éveil cathare

L’éveil spirituel cathare

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L’éveil spirituel cathare

Il est un point qui est souvent très difficile à comprendre quand on n’est pas consolé ou croyant. En effet la dialectique moderne tend à dénaturer le sens des mots qui sont alors utilisés à tort et à travers. On observe que nombreux sont les domaines intellectuels, existentialistes et plus ou moins spirituels qui utilisent le terme d’éveil à des fins très variées, voire contradictoires.

En matière de catharisme, ce terme est strictement spirituel et implique des concepts qui sont propres à cette religion. C’est pourquoi je tiens ici à vous présenter ce sujet de façon aussi complète que possible.

L’éveil dans la mondanité

L’éveil, une affaire d’esprit-saint

Dans sa déposition devant l’Inquisition, Pierre Maury raconte un prêche de Philippe d’Alayrac, chrétien consolé à propos de la différence entre l’âme et l’esprit. Nous connaissons ce texte sous le nom de parabole de la tête d’âne. En voici le texte figurant dans le registre inquisitorial :

« Il y avait une fois deux croyants à côté d’un ruisseau. L’un d’eux s’endormit. L’autre resta éveillé, et il vit quelque chose qui ressemblait à un lézard qui sortant de la bouche du dormeur traversa subitement le ruisseau par une planche ou une tige qui était tendue d’un côté du ruisseau à l’autre.

Il y avait là une tête d’âne décharnée, dans laquelle la chose entrait et sortait, en courant par les trous de la tête. Puis elle revenait par la planche jusqu’à la bouche du dormeur. Cette chose fit cela une ou deux fois. Ce que voyant, celui qui était éveillé, alors que la chose était passée de l’autre côté du ruisseau vers la tête, enleva la planche, pour l’empêcher de passer et de revenir à la bouche du dormeur. La chose, sortie de la tête d’âne et arrivée au ruisseau, ne pouvant traverser, parce que la planche était enlevée, et le corps du dormeur s’agitant fortement sans pouvoir se réveiller, bien que celui qui était éveillé le secouât, ce dernier finit par remettre la planche. La chose traversa par la planche et entra dans la bouche du dormeur.

Il s’éveilla aussitôt, et dit alors à son compagnon qu’il avait beaucoup dormi. L’autre lui dit qu’en dormant il avait eu un grand trouble et s’était beaucoup agité. Le dormeur répondit qu’il avait beaucoup rêvé. Il avait rêvé en effet qu’il avait traversé un ruisseau par une planche, puis qu’il était entré dans un grand palais, où il y avait beaucoup de tours et de chambres ; quand il avait voulu revenir, la planche avait été enlevée du ruisseau, et il ne pouvait pas passer ; mais il venait au ruisseau, et reculait, de peur de se noyer ; il en avait été très troublé, jusqu’à ce que la planche soit remise sur le ruisseau, et qu’il ait traversé. Celui qui était resté éveillé lui raconta ce qu’il avait vu, et les deux croyants en furent dans un grand étonnement.

Ils allèrent ensuite trouver un bon chrétien (c’est-à-dire un hérétique), et lui racontèrent la chose. Il répondit que l’âme de l’homme restait toujours dans son corps jusqu’à la mort du corps, mais l’esprit de l’homme entrait et sortait, comme ils avaient vu ce lézard sortir de la bouche du dormeur, entrer dans la tête d’âne, et rentrer dans la bouche du dormeur. »

Le point qui nous intéresse aujourd’hui dans ce texte est la notion qui veut que si l’âme mondaine — nous parlerions plutôt de système de commande du corps —, est fixée à ce dernier et disparaît à la mort de ce dernier, l’esprit tombé dans la matière — que j’appelle esprit-saint —, n’est pas attaché à la matière et dispose d’une relative capacité d’autonomie. C’est fondamental si l’on veut comprendre la possibilité d’un éveil spirituel.

