6-Culture

Un mythe qui a la vie dure

6-4-Controverses
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Voici ma réponse aux deux articles publiés dans le Figaro-Magazine du 2 août 2019.

Madame, Monsieur,

Je vous adresse ce courrier pour demander un droit de réponse aux deux articles publiés dans votre édition du 2 août dernier concernant le catharisme, ou plutôt sa négation devrais-je dire.

Le texte de l’article « Splendeurs et mystères du Pays cathare », écrit par M. Nicolas Ungemuth est littéralement pitoyable. Ce monsieur a sans doute fouillé les poubelles du web pour se « documenter ». En effet, il fait encore référence à l’apparentement du catharisme au manichéisme, théorie amplement et brillamment démontée par M. Jean Duvernoy dans son ouvrage « La religion des cathares » paru en… 1976 ! Ses allusions nauséabondes sur l’intérêt des nazis pour le catharisme, mériteraient quant à elles la lecture de M. Christian Bernadac sur Otto Rahn.

Pour essayer de m’élever un peu au-dessus de cette boue, je voudrais rappeler à ce monsieur, qu’effectivement les cathares ne se sont jamais appelés ainsi eux-mêmes. De même que les premiers chrétiens ne s’appelaient pas chrétiens ou que les protestants des Cévennes n’avaient pas choisi le sobriquet de parpaillots qui leur fut attribué. Ces termes sont des insultes provenant de leurs ennemis qui finissent souvent par être adoptés quand les personnes concernées surmontent les obstacles jetés sur leur route. Le mot cathare vient effectivement des catholiques, plus précisément d’un moine rhénan — Eckbert de Schönau — qui fit un jeu de mot visant à associer les hérétiques qu’il avait en face de lui à des adorateurs du diable ! Mais ce mot fut repris à de nombreuses occasions par les responsables de l’Église catholique pour désigner une catégorie bien précise d’hérétiques dont la doctrine était fondamentalement opposée à la leur. Je vous signale à l’occasion que le terme chrétien n’était pas la propriété exclusive des catholiques dans les premiers siècles. Comme nous le dit Walter Bauer dans son livre « Orthodoxie et hérésie au début du christianisme » (éd. Du Cerf), à Édesse au 2esiècle, ce sont les marcionites que l’on appelait chrétiens, car ils étaient les plus nombreux. Les catholiques locaux étaient appelés palutiens, du nom de leur évêque (Palut). Comme quoi se baser sur un nom pour établir une réalité historique est un manque de jugeotte. Votre « journaliste » met involontairement le doigt sur le point crucial de la campagne négationniste que connaît le catharisme. La volonté de développer le tourisme dans une région, longtemps sinistrée, conduit à vouloir transformer le catharisme en produit de consommation, ce qui implique de lui ôter tout caractère de réalité gênante. En effet, que dirait-on si l’Allemagne organisait un tourisme autour de la Shoah ? Mais le catharisme n’a plus une population fortement choquée par son éradication pour le défendre. Aussi est-il moins risqué pour de courageux historiens, politiques et journalistes de s’en prendre à lui. Bien entendu le « Pays cathare » est une invention du département de l’Aude, peu soucieux de s’attribuer un phénomène qui s’est manifesté dans bien d’autres lieux (Ariège, Haute-Garonne, Hérault, mais aussi Champagne, Orléanais, Flandres, Rhénanie, Bosnie, etc.).

Le plus triste est l’intervention d’un autre journaliste, M. Jean Sévillia, sous le titre « Un mythe qui a la vie dure ».

Ce monsieur se réfère à une exposition itinérante, organisée par Mme Alissia Trivellone, universitaire à Montpellier, mais aussi membre d’un groupe actif dans la négation du catharisme, le GIS HéPoS (groupement d’intérêt scientifique Hérésie, Pouvoirs, Sociétés – Antiquité, Moyen Âge et Époque moderne) qui tente de poursuivre l’œuvre de révisionnisme amorcée à Nice par Mme Monique Zerner, largement démontée par MM. Duvernoy et Roquebert, entre autres. Comme elle, il joue sur les mots et tente de tromper le lecteur en faisant des raccourcis. Mme Trivellone a bénéficié de réponses hautement argumentées à ses assertions, auxquelles elle a évité de répondre dans le détail. On la comprend !

