Forums Culture et études cathares

Un seul choix: avancer

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Un seul choix : avancer

Depuis mon dernier témoignage bien des choses ont changées. En 2014, je vous disais avoir clairement rejoint les rangs des croyants depuis mon premier témoignage de 2009 et me préparer à un noviciat que j’entrevoyais à l’horizon de ma future retraite.

J’ai suivi cette voie, qui pour moi était totalement enténébrée vu que personne n’avait témoigné l’avoir suivie depuis sept siècles. Je devais faire seul ce que beaucoup d’autres avaient échoué à réussir alors qu’ils étaient bien encadrés et soutenus par une communauté ecclésiale et une Église encore sur pieds. Je craignais que ma démarche fut plus le fait de ma vanité que d’un engagement spirituel sincère.

Cependant, j’ai cherché à compenser mes défauts et mes manques par une pratique rituelle rigoureuse et une étude approfondie et quotidienne. La première année, je l’ai consacrée à l’étude du Nouveau Testament, chapitre par chapitre, jour après jour. Ensuite j’ai élargi mon champ d’étude aux textes chrétiens et à la recherche historique pour approfondir les preuves des origines des cathares que je venais de publier dans mon livre. Enfin, j’ai étudié plusieurs auteurs chrétiens, élargi mes connaissances philosophiques et dans les autres sciences humaines. La dernière année fut consacrée essentiellement à l’introspection et à la préparation de ce qui m’attendait.

En effet, ayant passé le cap du rituel de la sainte oraison dominicale, mes heures étaient désormais rythmées par le Pater que je venais de produire à partir d’une étude approfondie de la glose. Je savais que j’avais acquis suffisamment de connaissances pour me concentrer sur l’approfondissement de mon engagement spirituel afin de me rendre accessible à la grâce que voudrait peut-être me faire le Saint-Esprit paraclet si je m’en montrais digne. Ce fut le cas en ce début d’année. Je sus alors que mon noviciat arrivait à sa fin. Cela fut officialisé à la Pentecôte suivante par ma Consolation.

Maintenant j’entre dans la partie de mon cheminement que j’imagine la plus difficile. Non seulement je ne dois pas me relâcher dans mon travail spirituel personnel, mais je dois aussi remettre sur pieds une Église cathare disparue voici sept siècles dans d’autres circonstances et dans un autre environnement. Je dois aussi rechercher les croyants déclarés ou encore inconnus qui en formeront l’ossature. Si le maître de ce monde m’en laisse le temps, j’essaierai de laisser à d’autres un outil d’organisation spirituelle capable de redonner toute sa vigueur à une Église cathare d’aujourd’hui qui confirmera mon intuition de 2007 qui me fit choisir pour mon site le titre : Catharisme d’aujourd’hui !

Guilhem de Carcassonne le 24/07/2021.

Mon chemin

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Mon chemin

Depuis que j’ai lu ou relu les philosophes, parfois des personnes dont je m’étais éloignée depuis longtemps, parfois des personnes que je redécouvrais avec leurs failles que je n’avais vues avant, ou encore des personnes que je n’avais jamais lues et que je découvrais avec, je crois, le même regard que celui de mes dix-sept ans lorsque j’avais entrevu les pensées de Socrate, Descartes, Kant, Montaigne, Nietzsche, Sartre… (études obligatoires : le lycée). Mais revenir à la philosophie c’est revenir à la vie, à la lumière, enfin le « cogito » se réveille à se délecter dans la pensée profonde. Il a l’impression d’avoir beaucoup trop dormi, il est temps de réagir !

Alors arrive assez vite la question à laquelle on pensait le moins : Et ma vie spirituelle, où en est-elle ? Ô question insondable ? Un grand vide m’habite depuis bientôt quatre ans, un chagrin, qui par courtoisie, se fait de plus en plus calme. Un vide m’habite, ou plus exactement un manque spirituel qui ne trouve aucun écho en ce monde, et bien que le chemin devant moi soit brouillardeux, je m’y reconnecte naturellement, sans même y penser dès que je pars au bois. Ce chemin mondain est agréable à suivre car il sinue sous de grands arbres montant tout droit vers le ciel, tout en se penchant, bienveillants, généreux de leur ombre pour la marcheuse silencieuse. Pourtant c’est grâce à lui qu’une partie de la vie mondaine se trouve alors agréablement loin de nous, oh ! pas très longtemps bien-sûr, au plus une heure à pied mais on ne peut s’empêcher de se dire : Liberté ! Où, peut-être : libérée ! C’est alors le moment propice, « La liberté alors, c’est une bouchée de pain, une gorgée d’eau fraîche, un paysage ouvert. » Frédéric Gros : « Marcher, une philosophie, éd. Champs poche)

Et, surtout le silence ! « L’évidence retrouvée du silence, d’abord comme transparence… » écrit F. Gros, puis comme respiration retrouvée, ajouterai-je. C’est alors, vraiment dans la solitude que surgissent les questions importantes et parfois les éléments de réponses.

J’ai essayé de penser avec méthode tout en suivant tes conseils, et aussi, il me semble, en suivant tes pas, sans perdre de vue les paroles d’Antonio Machado ; « El camino se hace caminando. » En effet, je sais que dans ce chemin, chacun, chacune est seul(e) dans son « avancement ».

Je t’ai relu, j’ai relu aussi plusieurs fois les fondamentaux, notamment « La règle de justice et de vérité » ainsi que les deux principes qui font partie de ma réflexion depuis très longtemps. Je me rends compte aujourd’hui que les valeurs les plus importantes que j’ai au fond de moi viennent toutes du catharisme, cette religion que tu qualifies toi-même de « spirituelle ». C’est justement parce qu’elle est spirituelle qu’elle me convient, et aussi bien sûr pour le rôle important qu’elle confie à la philosophie permettant au croyant de se faire, comme tu l’as dit, « un costume sur mesure dans le prolongement de sa logique. » Elle est aussi une des rares religion, peut-être la seule même, à penser la femme égale de l’homme, et déjà en cela, on peut dire qu’elle est révolutionnaire ; en tout cas, elle en a acquis dans mon cœur ses lettres de noblesse (au sens premier du terme). Elle est en fait humaniste plus que toute autre par ses idéaux, par son message, par son salut. L’idée du salut m’interroge aussi depuis longtemps, m’ayant à plusieurs reprises, au cours de mon existence, rappelé avant d’agir de ne pas perdre le désir de « sauver mon âme ». Je constate que ses rappels se répètent plus souvent et j’en suis heureuse car ma conviction profonde est de devenir meilleure. Or ces rappels sont vraiment des aides, comme un Jiminy Cricket[1] de la bonne conduite. Ce qui est nouveau pour moi aussi, c’est de prononcer, d’écrire ce mot conviction qui n’appartenait pas à mon vocabulaire. Alors, lorsque je te lisais : « Étudier suffisamment sa propre conviction pour savoir ce à quoi notre intuition nous pousse. » dans ton article sur la foi, je me disais « je n’ai pas de conviction, je ne comprends pas ce qu’il veut dire… » La peur de l’introspection m’anesthésiait, je crois.

Pour pouvoir progresser à mon rythme, j’ai alors décidé de choisir dans chacun des articles que tu as écrits, un objectif que je pouvais légitimement viser. Pour celui de la foi, j’ai retenu celui-ci. « Le cheminement que l’on fera jusqu’au moment opportun, soit rejoindre une communauté pour y vivre ses dernières années, soit la rejoindre dans son agonie lors d’une consolation aux mourants, est essentiel à la réussite de ce dernier moment. »

En ce qui concerne l’ascèse alimentaire, je ne peux l’imaginer pour le moment que dans le cadre futur d’une retraite dans notre prochaine maison cathare, et en attendant je me prépare à l’idée d’une nourriture végétaliste, tout en « luttant » patiemment contre les peurs irraisonnées de mon entourage.

Le détachement, ce maître-mot, comme tu dis, pour devenir Bon-Chrétien, le détachement aux biens matériels ne me semblera pas, je crois, si difficile au moment venu, mais c’est plutôt ce détachement à la nature qui me montre le plus cruellement la difficulté à dépasser ; c’est pour cela que je commençais ma lettre en te parlant un peu de cet espace naturel qui m’est vital, dans le sens où, mais je ne l’ai peut-être pas assez clairement exprimé, c’est là que mon âme s’éveille le plus naturellement aujourd’hui. Je crois avoir compris que tu es loin de cela, aussi, il ne serait pas courtois de ma part de t’ennuyer avec de telles mondanités.

