4-1-Les textes cathares

Le conte du Pou

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Le conte du Pou (Conte cathare)

Jean-François Bladé, Contes populaires de Gascogne, tome I

Un meunier et une meunière ont une fille, jolie comme un cœur et honnête comme l’or, Chaque jour, après dîner, elle va garder le bétail au bord du Gers. Quand elle a juste dix-huit ans sonnés, assise au pied d’un vieux saule, gardant et filant, elle rêve de quelque beau garçon qui viendra la demander en mariage à ses parents. En ce moment, un pauvre a grande barbe blanche, cheminant le long de la rivière, lui demande la charité. Elle lui donne son pain et, pour la rassurer, le mendiant, qui sait à quoi elle pensa, lui promet que son désir sera accompli. Le pauvre s’appelle Jean du Ramier. En ce moment, un homme, haut d’une toise et noir comme l’âtre, sort du vieux saule creux. C’est Cagolouidors, un gueux plus méchant que cent diables, et qui a grand pouvoir sur terre. Il s’adresse à Jean du Ramier et annonce que c’est lui qui se charge de trouver le beau jeune mari futur pour la petite meunière. Il rentre dans le vieux saule creux et Jean du Ramier disparaît aussi, laissant la Jeune fille dans ses pensées bien tristes.

Le soir de la même journée Cagolouidors descendant par la cheminée apporte une boîte contenant un Pou gros comme un haricot. C’est le futur mari transformé par ce funeste maître de la terre. Cagolouidors demande à la petite meunière trois de ses cheveux qu’il va cacher où il lui plaira. Dans trois jours il reviendra. Si elle devine alors où sont cachés les trois cheveux, son Pou redeviendra un beau garçon, sinon elle épousera le Pou tel qu’il est et restera jusqu’à la mort.

Celui-ci n’a pas perdu son temps. Vite, vite, il a grimpé jusque dans l’oreille de la petite meunière, lui a soufflé bien doucement d’obéir à Cagoilouidors, puis il est redescendu de l’oreille et il est monte dans
 les cheveux de son ennemi, Tout cela pendant que Cagolouidors a arraché les trois cheveux de la tête de la jeune fille. C’est ainsi que le Pou peut répondre aux trois questions qui sont posées à celle-ci par Cagolouidors, trois jours après, quant aux trois cachettes des cheveux. Mais le Pou a fait autre chose encore. Cagolouidors, ne sachant où mettre le troisième cheveu, l’a laissé dans sa poche : « bien fin qui l’y devinera ».  Or, le Pou descend bien doucement dans la poche déroule le troisième cheveu et le noue autour du corps de Cagolouidors, il remonte ensuite à son poste.

On devine ce qui suit. Une heure après le coucher du soleil l’homme noir entre par la cheminée. Il répète sa sentence d’il y a trois jours et pose sa première question. Le Pou n’a pas perdu son temps ; il a quitté son poste dans les cheveux de Cagolouidors, il a grimpé jusque dans l’oreille de la petite meunière et lui a soufflé de le porter dans
 sa bouche d’où il répond aux questions du méchant gueux. À la dernière réponse, Cagolouidors croit triompher un moment, car il ne sait pas ce que le Pou a fait du troisième cheveu. Mais Jean du Ramier entre et dit à la petite meunière : « Cagolouidors a perdu son pouvoir. Crache ton Pou » ; Aussitôt craché, le Pou redevient un beau garçon. Le cheveu noué autour du corps de Cagolouidors est devenu long, gros et fort comme un câble. Jean du Ramier attache solidement son ennemi à un pilier de la chambre et tous ceux qui sont présents frappent à tour de bras l’homme noir jusqu’à ce qu’il ait rendu tout l’or qu’il avait dans le ventre.

Alors Jean du Ramier le détache. Il a perdu tout pouvoir de mal faire et il s’en va vaincu et confus. Tous ces doubles louis d’or appartiennent à la petite meunière et le lendemain, le mariage s’accomplit entre elle et le beau garçon. Jean du Rainier y assiste. Après la noce, il prend sa besace et son bâton et part en leur souhaitant de vivre riches, heureux et contents.

Voilà en substance ce conte extraordinaire, unique, puisqu’il ne se retrouve dans aucun autre pays.