Si les cathares ne se sont jamais appelés cathares eux-mêmes — c’est l’Église catholique, pape en tête, qui les appelait ainsi —, l’étymologie grecque « katharos = purs » est douteuse, car on imagine mal les catholiques traiter leurs adversaires de purs, ce qui sous-entendrait que les autres chrétiens ne le sont pas ! Effectivement, les catholiques affublaient les cathares de noms variés et parfois fleuris, selon les régions où ils étaient repérés : piphles, tisserands, patarins, albigeois, bougres. Ces termes les désignant soit par leur activité principale, soit par leur zone géographique, voire en les traitant de menteurs (piphle = pipeau) ou de sodomites (bougre = bulgare = sodomite), permettait de les identifier et de les dissocier des groupes dissidents catholiques que la réforme grégorienne avait suscités, mais aussi de marquer l’incompréhension d’une religion dogmatique envers une religion disposant d’une certaine plasticité doctrinale. Mais notre culture judéo-chrétienne nous laisse croire que le christianisme est uniforme alors qu’il est divers depuis le premier siècle qui vit un schisme séparer ceux qui voulaient associer judaïsme et christianisme (judéo-chrétiens dont font partie les catholiques, les protestants et les orthodoxes d’aujourd’hui) et ceux qui voulaient ouvrir le christianisme à tous les peuples comme nouvelle religion émergente (pagano-chrétiens dont font partie les cathares).

Donc, oui les cathares sont des hérétiques si on les regarde du côté catholique de l’époque, mais ils ne sont pas des dissidents, car leur doctrine est depuis toujours fortement opposée sur beaucoup de fondamentaux, à celle des judéo-chrétiens. Si les cathares médiévaux n’avaient pas été une Église efficace et structurée, croyez-vous que les catholiques auraient ressenti la nécessité de créer des ordres religieux adaptés, comme les dominicains, pour s’opposer à eux sur le terrain des Écritures ?

Si votre journaliste avait lu M. Roquebert, il saurait que Simon de Montfort n’a pas mené la croisade, du moins pas avant Carcassonne où les conditions de la capture du vicomte Trencavel furent si peu glorieuses que les seigneurs, qui avaient prééminence sur lui, refusèrent tous ce cadeau jugé dégradant. Le légat a-t-il prononcé cette phrase ? nul ne peut l’affirmer ni le nier. Par contre, ce qu’il a dit aux chevaliers fut tout aussi clair à la vue du résultat sur la ville martyre de Béziers. Si la violence fut tout autant du côté des croisés que de celui des occitans, deux choses doivent être dites. D’une part la violence de l’agresseur est moins justifiable que celle des défenseurs, et d’autre part les cathares n’y ont jamais pris part, leurs vœux leur interdisant tout violence fut-ce à l’encontre d’un animal. Le valdéisme n’a pas remplacé le catharisme, car ils étaient concomitants ; il y eut même une dispute théologique les réunissant. Oui, la société médiévale, entièrement organisée autour du catholicisme, n’avait pas les moyens de répondre au catharisme qui prônait l’égalité des sexes, la non domination des classes sociales, le partage des biens, le travail de tous, etc. Ces idées, dont beaucoup sont encore utopiques de nos jours ne pouvaient obtenir de réponse et, les risques sociaux qu’elles faisaient encourir aux classes dominantes de l’époque portaient le germe de la violence qui s’est déchaînée contre elles.

Mais dire cela ne justifie pas le si piètre travail de gens dont la haute mission sociale est d’analyser et de présenter les choses de façon à éduquer la population, pas à servir ceux qui veulent l’abêtir pour libérer du « temps de cerveau » aux annonceurs publicitaires.

Je vous remercie de ne pas caviarder ma réponse.

Sincères salutations.

Éric Delmas, Président de Culture et études cathares, chercheur en catharisme et auteur de Catharisme d’aujourd’hui.

Vous avez dit « Cathare » ?

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Voici, ci-dessous, la réaction de M. Michel Roquebert, historien du catharisme incontesté depuis  de longues années et également connu pour ses interventions à l’encontre des nombreuses tentatives révisionnistes anti-cathares qui deviennent maintenant du négationnisme à l’encontre de cette religion.

VOUS AVEZ DIT « CATHARE » ?

Sur quelques interviews d’Alessia Trivellone

Le 5 octobre 2018, trois mois après la parution chez Perrin de mon ouvrage « Figures du catharisme », Mme Alessia Trivellone, Maître de conférence en Histoire médiévale à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, donnait au quotidien L’INDEPENDANT une interview pour annoncer l’exposition qu’elle allait présenter du 6 au 13 dans les locaux de ladite université, sous le titre « Le catharisme : une idée reçue ». Car, explique-t-elle, ce n’est qu’un mythe né au XIXe siècle, les prétendus « cathares » ayant servi « comme catalyseurs d’une identité régionale ». Et Mme Trivellone de s’étonner qu’encore aujourd’hui tant de personnes se reconnaissent « dans ces figures d’une histoire fantasmée ». Elle revint à la charge le 28 octobre, dans les colonnes de LA DEPECHE DU MIDI, pour reprendre l’idée que l’histoire du catharisme est une pure « mythologie contemporaine », mais expliquant cette fois que le mythe « est né au Moyen Age même », le XIXe siècle n’ayant fait que le récupérer pour en nourrir en quelque sorte la quête, dans le Midi, d’une identité régionale

Si la position de Mme Trivellone est claire, les arguments sur lesquels elle s’appuie sont en revanche bien étranges.