C’est en raison de cette relative indépendance de l’esprit-saint qu’il s’avère possible de l’informer de son état de prisonnier et de lui ouvrir, ou plutôt entrouvrir la porte qui lui permettra de développer sa spiritualité. Dans le film Matrix®, que je prends souvent en exemple, la scène culte des deux pilules est très stricte et sert d’ailleurs de références aux milieux complotistes. En effet, le personnage de Morphéus propose au héros Néo de choisir entre le confort de l’ignorance (la pilule bleue) et le merveilleux univers de la connaissance et de la vérité (la pilule rouge). C’est en fait un choix entre la lâcheté et le courage. Dans le catharisme, les choses sont différentes. Nous avons au cours de notre vie des moments où nous sommes absorbés par nos obligations et où nous ne sommes pas intellectuellement disponibles pour autre chose. On pourrait dire en référence au mythe de la tête d’âne que ce sont des moments où l’esprit-saint n’est pas dans la tête d’âne. À d’autres moments, nous nous interrogeons, car l’esprit-saint influe sur l’intellect dans le sens où il crée des moments d’interrogations qui ne sont pas forcément clairement identifiés, mais qui manifestent une certaine opposition avec l’âme mondaine. Ce sont des moments où l’esprit-saint est dans la tête d’âne.

L’éveil, un moment de retournement spirituel

Dans ce moment de conflit relatif, nous confrontons notre savoir intellectuel avec la connaissance spirituelle qui diffuse de l’esprit-saint. Celui-ci est sensible à nos interrogations, à notre psychologie et à notre approche philosophique qui bien qu’étant des compétences intellectuelles sont en mesure de lui ouvrir une voie d’émergence partielle. Le contrôle de la pensée profonde a toujours été un rêve des dictatures et l’âme mondaine n’y fait pas exception.

Chez la plupart d’entre nous et depuis longtemps ces émergences partielles retombent vite sous la prégnance de l’âme mondaine, ce qui explique que nous n’ayons toujours pas réussi à quitter cet enfer mondain.

Par contre, dans de rares cas, cette émergence est interprétée intellectuellement comme une évidence spirituelle. Pour que cela soit possible, il faut que l’intellect soit capable de comprendre ce qu’est la spiritualité, ce qu’est l’éveil et ce qu’est la connaissance. Alors un terreau favorable à l’éveil spirituel va se mettre en place. Pour autant tout n’est pas gagné.

L’esprit-saint est encore sensible aux injonctions de l’âme mondaine qui par le biais des outils que lui donne la sensualité va pouvoir le tromper sur la validité de son ressenti ou le dériver vers des notions mondaines parées d’attributs spirituels. Ce dernier cas est à mon avis clairement exprimé dans les extrémismes religieux qui appliquent à la religion les constantes morales de la mondanité : égocentrisme, vanité, violence morale et physique, etc. Dès lors l’argutie religieuse sert de support aux pires comportements mondains.

Mais, dans de rares cas, l’intellect bien formé par l’acquisition d’une connaissance éprouvée peu se trouver en adéquation avec l’esprit-saint prisonnier. Dès lors, ce dernier va pouvoir se libérer partiellement de sa gangue mondaine et commencer un travail de révélation qui imprégnera la part intellectuelle malgré les tentatives de l’âme mondaine et les incompétences du corps. On passe d’un état de dépendance du spirituel au mondain à celui d’une indépendance et même d’une forme de prise de contrôle partiel de certains éléments mondains, sans quoi atteindre le salut est illusoire. C’est un retournement total du système initial qui maintenait l’esprit-saint prisonnier.

L’éveil spirituel à proprement parler

Ce sujet qui, vous l’avez compris est central puisqu’il détermine la possibilité pour l’esprit-saint d’emprunter la voie du salut n’apparaît pas dans les sources. Du coup, les historiens — même ceux qui ont des compétences en philosophie — ne l’abordent pas dans leurs écrits ! Cela démontre les limites de la recherche sur un sujet comme la religion qui nécessite un travail approfondi de la part de chercheurs ayant une maîtrise des sujets spirituels. Malheureusement, la plupart étant très imprégnés de judéo-christianisme, on en trouve peu qui savent faire abstraction de leurs propres convictions pour se mettre à la hauteur de celles des cathares.