Je peux encore préciser que l’idée d’un Dieu étranger à ce monde me convient tout à fait et le Principe du Bien comme « représentation mentale d’un objectif spirituel destiné à nous faire comprendre notre nature réelle » (comme tu l’as si bien défini) m’a non seulement réconciliée avec l’idée du mot « religion », mais il m’a enfin permis de trouver la mienne.

Dans ce mélange hétérogène que nous sommes, je désire aujourd’hui lutter attentivement contre la part mondaine, pour chercher au plus profond de moi le Principe du Bien, afin d’éveiller mon étincelle divine.

Je sais que le chemin est long, mais aujourd’hui je sais aussi que c’est bien celui-là qui me convient. Si je peux aider à la vie de l’Église cathare, je me propose d’être toujours active, dans toute mission qu’elle pourra me confier, et si je trébuche sur le chemin, je sais que je ne serai pas seule, enfin si je n’en connais pas la destination finale, je sais que je serai toujours là pour défendre la pensée cathare et tout être humain qui la fera sienne.

Chantal Benne le 24/07/2021

[1] Personnage servant de conscience à Pinocchio dans le dessin animé éponyme de Walt Disney

Carrefours d’histoire religieuse

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Carrefour d’histoire religieuse

29e Université d’été d’histoire religieuse

7-10 juillet 2021 à Clermont-Ferrand (63000).

Créé en 1992, le « Carrefour d’histoire religieuse » organise depuis lors des universités d’été. Qu’est-ce qu’un carrefour, sinon l’endroit où des chemins se croisent ? C’est pour favoriser les rencontres que cette université d’été est itinérante, choisissant chaque année un nouveau lieu, un nouveau thème. C’est pour faciliter les échanges qu’elle tient à la convivialité. Le Carrefour est ouvert à tous ceux qui s’intéressent à la question religieuse (étudiants, enseignants, grand public). Il vise, à travers la présentation de travaux de synthèse ou de recherches nouvelles en histoire religieuse, à cultiver l’ouverture sur un héritage multi-séculaire appréhendé le plus largement possible, dans une démarche scientifique et respectueuse du fait religieux.

Informations
Clermont-Ferrand, 7-10 juillet 2021
École de Droit, 41, bd Mitterrand, 63000 Clermont-Ferrand

Si vous êtes intéressés, contactez directement les organisateurs, car nous ne pouvons servir de relais.

Programme

Docteurs de la Foi. Autorité, Orthodoxie, Enseignement

Mercredi 7 juillet : École de droit, amphi Trudaine
10h00 : Accueil des participants
10h15 : Mot du Président du CHR

Session 1 : La proclamation d’un Docteur de l’Église
10h30 : Cyrille DOUNOT (UCA), «Le rôle et la mission des Docteurs de l’Église d’après le magistère ».
11 h15 : Clarisse TESSON (UPEC), « La proclamation des premières femmes Docteurs de l’Église au XXe siècle : les femmes peuvent-elles enseigner l’Église ?».
11h45: Elisabeth RUCHAUD (ICP), « L’iconographie des quatre grands docteurs latins avant et après leur proclamation officielle ».
12h15:débat.

Session 2 : La liturgie des Docteurs de l’Église
14h00: François ARS (UBS) et abbé Amaury BRILLET, « Les aspects liturgiques ».
14h30: Nicolas WAREMBOURG (Sorbonne), « Les prophètes, docteurs de la Nouvelle Alliance. Le témoignage de l’hymnographie des Églises grecques ».
15h00: débat.

Session 3 : Saint Thomas, Doctor communis
15h30: Serge-Thomas BONINO o.p. (Angelicum, Rome), « Saint Thomas, docteur commun ».
16h00: Sylvio HERMANN DE FRANCESCHI (EPHE, Paris), « L’autorité doctrinale de saint Thomas à l’époque moderne ».
16h30: Henry DONNEAUD o.p. (ICT, Toulouse), « L’autorité de saint Thomas depuis le XIXe s. ».
17h00: Paul SALAUN (UCO, Angers), « L’actualité politique de la doctrine thomiste du bien commun ».
17h30: débats.
21h00: Soirée livres, Maison Internationale Universitaire, rue Kessler.

Jeudi 8 juillet : École de droit, amphi Trudaine
Session 4 : Portraits de docteurs médiévaux
9h00 : Jean HEUCLIN (UC Lille) « Grégoire le Grand ».
9h30 : Gilles DANROC o.p. (ICT,Toulouse), « Hildegarde de Bingen ».
10h30: Catherine MASSON (UC Lille), « Catherine de Sienne ».
11h00: Jacques OLIVIER (ICT), « Jeanne d’Arc, un enseignement prophétique ».
11h30: débat.

Session 5 : Portraits de docteurs modernes
14h00: Philippe ROY-LYSENCOURT, Université Laval (Québec), « Marie Guyart de l’Incarnation, docteur de l’Église ? ».
14H30: Jérôme GROSCLAUDE (UCA), « John Henry Newman et les Pères de l’Église : les chemins qui mènent à Rome ».
15h00-15h30: débat.

Session 6 : Le judaïsme
16h00: Olivier ROTA (Université d’Artois), « Des « docteurs » de la foi juive ? Quelques apports universitaires contemporains à la pensée juive ».
16h30: Stefan GOLTZBERG (ULB), « L’autorité de la tradition dans le judaïsme : le grand malentendu ».
17h00: débat.
18h00 : AG suivie du CA du CHR.

Conférence plénière, Maison des Sciences de l’Homme, 4, rue Ledru
21h00: Bernard ARDURA (président du Comité pontifical pour les sciences historiques), « Les dossiers en attente de Docteurs de l’Église : questions nouvelles ».

Vendredi 9 juillet, École de droit, amphi Trudaine
Session 7 : Islam et bouddhisme
9h00: Haoues SENIGUER, (Sciences Po Lyon), « Qui sont les docteurs de la foi musulmane de notre temps ? De quelques enjeux cruciaux ».
9h30: Yosra GARMI (Université de Lyon), « L’œuvre philosophique et didactique d’al-Fârâbî ».
10h00: Stéphane ARGUILLÈRE (INALCO), « Raison et foi dans le bouddhisme : l’autorité des docteurs rapportée à celle des textes réputés canoniques ».
10h30: débat.

Session 8 : Des docteurs en action
11h15: Stéphane GOMIS (UCA), « Les docteurs de la foi dans l’œuvre du canoniste Jean-Jacques Pialès (1711-1789) ».
11h45: Jacques PRÉVOTAT (Professeur des Universités Lille) : « Henri de Lubac et Henri Marrou : une correspondance théologique (1950-1975) ».
12h15: débat.

Session 9 : Hétérodoxies
14h00 : Cai JIN (UCA), « Lorenzo Valla, humaniste italien, sa défense au procès d’inquisition à Naples en 1444 ».
14h30: Ludovic VIALLET (UCA), « Les Observants mendiants : autorité, normalisation sociale, lutte contre l’hétérodoxie (XVe – début XVIe siècles) ».
15h00: débat.
15h45: Marie Thérèse DUFFAU (CNRS, Toulouse), « Identifier l’auteur d’écrits hétérodoxes J’affaire Turmel ou les masques d’Herzog-Dupin ».
16h15 : Yves CHIRON (historien), « De l’Index à la mise en garde. Les évêques de France gardiens de la foi (XXe siècle) ». 16h45: débat.
17h00 : Conclusions, Bruno BÉTHOUART

Bulletin d’inscription
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Téléphone : ………………………… Fax : ……………………………………… E-mail : ……………………………………………

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Suivant votre participation, merci de cocher les cases à droite du tarif retenu