Conte languedocien du Serpent

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Conte languedocien du Serpent

Déodat Roché, Contes et légendes du catharisme
Cahiers d’études cathares, Arques, 2e éd. 1951, p. 32-34

Un homme cultivait sa vigne, comme il en enlevait les pierres, il en vit une qui était grosse et qu’il eût l’idée d’ôter aussi ; quelle ne fut pas sa surprise de découvrir un trou d’où surgit un gros serpent. Il eut une grande peur. Le serpent lui parla : « Qui t’a permis d’enlever la porte de ma maison ? » L’homme s’excusa en lui disant qu’il n’aurait jamais pensé que cette pierre fut la porte de sa demeure. Le serpent répliqua alors : « Je sais que tu as trois filles à marier, si tu ne me donnes pas l’une des trois, je viendrai dans la nuit pour t’étouffer. Va-t’en et donne-moi bientôt une réponse. »

L’homme en rentrant chez lui était triste, triste, tellement triste que ses filles lui demandèrent quelle était la cause de son chagrin. Il leur expliqua que lorsqu’il travaillait dans la vigne et qu’il soulevait une grosse pierre, un serpent sortant du trou qu’elle recouvrait lui apparut et lui dit : « Qui t’a permis d’enlever la porte de ma maison ? » Lui s’était excusé en disant qu’il n’aurait jamais pensé que cette pierre fut la porte de sa demeure, le serpent avait répliqué : « Je sais que tu as trois filles à marier, si tu ne me donnes pas l’une des trois, je viendrai dans la nuit pour t’étouffer. Vas-t’en et donne-moi bientôt une réponse. »

Alors l’ainée de ses filles s’écria qu’elle ne serait jamais la femme d’un serpent et la cadette fit la même réponse. Seule la plus jeune consola son père en lui disant de ne pas avoir d’inquiétude et en l’assurant qu’elle ferait ce sacrifice. Là-dessus, le père prit la plus jeune de ses filles par la main et se rendit avec elle à la vigne.

Le serpent les y attendait à l’entrée de sa demeure ; du seuil de la porte d’entrée, il les invita à descendre sous terre, il passa le premier en rampant, le père et la fille le suivirent. Ils arrivèrent bientôt dans un château merveilleux dont les portes s’ouvrirent sur des appartements magnifiques aux murs tapissés de diamants, garnis de beaux meubles, éclairés par des lustres éblouissants. Le père et la fille furent surpris de voir de si belles choses et la demoiselle en fut si émerveillée qu’elle se tourna vers son père pour lui dire qu’elle acceptait volontiers de devenir la femme du serpent. Dès lors, ils s’entendirent avec lui pour célébrer les noces. Le serpent offrit à sa fiancée la robe blanche et la robe du lendemain, le mariage eut ainsi lieu, des gens de la meilleure société y assistaient ; la mariée était vêtue de sa robe blanche qui avait une longue traîne et le serpent rampait à ses côtés. Après le mariage, les invités se rendirent au château où l’on fit un grand repas, on y servit des mets délicieux et recherchés comme des faisans cuits à la broche devant un feu de bois, des laquais en habits servaient à table.

Le soir quand tous les invités se retirèrent la demoiselle suivit son mari dans sa chambre, mais elle fut effrayée de se trouver sans parents, sans amis, avec un serpent à côté d’elle. Celui-ci voyant son effroi la rassura en lui expliquant qu’il pouvait redevenir homme à son choix, le jour ou la nuit ; il lui demanda aussitôt de dire ce qu’elle désirait qu’il fit. Sa femme lui répondit qu’elle préférait qu’il fût homme pendant la nuit, car elle serait ainsi moins effrayée, le jour elle aurait moins peur que la nuit d’avoir une bête auprès d’elle. Alors le serpent se dépouilla tout de suite de sa peau, la suspendit à un clou près de son lit et lui apparut comme un beau prince qu’une vilaine fée avait ensorcelé. La fée lui avait jeté ce sort en espérant qu’il ne trouverait jamais à se marier. Le lendemain matin, il reprit sa peau et ainsi toutes les nuits il était prince et tous les matins serpent.

Quelques jours après, la jeune mariée alla visiter ses parents. Ses sœurs la voyant vêtue d’une manière somptueuse de belles robes couvertes de diamants furent jalouses d’elle. Elles lui proposèrent de lui rendre visite en son château et elles allèrent en effet passer quelques jours auprès d’elle, leur sœur leur montra toutes ses belles toilettes et ses beaux diamants.

