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La dictature de l’athéisme

2-4-Le monde vu par le catharisme
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La dictature de l’athéisme

En écoutant ce matin un chroniqueur politique, M. Christophe Barbier, qui s’exprimait sur le port du voile dans l’espace public, j’ai compris que l’athéisme venait de franchir une nouvelle étape.

Je me suis déjà exprimé à plusieurs reprises concernant la laïcité dans notre société[1]. Le moins que l’on puisse dire est que sa définition fluctue de plus en plus et menace clairement désormais la première partie de la devise républicaine française.

Ce que nous dit M. Barbier, c’est que pour lutter contre les choix que font certaines musulmanes en termes d’habillement, il faut désormais interdire tout affichage religieux dans l’espace public, y compris pour des personnes qui n’y représentent qu’elles-mêmes. Pour lutter contre le port du voile, il faudrait interdire tout élément assimilable à un choix religieux. Par exemple, interdire le port d’un bijou représentant un courant religieux (une croix, un main de fatma, une étoile de David, etc.), interdire une coiffure (kippa, voile, tresses des rastas, turban des sikhs, vêtements noirs des cathares, etc.), interdire bien entendu les vêtements religieux (costume de clergyman, robe et soutane, etc.).

En fait, seul aurait droit d’existence tout ce qui ne rappelle pas la foi de celui que l’on voit devant soi. Comme je l’annonçais[2], c’est l’avènement de l’« athéocratie » que M. Barbier appelle de ses vœux. Mais alors, où est la liberté si l’expression de la foi doit se limiter, comme il le propose à l’espace intime et au lieu de culte ? Proposerait-il que les personnes ayant une opinion politique se voient interdire de l’exprimer librement dans l’espace public ? La liberté syndicale devrait-elle se limiter au local syndical de l’entreprise ? Non, bien entendu !

En fait ce que révèle la remarque de M. Barbier c’est la peur irraisonnée de ceux qui voient dans l’Islam une menace au lieu d’essayer de le ramener dans le champ religieux traditionnel afin de lui permettre de s’adapter à la société.

Car, ne nous y trompons pas, la mise en place de contraintes n’a jamais empêché personne de penser ; au contraire cela tend à radicaliser ceux qui se sentent ostracisés. Nous avons un exemple bien triste en la matière : celui de l’excision. Cette pratique ancestrale et particulièrement douloureuse fait l’objet de poursuites pénales sous nos contrées, ce qui est légitime puisqu’il y a mutilation. Mais dans les pays d’origine, elle est traitée par des campagnes d’éducation et d’information pour faire changer les mentalités, car la répression a clairement montré son inefficacité.

De la même façon, il me semble qu’il serait plus intelligent de communiquer envers les musulmanes qui désirent porter un voile, afin de leur montrer que cela n’a pas de valeur particulière pour leur foi, mais que cela relève davantage  d’un phénomène culturel provenant d’une période où l’homme voulait cacher les femmes faute de pouvoir contrôler ses propres pulsions sexuelles. Par contre, interdire tout ce qui masque le visage et qui empêche d’identifier un individu dans l’espace public est légitime pour des raisons de sécurité publique.

La voie que veut suivre M. Barbier est glissante et dangereuse, car elle montre manifestement une volonté islamophobe plutôt qu’une volonté d’égalité. En effet, interdire le voile sans interdire la kippa serait anormal ; or interdire la kippa serait immédiatement taxé d’antisémitisme ! Nous sommes doucement en train de créer des exceptions religieuses qui sont dangereuses pour le savoir-vivre ensemble. Je parlais de l’excision. L’interdire chez la jeune fille mineure me semble normal, mais il faudrait logiquement faire de même pour la circoncision des bébés juifs et des jeunes enfants musulmans. Après que des adultes décident de se mutiler, pose la question du libre choix de disposer de son corps. On n’imagine pas interdire les tatouages, les scarifications et les piercings ou introductions de corps étrangers divers sous la peau.