Aucune source historique, affirme-t-elle, ne parle des « cathares » à propos du Midi ; les procès-verbaux de l’Inquisition parlent seulement d’« hérétiques », mais « c’est en extrapolant des données de ces procès-verbaux que des historiens ont voulu voir l’existence d’une Eglise hérétique organisée en communautés ». Ces procès-verbaux posent en effet un problème : « Il s’agit de dépositions d’accusés privés des droits fondamentaux de défense, extorquées parfois sous la torture, par des inquisiteurs à la fois accusateurs et juges. On a le devoir d’être sceptiques, d’autant plus que ces mystérieux « hérétiques » ne nous ont laissé aucune source de leur côté ».

Faut-il s’attarder à répondre aux deux derniers arguments, celui qui concerne le crédit à accorder aux sources inquisitoriales, et celui qui nie l’existence de sources « hérétiques » ? Personne ne croira jamais que Mme Trivellone ignore que quiconque est un peu familiarisé avec les interrogatoires conservés, qui s’étalent de l’enquête de Bernard de Caux et Jean de Saint-Pierre sur le Lauragais en 1245 et 1246 aux procédures conduites par Jacques Fournier en comté de Foix entre 1318 et 1325, sait à peu de choses près mesurer le degré de fiabilité des dépositions. Qui prendrait par exemple pour argent comptant toutes celles faites devant Jean Galand puis Guillaume de Saint-Seine, de 1283 à 1291 ? Qui récuserait Bernard de Caux ou Jacques Fournier sous prétexte qu’ils auraient pu, peut-être, faire torturer leurs « témoins » ? Mais admettons qu’une interview donnée à un quotidien ne laisse pas le temps d’entrer dans les détails et condamne peu ou prou à grossir le trait. A beaucoup plus de perplexité nous conduit l’affirmation péremptoire que les hérétiques « ne nous ont laissé aucune source de leur côté ». Mme Trivellone jette-t-elle donc aux orties le Livre des deux principes, le Traité cathare anonyme, le Rituel latin de Florence, édités et étudiés par Christine Thouzellier, le Rituel occitan de Lyon, le Traité de l Eglise de Dieu et la Glose du Pater, en occitan eux aussi, qui ont curieusement échoué à Dublin, tous textes savamment édités, traduits et étudiés par René Nelli, Jean Duvernoy, Anne Brenon, Enrico Riparelli et bien d’autres ? Mais comme il serait absolument impensable qu’elle n’en ait jamais entendu parler, essayons encore de lui accorder le bénéfice du doute : peut-être a-t-elle voulu dire que les hérétiques méridionaux qu’on appelle – à tort, selon elle – « cathares », n’ont laissé aucun écrit, tous les textes que nous avons cités provenant peut-être, dans son esprit, de pays autres que le Midi. Hélas ! il est impossible de lui faire cette concession, car d’où peuvent provenir les textes occitans, si ce n’est du pays d’Oc ? « Oublier » les preuves qui contredisent votre thèse est quand même une bien étrange pratique, surtout quand on prétend, comme les tenants de la « Nouvelle Histoire », avoir enfin découvert la vérité, ce qui rend définitivement obsolète tout ce qui a été écrit avant vous. Or c’est à propos de l’appellation même de « cathares » que Mme Trivellone commet les oublis les plus incompréhensibles.

Tout le monde sait, depuis longtemps, que les hérétiques de cette Provincia qu’on nommera Languedoc ou Midi de la France ne se sont jamais appelés entre eux « cathares ». De là à croire que personne ne les a appelés ainsi, il y a loin ! Rappelons les sources qui montrent que le mot était loin d’être inconnu quand il s’agissait de désigner les hérétiques du pays d’Oc :

1°) – Canon 27 du IIIe Concile œcuménique du Latran (mars 1179) : « Dans la Gascogne albigeoise, le Toulousain, et en d’autres lieux, la damnable perversion des hérétiques dénommés par les uns cathares (catharos), par d’autres patarins, publicains, ou autrement encore, a fait de si considérables progrès… » (Texte dans J.D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXII, 231 .Traduction française par Raymonde Foreville dans Histoire des conciles œcuméniques, Paris, l’Orante, 1965, t. VI, p. 222.)