Elles lui demandèrent alors si elle n’avait pas peur d’avoir un gros serpent à ses côtés. Son mari lui avait dit que, si un jour elle invitait ses sœurs, qu’elle prenne garde au moins de ne pas toucher à sa peau pendant qu’il dormirait, sans quoi un grand malheur s’abattrait sur tous deux. Quand la jeune mariée amena ses sœurs dans sa chambre pour répondre à leur curiosité inquiète et leur faire voir que son mari était un beau prince, elle les prévint de ce que son mari lui avait bien recommandé ; si elle les invitait un jour qu’elle prenne garde au moins qu’elles ne touchent pas à sa peau pendant qu’il dormirait sans quoi un grand malheur s’abattrait sur tous deux. Cependant, la sœur aînée en voyant un si beau prince fut remplie de désirs et de jalousie ; pour le regarder de plus près, elle avait pris un flambeau à la main, elle l’approcha par méchanceté de la peau de serpent qui s’enflamma aussitôt. Le prince s’éveilla en sursaut et dit vivement à sa femme qu’elle aurait dû se souvenir de la recommandation qu’il lui avait faite. Aussitôt pour châtier ses sœurs il les toucha toutes deux d’une baguette magique ; les deux sœurs se trouvèrent alors hors du château en rase campagne, d’où elles rentrèrent à leur maison.

Le prince dit à sa femme : « Tu n’as pas écouté mes conseils, je dois te châtier aussi ; prends sept bouteilles vides et sept paires de sabots de fer, lorsque tu auras rempli ces sept bouteilles de tes larmes et que tu auras usé les sept paires de sabots, tu me retrouveras. » Alors il la toucha de sa baguette magique, et elle se vit en rase campagne, seule, égarée. Elle pleura nuit et jour et marcha sans cesse. Elle était d’autant plus affligée et sa marche était d’autant plus pénible qu’elle attendait la naissance d’un enfant. Au bout de quelques mois, elle eut un beau petit garçon ; elle se nourrissait de ce qu’elle trouvait sur son chemin, elle mangeait de l’herbe, des fruits et elle parvenait ainsi à vivre et à allaiter son enfant. Elle marcha sans cesse pendant sept ans en remplissant chaque année une bouteille de ses larmes et en usant une paire de sabots de fer ; elle était toute en haillons.

Au bout de sept ans de pérégrinations, elle aperçut un village et elle entendit des cloches qui sonnaient à toute volée ; elle demanda à la première personne qu’elle rencontra quelle était cette grande fête et celle-ci lui répondit : « C’est un prince qui s’était marié, mais qui a perdu sa femme depuis sept ans. Il se remarie aujourd’hui. » Alors la femme du serpent prit son enfant par la main et alla se placer à la porte de l’église ; son mari qui la reconnut avec beaucoup de joie s’arrêta sur le seuil, et dit à tous ses assistants : « J’avais une jolie clef, je l’ai perdue il y a sept ans, aujourd’hui je la retrouve. Que faut-il que je fasse ? Que je garde l’ancienne ou que j’en fasse faire une nouvelle ? » Tous répondirent : « Si vous étiez content de l’ancienne pourquoi en faire faire une nouvelle ? », et ils s’écrièrent : « Gardez l’ancienne ! » Le prince dit alors : « Voilà ma femme que je retrouve au bout de sept ans, je la reprends. » Il l’amena dans son beau château où ils vécurent heureux et où ils eurent beaucoup d’enfants.

Rituel occitan de Lyon : Service ou Apparelhement

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament de Lyon publié chez Slatkine reprints à Genève à partir du document original de M. L. Clédat, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Le seul original connu est actuellement la propriété de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon qui l’a indexé dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Palais Saint-Pierre sous la côte n°36.
D’après les travaux de Anne Brenon, David Sbiral et leur équipe, cet ouvrage pourrait être daté de la fin du XIIIe siècle et aurait été rédigé en Italie du nord. Ce faisant, il se pourrait qu’il ait été la propriété de Peire Autié ou d’un de ses prédicateurs.

