4e dimanche de carême

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Lecture des textes de la liturgie catholique

Comme chaque Dimanche et pour les principales fêtes catholiques, je reprends la tradition cathare qui consistait en l’analyse des textes de la messe catholique et leur compréhension du point de vue cathare. Il n’y a là nulle intention malveillante mais un simple exercice de style visant à montrer que la compréhension des textes est aussi affaire de doctrine.

Messe du 4e dimanche de carême

1re lecture :

Premier livre de Samuel : 16, 1b.6-7. 10-13a

1 – […] Emplis ta corne d’huile et va ! Je t’envoie vers Isaï de Bethléem, car je me suis choisi un roi parmi ses fils. »
6 – Dès qu’ils furent entrés, il vit Éliab et dit : « C’est vraiment son oint qui est devant Iahvé ! »
7 – Mais Iahvé dit à Samuel : « Ne regarde pas à son apparence, ni à la hauteur de sa taille, car je l’ai dédaigné : c’est que [Dieu ne voit pas] comme voit l’homme, puisque l’homme voit ce qui paraît aux yeux, mais Iahvé voit le cœur. »
10 – Isaï fit ainsi passer sept de ses fils devant Samuel et Samuel dit à Isaï : « Iahvé n’a choisi aucun d’eux. »
11 – Alors Samuel dit à Isaï : « Sont-ce là tous les jeunes gens ? » Il dit : « Il reste encore le plus petit et voilà qu’il est en train de faire paître le petit bétail ! » Samuel dit à Isaï : « Envoie-le quérir, car nous ne nous mettrons pas à table avant qu’il vienne ici. »
12 – Il envoya donc et le fit venir. Celui-ci était roux, il avait de beaux yeux et bonne apparence. Iahvé dit : « Lève-toi, oins-le, car c’est lui ! »
13 – Alors Samuel prit la corne d’huile et il l’oignit au milieu de ses frères, et l’esprit de Iahvé fondit sur David à partir de ce jour et dans la suite. Puis Samuel se leva et il s’en alla à Ramah.

Mon commentaire :
Pour donner à David l’aura de la fonction qui lui est échue, l’auteur le fait paraître comme exceptionnel malgré son âge et son apparence (physique) au point que même son père n’avait pas pensé à la présenter à Samuel. En réalité, d’après les travaux de La Bible dévoilée nous savons que David était un petit roitelet d’un royaume minuscule de la montagne de Palestine.

Psaumes : 23 (Vulgate 22), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

Le bon pasteur
1 – Psaume de David. lahvé est mon pasteur, je ne manque de rien :
2 – sur des prés de gazon il me parque, près des eaux reposantes il me mène,
3 – il ranime mon âme, il me conduit sur les sentiers de la justice en vertu de son nom.
4 – Même si je marche dans un val ténébreux,
je ne crains aucun mal, car tu es avec moi,
ta houlette et ton bâton me rassurent.
5 – Devant moi tu dresses une table, face à mes adversaires, tu oins d’huile ma tête, ma coupe est débordante.
6 – Oui, le bonheur et la grâce m’accompagneront tous les jours de ma vie et j’habiterai dans la maison de Iahvé à longueur de jours.

Mon commentaire :
Ce psaume met en avant une approche typique de soumission. Le juif y est présenté comme un simple mouton, image que reprendra à l’envi le judéo-christianisme. Cette image est à la base de la doctrine catholique : il n’y a rien à faire qu’à obéir aveuglément à Dieu. La référence est la foi du charbonnier, c’est-à-dire de l’homme dénué de toute connaissance et culture.

2e lecture :

Lettre de Paul aux Éphésiens : 5, 8-14

8 – Car jadis vous étiez ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme des enfants de lumière,
9 – car le fruit de la lumière est dans tout ce qui est bon, juste et vrai ;
10 – et discernez ce qui est agréable au Seigneur.
11 – Ne prenez pas part aux œuvres stériles des ténèbres, mais plutôt, prouvez-les coupables ;
12 – car ce qu’ils font en cachette est honteux même à dire ;
13 – mais tout ce qui est prouvé coupable, la lumière le manifeste ;
14 – car tout ce qui est rendu manifeste est lumière. Aussi dit-on : Lève-toi, dormeur, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera.

Mon commentaire :
Paul demande que chacun agisse dans l’Amour (la charité) et évite tout ce qui conduit au péché, c’est-à-dire à la mondanité. Le trait est poussé jusqu’à prohiber ce qui n’est pas utile comme les stupidités et les plaisanteries. Il y est aussi question des vaines paroles, ce que les cathares retiendront particulièrement.