Tarif normal Tarif réduit
Mar. 6 Nuit et petit déjeuner 55 € 45€
Mer. 7 Déjeuner 15€ 12€
Dîner 15€ 12€
Nuit et petit déjeuner 55 € 45€
Jeu. 8 Déjeuner 15€ 12€
Dîner 15€ 12€
Nuit et petit déjeuner 55€ 45 €
Ven.9 Déjeuner 15€ 12€
Dîner 15€ 12€
Nuit et petit déjeuner 55 € 45 €
FORFAIT obligatoire (frais d’inscription) 40 € X 20 € X
Total
Cotisation 2021*: 10€ 5€

Tarif réduit : 2e membre d’une famille, personne nécessiteuse, ecclésiastique ou étudiant. La demande de ce tarif implique le fait de partager sa chambre avec une autre personne.
*La cotisation est une manifestation de soutien à l’association
Paiement à l’inscription (au moins les frais d’inscription). Chèque à l’ordre de « Carrefour d’histoire religieuse ».
Inscription avant le 1″ juillet (après nous ne pouvons garantir l’hébergement)
Le règlement se fera sur place plutôt par chèque
Merci de retourner ce bulletin par mail à : fpchanut@yahoo.fr

Négation du catharisme

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Désinformation, négationnisme, « fake news »

Comme vous l’avez sans doute remarqué, la mode d’aujourd’hui est au négationnisme. Certes, pas celui qui vaudrait à ses auteurs de lourdes condamnations judiciaires, mais un autre pour lequel ils ne risquent rien, ce qui est — entre autre — la raison de leur acharnement.
C’est un mal profondément ancré dans notre société. Ce que l’on ne peut contrôler on cherche à le détruire.
Ce négationnisme est celui des cathares. Cela va de la mise en doute d’une structure ecclésiale organisée pour les plus prudents à l’affirmation de l’inexistence du catharisme, phénomène inventé de toutes pièces par l’Église catholique, dont nous savons tous qu’elle a besoin de justifier ses actes, comme l’histoire nous le montre au fil des siècles.
La disparition régulière des chercheurs qui ont révélé le catharisme sous ses facettes les mieux présentées et la prise d’âge de ceux et celles qui restent encore, a réveillé un courage prudent chez ceux qui veulent faire un sort à cette religion pour des raisons diverses. Peu enclins à sortir du bois eux-mêmes, ils se contentent en général d’envoyer au feu des étudiants ou des journalistes hâtivement brieffés et se gardent bien d’intervenir quand les spécialistes leur taillent des croupières en fournissant force documents et sources vérifiables.

Dans la mesure du possible, vous trouverez ici des études de publications et d’événements visant à porter atteinte au catharisme, mais contrairement à ce que font les médias traditionnels, ici nous laisserons aussi la parole à ceux qui répondent à ces comportements et qui le font avec des arguments et des sources, contrairement à ceux qui se drapent dans leur statut ou leurs diplômes pour tenter d’imposer leurs mensonges.

  1. « Les Cathares, une idée reçue », l’exposition qui démonte « le mythe » des Cathares – exposition itinérante de Alessia Trivelone, historienne de l’art de l’université de Montpellier. Réponses de : Michel Roquebert, Annie Cazenave, Roland Poupin, Michel Jas, Éric Delmas, Gilles Henri Tardy, Joël Lafaille, Dominique Dhenry, Anne Brenon et Pilar Jiménez.

  2. « Quelques notes sur les cathares et le catharisme » Bertran de La Farge fait un bilan du négationnisme dans un courrier adressé à l’administrateur du site.

  3. « Vers une nouvelle interprétation de l’histoire ? ! » et « Zoom sur un doublon ». Patrick du Come et Annie Cazenave commente une annonce de début de thèse à venir du groupe désormais dirigé par Julien Théry.

  4. Site d’étudiants de l’école des mines de Paris sur les polémiques autour du catharisme.

À suivre à n’en pas douter, malheureusement !

Vers une nouvelle interprétation de l’histoire ? !

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Vers une nouvelle interprétation de l’histoire ? !

Polémique !

Jean-Paul Rehr/Julien Théry contre Annie Cazenave/Jean Duvernoy.

ms 609

Voilà qui promet un débat houleux !

D’un côté, cette information, sous forme de non-événement, où l’on apprend que Jean-Paul Rehr prépare une thèse à Lyon dan

s le cadre de Sciences Sociales sous la direction de Julien Théry à partir du Manuscrit 609 (bibliothèque municipale de Toulouse) et, de l’autre, les historiens qui ont déjà travaillé sur la ms609 dont Annie Cazenave, historienne agrégée, médiéviste et qui rappelle à  J.-P. Rehr ce que les historiens doivent à Jean Duvernoy, spécialiste incontesté de l’histoire et de la religion des Cathares et du ms609 en particulier.

Les données de recherches de J.-P. Rehr sont puisées dans le site de l’édition digitale de la bibliothèque municipale de Toulouse : De Heresi.

La ms609 et les documents connexes du XIIIe siècle constituent la base de la thèse en préparation de Jean-Paul Rehr dont le titre est « Hérésie, Inquisition, et politique Toulouse – ms609 et la Grande Inquisition de 1245-46 ».

Cet effet d’annonce d’un travail qui prétend souligner le contexte social des accusations pendant les premières décennies de l’inquisition apparaît immédiatement douteux puisque l’auteur conclut d’ores et déjà à l’instar des Théry et autre Biget, historiens révisionnistes du catharisme, que la vie personnelle, sociale et politique de ces personnes trouvées dans la SP 609 peut être tracée dans d’autres documents de la même période, mais attention ; JeanPaul Rehr, s’empresse d’affirmer que ses travaux devraient changer radicalement notre compréhension de la nature de l’inquisition. Vrai qu’il apparait à certains qu’il faille redorer le blason des inquisiteurs !

Sa transcription de la ms609 devrait être terminée au début de 2021, nous informe l’auteur qui arrive après la bataille puisque la ms 609 n’est pas la « trouvaille inédite » de Jean-Paul Rehr, loin s’en faut, et c’est bien à Jean Duvernoy qu’il faut rendre la paternité des traductions des textes, nous rappelle Annie Cazenave dont nous publions ci-dessous la contribution en forme de réponse à un auteur (J.-P. Rehr) qui selon elle a « l’outrecuidance de se targuer de travailler sur le Manuscrit 609, ce qui bien après les travaux reconnus de Duvernoy est ahurissant et confondant de prétention » !

Patrick du Come, Président de l’association Rencontres de Montségur

Zoom sur un doublon

Le registre d’enquêtes en Lauragais est un document unique, par son originalité et son ampleur, conservé à la Bibliothèque municipale de Toulouse sous la cote ms 609. Son originalité : comme la terre concernée a été déclarée « generaliter corrupta », à l’inverse des autres enquêtes, formées par les interrogatoires personnels de chaque témoin, les deux inquisiteurs procèdent, sur place, village après village, en questionnant tous les habitants, l’un après l’autre, les filles à partir de douze ans et les garçons à partir de quatorze. De ce procédé découle son ampleur. Il présente donc un intérêt exceptionnel.

Jean-Paul Rehr, étudiant de Julien Théry, a entrepris de mettre en ligne le ms 609, avec sa traduction en anglais. Il a présenté son œuvre, qui n‘en est qu’à son tout début, lors du dernier colloque de Fanjeaux. Petit problème : J. Duvernoy, dans son inépuisable générosité, a déjà mis le ms 609 en ligne : http://jean.duvernoy.free.fr/text/pdf/ms609_a.pdf ou http.jean.duvernoy.free.fr/text/listetexte.htm.accessed 2017-08-01

Il suffit de cliquer, on peut à son aise le consulter depuis son ordinateur.

« L’historien de profession » a traité avec hauteur « l’avocat toulousain » Il semblerait qu’un juriste soit précisément qualifié pour comprendre un document appartenant à l’histoire du droit. Cependant, l’historien se réclame du petit groupe apparu depuis le colloque de Nice de 1999 : « Inventer l’hérésie », ce qui le dispense d’une bibliographie sérieuse. À la suite de Pegg, « historien anthropologue », il adopte en effet une lecture originale pour « démontrer le rôle joué par les cisterciens dans la diabolisation d’une hérésie supposée ». Et nous montre ainsi les 5 500 habitants des 106 villages qui « ont voyagé à pied, à cheval ou en charrette » pour aller se faire interroger à Toulouse. En réalité, ce sont les inquisiteurs qui se sont déplacés : ils ont pris la suite, et le chemin, des inquisiteurs assassinés à Avignonet, justement pour éliminer le danger que leurs enquêtes représentaient aux yeux des insoumis. Les registres des tués ont disparu avec eux.