Service (Servici) ou Apparelhement

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Rituel occitan de Lyon : la sainte Oraison dominicale

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament de Lyon publié chez Slatkine reprints à Genève à partir du document original de M. L. Clédat, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Le seul original connu est actuellement la propriété de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon qui l’a indexé dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Palais Saint-Pierre sous la côte n°36.
D’après les travaux de Anne Brenon, David Sbiral et leur équipe, cet ouvrage pourrait être daté de la fin du XIIIe siècle et aurait été rédigé en Italie du nord. Ce faisant, il se pourrait qu’il ait été la propriété de Peire Autié ou d’un de ses prédicateurs.Read more

Rituel occitan de Lyon : Sacrement de la Consolation

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament de Lyon publié chez Slatkine reprints à Genève à partir du document original de M. L. Clédat, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Le seul original connu est actuellement la propriété de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon qui l’a indexé dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Palais Saint-Pierre sous la côte n°36.
D’après les travaux de Anne Brenon, David Sbiral et leur équipe, cet ouvrage pourrait être daté de la fin du XIIIe siècle et aurait été rédigé en Italie du nord. Ce faisant, il se pourrait qu’il ait été la propriété de Peire Autié ou d’un de ses prédicateurs.Read more

Rituel occitan de Lyon : La Règle des Bons-Chrétiens

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament de Lyon publié chez Slatkine reprints à Genève à partir du document original de M. L. Clédat, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Le seul original connu est actuellement la propriété de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon qui l’a indexé dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Palais Saint-Pierre sous la côte n°36.
D’après les travaux de Anne Brenon, David Sbiral et leur équipe, cet ouvrage pourrait être daté de la fin du XIIIe siècle et aurait été rédigé en Italie du nord. Ce faisant, il se pourrait qu’il ait été la propriété de Peire Autié ou d’un de ses prédicateurs.Read more

Rituel occitan de Lyon : La Consolation aux mourants

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Ce texte est tiré du Nouveau Testament de Lyon publié chez Slatkine reprints à Genève à partir du document original de M. L. Clédat, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Le seul original connu est actuellement la propriété de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon qui l’a indexé dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Palais Saint-Pierre sous la côte n°36.
D’après les travaux de Anne Brenon, David Sbiral et leur équipe, cet ouvrage pourrait être daté de la fin du XIIIe siècle et aurait été rédigé en Italie du nord. Ce faisant, il se pourrait qu’il ait été la propriété de Peire Autié ou d’un de ses prédicateurs.

Consolation aux mourants

Présentation

Un peu comme cela est le cas avec les derniers sacrements catholiques, la Consolation au mourant veut mettre ce dernier en état d’être accessible au salut. Cependant, c’est au malade de faire ce qu’il doit pour en être digne. Le sacrement n’est pas suffisant en lui-même.

Rituel

« Si les chrétiens auxquels le service de l’église est confié reçoivent un message d’un croyant malade, ils doivent y aller, et ils doivent lui demander en confidence comment il s’est conduit vis à vis de l’église depuis qu’il a reçu la foi, et s’il est en quoi que ce soit endetté vis à vis de l’église, ou s’il lui a causé du dommage. Et s’il doit quelque chose et qu’il puisse le payer, il doit le faire. Et s’il ne veut pas le faire, il ne doit pas être reçu. Car si l’on prie Dieu pour un homme coupable ou déloyal, cette prière ne peut profiter. Mais s’il ne peut payer, il ne doit pas être repoussé. »

Mon analyse :
Encore une fois, on le voit, l’engagement des Bons-Chrétiens envers l’Église et l’engagement de l’Église envers les croyants n’est pas une façade. Il est profond et ne souffre pas de dérogation. Les Bons-Chrétiens prenaient tous les risques pour se rapprocher des croyants demandant leur aide. Les Cathares insistaient sur la nécessaire validité de l’officiant et la pureté du récipiendaire pour que le sacrement soit valide. Si l’Église est stricte dans l’exigence du règlement des dettes ou des offenses, elle demeure bienveillante vis-à-vis des faibles.

« Et les chrétiens doivent lui montrer l’abstinence et les coutumes de l’église. Et puis ils doivent lui demander, pour le cas où il serait reçu, s’il a l’intention de les observer. Et il ne doit pas le promettre s’il n’en a pas bien fermement l’intention. Car Saint Jean dit que la part des menteurs sera dans un étang de feu et de soufre[1] (Apoc. XXI, 8). Et s’il dit qu’il ne se sent pas assez ferme pour souffrir toute cette abstinence, et si les chrétiens sont d’accord pour le recevoir, ils doivent lui imposer l’abstinence de telle façon qu’ils lui demandent s’il se propose de se garder de mentir et de jurer et d’enfreindre les autres défenses de Dieu, et [s’il se propose] d’observer les coutumes de l’église et les commandements de Dieu, et de tenir son cœur et ses biens, tels qu’il les a ou qu’il les aura dans l’avenir, au gré de Dieu et de l’église et au service des chrétiens et des chrétiennes, toujours dorénavant tant qu’il pourra. Et s’il dit que oui, ils doivent répondre : « Nous vous imposons cette abstinence pour que vous la receviez de Dieu et de nous et de l’église, et que vous l’observiez tant que vous vivrez ; car si vous l’observez bien, avec les autres que vous avez à faire, nous avons l’espérance que votre âme aura la vie. » Et il doit dire : « Je la reçois de Dieu et de vous et de l’église. »

Mon analyse :
Faute de pouvoir assurer un vrai noviciat, les Bons-Chrétiens essaient d’amener le croyant mourant à atteindre l’état de renoncement au monde nécessaire à la transmission de l’Oraison dominicale et au sacrement de la Consolation.