2°) – Le 21 avril 1198, le pape Innocent III écrit aux archevêques d’Aix, Narbonne, Auch, Vienne, Arles, Embrun, Tarragone, Lyon, et à leurs suffragants : « Nous savons que ceux que dans votre province on nomme vaudois, cathares (catari), patarins… ». Or cette bulle pontificale s’adresse à des prélats qui sont tous en exercice au sud de la Bourgogne ; il est bien évident, comme le notent d’ailleurs les plus récents éditeurs allemands de la correspondance d’Innocent III, que le mot de ., catari est dès cette époque une Allgemeinbezeichnungfùr die Hâretiker des 12. und 13. Jh,, une appellation générique pour désigner les hérétiques des XIIe et XIIIe siècles, et appliquée ici à ceux du pays d’oc. (Texte dans Migne, Patrologie latine, t. 214, col. 82, et dansO. Hageneder et A. Haidacher, Die Register Innozens ‘III, vol. I, Graz/Cologne, 1964, bulle n° 94, p. 135-138. Cf. p. 136, note 4).

3°) – Dans le Liber contra Manicheos, attribué (sous les réserves formulées par Annie Cazenave) à Durand de Huesca, on trouve : « … les manichéens, c’est-à-dire les modernes cathares qui habitent dans les diocèses d’Albi, de Toulouse et de Carcassonne… » (« … manichei, id est moderni kathari qui in albiensi et tolosanensi et carcassonensi diocesibus commorantur. » Texte édité par Christine Thouzellier, Une somme anti-cathare : le Liber contra manicheos de Durand de Huesca, Louvain, 1964, p.217.)

4°) – On a confirmation, à la fois, de l’emploi du mot « cathares » à propos des hérétiques languedociens, et de sa signification générique, puisqu’il s’adresse aussi aux cathares d’Italie et « de France », dans la Summa de Rainier Sacconi ; après avoir dénoncé les erreurs de l’Eglise des cathares de Concorezzo, l’ancien dignitaire cathare repenti, entré chez les Frères Prêcheurs, titre un des derniers paragraphes de son ouvrage : Des Cathares toulousains, albigeois et carcassonnais. Il enchaîne : « Pour finir, il faut noter que les cathares de l’Eglise toulousaine, de l’albigeoise et de la carcassonnaise tiennent les erreurs de Balesmanza et des vieux Albanistes » etc. (« Ultimo notendum est quod Cathari ecclesiae tholosanae, et albigensis et carcassonensis tenent errores Belezinansae. », Summa de Catharis, édit. Franjo Sanjek, in Archivum Fratrum Praedicatorum, n° 44, 1974.)

5°) – On citera enfin le théologien cistercien Alain de Lille, qui enseignait à Paris, mais qui fit vers 1200 un séjour à Montpellier. Ce fut alors, vraisemblablement, qu’il écrivit sa Summa quadripartita, cette « Somme en quatre parties » intitulée Sur la foi catholique, qu’il dédia au seigneur des lieux, Guilhem VIII. S’il a pris soin, dans le Livre I de son ouvrage, de rechercher l’étymologie du mot cathare afin d’en saisir le sens exact, c’est que ce mot lui était familier, mais ne manquait pas de l’intriguer. Rien n’indique cependant, dans son texte, qu’il parle uniquement d’hérétiques étrangers au pays où il séjourne. Le plus probable même, c’est qu’il s’est intéressé à ce vocable parce qu’il l’a entendu prononcer à propos des hérétiques locaux.

Comme j’avais cité les quatre premières sources dans une «réponse» qu’a publiée L’INDEPENDANT, Mme Trivellone n’a pu éviter de les prendre en compte dans le texte qu’elle a donné ensuite à LA DEPECHE. Elle l’a fait dans les termes que voici :

« Les sources produites dans le Midi, comme les procès-verbaux des interrogatoires menés par l’Inquisition ou les chroniques de la croisade contre les Albigeois, ne parlent jamais de « cathares ». Face à ce silence, des « historiens du catharisme » essaient de faire valoir quatre ou cinq sources produites ailleurs. Une poignée de sources écrites ailleurs nomment en effet des cathares dans le Midi, mais ni les milliers de témoins qui parlent devant les inquisiteurs méridionaux ni les chroniqueurs qui suivent les croisés ne voient la trace de ces cathares… N’est-ce pas étonnant ? En réalité, plusieurs historiens ont démontré que ces quelques sources écrites ailleurs ne peuvent pas être prises au pied de la lettre. »