Les Occitans du XIIIéme s. ignoraient la persévérance de l’administration : ils ont eu droit à leurs successeurs. Ceux-ci commencent à enquêter en 1246, au lendemain de la chute de Montségur, dans une région sous le choc.

Jean-Paul Rehr s’intéresse au manuscrit « conservé dans les coffres de la Bibliothèque municipale de Toulouse ». Mais il rencontre son écueil : « le problème pour l’étude de l’Inquisition est que les Cathares n’ont pas existé ». Sic ! C’est du Ionesco.

Donc il a identifié les Cathares aux faidits. Et ils « n’étaient pas autorisés à entendre les accusations portées contre eux » : car les inquisiteurs « ont construit une contre église, avec ses propres évêques, et ses prêtres », dont ils ne trouvent aucune autre trace sinon  celles qu’ils ont fantasmées. Jean-Paul Rehr a lu les serments prêtés dans les villages en 1243 après l’échec de la rébellion et s’est demandé pourquoi Raimond VII ne s’est pas opposé à cette vaste enquête. Parce qu’il ne le pouvait pas !

Et il y a trouvé les mêmes noms de villageois, dont des boni homines, que la malveillance a transformé en hérétiques, et constaté, surpris, que dans ces villages les habitants étaient plus nombreux que les nobles. Ces « petits groupes de personnes » l’intéressent, à juste titre, et il s’interroge sur « l’orientation des inquisiteurs, qui recherchent des informations spécifiques sur des personnes très spécifiques ». Sic !

Il prend pour exemple la déposition d’Arnaud Granier, qui n’a d’autre intérêt que pratique : située au début du manuscrit, elle est donc connue de lui ; et il en tire une intéressante conclusion : « les formulaires des inquisiteurs deviennent limpides après la lecture de quelques dépositions !… les événements individuels sont pratiquement tous structurés selon le même schéma ! »

Annie Cazenave, Docteur en histoire, Docteur en histoire de l’art, retraitée du CNRS.

Pour en savoir plus sur la côte ms 609

Documents de l’hérésie et de l’Inquisition dans l’Europe du XIIIe siècle

Et la liste des personnes interrogées dans http://medieval-inquisition.huma-num.fr/MS609/list

De Heresi est le foyer de l’édition numérique de ms609 de la Bibliothèque municipale de Toulouse, le plus ancien document original existant de la première génération d’inquisition (inquisitio heretic pravitatis, ou « Inquisition dans la dépravation hérétique » ce manuscrit massif contient le registre de la « Grande Inquisition » de 1245-46, et présente les déclarations des interrogatoires de plus de 5 500 personnes de plus de 100 villages autour de Toulouse. Les dépositions couvrent un large éventail de sujets, de l’hérésie à la vie quotidienne au XIIIe siècle.

De Heresi contient l’édition numérique des sélections d’autres archives pour aider les chercheurs à mieux comprendre le contexte social des personnes soumises aux premières inquisitions. L’architecture de ce site permet aux chercheurs de retracer les personnes, les événements et les idées à travers différents documents.

Ces documents comprennent :

  •  phrases de la même inquisition, trouvées dans MS Latin 9992, Bibliothèque nationale ;
  • autres dépositions connexes du Fonds Doat, Bibliothèque nationale ;
  • chartes et serments du Trésor des Chartes, Archives nationales ;
  • chartes de diverses archives départementales dont la Haute-Garonne et l’Aude.

Tous les documents sont présentés comme des éditions critiques dans leur langue d’origine (latin, parfois occitan), ainsi que des traductions, avec des images haute résolution des documents originaux.

rencontresmontsegur 25/08/2020

Rendez-vous cathare

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Rendez-vous cathare

Affiche

L’association Culture et études cathares propose, aux personnes intéressées, un rendez-vous mensuel, par visioconférence Skype®, pour échanger sur des thématiques liées au catharisme.

Le logiciel Skype® est gratuit et peut fonctionner sur tous les supports : ordinateurs de bureau (PC ou Mac), tablettes et smartphones (Android® et Apple®).

Le prochain rendez-vous est fixé au :

3 octobre 2021 de 16h30 à 18h30


Ci-dessous les propositions de thèmes pour la prochaine réunion. Nous en retiendrons trois au maximum, sur des sujets historiques, spirituels et pratiques. Utilisez le formulaire ci-dessous et venez sur les forums pour en discuter.

  1. Que s’est-il passé du 3 au 16 mars 1244 à Montségur ? (Guilhem de Carcassonne)
  2. Le «kérygme» apostolique dans la prédication de Paul (Chantal Benne)

Fonctionnement

Pour permettre à chacun de participer sans contrainte de déplacement ou de problèmes sanitaires, les discussions se tiennent en visioconférence avec le logiciel Skype®. Une réunion sera ouverte et vous pourrez demander à y entrer en utilisant le code que vous trouverez ci-dessous environ une semaine plus tôt.

Voici le lien sur lequel cliquer au moment voulu pour être dirigé vers la conversation (début le 03/10/2021 à 16h30) :


Pour signaler votre participation, proposer des thèmes ou poser des questions, utilisez le formulaire ci-dessous.

    Je suis adhérent(e) de Culture et études catharesJe ne suis pas adhérent(e)

    Je participerai certainementJe participerai probablement

    Proposez des thématiques que vous aimeriez voir traitées :

    J'aimerais vous poser la question suivante :


    Sujets traités en 2021

    5 septembre

    1. Jésus, le corps pour les cathares
    2. Les  trois Jean
    3. L’apocalypse

    1er août 2021

    1. Le composé tripartite, humain et spirituel
    2. Le non-dit est-il assimilé au mensonge ?
    3. Lien entre la gnose cathare et la gnose chez les mystiques musulmans sunnite tel que Ibn Arabi, Ruzbehan… Existe-t-il des textes relatifs aux liens entre catharisme et ismaëlisme ?

    4 juillet 2021

    1. Quels sont les effets du jeûne prolongé sur la pensée et sur les sens ?
    2. Le projet de statuts de l’Église cathare de France

    6 juin 2021

    1. Le libre arbitre
    2. Installation physique d’une communauté cathare
    3. La Cène secrète : savons-nous plus de choses sur les 77 livres dictés à Enoch par Satanas ?

    2 mai 2021

    1. Admonestation du consolé au novice lors de la Consolation
    2. Présentation de la gnose et comparaison avec le catharisme
    3. La Bienveillance
    4. l’habillement, l’entretien corporel et l’alimentation des cathares.

    4 avril 2021

    1. Les pauliciens : leur passage en Languedoc à la suite de la mort de Raimond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse, lors de la première croisade ; leur influence sur l’émergence des bogomiles, des cathares italiens et leurs rapports avec les empereurs byzantins (Constantin IV Copronyme, Jean Timiczès et Alexis 1er Comnène).
    2. Le mensonge : sa compréhension élargie par les cathares ; comparaison avec la vision judéo-chrétienne et implications quotidiennes.
    3. La mise en œuvre de la Règle de justice et de vérité à notre époque où la prégnance mondaine semble de plus en plus forte.

    7 mars 2021

    1. Le siège et la prise de Minerve
    2. La laïcité et la liberté d’expression dans l’espace public
    3. L’éducation des enfants à la diversité religieuse et philosophique
    4. L’impérieuse nécessité d’acquérir des connaissances et d’étudier pour avancer dans son cheminement

    7 février 2021

    1. Les chanoines d’Orléans (1022)

    3 janvier 2021

    1. La prise de Carcassonne (15 août 1209)
    2. Le Bien dans la théologie cathare
    3. Rétablir les rituels et sacrements aujourd’hui

    Sujets traités en 2020

    6 décembre 2020

    1. La filiation historique du catharisme : de Marcion aux Pauliciens
    2. L’homme naît-il bon ?
    3. La pratique de la méditation cathare

    1er novembre 2020

    1. L’Amélioration : appelée Melhoramentum au Moyen Âge, principal rituel ecclésial
    2. Le composé tripartite humain : corps, âme et esprit saint
    3. Le prologue de l’Évangile selon Jean (versets 1 à 17) : le texte de référence cathare

    Cathars in question

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    Le site Academia.edu publie un papier de Mme Alessia Trivellone qui suscite déjà des réactions que je vous propose ci-dessous.