Évangile selon Jean : 9, 1-41 (ou brève : 9, 1.6-9.13-17.34-38)

1 – En passant il vit un homme aveugle de naissance
2 – Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, est-ce lui qui a péché ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?
3 – Jésus répondit : Ni lui ni ses parents n’ont péché, mais c’est pour que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu.

Mon commentaire :
Voila un point de nature a provoquer le trouble chez un lecteur un peu distrait. Comment, le Dieu de Jésus aurait joué avec la vie d’une créature dans le seul but de manifester ses œuvres ? En fait, c’est la structure de ce chapitre qu’il faut observer pour comprendre. À l’instant où nous en sommes Jésus pose le décor de ce qui va suivre. L’évangile est destiné à un public non averti. Il n’est pas capable d’appréhender dans sa plénitude la complexité d’un enseignement direct, ésotérique donc. C’est pourquoi l’évangile présente les chose de façon exotérique, c’est-à-dire façon à être compréhensibles par tout un chacun. Et nous allons suivre ce passage entre l’exotérique et l’ésotérique.

4 – Tant qu’il fait jour, nous devons travailler aux œuvres de celui qui m’a envoyé. La nuit vient où personne ne peut travailler.
5 – Tant que je suis dans le monde je suis la lumière du monde.

Mon commentaire :
En préambule Jésus indique donc comment il faut comprendre ce qui va suivre. Ceux qui sont dans le jour, donc qui voient peuvent travailler aux œuvres divines. Ceux qui sont dans la nuit ne le peuvent pas. Mais comment peut-on être dans la lumière ou pas ? Jésus le dit clairement, la lumière qui transforme la nuit en jour c’est lui. Tant qu’il est là il apporte la lumière qui permet d’œuvrer dans le bon sens mais quand il ne sera plus là, les hommes ne pourront plus bénéficier de son éclairage.

6 – Après ces paroles, il cracha par terre, il fit de la boue avec sa salive, il lui mit cette boue sur les yeux
7 – et il lui dit : Va te laver à la piscine de Siloé (c’est-à-dire de l’envoyé). L’homme y alla, il s’y lava et, quand il revint, il voyait.

Mon commentaire :
Le déroulement du « miracle » n’est pas anodin. Jésus réalise un cataplasme de boue et l’applique de ses mains sur les paupières de l’aveugle. Il lui impose en quelque sorte ses mains par l’intermédiaire de quelque chose réalisé avec ce qui sort de sa bouche. Sur un plan allégorique on pourrait dire qu’il s’agit d’une sorte de baptême. D’autant qu’il y a ensuite un bain à Siloé, dont le nom correspond à sa mission. L’homme qui est dans la nuit depuis toujours, reçoit ce qui sort de la bouche du Logos et retrouve la vue par l’intermédiaire de la lumière du monde.

8 – Les voisins et ceux qui l’avaient naguère vu mendier, dirent alors : N’est-ce pas lui qui était assis à mendier ?
9 – Certains disaient : C’est lui. D’autres disaient : Non, mais il lui ressemble. Il dit : C’est moi.
10 – Alors ils lui dirent : Comment tes yeux se sont-ils ouverts ?
11 – Il répondit : L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il m’en a oint les yeux et il m’a dit : Va à Siloé, tu t’y laveras. Alors j’y suis allé, je m’y suis lavé et j’ai vu.
12 – Ils lui dirent : Où est-il ? Il dit : Je ne sais pas.
13 – Ils amènent aux pharisiens cet homme naguère aveugle.
14 – C’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue pour lui ouvrir les yeux.

Mon commentaire :
Les témoins sont confus et manifestent soit leur acceptation, soit leur refus du message. Une fois que l’homme leur confirme la réalité des choses et la méthode miraculeuse employée, ils cherchent son auteur. En effet l’acte est accompli en contravention avec la loi mosaïque. Cela devient une habitude chez Jésus de s’opposer à cette loi positive.