Cela vous expliquera pourquoi j’ai consacré un chapitre complet à l’éveil dans mon livre[1] et pourquoi je l’ai lié à la connaissance et au salut.

Les prémices de l’éveil

Pour les cathares, l’éveil ne s’acquiert pas de façon exogène ; c’est petit à petit qu’il se fait jour en nous, grâce à l’étude du catharisme spirituel. Contrairement au concept judéo-chrétien de la foi du charbonnier qui dès le 16e siècle considérait que le croyant devait se contenter de croire « ce que l’Église croyait », le catharisme milite pour une foi éclairée et une conviction intime appuyée sur des arguments solidement étayés par des sources.

C’est pour cela que les cathares faisaient tout leur possible pour éduquer les auditeurs, que nous appelons sympathisants, par le biais de prêches et qu’ils traduisaient en langue vernaculaire les documents mis à disposition de ceux qui pouvaient les lire.

Aujourd’hui nous ne faisons rien d’autre. Le site au titre éponyme du livre offre de nombreux documents qui permettent de découvrir et d’approfondir le catharisme, car il est essentiel que chacun puisse le comprendre à la hauteur de son intellect personnel et ne jamais admettre quelque notion que ce soit de façon automatique.

Ce travail d’étude et d’information permet d’acquérir un savoir qui permettra à chacun de savoir précisément pourquoi il pense et dit ce qu’il veut du catharisme. Mais cette acquisition de savoir est insuffisante. Comme pour toute construction de qualité elle n’est que la fondation de la connaissance qui se construira en mettant en accord le savoir et l’intime conviction. C’est la mise en accord de l’intellect et de l’esprit-saint prisonnier dont je parlais plus haut.

La mort de l’Adam primordial

La cosmogonie judéo-chrétienne nous parle d’Adam comme le premier homme. Bien entendu il s’agit d’une présentation imagée qui marque l’apparition d’un animal spécifique, porteur d’un souffle divin, au sein d’un monde déjà doté d’animaux dépourvus de cette étincelle divine. D’un point de vue cathare, il s’agit de l’illustration de la chute des esprits-saints dans la matière démoniaque. Cet Adam est donc un animal, dominé par son instinct et sa sensualité, doté d’une part spirituelle qu’il peut mettre en avant s’il en a conscience et s’il en ressent la nécessité.

L’Adam primordial est adapté à ce monde et rejette ce qui tendrait à mettre en danger cet équilibre dont il ne perçoit pas la malignité. Pour en revenir à Matrix®, c’est le Néo, trafiquant de logiciels informatiques et employé peu docile qui cherche à échapper à ce qu’il croit être une sorte de police qui le traque pour ces motifs.

C’est par l’étude et l’acquisition de savoirs que le sympathisant va remettre ses évidences et vérités antérieures en question. Or, cela va lui montrer que les règles mondaines de pouvoir, de volonté de vivre et de représentation vaniteuse sont sans objet. Cela revient à une sorte de suicide que de suivre la voie qu’ouvre la pilule rouge. Dans un de mes textes antérieurs, je présentais cela sous l’image de deux hommes pris dans un tourbillon aquatique et incapables de distinguer quoi que ce soit d’utile. L’un va s’accrocher à son statut, d’autant qu’ayant pu accrocher une souche d’arbre il espère que cela le sauvera. L’autre fait un choix apparemment incohérent, puisqu’il lâche la souche et nage à contre-courant pour tenter de rejoindre la rive. Ce faisant il va se sauver, car le tourbillon aboutit à un siphon qui va tuer son compagnon.