    Réaction de M. Michel Roquebert

    Sur le site de l’AEC-René Nelli, dont il est le Président d’honneur, cet historien justement réputé publie cette analyse pertinente. Vous pouvez la lire en ligne directement : Dame Ava de Baziège s’est-elle « donnée aux hérétiques » ?

    Réaction de Annie Cazenave

    Annie Cazenave, qui a publié sa réaction sur le compte Facebook de Michel Jas (Cathares et protestants), m’a autorisé à la publier également ici afin que vous ayez une vue complète des différentes réactions. Je sais que Michel n’y verra aucun inconvénient et il peut faire de même s’il trouve certaines réactions que je publie dignes de son site.

    Texte repris : Mon amie Annie Cazenave réagit à la recension, elle aussi agressive, d’Alessia Trivellone de Cathars in Question : « une évidence s’impose : l’enjeu de la controverse se situe au-delà de l’étude de l’hérésie médiévale et investit plus généralement la manière de faire l’histoire. En ce sens, il me semble surprenant de lire, dans une publication universitaire, tant d’études qui négligent les questionnements méthodologiques et épistémologiques les plus élémentaires et oublient de considérer les contextes sociaux et politiques dans lesquels des sources sont produites. Il est encore plus étonnant… de relever des fautes de traduction et d’interprétation dans des sources considérées comme centrales pour la démonstration. Il me semble qu’une telle insouciance envers le raisonnement et la méthode historique a de quoi décevoir non seulement les chercheurs qui étudient l’hérésie, mais tout historien ».

    Après une telle tonitruante annonce nous attendons avec impatience la source inédite que Madame Alessia Trivellone ne manquera pas de nous offrir. Il nous semble que jusque là elle s’était contentée de commenter les travaux de ses prédécesseurs. Une telle assurance ne peut manquer de précéder une œuvre géniale. Et nous nous sentons sidérée devant cette assurance, totalement à l’opposé de l’enseignement reçu de nos professeurs : ils nous avaient appris que devant tout écrit l’historien, et particulièrement le médiéviste, devait adopter une attitude humble, scrupuleuse, attentive à tous ses aspects, extérieurs et internes, respectueuse du texte et du contexte, et occasionnellement consulter un collègue qui pourrait sembler plus érudit. Périmées, obsolètes, toutes ces précautions : désormais on claironne.

    Annie Cazenave, médieviste ayant travaillé au laboratoire (CNRS) de Le Goff puis de de Gandillac.

    Réaction de Gilles-Henri Tardy

    La négation du catharisme et de l’unité bogomilo-cathare par Alessia Trivellone, maîtresse de conférence à l’université de Montpellier : « Si les choix de vocabulaire ne sont jamais anodins en histoire, appeler « cathares » les hérétiques du Midi a des inconvénients supplémentaires : cette dénomination en vient en effet à uniformiser les hérésies dénoncées en Italie du Nord, parfois désignées de cathares par les sources, et celles du Midi français, jamais qualifiées ainsi par les sources produites dans cette région. Utiliser le même nom en viendrait ainsi à créer, de manière arbitraire, un même phénomène hérétique cis- et transalpin – un piège dans lequel l’historiographie traditionnelle est déjà tombée maintes fois. »

    Trivellone s’égare une fois de plus, son dernier article bien structuré à pour but de convaincre que les chercheurs qui n’ont, à juste titre, par sa vision sont dans la plus grande erreur… voici ce qu’elle en dit en forme de conclusion sans appel : « une évidence s’impose : l’enjeu de la controverse se situe au-delà de l’étude de l’hérésie médiévale et investit plus généralement la manière de faire l’histoire. En ce sens, il nous semble surprenant de lire, dans une publication universitaire, tant d’études qui négligent les questionnements méthodologiques et épistémologiques les plus élémentaires et oublient de considérer les contextes sociaux et politiques dans lesquels des sources sont produites. Il est encore plus étonnant de trouver des articles escamotant toute logique afin de contester des thèses le plus souvent mal comprises, ou de relever des fautes de traduction et d’interprétation dans des sources considérées comme centrales pour la démonstration. Il nous semble qu’une telle insouciance envers le raisonnement et la méthode historique a de quoi décevoir non seulement les chercheurs qui étudient l’hérésie, mais tout historien ».

    C’est ainsi faire l’impasse sur les relations entre bonshommes d’Italie et les bogomiles, c’est faire aussi l’impasse sur les relations entre bonshommes d’Italie et d’Occitanie qui, eux-mêmes, avaient des relations en catalogne et en Rhénanie. En claire, je le dis tout net : Trivellone est soit incompétente soit une menteuse au service d’une idéologie passéiste de l’opus dei ou de je ne-sais-quoi de pas net chez les Cathos ! (G.H.Tardy)

     Les cathares en Occitanie, rattrapés par l’inquisition devait porter à vie cette croix jaune sur leur vêtement à hauteur d’épaule ; cela rappelle fâcheusement les fachos qui firent porter l’étoile jaune pendant la seconde guerre mondiale. (Porter la croix : ouf ! au moins on évitait le bûcher pour un temps… merci Trivellone de vouloir effacer cela de la mémoire collective, car en effet, c’est plus qu’abjecte et honteux).

    Amistat,
    Gilles-Henri
    Info Humacoop- Amel-France
    Humani Association
    Tél. : 0033.(0)687265814

    Réaction de Éric Delmas

    Mme Trivellone a pour détestable habitude de reprocher aux autres ce qu’elle pratique en routine.

    Elle reproche à deux auteurs de régler leurs comptes avec des écrivains dont elle considère les écrits comme importants. C’est son droit, mais je dois lui rappeler que ces auteurs n’ont rien fait d’autre à l’encontre des historiens du catharisme qui les avaient précédés. Quant à la valeur de leurs écrits, je signalerais, au moins pour M. Pegg qu’ils ont fait l’objet d’une critique qui a mis en avant les nombreuses erreurs qui les émaillaient. Certes, ayant elle-même l’habitude d’en commettre de même niveau, on ne s’étonne pas qu’elle n’ait pas vu les siennes.

    Oui, les sources médiévales concernant les hérésies sont presque toujours d’origine religieuse. En effet, les nobles écrivaient peu et le peuple ne lisait pas la plupart du temps. Malheureusement, vous n’étiez pas née à l’époque Madame, ce qui nous prive de vos lumières pour nous raconter la Vérité.

    Mais en quoi les sources religieuses seraient-elles si peu fiables ? Quand nous trouvons des sources dans d’autres domaines, sont-elles plus fiables ? La relation que nous fait Jules César dans La guerre des Gaules est-elle absolument fiable ? Pas du tout, car il a arrangé certains points selon ses intérêts personnels. La guerre qui a abouti à la chute de Jérusalem en 70, telle que nous la relate Flavius Josèphe dans La guerre des Juifs est-elle fiable ? Pas du tout pour les mêmes raisons.

    C’est pour cela que l’on a inventé les historiens. Non pas pour jeter le bébé avec l’eau du bain, comme vous le faites, mais pour faire le tri et comparer avec d’autres sources pour voir ce que l’on peut retenir de fiable, ce que l’on garde avec prudence et ce que l’on rejette. Certes, ce n’est pas facile, mais c’est un métier.

    Le fait qu’un texte douteux cite des faits démontrés par ailleurs, n’invalide pas les faits ; il signale simplement que son auteur doit être lu avec circonspection. La réalité des évêchés albigeois est démontrée, sinon pourquoi mettre en place une croisade, système lourd et organisé, s’il ne s’agissait que d’attraper quelques individus isolés ?

    Le dualisme des chrétiens orientaux, manichéens et marcionnites par exemple, est également décrit par les auteurs arabes musulmans. Doit-on en conclure que les catholiques, les orthodoxes et les musulmans étaient liés afin de propager des erreurs que des historiens du 21e siècle allaient détecter sur la seule base de leur intuition personnelle ?