Qu’est-ce à dire ? En citant ces quatre sources, je ne cherchais pas à leur faire dire plus que ce qu’elles disent ; et elles disent clairement que les pères conciliaires de Latran III en 1179, la chancellerie pontificale en 1198, l’auteur du Liber contra Manicheos aux environs de 1225, et l’Italien Rainier Sacconi vers 1250, ont utilisé le mot de « cathares » pour désigner les hérétiques du Midi de la France. Qu’ils l’aient fait à tort, stricto sensu, dans la mesure où le mot n’était pas d’usage courant dans le Midi, où l’on parlait beaucoup plus volontiers d’ « albigeois », n’empêche pas qu’ils se sont crus autorisés à l’utiliser, ce qui est aisément explicable : c’est qu’ils savaient très bien quelles parentés profondes unissaient les églises hérétiques d’Italie — bien connues, elles, sous cette appellation de « cathares » — aux églises hérétiques du pays d’Oc. Ils savaient très bien qu’il s’agissait, à des nuances près, certes, aussi bien dans les positions dogmatiques que dans l’organisation ecclésiale, des variantes régionales d’un vaste mouvement d’évangélisme anti sacerdotal. L’histoire de l’émigration languedocienne en Lombardie sous l’Inquisition, sa vaine résistance aux côtés des cathares lombards à Sirmione, jusqu’à sa fin sur le bûcher de Vérone en 1278 — toutes choses auxquelles, pardonnez-moi Mme Trivellone, je consacre un long chapitre dans mes « Figures du catharisme » — disent assez l’impossibilité de ne pas prendre en compte, par-delà la diversité de fait, l’unité de principe qui n’a pas échappé aux contemporains.

Et puis, une chose encore oubliée par Mme Trivellone : sur la quarantaine d’ouvrages de polémique antihérétique qui nous sont parvenus, dont les rédactions s’étalent de la fin du XIIe siècle à la deuxième moitié du XIIIe, huit au moins s’intitulent Adversus catharos. Personne n’a jamais démontré, ni n’a d’ailleurs cherché à démontrer, qu’ils excluaient de leur attaques les hérétiques languedociens.

En fait, ce débat autour du mot « cathare » me paraît assez puéril. Tout le monde sait de quoi on parle quand on le prononce ou l’écrit. Mais certains auteurs très pointilleux le récusent parce que son emploi donnerait, paraît-il, l’illusion que l’Occident eut à faire face à un vaste mouvement unique de dissidence religieuse, de la Rhénanie et des Flandres à l’Italie et au Languedoc ; c’est-à-dire l’illusion que partout les « cathares » pensaient exactement la même chose et étaient organisés de la même façon, voire qu’ils appartenaient tous à une « Église » unique. C’est là, à coup sûr, une vision tout à fait caricaturale des choses. C’est comme si on pensait que tous les peintres que nous appelons « gothiques » avaient eu les mêmes maîtres et peignaient de la même façon, ou que toutes les églises ainsi nommées elles aussi répondaient à un modèle unique. Au demeurant, aucune dénomination n’est plus artificielle que ce mot de « gothique », ni plus injuste, car, postérieur aux temps « gothiques », il fut à l’origine très dépréciatif, voire méprisant.

Qui aurait cependant l’idée de demander sa suppression en Histoire de l’art ?

Michel ROQUEBERT – Novembre 2018

Conférences sur le catharisme

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Conférences sur le catharisme

Que ce soit à l’occasion d’un événement en rapport avec le catharisme ou dans d’autres occasions, je réponds favorablement aux demandes qui me sont faites pour présenter un sujet en rapport avec le catharisme lors d’une conférence publique.
La seule contrepartie que je demande — excepté le défraiement en cas de déplacement de plus de 50 km — est la possibilité de vendre et dédicacer mon livre sur place.

Les sujets suivants ont déjà été traités et disposent de diapositives de présentation :

  • Étude des origines, de la doctrine et de la pratique ecclésiale du christianisme cathare du premier siècle à nos jours
  • Histoire des cathares : origines et groupes fondateurs
  • La spiritualité cathare : analyse de la doctrine et de la praxis cathares
  • Le catharisme : hérésie, dissidence ou christianisme authentique et originel ?
  • Les origines spirituelles de l’Homme – Convergence scientifique et spirituelle ?
  • La voie chrétienne cathare : Amour, règle de vérité et de justice, vie évangélique

Bien entendu, je peux organiser des conférences sur d’autres approches du catharisme. Il faudra simplement me laisser un peu de temps pour les préparer.

Pour me contacter utilisez le lien situé en bas de page.

 

Mon chemin de foi

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 Retraitée du monde associatif (insertion sociale) depuis 7 ans, je vis sobrement dans un hameau cévenol de 8 habitants.

Élevée dans la religion catholique, mais avec un père anticlérical, je perçois très tôt les incohérences de l’Église. Dès l’enfance je prend conscience qu’en naissant fille ma vie ne sera pas un long fleuve tranquille, mais j’ai foi en Dieu et en son Amour.