Nous aussi nous devons faire spirituellement ce choix de laisser mourir en nous notre nature mondaine, notre Adam primordial, car il ne peut nous mener au salut.

L’éveil : résurrection du Christ

Le savoir acquis va, chez certains d’entre nous, provoquer un choc intellectuel qui nous permettra de voir l’inanité de ce que nous pensions infaillible jusque là. De ce choc vont émerger de nouveaux paradigmes qui vont annuler nos anciennes convictions et faire de la voie de cheminement cathare la seule adaptée à notre propre salut. J’insiste sur l’importance de différencier un sentiment de la justesse de la voie cathare en raison de sa doctrine sensée et logique et de sa pratique cohérente, et la conviction personnelle que cette voie spirituelle est la seule capable de nous assurer le salut. On retrouve très clairement ce dernier sentiment dans les interrogatoires d’Inquisition de croyants cathares médiévaux.

Ce sentiment absolu distingue le sympathisant du croyant, car l’adhésion à une spiritualité ne peut être valide que si elle n’accepte aucune autre option pour soi. C’est ce que nous appelons la résurrection de Christ en chacun de nous. En effet, pour les cathares Jésus — s’il a existé —, n’a jamais eu de corps physique et sa crucifixion est donc un leurre au mieux et une forgerie judéo-chrétienne destinée à émerveiller les populations crédules au pire. Mais la résurrection, inutile pour un Jésus jamais mort doit être comprise dans le sens de la foi. L’épisode de Lazare dans le Nouveau Testament reprend ce concept. Lazare, ancien ami et proche de jésus, frère de Marthe et Marie Madeleine, est déclaré mort. Jésus survient et le ressuscite. En fait, c’est la foi en Jésus de Lazare qui était morte et qui est ressuscitée. Certes, c’est moins claquant que la résurrection charnelle. De la même façon la mort de Saphire et Ananias dans les Actes des apôtres est également un signe d’exclusion de la communauté et non pas une mort provoquée par Dieu.

Le croyant : un sympathisant cathare éveillé

Quand survient cet éveil spirituel cathare, que rien ni personne d’autre que l’intéressé ne peut provoquer, ce dernier quitte le statut de sympathisant pour devenir un croyant. Lui seul en prend conscience, spontanément ou à l’occasion d’un échange avec un chrétien consolé qui a su observer son changement mieux qu’il ne l’a fait lui-même.

Quels sont les changements qui vont affecter ce nouveau croyant débutant ?

D’abord, la certitude qu’il n’y a pas d’autre voie spirituelle pour lui que le catharisme. Ensuite, l’impérieuse nécessité de tout mettre en œuvre pour cheminer selon cette voie. Enfin, la recherche du salut qui ne peut se faire qu’au sein d’une Église cathare organisée et efficace.

Le croyant cathare en chemin

Dès qu’un croyant cathare comprend la réalité de son éveil, il sait qu’il va devoir entamer un long et parfois difficile cheminement.

Il va devoir se livrer à une introspection personnelle pour déterminer les points de sa personnalité et de son mode de vie qu’il va devoir mettre en priorité afin de les rendre compatibles avec le catharisme. Mais il ne s’agit pas pour lui de se forcer à agir ou de feindre d’agir comme il sait qu’il faut le faire. Tout le cheminement du croyant sera consacré à étudier, comprendre la justesse et appliquer petit à petit les préceptes cathares afin qu’ils deviennent pour lui évidents et nécessaires et non pas forcés et feints.

On le voit, ce cheminement risque d’être long puisque rien n’est forcé, mais une fois que le croyant aura acquis des éléments de la Règle de justice et de vérité, il sera bien mieux à même d’éviter les échecs et les tentations contrairement à ce que l’on voit dans d’autres religions qui imposent des comportements au lieu de laisser leurs adeptes les intégrer à leur rythme.