    Oui, les auteurs médiévaux, peut soucieux de se compliquer la tâche en construisant des sommes anti-hérétiques adaptées aux cathares, les ont traités de manichéens car ils disposaient de la somme d’Augustin pour le faire. Et alors ? C’est notre rôle de faire la part des choses. Ce n’est pas parce qu’ils n’étaient pas manichéens qu’il faut croire qu’ils n’existaient pas. D’ailleurs les arabes faisaient clairement la différence entre manichéens et marcionnites, puisqu’ils avaient les deux groupes sous les yeux et qu’ils pouvaient comparer les doctrines.

    De même, Pierre de Sicile commence son compte rendu en traitant les pauliciens de manichéens, puis il poursuit en montrant qu’au contraire ces derniers réfutent cette accusation.

    Et l’étude de leur doctrine permet de le valider.

    Donc quand Rainier Sacconi se prétend ancien cathare il ment, mais Augustin qui se prétend ancien manichéen ne ment pas ? Au passage, évitez de l’appeler saint Augustin, cela montre trop où penchent vos sympathies.

    Que Sacconi exagère ou même mente parfois, comme le font souvent les nouveaux convertis pour prouver leur allégeance, personne n’en doute. Mais là encore, il suffit de croiser les documents pour relever ce qui tient de l’affabulation et ce qui est probable. Les confessions publiques devant le diacre étaient dans la règle monastique des cathares et leur nombre ne doit pas vous étonner, vu l’attrait que cette religion a eu dans la région.

    Excusez-moi de vous faire remarquer que l’expression : exagération évidente est pour le moins douteuse si vous n’en apportez pas une contradiction argumentée. Une historienne compétente ne peut se contenter de son sentiment pour invalider un document. Et oui, faute de prouver une erreur, le témoignage d’une personne ayant vécu les fait a au moins autant de valeur que celle d’une personne vivant plusieurs siècles plus tard. Le mensonge est souvent motivé et rarement gratuit, car à l’époque Sacconi savait que l’on aurait pu facilement le ridiculiser sur des éléments majeurs s’il les avait pervertis de façon outrancière.

    Je continuerais bien mon analyse point par point, mais je n’apporterai rien de plus dans ma démonstration de la légèreté de votre analyse. Moins vous connaissez un sujet, plus vous vous présentez comme experte. Vous avez le caractère de votre époque. Plus besoin de preuve ou d’argument sourcé ; il vous suffit d’avoir une conviction pour dénigrer le travail de vos prédécesseurs et pour asséner votre vérité. Ce n’est pas historienne que vous auriez dû choisir comme voie, mais journaliste ou romancière.

    Éric Delmas, chercheur en catharisme, Président de Culture et études cathares, créateur de ce site et auteur de Catharisme d’aujourd’hui. Accessoirement, honteux représentant de la caste religieuse, dont les propos sont forcément faux quand on les compare aux vertueux historiens de Montpellier, Nice ou Toulouse.

    Un mythe qui a la vie dure

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    Voici ma réponse aux deux articles publiés dans le Figaro-Magazine du 2 août 2019.

    Madame, Monsieur,

    Je vous adresse ce courrier pour demander un droit de réponse aux deux articles publiés dans votre édition du 2 août dernier concernant le catharisme, ou plutôt sa négation devrais-je dire.

    Le texte de l’article « Splendeurs et mystères du Pays cathare », écrit par M. Nicolas Ungemuth est littéralement pitoyable. Ce monsieur a sans doute fouillé les poubelles du web pour se « documenter ». En effet, il fait encore référence à l’apparentement du catharisme au manichéisme, théorie amplement et brillamment démontée par M. Jean Duvernoy dans son ouvrage « La religion des cathares » paru en… 1976 ! Ses allusions nauséabondes sur l’intérêt des nazis pour le catharisme, mériteraient quant à elles la lecture de M. Christian Bernadac sur Otto Rahn.

    Pour essayer de m’élever un peu au-dessus de cette boue, je voudrais rappeler à ce monsieur, qu’effectivement les cathares ne se sont jamais appelés ainsi eux-mêmes. De même que les premiers chrétiens ne s’appelaient pas chrétiens ou que les protestants des Cévennes n’avaient pas choisi le sobriquet de parpaillots qui leur fut attribué. Ces termes sont des insultes provenant de leurs ennemis qui finissent souvent par être adoptés quand les personnes concernées surmontent les obstacles jetés sur leur route. Le mot cathare vient effectivement des catholiques, plus précisément d’un moine rhénan — Eckbert de Schönau — qui fit un jeu de mot visant à associer les hérétiques qu’il avait en face de lui à des adorateurs du diable ! Mais ce mot fut repris à de nombreuses occasions par les responsables de l’Église catholique pour désigner une catégorie bien précise d’hérétiques dont la doctrine était fondamentalement opposée à la leur. Je vous signale à l’occasion que le terme chrétien n’était pas la propriété exclusive des catholiques dans les premiers siècles. Comme nous le dit Walter Bauer dans son livre « Orthodoxie et hérésie au début du christianisme » (éd. Du Cerf), à Édesse au 2esiècle, ce sont les marcionites que l’on appelait chrétiens, car ils étaient les plus nombreux. Les catholiques locaux étaient appelés palutiens, du nom de leur évêque (Palut). Comme quoi se baser sur un nom pour établir une réalité historique est un manque de jugeotte. Votre « journaliste » met involontairement le doigt sur le point crucial de la campagne négationniste que connaît le catharisme. La volonté de développer le tourisme dans une région, longtemps sinistrée, conduit à vouloir transformer le catharisme en produit de consommation, ce qui implique de lui ôter tout caractère de réalité gênante. En effet, que dirait-on si l’Allemagne organisait un tourisme autour de la Shoah ? Mais le catharisme n’a plus une population fortement choquée par son éradication pour le défendre. Aussi est-il moins risqué pour de courageux historiens, politiques et journalistes de s’en prendre à lui. Bien entendu le « Pays cathare » est une invention du département de l’Aude, peu soucieux de s’attribuer un phénomène qui s’est manifesté dans bien d’autres lieux (Ariège, Haute-Garonne, Hérault, mais aussi Champagne, Orléanais, Flandres, Rhénanie, Bosnie, etc.).

    Le plus triste est l’intervention d’un autre journaliste, M. Jean Sévillia, sous le titre « Un mythe qui a la vie dure ».

    Ce monsieur se réfère à une exposition itinérante, organisée par Mme Alissia Trivellone, universitaire à Montpellier, mais aussi membre d’un groupe actif dans la négation du catharisme, le GIS HéPoS (groupement d’intérêt scientifique Hérésie, Pouvoirs, Sociétés – Antiquité, Moyen Âge et Époque moderne) qui tente de poursuivre l’œuvre de révisionnisme amorcée à Nice par Mme Monique Zerner, largement démontée par MM. Duvernoy et Roquebert, entre autres. Comme elle, il joue sur les mots et tente de tromper le lecteur en faisant des raccourcis. Mme Trivellone a bénéficié de réponses hautement argumentées à ses assertions, auxquelles elle a évité de répondre dans le détail. On la comprend !

    Si les cathares ne se sont jamais appelés cathares eux-mêmes — c’est l’Église catholique, pape en tête, qui les appelait ainsi —, l’étymologie grecque « katharos = purs » est douteuse, car on imagine mal les catholiques traiter leurs adversaires de purs, ce qui sous-entendrait que les autres chrétiens ne le sont pas ! Effectivement, les catholiques affublaient les cathares de noms variés et parfois fleuris, selon les régions où ils étaient repérés : piphles, tisserands, patarins, albigeois, bougres. Ces termes les désignant soit par leur activité principale, soit par leur zone géographique, voire en les traitant de menteurs (piphle = pipeau) ou de sodomites (bougre = bulgare = sodomite), permettait de les identifier et de les dissocier des groupes dissidents catholiques que la réforme grégorienne avait suscités, mais aussi de marquer l’incompréhension d’une religion dogmatique envers une religion disposant d’une certaine plasticité doctrinale. Mais notre culture judéo-chrétienne nous laisse croire que le christianisme est uniforme alors qu’il est divers depuis le premier siècle qui vit un schisme séparer ceux qui voulaient associer judaïsme et christianisme (judéo-chrétiens dont font partie les catholiques, les protestants et les orthodoxes d’aujourd’hui) et ceux qui voulaient ouvrir le christianisme à tous les peuples comme nouvelle religion émergente (pagano-chrétiens dont font partie les cathares).