« Et puis ils lui demander s’il veut recevoir l’oraison. Et s’il dit que oui, qu’ils le revêtent de chemise et de braies, si faire se peut, et qu’ils le fassent tenir sur son séant, s’il peut lever les mains. Et qu’ils mettent une nappe ou un autre drap devant lui sur le lit. Et sur ce drap qu’ils mettent le livre, et qu’ils disent une fois Benedicite, et trois fois Adoremus patrem et filium et spiritum sanctum. Et il doit prendre le livre de la main de l’ancien. Et puis, s’il peut attendre, celui qui conduit le service doit l’admonester et le prêcher avec témoignages convenables. Et puis il doit lui demander, à propos de la promesse qu’il a faite, s’il a l’intention de l’observer et de la tenir comme il l’a faite. Et s’il dit que oui, qu’ils la lui fassent confirmer. »

Mon analyse :
Là encore, le manque de temps et des capacités du malade à respecter les règles précises autorise des adaptations mais cela n’empêche d’essayer de faire au mieux. Pour les Bons-Chrétiens et les croyants, même administré à un mourant le sacrement peut aider à son salut, c’est pourquoi il ne faut pas que de leur faute, il puise s’avérer invalide.

« Et puis ils doivent lui passer l’oraison, et il doit la suivre. Et puis que l’ancien lui dise : « C’est l’oraison que Jésus-Christ a apportée dans ce monde, et il l’a enseignée aux « bons hommes. Et que jamais vous ne mangiez ni ne buviez aucune chose, que vous ne disiez premièrement cette oraison. Et si vous y apportiez de la négligence, il faudrait que vous en portassiez pénitence. » Il doit dire : « Je la reçois de Dieu et de vous et de l’église. » Et puis qu’ils le saluent comme une femme. Et puis ils doivent prier Dieu avec « double » et avec veniæ, et puis ils doivent remettre le livre devant lui. Et puis il doit dire trois fois : Adoremus patrem et filium et spiritum sanctum. Et puis qu’il prenne le livre de la main de l’ancien, et l’ancien doit l’admonester avec témoignages et avec telles paroles qui conviennent au consolamentum. Et puis l’ancien doit lui demander s’il a l’intention de tenir et d’observer la promesse comme il l’a faite et qu’il la lui fasse confirmer. »

Mon analyse :
J’avoue qu’il y a là une phrase qui me pose problème. Que veut dire l’auteur en précisant que le mourant — donc a priori un homme — doit être salué comme une femme ? Est-ce à dire qu’il doit y avoir de la distance entre la main de l’officiant et la tête du récipiendaire, même couverte du Livre ? Je ne peux l’affirmer.

« Puis l’ancien doit prendre le livre, et le malade doit s’incliner et dire : « Parcite nobis. Pour tous les péchés que j’ai faits ou dits ou pensés, je demande pardon à Dieu et à l’église et à vous tous. » Et les chrétiens doivent dire : « Par Dieu et par nous et par l’église qu’ils vous soient pardonnés, et nous prions Dieu qu’il vous les pardonne. » Et puis ils doivent le consoler en lui posant les mains et le livre sur la tête, et dire : Benedicite parcite nobis, amen ; fiat nobis secundum verbum tuum. Pater et filius et spiritus sanctus parcat vobis omnia peccata vestra. Adoremus patrem et filium et spiritum sanctum trois fois, et puis : Pater sancte, suscipe servum tuum in tua justitia, et mitte gratiam tuam et spiritum sanctum tuum super eum. Et si c’est une femme, ils doivent dire : Pater sancte suscipe ancillam tuam in tua justitia, et mitte gratiam tuam et spiritum sanctum tuum super eam. Et puis qu’ils prient Dieu avec l’oraison, et ils doivent dire à voix basse la « sixaine ». Et quand la « sixaine » sera dite, ils doivent dire trois fois : Adoremus patrem et filium et spiritum sanctum, et l’oraison une fois à haute voix, et puis l’évangile. Et quand l’évangile est dit, ils doivent dire trois fois : Adoremus patrem et filium et spiritum sanctum, et l’oraison une fois à haute voix. Et puis qu’ils la saluent comme un homme. Et puis ils doivent faire la paix (s’embrasser) entre eux et avec le livre. Et s’il y a des croyants ou des croyantes, qu’ils fassent la paix. Et puis les chrétiens doivent demander le salut[2] et le rendre. »