Le  christianisme cathare, je le découvre auprès d’un ami originaire de la vallée de la Roya. Il fait écho à mes interrogations, mais l’impeccable droiture des bonshommes semble inaccessible à l’imparfaite que je suis.

 Avec le temps et les vicissitudes de la vie, les doutes et les questionnements se convertissent en certitudes et quelques années après je m’éloigne de la religion  catholique,  mais je garde au fond de moi, comme ligne de vie, l’unique commandement de Christ : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». Mon cheminement commence ; il continue et pour longtemps encore.

En 2014 je découvre le site Catharisme d’aujourd’hui et le livre d’Éric. En 2016, je participe à la huitième Rencontre cathare ; je fais la connaissance d’Éric, de José, de Ruben, de Renée et bien d’autres. Au terme de ces deux jours de partage, je repars dans les Cévennes le cœur lourd ; je quitte ma famille spirituelle, mais je ne suis plus seule sur le chemin ; ma place est parmi eux. Je décide de m’engager, comme d’autres l’ont fait avant moi et  comme le feront d’autres après nous sur le chemin de la résurgence cathare que nous espérons tous et cela me comble de joie.

Bienveillance à tous.

Élysabeth

Journée cathare à Carcassonne

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Journée cathare à Carcassonne

L’association Culture et études cathares propose à ses adhérents un rendez-vous annuel, au siège social de l’association, pour échanger sur des thématiques liées au catharisme.

Cette année, sur proposition des adhérents, nous allons étudier deux thèmes à la lumière des recherches et des sources disponibles :

Le docétisme cathare

Si le docétisme existe depuis les origines du christianisme, il a pris des formes très diverses de Cérinthe — à qui on en attribue la paternité — aux cathares. Il est intéressant de comprendre ce mouvement de pensée et de le mettre en corrélation avec les époques, afin d’en suivre les évolutions. Aujourd’hui encore, les données de la sciences nous permettent de l’envisager de différentes façons.

La non-violence cathare

La non-violence est chez les cathares un des deux fondamentaux de leur doctrine. Mais, sous ce terme se cachent diverses conceptions et il est important de les étudier pour comprendre le particularisme de celle des cathares. Pour eux, en effet, la non-violence est la forme mondaine de la Bienveillance, également appelée Amour ou dilection.

Organisation

Cette journée est initialement ouverte aux adhérents de l’association puisqu’ils soutiennent, à travers elle, la recherche sur le catharisme.
Cependant, si le nombre de places disponibles n’est pas atteint par les seuls adhérents, les personnes intéressées pourront s’inscrire et seront contactées, par ordre d’inscription, pour y assister.

Pour vous inscrire, que vous soyez adhérent ou non, utilisez le formulaire ci-dessous.

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    Proposez des thématiques que vous aimeriez voir traitées :

    J'aimerais vous poser la question suivante :

    Quelques notes sur les Cathares et le Catharisme

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    Voici un an, Bertran de La Farge m’adressait ce courrier :

    « Bonjour Eric,

    Je continue à patauger dans les em… ments, avec quelques hauts et beaucoup de bas ! J’essaye d’émerger. Tu trouveras ci-joint une note que j’avais commencée il y a quelques mois. Elle reflète simplement mes pensées sur les éternels semeurs de zizanies et d’anathèmes dont la devises est : « Moi, j’suis contre ! » Cette note se termine par une copieuse liste, volontairement en vrac, de personnes régulièrement visées par les habituels agresseurs pathologiques. J’ai dû involontairement oublier quelques noms « d’amis » et volontairement « oublier » quelques autres… Vérifie quand même cette liste.
    Bertran de La Farge »

    Voici donc cette note qui retrouve encore plus d’actualité au vu des événements de ces derniers mois.

    « Depuis le début de notre XXIe siècle, quelques chercheurs, essentiellement français, s’efforcent de convaincre le public que les Cathares n’ont jamais existé !

    Aussi, qu’il me soit permis de porter à leur connaissance un très intéressant document bibliographique, parmi d’autres qui semblent leur faire défaut alors que de tels documents sont archiconnus et authentifiés depuis pas mal de temps (!), par plusieurs générations « d’historiographes ».
    Qui a dit ? : « qui de damnata Catharorum heresi sunt vehementer suspecti et graviter infamati » ?
    Premier indice : ce document fut rédigé le 21 novembre 1202
    Deuxième indice : son auteur a écrit d’autres missives traitant du même sujet avec le même vocabulaire. Et, qui plus est, à la même époque, il ne fut pas le seul. Ce qui devrait nous conduire à déduire que sept années avant la sinistre Croisade (des) Albigeois, l’usage pouvait être d’identifier, de manière indélébile, certains « hérétiques » par le nom de Cathares !
    Troisième indice : l’auteur de ces missives rédigées en latin, en 1202, fut un certain Giovanni Lotario de Segni, plus connu sous l’appellation d’Innocent III, 176e Pape, de 1198 à 1216, qui fut, en particulier, tout simplement, l’instigateur de la Croisade (contre) les Albigeois (!) et qui, d’une part, devait savoir de qui et de quoi il parlait et qui, d’autre part, n’avait aucune raison de s’abstenir d’utiliser personnellement, pendant les dix-huit annnées de son pontificat, le mot Cathare (issu du grec et de sa traduction en latin). »