    Donc, oui les cathares sont des hérétiques si on les regarde du côté catholique de l’époque, mais ils ne sont pas des dissidents, car leur doctrine est depuis toujours fortement opposée sur beaucoup de fondamentaux, à celle des judéo-chrétiens. Si les cathares médiévaux n’avaient pas été une Église efficace et structurée, croyez-vous que les catholiques auraient ressenti la nécessité de créer des ordres religieux adaptés, comme les dominicains, pour s’opposer à eux sur le terrain des Écritures ?

    Si votre journaliste avait lu M. Roquebert, il saurait que Simon de Montfort n’a pas mené la croisade, du moins pas avant Carcassonne où les conditions de la capture du vicomte Trencavel furent si peu glorieuses que les seigneurs, qui avaient prééminence sur lui, refusèrent tous ce cadeau jugé dégradant. Le légat a-t-il prononcé cette phrase ? nul ne peut l’affirmer ni le nier. Par contre, ce qu’il a dit aux chevaliers fut tout aussi clair à la vue du résultat sur la ville martyre de Béziers. Si la violence fut tout autant du côté des croisés que de celui des occitans, deux choses doivent être dites. D’une part la violence de l’agresseur est moins justifiable que celle des défenseurs, et d’autre part les cathares n’y ont jamais pris part, leurs vœux leur interdisant tout violence fut-ce à l’encontre d’un animal. Le valdéisme n’a pas remplacé le catharisme, car ils étaient concomitants ; il y eut même une dispute théologique les réunissant. Oui, la société médiévale, entièrement organisée autour du catholicisme, n’avait pas les moyens de répondre au catharisme qui prônait l’égalité des sexes, la non domination des classes sociales, le partage des biens, le travail de tous, etc. Ces idées, dont beaucoup sont encore utopiques de nos jours ne pouvaient obtenir de réponse et, les risques sociaux qu’elles faisaient encourir aux classes dominantes de l’époque portaient le germe de la violence qui s’est déchaînée contre elles.

    Mais dire cela ne justifie pas le si piètre travail de gens dont la haute mission sociale est d’analyser et de présenter les choses de façon à éduquer la population, pas à servir ceux qui veulent l’abêtir pour libérer du « temps de cerveau » aux annonceurs publicitaires.

    Je vous remercie de ne pas caviarder ma réponse.

    Sincères salutations.

    Éric Delmas, Président de Culture et études cathares, chercheur en catharisme et auteur de Catharisme d’aujourd’hui.

    Vous avez dit « Cathare » ?

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    Voici, ci-dessous, la réaction de M. Michel Roquebert, historien du catharisme incontesté depuis  de longues années et également connu pour ses interventions à l’encontre des nombreuses tentatives révisionnistes anti-cathares qui deviennent maintenant du négationnisme à l’encontre de cette religion.

    VOUS AVEZ DIT « CATHARE » ?

    Sur quelques interviews d’Alessia Trivellone

    Le 5 octobre 2018, trois mois après la parution chez Perrin de mon ouvrage « Figures du catharisme », Mme Alessia Trivellone, Maître de conférence en Histoire médiévale à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, donnait au quotidien L’INDEPENDANT une interview pour annoncer l’exposition qu’elle allait présenter du 6 au 13 dans les locaux de ladite université, sous le titre « Le catharisme : une idée reçue ». Car, explique-t-elle, ce n’est qu’un mythe né au XIXe siècle, les prétendus « cathares » ayant servi « comme catalyseurs d’une identité régionale ». Et Mme Trivellone de s’étonner qu’encore aujourd’hui tant de personnes se reconnaissent « dans ces figures d’une histoire fantasmée ». Elle revint à la charge le 28 octobre, dans les colonnes de LA DEPECHE DU MIDI, pour reprendre l’idée que l’histoire du catharisme est une pure « mythologie contemporaine », mais expliquant cette fois que le mythe « est né au Moyen Age même », le XIXe siècle n’ayant fait que le récupérer pour en nourrir en quelque sorte la quête, dans le Midi, d’une identité régionale

    Si la position de Mme Trivellone est claire, les arguments sur lesquels elle s’appuie sont en revanche bien étranges.

    Aucune source historique, affirme-t-elle, ne parle des « cathares » à propos du Midi ; les procès-verbaux de l’Inquisition parlent seulement d’« hérétiques », mais « c’est en extrapolant des données de ces procès-verbaux que des historiens ont voulu voir l’existence d’une Eglise hérétique organisée en communautés ». Ces procès-verbaux posent en effet un problème : « Il s’agit de dépositions d’accusés privés des droits fondamentaux de défense, extorquées parfois sous la torture, par des inquisiteurs à la fois accusateurs et juges. On a le devoir d’être sceptiques, d’autant plus que ces mystérieux « hérétiques » ne nous ont laissé aucune source de leur côté ».

    Faut-il s’attarder à répondre aux deux derniers arguments, celui qui concerne le crédit à accorder aux sources inquisitoriales, et celui qui nie l’existence de sources « hérétiques » ? Personne ne croira jamais que Mme Trivellone ignore que quiconque est un peu familiarisé avec les interrogatoires conservés, qui s’étalent de l’enquête de Bernard de Caux et Jean de Saint-Pierre sur le Lauragais en 1245 et 1246 aux procédures conduites par Jacques Fournier en comté de Foix entre 1318 et 1325, sait à peu de choses près mesurer le degré de fiabilité des dépositions. Qui prendrait par exemple pour argent comptant toutes celles faites devant Jean Galand puis Guillaume de Saint-Seine, de 1283 à 1291 ? Qui récuserait Bernard de Caux ou Jacques Fournier sous prétexte qu’ils auraient pu, peut-être, faire torturer leurs « témoins » ? Mais admettons qu’une interview donnée à un quotidien ne laisse pas le temps d’entrer dans les détails et condamne peu ou prou à grossir le trait. A beaucoup plus de perplexité nous conduit l’affirmation péremptoire que les hérétiques « ne nous ont laissé aucune source de leur côté ». Mme Trivellone jette-t-elle donc aux orties le Livre des deux principes, le Traité cathare anonyme, le Rituel latin de Florence, édités et étudiés par Christine Thouzellier, le Rituel occitan de Lyon, le Traité de l Eglise de Dieu et la Glose du Pater, en occitan eux aussi, qui ont curieusement échoué à Dublin, tous textes savamment édités, traduits et étudiés par René Nelli, Jean Duvernoy, Anne Brenon, Enrico Riparelli et bien d’autres ? Mais comme il serait absolument impensable qu’elle n’en ait jamais entendu parler, essayons encore de lui accorder le bénéfice du doute : peut-être a-t-elle voulu dire que les hérétiques méridionaux qu’on appelle – à tort, selon elle – « cathares », n’ont laissé aucun écrit, tous les textes que nous avons cités provenant peut-être, dans son esprit, de pays autres que le Midi. Hélas ! il est impossible de lui faire cette concession, car d’où peuvent provenir les textes occitans, si ce n’est du pays d’Oc ? « Oublier » les preuves qui contredisent votre thèse est quand même une bien étrange pratique, surtout quand on prétend, comme les tenants de la « Nouvelle Histoire », avoir enfin découvert la vérité, ce qui rend définitivement obsolète tout ce qui a été écrit avant vous. Or c’est à propos de l’appellation même de « cathares » que Mme Trivellone commet les oublis les plus incompréhensibles.

    Tout le monde sait, depuis longtemps, que les hérétiques de cette Provincia qu’on nommera Languedoc ou Midi de la France ne se sont jamais appelés entre eux « cathares ». De là à croire que personne ne les a appelés ainsi, il y a loin ! Rappelons les sources qui montrent que le mot était loin d’être inconnu quand il s’agissait de désigner les hérétiques du pays d’Oc :

    1°) – Canon 27 du IIIe Concile œcuménique du Latran (mars 1179) : « Dans la Gascogne albigeoise, le Toulousain, et en d’autres lieux, la damnable perversion des hérétiques dénommés par les uns cathares (catharos), par d’autres patarins, publicains, ou autrement encore, a fait de si considérables progrès… » (Texte dans J.D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXII, 231 .Traduction française par Raymonde Foreville dans Histoire des conciles œcuméniques, Paris, l’Orante, 1965, t. VI, p. 222.)