Le cheminement cathare

Le croyant va donc cheminer dans son for intérieur et il va continuer à acquérir des savoirs afin de pouvoir être les porte-paroles de l’Église auprès de sympathisants et de curieux désireux de mieux s’informer. Par contre, il devra s’abstenir de tout prosélytisme, car les cathares savent qu’il y a d’autres possibilités de salut et que chacun doit trouver la sienne.

En effet, à titre personnel, l’étude du catharisme, le suivi des prêches et des échanges internes et l’introspection spirituelle vont transformer des savoirs en connaissance. Et c’est cette connaissance qui permettra au croyant de progresser dans son cheminement.

En outre, le croyant va pouvoir associer certaines pratiques rituelles et un mode de vie qui lui sembleront convenir à son nouvel état. Tout cela est libre et mobile à l’exception de l’Amélioration que tout croyant doit effectuer quand il est en présence d’un chrétien consolé, si l’environnement le permet.

Attention à ne pas trop en faire, car l’excès de zèle est aussi néfaste que l’absence d’action.

La recherche du salut

Le croyant cathare sait et ressent que son salut passe obligatoirement par un noviciat et une Consolation. Le succédané de Consolation aux mourants, mis en place au Moyen Âge, ne garantit rien, car pour être en état de recevoir la grâce divine il faut un travail spirituel intense qui est difficile à mener en dehors d’une vie évangélique.

Donc, le croyant cathare sait qu’en se mettant tout entier au service de l’Église il participe à son propre cheminement vers le salut. Pour autant il ne peut pas abandonner ses obligations mondaines si ces dernières sont susceptibles de causer un dommage à des personnes innocentes envers qui il se serait engagé précédemment.

J’espère que ce prêche vous aura permis de mieux comprendre ce qu’est l’éveil spirituel cathare et qu’il vous servira, si le moment se présente, à évaluer votre propre situation spirituelle.

Guilhem de Carcassonne.


[1] Catharisme d’aujourd’hui – Éric Delmas, éd. Catharisme d’aujourd’hui à Carcassonne (2015).

Pourquoi l’éveil est-il difficile ?

2-3-Le catharisme au quotidien
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Pourquoi l’éveil est-il difficile ?

Si je n’ai pas créé le concept de la parabole, j’en saisi totalement l’intérêt pour rendre accessibles à tous des concepts qui, s’ils étaient directement exprimés depuis ce qu’ils sont dans ma tête, seraient totalement incompréhensibles.
Aussi vais-je vous parler d’un point crucial, qui est à mon avis la cause principale de l’échec dans leur avancement des sympathisants, déterminant dans le passage au statut de croyant : l’éveil.

La victoire du Malin

Quand le Malin fit tomber dans la fange de sa création les esprits saints de l’empyrée céleste, il mit au point la plus extraordinaire supercherie possible. Cela a-t-il marché ? Jugez vous-même ; cela fait des centaines de milliers d’années que cette escroquerie perdure en étant à peine écornée par quelques résistants qui ont su la révéler, sans que les autres victimes ne les croient.

Mais quelle est cette escroquerie si extraordinaire ?
Elle consiste dans le fait de prendre des entités spirituelles, de leur faire oublier leur origine céleste, de leur imposer un univers mondain et de les convaincre que cet univers est, non seulement unique, mais aussi le meilleur monde dont elles peuvent rêver. En clair emprisonner quelqu’un en lui faisant oublier son état de prisonnier et en lui faisant confondre sa prison avec le paradis.

