à l’émergence spirituelle. En début de carême, il permet donc de préparer le corps à la durée de l’ascèse. Par contre, à la fin du carême, sachant que l’on va revenir à l’alimentation habituelle, on peut se demander s’il a une raison d’être. Pourquoi Anselme ne parle-t-il que du carême de Pâques, concernant cette dernière semaine de jeûne strict ? Je pense que c’est une déviance de sa propre compréhension du carême. Comme il ne pratique lui-même que le carême de Pâques, il retient mieux chez les cathares qu’il interroge la notion d’une ascèse appuyée à cette période. En réalité, la dernière semaine de jeûne constitue un rappel à l’ordre du corps qui a bénéficié d’un régime moins strict pendant les quatre semaines de jeûne modéré du carême. Il est donc logique de l’étendre aux trois carêmes, d’autant que contrairement aux catholiques, le carême de Pâques (désolation) n’est pas pour les cathares le plus important de leur vie spirituelle.

Au total les cathares jeûnaient près de la moitié de l’année, car n’oublions pas qu’ils rajoutaient volontiers deux ou trois par mois à titre de contrition pour leurs manquements exprimés lors du Service mensuel devant le diacre.

Aujourd’hui on peut évaluer les jours de jeûnes annuels à 39 jours stricts pour les premières et dernières semaines de carême, 138 jours stricts pour les trois jours hebdomadaires et 48 jours de jeûne modérés au cours des carêmes. Cela fait donc 225 jours par an. Cela s’approche des deux-tiers de l’année qui se pratiquaient au Moyen Âge.

L’endura

L’endura est un jeûne absolu, c’est-à-dire sans aliment solide ni boisson. Bien entendu, ce jeûne est extrêmement sévère pour l’organisme et ne peut être maintenu plus de quelques jours.

La durée qui semble avoir été pratiquée habituellement est de trois jours. Comme dans le jeûne strict, ce jeûne absolu ou total semble provoquer un palier au troisième jours qui est sans doute à l’origine du terme trépasser (passer trois). Le jeûne total serait donc dangereux au-delà de ce palier, mais une équipe de chercheur de Californie du Sud (USA)[9] a montré récemment que ces soixante-douze heures de jeûne total serait très bénéfique à l’organisme qui serait forcé de renouveler les cellules de l’immunité en éliminant les anciennes devenues obsolètes et de limiter la production de l’enzyme PKA liée au vieillissement. Ces processus permettraient, sous contrôle médical, d’aider les patients âgés et les malades cancéreux sous chimiothérapie.

Donc, loin d’être une pratique « suicidaire » l’endura allierait une amélioration physique à un approfondissement spirituel.

On sait peu de chose sur l’endura pratiquée au Moyen Âge, car la seule trace qu’on en trouve est une pratique réactionnelle à l’emprisonnement d’un chrétien cathare par l’Inquisition. En effet, plusieurs cas nous sont rapportés de cathares se mettant en endura dès leur capture, car ils savaient que les inquisiteurs ne chercheraient pas à les interroger de peur de les voir mourir avant d’avoir eu le temps de les envoyer au bûcher. Ils préféraient donc, dans ces conditions, les condamner immédiatement et les remettre au bras séculier.

Mais on peut comprendre qu’un jeûne total ne peut que venir renforcer ce qu’un jeûne strict permet d’obtenir : une meilleure mise en avant de la part spirituelle. En outre, la privation totale d’aliment solide et de boisson, permet de garantir contre tout risque de faute dans l’ascèse lors d’un temps particulièrement fort de la vie spirituelle.

C’est pourquoi il me semble que l’endura trouve sa place légitime lors du sacrement de la Consolation. Nous savons que le nouveau consolé devait jeûner de façon absolue après avoir reçu ce sacrement unique du catharisme, afin de se maintenir en état de « sainteté », acquis par la rémission des fautes reçue au cours de la cérémonie.

Mais rien n’interdit de voir dans l’endura une façon d’exprimer sa contrition lors d’un grave manquement aux que se devait de respecter un chrétien cathare consolé.

En tout état de cause, l’endura reste une pratique rare, strictement réservée aux cathares consolés.

Éric Delmas – 12 mars 2020


[1] Évangiles : Matth. IV, 1-2 – Mc I, 13 – Lc IV, 1-2

[2] Les transformations du jeûne chez les chrétiens d’Orient, Bernard Heyberger, p. 267-285

[3] Tertulien de Carthage (3e siècle)

[4] Jeûnes des stations où le lundi remplace le samedi.

[5] « … mais le vin devait être si trempé qu’il eut à peine le goût de vin, afin de dompter leur chair. » Pierre Maury. Le registre d’Inquisition de Jacques Fournier, tome III, p. 1005. Transcription et traduction de Jean Duvernoy – éditions Privat (1965), Mouton (1978) et Bibliothèque des introuvables (2006)

[6] Le Pasteur d’Hermas – Philippe Henne, éditions du Cerf 2011 p. 25

[7] Anthropolozoologica, revue publiée par les Publications scientifiques du Muséum (Paris). Colloque : Pour une histoire des animaux aquatiques des mers septentrionales. Thierry Buquet et all. (2018)

[8] Tractatus de hereticis – Traité sur les hérétiques, Anselme d’Alexandrie. Traduction et commentaires de Ruben de Labastide. Éditions Lulu.com (2016)

[9] http://www.2012un-nouveau-paradigme.com/2016/01/jeuner-3-jours-renouvelle-le-systeme-immunitaire-entierement.html

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