Mon analyse :
La Consolation se déroule normalement avec une légère variante selon le sexe du récipiendaire. Ensuite, vient une nouvelle fois une phrase énigmatique : « Et puis qu’ils la saluent comme un homme ». S’agit-il d’une coquille typographie ? Cela serait logique car l’idée de saluer d’abord comme une femme, puis ensuite comme un homme montrerait une conception de progression pour l’époque. Mais saluer une femme comme un homme, est impossible dans le respect de la règle de non contact physique entre un Bon-Chrétien et une personne du sexe opposé. D’ailleurs, le Caretas qui suit rappelle bien cette règle puisqu’il se pratique soit en direct, soit avec le Livre.

« Et si le malade meurt et leur laisse ou leur donne quelque chose, ils ne doivent pas le garder pour eux ni s’en emparer, mais il doivent le mettre à la disposition de l’ordre. Si le malade survit, les chrétiens doivent le présenter à l’ordre, et prier qu’il se console de nouveau le plus tôt qu’il pourra ; et qu’il en fasse sa volonté. »

Mon analyse :
Là encore, la règle est claire. Pas d’appropriation personnelle et retour à une procédure classique si le patient guérit. Il devra faire son noviciat et être consolé de nouveau.


[1] Apocalyse de Jean (XXI, 8) : « Mais les craintifs, les mécréants, les horribles, les meurtriers, les prostitueurs, les drogueurs, les idolâtres et tous les menteurs, leur part est dans l’ardent étang de feu et de soufre qui est la seconde mort. »
[2] Le salut : l’Amélioration.

Rituel de l’Oraison dominicale – NT occitan de Lyon

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Rituel de l’Oraison – NT occitan de Lyon

Remarques préliminaires

Le Nouveau Testament (NT) occitan de Lyon est, selon les chercheurs qui l’ont étudié récemment[1], un document rédigé en Italie du nord à la fin du 13e siècle. Il est plus que probable qu’il soit un de ceux (ou le seul) dont disposait l’équipe de Pierre Authié lors de leur tentative de reconquête du Languedoc, tombé sous les coups de l’Inquisition papale.

Que pouvons-nous tirer comme conclusion de cela ?

D’abord, ce document revenait très cher à produire, même si les scribes étaient sans doute des Bons-Chrétiens qui ne faisaient pas payer leur travail. Restait le parchemin et au moins la reliure à financer. Il était très volumineux, ce qui aggravait encore les coûts.
Les textes et témoignages nous apprennent que les Bons-Chrétiens portaient en permanence sur eux, dans une pochette fixée à leur ceinture, un Nouveau Testament ! Vu le volume de ce document cela semble impossible.
Seuls les prédicateurs pouvaient utiliser ce Nouveau Testament pour effectuer leurs prêches. Par contre, et notamment en ces temps difficiles, tout Bon-Chrétien pouvait administrer le sacrement de la Consolation. Il est donc peu raisonnable d’imaginer que tous les Bons-Chrétiens avaient un Nouveau Testament « intégral » dans leur poche ; seuls les prédicateurs justifiaient d’en posséder un.
Les Bons-Chrétiens non prédicateurs devaient cependant disposer d’un document contenant les éléments utiles, comme le prologue de l’Évangile selon Jean et quelques éléments de la Règle de Justice et de Vérité. Il est donc vraisemblable qu’ils disposaient d’un mémento, comparable au bréviaire des catholiques. Ce dernier devait comporter le rituel de l’Oraison dominicale et celui de la Consolation. Ainsi en cas de séparation d’avec les autres, et notamment en l’absence d’un prédicateur disposant du NT complet, ils pouvaient assumer leur charge spirituelle auprès des croyants et poursuivre leurs obligations régulières sans risque de perdre leur statut.
Enfin, les Bons-Chrétiens analphabètes — à ne pas confondre avec illettrés —, étaient tenus d’apprendre l’essentiel par cœur, faute de pouvoir le lire. Avaient-ils un « bréviaire » sur eux, difficile de l’affirmer.