Dans un de ses derniers livres, Jean d’Ormesson dit : « Le présent est une prison sans barreaux, un filet invisible, sans odeur et sans masse, qui nous enveloppe de partout. »
Bien entendu, je partage cet avis, mais je l’étend à tous les temps du monde et non seulement au présent.
Comme je ne suis pas certain que cet auteur soit accessible à tous, je vais aller chercher ma parabole dans le monde du cinéma. Connaissez-vous le film américain : The Truman show ? Ce « spectacle Truman » nous conte l’histoire d’un agent d’assurance, Truman Burbank, marié à une gentille infirmière, Meryl, qui vit dans une petite ville américaine campagnarde, Seahaven, entouré de toute une population très sympathique. Les besoins de ce citoyen étant comblés en tous points, il ne lui vient même pas à l’esprit de s’interroger sur cette situation. Les choses se gâtent quand il aura envie de quitter ce cocon douillet pour explorer le monde, car il découvrira alors que cela est impossible : les routes reviennent toutes au centre-ville et le grand lac s’avère difficile à naviguer à l’approche de l’horizon. En fait, ce que ne sait pas Truman, c’est qu’il est depuis sa naissance le sujet principal d’une émission de télé-réalité ; que le monde qui l’entoure est factice et constitue un immense plateau de télévision fonctionnant en permanence, et que sa femme, ses amis, ses voisins sont des acteurs.

Voilà comment le Malin nous tient prisonnier : il nous a convaincus que nous étions ici de notre propre initiative et qu’il n’y a rien d’autre.

Sommes-nous des victimes innocentes ?

Vous vous dites que ce pauvre Truman est une innocente victime. C’est vrai, jusqu’au moment où il commence à avoir des doutes. Nous sommes donc nous-mêmes innocents de la farce que nous joue le Malin. Oui, mais à une seule condition. Celle de n’avoir jamais eu le plus petit doute sur le fait d’avoir été trompé par le Mal. Par contre, quand Truman constate que quelque chose ne tourne pas rond, il ne se retient pas de chercher à comprendre et, quand il comprend ce qui se passe, il ne retourne pas gentiment à cette vie idéale qui ne présente aucun risque pour lui et qui ne lui impose aucune contrainte excessive. Non, il choisit de savoir et de vivre libre quel qu’en soit le prix.

La victime n’est innocente qu’à deux conditions. Soit elle ignore être victime, comme le décrit Jean d’Ormesson, soit elle le sait et elle lutte, avec ou sans réussite, pour échapper à sa prison, comme le fait Truman.
Une victime qui accepte sa condition pour ne pas prendre de risque ou parce qu’elle pense que la liberté sera moins confortable que la captivité n’est plus vraiment une victime à proprement parler. Cette situation débute dès l’instant où le moindre doute s’insinue en nous. En effet, si à ce moment nous ne cherchons pas à comprendre la situation, nous devenons complices de notre geôlier. Ce point est essentiel. En effet, comme dans la caverne de Platon , si nous entrevoyons une faiblesse dans le roman bâti pour nous leurrer et que nous ne cherchons pas à approfondir cette information, nous devenons complices par lâcheté.

Comme Truman, nous devons chercher à comprendre si la vie qui se déroule devant nous est cohérente ou pas. Pour cela nous devons passer au crible toutes les informations disponibles et nous devons apprendre à les étudier de façon à ne plus nous laisser manipuler et berner par un système culturel taillé pour cela.

À partir de là, la vérité va commencer à se dérouler devant nous ; comme Truman nous toucherons le fond du décor au bout du lac et comme l’homme de la caverne nous gravirons le chemin vers la lumière. Il ne manquera pas d’obstacles à notre progression. Les vagues et les conseils apparemment bienveillants d’un côté, la douleur de la progression et l’aveuglement de la lumière de l’autre. Les bonnes raisons d’abandonner ne manqueront pas et si nous renonçons les éloges et les récompenses pleuvront, alors que si nous persistons ce sont les avanies et les injures qui seront notre lot.
Mais si nous abandonnons, nous serons notre propre geôlier et nous perdons tout droit à nous plaindre et à rêver d’un avenir meilleur.

Et si la vérité était pire que le mensonge ?