L’expression religieuse ne doit pas faire l’objet de considérations différentes des autres formes d’expression (politique, syndicale, philosophique, etc.) à moins de vouloir imposer une norme de pensée, ce qui reviendrait à rendre notre société aussi rigoriste que celles qui font d’une religion l’apha et l’oméga de leur choix politique.

Certes, certaines religions peuvent heurter nos conceptions personnelles en matière d’égalité entre les êtres humains, mais il faut savoir raison garder et se souvenir que ce qui nous gêne aujourd’hui était naturel il n’y a que quelques décennies. En effet, le port du voile par les femmes était la norme de l’Église catholique dans les lieux de culte. Pourtant elle n’avait pas plus de justification que l’exclusion des femmes de la communauté pendant leurs règles, comme on l’observe encore aujourd’hui dans certaines communautés.

N’oubliez pas, M. Barbier, que l’interdiction ne règle rien ; elle ne fait que pousser les personnes visées à se cloîtrer et les prive ainsi de l’accès à l’information qui leur permettrait éventuellement de changer de point de vue. Les sectes le savent bien, qui font de l’enfermement physique le corollaire à l’enferment mental.

[1]Liberté d’expression et laïcité et Liberté, égalité, fraternité, laïcité– Éric Delmas in Pensée cathare au quotidien– www.catharisme.eu

[2]De la démocratie à l’« athéocratie ? »– Éric Delmas in Pensée cathare au quotidien– www.catharisme.eu

Haïssons-nous les uns les autres !

2-1-Philosophie, sociologie
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La haine comme seul moteur du monde ?

Certes, la crise et la peur font toujours ressortir les pires instincts de l’humanité. Mais aujourd’hui je reste sans voix, ou presque, en voyant le tournant que prend la campagne électorale française. Simultanément, une chaîne d’information continue, plutôt considérée comme ultra-libérale et très droitière, nous fait entendre un discours d’un candidat d’un parti démocratique de droite et un micro-trottoir réalisé dans l’assistance venue l’écouter. Reprenant, mot pour mot, ses propos, elle remarque que la plupart des interlocuteurs approuve sans réserve, voire en rajoute une louche, des propositions du candidat sur le refus de l’immigration, y compris de réfugiés de guerre, sur la volonté d’exclusion pour motifs religieux et sur le désir d’un isolationnisme du pays vis-à-vis de l’Europe, et donc du monde. Certaines propositions encore plus dures comme le rétablissement de la peine de mort ou de la perpétuité réelle, l’expulsion d’immigrés sans emploi, l’obligation d’employer les français avant les autres, le refus des aides sociales sur des critères nationaux, etc. font également florès. Et, quand la journaliste dévoile que l’ensemble des propositions sont en fait celles émises lors de la campagne de 2012 par le parti d’extrême droite, les sondés ne s’en inquiètent pas et trouvent normal que ces propositions extrémistes deviennent désormais des propositions « républicaines ».Read more

Les limites de la liberté de conscience

2-1-Philosophie, sociologie
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Le premier article de la Constitution de la cinquième république française définit cette république comme : « indivisible, laïque, démocratique et sociale ». C’est bien entendu le terme laïque qui attire mon attention, même si le terme social me semble pouvoir, à l’occasion, mériter un long exposé.

Le dictionnaire Le Petit Robert définit ce mot comme désignant un État « … qui est indépendant de toute confession religieuse. » On peut certes trouver curieux d’avoir accolé (en troisième acception) cette définition à un terme qui par ailleurs définit un chrétien qui n’appartient pas au clergé. Encore une preuve de l’assujettissement de notre société à la lecture judéo-chrétienne catholique. Pour autant la république française ne prétend donc pas être anti-cléricale ou athée mais simplement libre de tout lien avec le fait religieux. Comme la liberté de l’un s’arrête là où commence celle de l’autre, on pourrait légitimement croire que la France, qui reconnaît officiellement les religions, se fait une nécessaire obligation de les respecter tant qu’elles ne mettent pas en péril son fonctionnement et ses fondements philosophiques. Pourtant il semblerait bien qu’il n’en soit rien.Read more

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