15 – Les pharisiens aussi lui demandèrent comment il y voyait. Il leur dit : Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois.
16 – Certains pharisiens disaient : Ce n’est pas un homme de Dieu, car il ne garde pas le sabbat. Mais d’autres disaient : Comment un homme pécheur peut-il faire de tels signes ? Et il y eut une dissension entre eux.
17 – Ils disent encore à l’aveugle : Que dis-tu de lui qui t’a ouvert les yeux ? Il dit : C’est un prophète.
18 – Les Juifs ne crurent pas que celui qui voyait eut été aveugle, tant qu’ils n’eurent pas appelé ses parents.
19 – Et ils leur demandèrent : Est-ce là votre fils que vous dites né aveugle ? Alors comment y voit-il à présent ?
20 – Les parents répondirent : Nous savons que c’est notre fils et qu’il est né aveugle.
21 – Mais comment il y voit maintenant, nous n’en savons rien, ou qui lui a ouvert les yeux, nous n’en savons rien. Questionnez-le, il a l’âge d’en parler lui-même.
22 – Les parents disaient cela parce qu’ils craignaient les Juifs, car les Juifs étaient déjà convenus que quiconque avouerait Jésus pour christ serait excommunié.
23 – C’est pourquoi les parents disaient : Il a l’âge, questionnez-le.

Mon commentaire :
Les pharisiens commencent à s’inquiéter et se divisent sur la nature de Jésus et sur la réalité du miracle. La loi de Moïse est si forte et crainte que même les parents ont peur d’en dire trop et d’être excommuniés.

24 – Les Juifs appelèrent à nouveau l’homme qui avait été aveugle et lui dirent : Rends gloire à Dieu, nous savons que cet homme est pécheur.
25 – Il leur répondit : Je ne sais s’il est pécheur, ce que je sais c’est que j’étais aveugle et qu’à présent je vois.
26 – Ils lui dirent : Que t’a-t-il fait ? Comment t’a-t-il ouvert les yeux ?
27 – Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l’entendre encore ? Voulez-vous aussi devenir ses disciples ?
28 – Ils l’insultèrent : C’est toi qui es son disciple. Nous autres sommes des disciples de Moïse.
29 – Nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais nous ne savons d’où est celui-là.
30 – L’homme leur répondit : C’est bien là l’étonnant que vous ne sachiez d’où il est, et il m’a ouvert les yeux.
31 – Nous savons que Dieu n’écoute pas les pécheurs, mais si quelqu’un révère Dieu et fait sa volonté, il l’écoute.
32 – Jamais on n’a entendu que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né.
33 – Si celui-là n’était de Dieu, il ne pourrait rien faire.
34 – Ils lui répondirent : Tu es né tout entier dans le péché et tu nous enseignes ! Et ils le jetèrent dehors.

Mon commentaire :
Faute de pouvoir prouver une supercherie par substitution de personne, ils tentent de dévaloriser celui qui les met ainsi en porte-à-faux, puis ils se raccrochent encore à la loi mosaïque pour essayer de se rassurer. Et finalement ils insultent le pauvre homme et s’en débarrassent. C’est un comportement toujours parfaitement en usage de nos jours. Quand on détient une vérité bancale, on commence par dénigrer ceux qui notent ses défauts, puis on cherche à les agglomérer à un groupe que l’on puisse accuser et, quand rien ne marche, on coupe court et on se drape dans sa dignité en tournant le dos. J’ai un exemple récent très proche de cela et ceux qui ont lu Protagoras de Platon reconnaissent dans la fin de ce passage la façon dont le sophiste échappe à la reconnaissance de son échec face à Socrate.

35 – Jésus entendit qu’ils l’avaient jeté dehors, il le trouva et lui dit : Te fies-tu au fils de l’homme ?
36 – Il répondit : Et qui est-il, seigneur, que je me fie à lui ?
37 – Jésus lui dit : Tu le vois. C’est lui qui te parle.
38 – Alors il dit : Je me fie, Seigneur. Et il se prosterna devant lui.
39 – Et Jésus dit : Je suis venu en ce monde pour un jugement, pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient soient aveugles.

Mon commentaire :
Voila le message fort. Jésus vient pour l’inversion de la loi juive, c’est-à-dire de la loi de Moïse. Et là, il n’est plus question d’allégorie. Il est bien clair qu’il s’agit d’aveuglement et de vision spirituels.

40 – Des pharisiens qui étaient là l’entendirent et lui dirent : Sommes-nous aussi des aveugles ?
41 – Jésus leur dit : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché. Mais maintenant vous dites : Nous voyons. Votre péché demeure.

Mon commentaire :
Et les pharisiens qui tentent une timide remarque reçoivent une appréciation sans concession. L’affaire est entendue !

Voici comment je reçois ces textes.

Guilhem de Carcassonne.

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