Il faut donc considérer que le NT de Lyon était peut-être un exemplaire unique, à la disposition de Pierre Authié ou bien qu’avec son frère Guilhem, ils en avaient un chacun. On sait que Pierre Authié avait payé un passeur pour lui procurer d’autres livres lors de son activité en Languedoc. S’agissait-il d’autres NT destinés à ses meilleurs prédicateurs, comme Philippe d’Alayrac ou son fils Jacques, je ne saurai l’affirmer.

Ce qui semble avéré, de par la situation particulière liée à l’Inquisition et de par la nature des textes du rituel dont nous avons la traduction, c’est que les évêques restés en Italie, avaient fait rédiger ce document afin de s’assurer que les actions qu’ils avaient déléguées à ces bons-chrétiens seraient exécutées en conformité avec la doctrine. Comme ces derniers n’étaient logiquement pas des habitués de ces pratiques, réservées aux évêques et aux diacres, le document était aussi complet que possible pour garantir la bonne pratique du rituel de l’Oraison dominicale et du sacrement de la Consolation.

Les prêches du NT sont-ils fixes ou variables ?

Le rituel de l’Oraison dominicale et le sacrement de la Consolation, tels qu’ils sont décrits dans le NT de Lyon, comportent chacun un prêche envers le récipiendaire. Est-ce un exemple ou bien s’agit-il d’un texte fixe conforme à la tradition de l’Église cathare dyarchienne du nord de l’Italie ?

Sachant que ces textes, inclus dans le NT sont écrits par les scribes de la même façon et avec les mêmes enluminures que le reste du document, il faut considérer qu’il ne peut s’agir d’ajouts ou d’annotations. Donc, ces textes sont clairement fixes et doivent être répétés tels quels lors de chaque cérémonie. Il est juste précisé que le prénom doit être adapté selon celui du récipiendaire.
Par conséquent, nous devons tenir compte de cela de nos jours et respecter ces textes, pour peu que nous nous considérions comme des croyants de cette obédience cathare.
Les respecter, c’est-à-dire en suivre le fonds mais, si besoin adapter quelque peu la forme au parler moderne.
Je me propose donc de travailler ce texte, disponible ci-dessous, afin de vous proposer un texte plus adapté mais scrupuleusement respectueux du fond de celui-ci :

Prêche de l’Oraison

Si un croyant est en abstinence, et si les chrétiens sont d’accord pour lui livrer l’oraison, qu’ils se lavent les mains, et les croyants, s’il y en a, également. Et puis que l’un des « bons hommes », celui qui est après l’ancien, fasse trois révérences à l’ancien, et puis qu’il prépare une table, et puis trois autres (révérences), et qu’il mette une nappe sur la table, et puis trois autres (révérences), et qu’il mette le livre sur la nappe. Et puis qu’il dise : Benedicite parcite nobis. Et puis que le croyant fasse son melioramentum et prenne le livre de la main de l’ancien. Et l’ancien doit l’admonester et le prêcher avec témoignages convenables. Et si le croyant à nom Pierre, qu’il lui dise ainsi :