    MAIS IL Y A D’AUTRES RAISONS PRINCIPALES, plus anciennes et hautement pertinentes, qui sont tout simplement issues de la langue utilisée par les rédacteurs et les traducteurs des évangiles, en particulier à partir des versions rédigées en grec par les quatre évangélistes et par quelques disciples du Christ. L’important n’est pas le nom donné à ce courant du Christianisme que nous appelons « Catharisme » ou « Christianisme cathare ». L’important est son contenu, Peu importent les noms qui lui sont donnés. Les premières écritures Saintes furent essentiellement rédigées en grec et il coulait de source que chaque fidèle vivant à cette époque s’exprimait alors en grec, ne serait-ce qu’afin de situer le niveau spirituel qu’il souhaitait atteindre ou qu’il avait atteint lors des étapes de l’enseignement de l’Évangile.
    C’est ainsi que ce sont des mots grecs qui furent utilisés comme mots clés et comme codes, destinés à jalonner les importants « fils rouges » majeurs de l’Enseignement du Christ (La Bonne Nouvelle ; l’Évangile). L’un de ces CODES MAJEURS est destiné à l’enseignement du thème de la Purification de chacun. Le mot « pur », en français, est la traduction du mot grec « katharos ». Dans le Nouveau Testament, initialement en grec, quatre mots sont dérivés de katharos : katharizo, katharis, katharismos, katharotes (purifier, purification, etc.). Tout lecteur, tout disciple de l’Évangile, en grec, trouvera ce vocabulaire de 5 mots répartis 60 fois dans 60 versets, souvent liés à d’autres mots clés pertinents, comme kardia (cœur), téléios (parfait), ce dernier désignant celui qui a atteint le Salut, l’apothéose de la purification de tout son être et son retour en Dieu.

    C’est ainsi, et entre autres, que, pendant les 3 premiers siècles de l’évangélisation, les disciples chrétiens qui étudiaient et pratiquaient la purification de l’être (corps, âme et esprit) étaient qualifiés, en grec, de « katharoï » (« purs ») et de « téléios » (parfaits), en français. C’est ainsi qu’en français, tout comme en anglais et dans d’autres langues, le mot « pur » (« pure ») a été progressivement transformé en un néologisme familier : « Cathare », « Cathar », etc.) d’où quelques siècles plus tard, les appellations de « Cathares », de « Parfaits » et de leurs dérivés.

    DU GREC AU LATIN ET AUX LANGUES VERNACULAIRES. Pendant les premiers siècles de notre ère, l’écriture, l’enseignement et la pratique de l’évangile furent essentiellement dispensés en langue grecque. (accompagnés d’écrits en araméen-syriaque et en copte). L’usage quotidien des mots grecs katharos, katharoî et katharismos (cathare, cathares et catharisme) n’a rien d’exceptionnel. Quant au mot grec Téléios signifiant « Parfait », il éclaire significativement l’utilisation de « Pur» et de « Purification » dans 17 versets du Nouveau Testament. Lorsque le latin et d’autres langues vernaculaires vinrent remplacer le grec, les mots de katharos et de katharoï, cessèrent progressivement d’être utilisés et furent remplacés par leurs traduc- tions en diverses langues vernaculaires. Les premières traductions en langue latine apparurent timidement lors du IIe siècle et surtout lors du IVe siècle (Vetus Latina, de Stridon et Vulgate, de Jérôme). Mais d’autres mots prirent leurs places, en d’autres langues, Aussi est-il tendancieux et injustifié de s’acharner, aujourd’hui, contre les mots cathare et catharisme, Mais il est tout à fait acceptable d’utiliser d’autres définitions synonymes qui éclairent la signification de Cathares et de Catharisme, telles que Bons Chrétiens, Bonshommes, Bonnes Dames, ou Amis de Dieu, etc.