Quand vous étiez enfant peut-être avez-vous eu l’occasion d’entrer dans la cuisine familiale pendant que votre mère (à mon époque c’était surtout elle) préparait une tarte au citron. Si vous goûtiez un peu de farine, de blanc d’œuf ou de citron, vous faisiez la grimace tant ces mets offraient peu de satisfaction gustative. Aussi quelle n’était pas votre surprise, si en dévorant une part de cette tarte meringuée dont vous saviez qu’elle était faite de ces trois éléments, vous la trouviez parfaitement délicieuse.
De même que la vérité de la tarte est d’être constituée d’éléments qui, pris individuellement et sans préparation ni cuisson, ont un goût détestable ; de même sa vérité de plat constitué et préparé s’avère être délicieuse. Mais cela, une personne n’ayant jamais eu connaissance de ce que sont la pâtisserie et la tarte au citron ne peut pas le dire.
De même, quand on découvre que l’on nous ment, il est cohérent d’imaginer que c’est pour nous cacher quelque chose. Si ceux qui nous mentent semblent bienveillants, il est logique de penser que ce qui nous est caché est mauvais et que le découvrir nous fera souffrir. Si notre état actuel est satisfaisant, pourquoi lâcher la proie pour l’ombre et s’engager dans un voyage sans retour vers une vérité désagréable ? Comme Nemo dans Matrix® , ce qui pousse à prendre ce risque c’est l’espoir. Or, l’espoir est d’autant plus fort que la situation actuelle est difficile. Mais, le monde moderne a créé un système qui ferme la porte à cet espoir et le redirige vers lui-même. Au lieu de laisser espérer en un monde meilleur, on vous explique que dans ce monde vous pouvez changer de position, soit par votre travail (le rêve américain), soit par l’héritage (l’oncle d’Amérique), soit par la chance (loterie, paris, etc.). Du coup, l’espoir placé dans la spiritualité disparaît petit à petit ; les gens préférant un espoir à court terme à un espoir plus tardif.

Le mensonge ne peut pas faire le bonheur

Le mensonge induit par ce faux espoir ne fait que retarder le moment où chacun devra faire son introspection et s’apercevra que le chemin du bonheur mondain est une voie sans issue. Le seul bonheur est de pouvoir retourner à son état initial au sein de l’Esprit unique. Et pour cela il faut faire le chemin complet qui va de l’éveil à la prise de conscience de son état de pécheur, de la conscience à la contrition et de la contrition à l’amende honorable en vue de l’accès au salut.

Nous savons tous que la voie cathare est, sans doute, l’une des plus ardues qui existent pour s’approcher du salut. Pourtant les cathares disaient que nous serons tous sauvés. Alors pourquoi se donner tant de mal ? La raison en est toute simple et lève clairement cette apparente contradiction. Plus nous tardons à nous arracher à ce monde, plus l’effort nécessaire sera difficile et le résultat incertain. Il ne faut donc pas gâcher la chance que nous donne l’éveil en remettant à demain la décision d’agir pour notre salut.

C’est pourquoi nous devons abandonner la voie du mensonge et agir au mieux pour mériter la grâce du père en cette incarnation. La voie cathare nous paraît offrir les meilleures chances d’être dans la justice et la vérité jusqu’à l’instant ultime, car elle ne laisse rien au hasard et ne s’autorise aucune licence dans l’effort en vue du salut. Certes, celui ou celle qui va s’éveiller à la voie cathare va devoir fournir plus d’efforts, passer par plus de difficultés et subir les plus gros doutes quant à son succès, mais s’il surmonte cela il aura sans doute les meilleures conditions possibles pour aller au bout du chemin.

Par contre, si l’éveil nous touche et que nous tergiversons pour commencer la route, nous jetons aux orties cette chance exceptionnelle que l’Esprit nous a donnée. Nous sommes victimes du Malin, mais l’éveil nous a donné les clefs de la cellule et le plan vers la sortie de la prison. Ne pas s’en servir est pire que de ne pas les avoir reçus.
À chacun d’interroger sa conscience pour savoir s’il se sent éveillé et, si oui, que faire pour mettre à profit cet avantage unique qui nous est donné contre la volonté du Mal.

Guilhem de Carcassonne, le 17/01/2021.

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