    2°) – Le 21 avril 1198, le pape Innocent III écrit aux archevêques d’Aix, Narbonne, Auch, Vienne, Arles, Embrun, Tarragone, Lyon, et à leurs suffragants : « Nous savons que ceux que dans votre province on nomme vaudois, cathares (catari), patarins… ». Or cette bulle pontificale s’adresse à des prélats qui sont tous en exercice au sud de la Bourgogne ; il est bien évident, comme le notent d’ailleurs les plus récents éditeurs allemands de la correspondance d’Innocent III, que le mot de ., catari est dès cette époque une Allgemeinbezeichnungfùr die Hâretiker des 12. und 13. Jh,, une appellation générique pour désigner les hérétiques des XIIe et XIIIe siècles, et appliquée ici à ceux du pays d’oc. (Texte dans Migne, Patrologie latine, t. 214, col. 82, et dansO. Hageneder et A. Haidacher, Die Register Innozens ‘III, vol. I, Graz/Cologne, 1964, bulle n° 94, p. 135-138. Cf. p. 136, note 4).

    3°) – Dans le Liber contra Manicheos, attribué (sous les réserves formulées par Annie Cazenave) à Durand de Huesca, on trouve : « … les manichéens, c’est-à-dire les modernes cathares qui habitent dans les diocèses d’Albi, de Toulouse et de Carcassonne… » (« … manichei, id est moderni kathari qui in albiensi et tolosanensi et carcassonensi diocesibus commorantur. » Texte édité par Christine Thouzellier, Une somme anti-cathare : le Liber contra manicheos de Durand de Huesca, Louvain, 1964, p.217.)

    4°) – On a confirmation, à la fois, de l’emploi du mot « cathares » à propos des hérétiques languedociens, et de sa signification générique, puisqu’il s’adresse aussi aux cathares d’Italie et « de France », dans la Summa de Rainier Sacconi ; après avoir dénoncé les erreurs de l’Eglise des cathares de Concorezzo, l’ancien dignitaire cathare repenti, entré chez les Frères Prêcheurs, titre un des derniers paragraphes de son ouvrage : Des Cathares toulousains, albigeois et carcassonnais. Il enchaîne : « Pour finir, il faut noter que les cathares de l’Eglise toulousaine, de l’albigeoise et de la carcassonnaise tiennent les erreurs de Balesmanza et des vieux Albanistes » etc. (« Ultimo notendum est quod Cathari ecclesiae tholosanae, et albigensis et carcassonensis tenent errores Belezinansae. », Summa de Catharis, édit. Franjo Sanjek, in Archivum Fratrum Praedicatorum, n° 44, 1974.)

    5°) – On citera enfin le théologien cistercien Alain de Lille, qui enseignait à Paris, mais qui fit vers 1200 un séjour à Montpellier. Ce fut alors, vraisemblablement, qu’il écrivit sa Summa quadripartita, cette « Somme en quatre parties » intitulée Sur la foi catholique, qu’il dédia au seigneur des lieux, Guilhem VIII. S’il a pris soin, dans le Livre I de son ouvrage, de rechercher l’étymologie du mot cathare afin d’en saisir le sens exact, c’est que ce mot lui était familier, mais ne manquait pas de l’intriguer. Rien n’indique cependant, dans son texte, qu’il parle uniquement d’hérétiques étrangers au pays où il séjourne. Le plus probable même, c’est qu’il s’est intéressé à ce vocable parce qu’il l’a entendu prononcer à propos des hérétiques locaux.

    Comme j’avais cité les quatre premières sources dans une «réponse» qu’a publiée L’INDEPENDANT, Mme Trivellone n’a pu éviter de les prendre en compte dans le texte qu’elle a donné ensuite à LA DEPECHE. Elle l’a fait dans les termes que voici :

    « Les sources produites dans le Midi, comme les procès-verbaux des interrogatoires menés par l’Inquisition ou les chroniques de la croisade contre les Albigeois, ne parlent jamais de « cathares ». Face à ce silence, des « historiens du catharisme » essaient de faire valoir quatre ou cinq sources produites ailleurs. Une poignée de sources écrites ailleurs nomment en effet des cathares dans le Midi, mais ni les milliers de témoins qui parlent devant les inquisiteurs méridionaux ni les chroniqueurs qui suivent les croisés ne voient la trace de ces cathares… N’est-ce pas étonnant ? En réalité, plusieurs historiens ont démontré que ces quelques sources écrites ailleurs ne peuvent pas être prises au pied de la lettre. »

    Qu’est-ce à dire ? En citant ces quatre sources, je ne cherchais pas à leur faire dire plus que ce qu’elles disent ; et elles disent clairement que les pères conciliaires de Latran III en 1179, la chancellerie pontificale en 1198, l’auteur du Liber contra Manicheos aux environs de 1225, et l’Italien Rainier Sacconi vers 1250, ont utilisé le mot de « cathares » pour désigner les hérétiques du Midi de la France. Qu’ils l’aient fait à tort, stricto sensu, dans la mesure où le mot n’était pas d’usage courant dans le Midi, où l’on parlait beaucoup plus volontiers d’ « albigeois », n’empêche pas qu’ils se sont crus autorisés à l’utiliser, ce qui est aisément explicable : c’est qu’ils savaient très bien quelles parentés profondes unissaient les églises hérétiques d’Italie — bien connues, elles, sous cette appellation de « cathares » — aux églises hérétiques du pays d’Oc. Ils savaient très bien qu’il s’agissait, à des nuances près, certes, aussi bien dans les positions dogmatiques que dans l’organisation ecclésiale, des variantes régionales d’un vaste mouvement d’évangélisme anti sacerdotal. L’histoire de l’émigration languedocienne en Lombardie sous l’Inquisition, sa vaine résistance aux côtés des cathares lombards à Sirmione, jusqu’à sa fin sur le bûcher de Vérone en 1278 — toutes choses auxquelles, pardonnez-moi Mme Trivellone, je consacre un long chapitre dans mes « Figures du catharisme » — disent assez l’impossibilité de ne pas prendre en compte, par-delà la diversité de fait, l’unité de principe qui n’a pas échappé aux contemporains.

    Et puis, une chose encore oubliée par Mme Trivellone : sur la quarantaine d’ouvrages de polémique antihérétique qui nous sont parvenus, dont les rédactions s’étalent de la fin du XIIe siècle à la deuxième moitié du XIIIe, huit au moins s’intitulent Adversus catharos. Personne n’a jamais démontré, ni n’a d’ailleurs cherché à démontrer, qu’ils excluaient de leur attaques les hérétiques languedociens.

    En fait, ce débat autour du mot « cathare » me paraît assez puéril. Tout le monde sait de quoi on parle quand on le prononce ou l’écrit. Mais certains auteurs très pointilleux le récusent parce que son emploi donnerait, paraît-il, l’illusion que l’Occident eut à faire face à un vaste mouvement unique de dissidence religieuse, de la Rhénanie et des Flandres à l’Italie et au Languedoc ; c’est-à-dire l’illusion que partout les « cathares » pensaient exactement la même chose et étaient organisés de la même façon, voire qu’ils appartenaient tous à une « Église » unique. C’est là, à coup sûr, une vision tout à fait caricaturale des choses. C’est comme si on pensait que tous les peintres que nous appelons « gothiques » avaient eu les mêmes maîtres et peignaient de la même façon, ou que toutes les églises ainsi nommées elles aussi répondaient à un modèle unique. Au demeurant, aucune dénomination n’est plus artificielle que ce mot de « gothique », ni plus injuste, car, postérieur aux temps « gothiques », il fut à l’origine très dépréciatif, voire méprisant.

    Qui aurait cependant l’idée de demander sa suppression en Histoire de l’art ?

    Michel ROQUEBERT – Novembre 2018

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