« Pierre, vous devez comprendre que, quand vous êtes devant l’église de Dieu, vous êtes devant le père et le fils et le Saint esprit. Car l’église signifie réunion, et là où sont les vrais chrétiens, là est le père et le fils et le Saint esprit, comme les divines écritures le démontrent. Car Christ a dit, dans l’évangile de Saint Mathieu (XVIII, 20) : « En quelque lieu que seront deux ou trois personnes réunies en mon nom, je suis là au milieu d’elles. » Et dans l’évangile de Saint Jean (XIV, 23), il a dit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous demeurerons avec lui. » Et Saint Paul dit dans la seconde épitre aux Corinthiens (VI, 16-18) : « Vous êtes le temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit par Isaac : car j’habiterai en eux, et j’irai, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. C’est pourquoi, sortez du milieu d’eux, et séparez vous-en, dit le seigneur. Et vous ne toucherez pas les choses impures, et je vous recevrai. Et je serai à vous comme un père, et vous serez à moi comme des fils et des filles, dit le seigneur Dieu tout-puissant. » Et en un autre endroit il dit (2e aux Cor., XIII, 3) : « Cherchez la preuve du Christ qui parle en moi. » Et dans la première épitre à Timothée (III, 14et 15), il dit : « Je t’écris ces choses, espérant venir à toi bientôt. Mais si je tarde, sache de quelle manière il faut te conduire en la maison de Dieu, laquelle est l’église du Dieu vivant, colonne et appui de la vérité. » Et le même dit aux Hébreux (III, 6) : « Mais Christ est comme un fils en sa maison, laquelle maison nous sommes. » Que l’esprit de Dieu soit avec les fidèles de Jésus-Christ, Christ le démontre ainsi dans l’évangile de Saint ]ean (XIV, 15-18) : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. Et je prierai le père, et il vous donnera un autre consolateur qui soit avec vous éternellement, l’esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit ni ne le connaît, mais vous le connaîtrez, car il habitera avec vous, et avec vous sera. Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai a vous. » Et dans l’évangile de Saint Mathieu (XXVIII, 20) il dit : «Voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la consommation du siècle. » Et Saint Paul dit dans la première épître aux Corinthiens (III, 16, 17) : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple du Dieu vivant, et que l’esprit de Dieu est en vous ? Mais si quelqu’un viole le temple de Dieu, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est saint, et ce temple c’est vous. » Le Christ le démontre ainsi dans l’évangile de Saint Mathieu (X, 20) : « Car ce n’est pas vous qui parlez, mais l’esprit de votre père qui parle en vous. » Et Saint Jean dit dans l’épitre (I. ch. IV, 13) ; « En cela nous savons que nous demeurons en lui, et lui en nous, car il nous a donné de son esprit. » Et Saint Paul dit aux Galates (IV, 6) : « Parce que vous êtes fils de Dieu, Dieu a envoyé l’esprit de son fils en votre cœur, criant : Père, père ! » Par quoi il faut entendre que votre présentation que vous faites devant les fils de Jésus-Christ confirme la foi et la prédication de l’église de Dieu, selon que les divines écritures nous le donnent a entendre. Car le peuple de Dieu s’est séparé anciennement de son seigneur Dieu. Et il s’est séparé du conseil et de la volonté de son Saint père, par la tromperie des malins esprits et par sa soumission à leur volonté. Et par ces raisons et par beaucoup d’autres, il est donné à entendre que le Saint père veut avoir pitié de son peuple, et le recevoir dans la paix et dans sa concorde, par l’avènement de son fils Jésus-Christ, et en voici l’occasion. Car vous êtes ici devant les disciples de Jésus-Christ, dans un lieu où habitent spirituellement le père, le fils et le Saint esprit, comme il est démontré ci-dessus, pour recevoir cette sainte oraison que le seigneur Jésus-Christ a donnée a ses disciples, de façon que vos oraisons et vos prières soient exaucées de notre Saint père. C’est pourquoi vous devez comprendre, si vous voulez recevoir cette sainte oraison, qu’il faut vous repentir de tous vos péchés et pardonner à tous les hommes. Car notre seigneur Jésus-Christ dit (Ev. saint Mathieu, VI, 15) : « Si vous ne pardonnez pas aux hommes leurs péchés, votre père céleste ne vous pardonnera pas vos propres péchés. » Derechef, il convient que vous vous proposiez en votre cœur de garder cette sainte oraison tout le temps de votre vie, si Dieu vous donne la grâce de la recevoir, selon la coutume de l’église de Dieu, avec chasteté et avec vérité, et avec toutes les autres bonnes vertus que Dieu voudra vous donner. C’est pourquoi nous prions le bon seigneur, qui a donné aux disciples de Jésus-Christ la vertu de recevoir cette sainte oraison avec fermeté, qu’il vous donne aussi la grâce de la recevoir, avec fermeté et à l’honneur de lui et de votre salut. Parcite nobis. »

Et puis, que l’ancien dise l’oraison, et que le croyant la suive. Et puis que l’ancien dise : « Nous vous livrons cette sainte oraison, pour que vous la receviez de Dieu, et de nous et de l’église, et que vous ayez pouvoir de la dire tout le temps de votre vie, de jour et de nuit, seul et en compagnie, et que jamais vous ne mangiez ni ne buviez, sans dire premièrement cette oraison. Et si vous y manquiez, il faudrait que vous en portassiez pénitence. Et il doit dire : « Je la reçois de Dieu et de vous, et de l’église. » Et puis qu’il fasse son melioramentum, et qu’il rende grâces, et puis que les chrétiens fassent une « double » avec venia, et le croyant après eux.

[1] Anne Brenon, David Zbiral et leur équipe.

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