    Le Catharisme, aujourd’hui et au cours des premiers siècles de la Chrétienté, est et fut un Courant du Christianisme. Mais de grâce, épargnons aux Cathares de tous temps les appellations et contre-sens malveillants et souvent calomnieux d’hérétiques et de dissidents car ils ne le sont ni ne le furent ! En effet les Chrétiens cathares, tout comme les Chrétiens catholiques, ont toujours affirmé leur Christianisme dont ils ne furent et ne sont ni les hérétiques ni les dissidents ! « Mais… qui veut tuer son chien, ne l’accuse-t-il pas de la rage ?! » Hélas !

    Enfin, à ceux qui affirment obstinément que les mots Cathare et Catharisme sont des artefacts inventés au cours du XXe siècle par des farfelus qui n’ont aucune compétence en cette matière, nous rappellerons qu’en fait, le mot cathare et la plupart de ses synonymes ont, par exemple, été abondamment répertoriés et utilisés pour signifier : « on les appelait Cathares, c’est-à-dire Purs » (7 occurrences) par Bossuet (1627-1704) et, par quelques milliers de fois par des centaines d’autres chercheurs, théologiens, écrivains et historiens, de 1700 à… aujourd’hui, sans interruption, pendant 3 siècles ! Quant aux offensives actuelles contre le bien-fondé de ces mots, elles prennent, hélas, la forme de curieuses entreprises révisionnistes, négationnistes et même « complotistes » (puisque tout « cela » aurait été fomenté, selon eux, par l’Église catholique elle-même !) Machiavel n’est pas loin !

    Rendons plutôt, ci-dessous, hommage aux hommes et aux femmes remarquables : historiens, chercheurs, religieux, philosophes, artistes, militants et romanciers qui, au cours des XIXe, XXe et XXIe siècles, par leur passion, leur foi, leur enthousiasme, leur persévérance, leurs travaux, leurs écrits et diverses réalisations, nous ont permis, nous permettent aujourd’hui et nous permettront demain, de connaître le « vrai visage des Cathares » :

    « Déodat Roché, René Nelli, Jean Duvernoy, Michel Roquebert, Zoé Oldenbourg, Anne Brenon, Francis Loubatières, Ylva Hagman, Beverly M. Kienzle, Maurice Magre, José Dupré, Lucienne Julien, Christine Thouzellier, Michel Jas, Jordi Ventura i Subirats, Flocel Sabaté, Francesco Zambon, Jordi Savall, Jean-François Laffont, Simone Weil, Édouard de Laportalière, Simone Hannedouche, Jordi Passerat, Marvyn Roy Harris, Peter T. Ricketts, Yvan Roustit, Peter Wunderli, Pilar Jimenez, Edina Bozoky, Krystel Maurin, Peter Vogt, M. le Duc de Lévis-Mirepoix, Bertran de La Farge, Henri Gougaud, Muriel Batbie-Castell, Olivier Cébe, Gérard Le Vot, Annie Cazenave, Jean-Philippe de Tonnac, Franjo Sanjek, Ernst Ulrich Grosse, Magali Husson, David Zbiral, Daniela Müller, Suzanne Nelli, Denis Crépin, Raoul Manselli, Jean Blum, Philippe Contal, Fabrice Chambon, Jean Clergue, Christian Salès, Georges d’Humières, Yves Rouquette, Dominique Baudis, Patrick Lasseube, Claude Sicre, Yves Maris, Fernand Niel, Fernand Costes, Emmanuel Le Roy-Ladurie, Claude Marti, Jean Villotte, Henri Corbin, Charles Delpoux, Alexandre Rougé, Raimonde Reznikov, Philippe Martel, Philippe Roy, Jean Blanc, Prosper Estieu, Stym-Popper, Enrico Riparelli, Roberto Berretta, Gilles-Henri Tardy, Napoléon Peyrat, Antonin Gadal, Auguste Teulié, Georgi Semkov, Arthur Guirdham, Malcolm D. Lambert, Yuri Stoyanov, James McDonald, Paul Lecour, Richard Loiret, Éric Delmas, Jean-Louis Gasc, Alèm Surre-Garcia, Jacques Berlioz, Arno Borst, Ruben Sartori, Martin Aurell, Monique Vidal, José Vidal Tolosa, Marie-Élise Gardel, André Czeski, Charles Schmidt, Roland Poupin, Werner Rhis, Uwe Brunn, Stephen O’Shea, Andrew Phillip Smith, René Weis, Malcolm Barber et bien d’autres (Selon un tri stochastique des listes passées, présentes et à venir, non exhaustives et non limitatives). »

    « Les Cathares, une idée reçue »

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    « Les Cathares, une idée reçue », l’exposition qui démonte « le mythe » des Cathares

    C’est sous ce titre que le quotidien L’Indépendant publie, le 5 octobre dernier, une entrevue avec une étudiante en histoire de l’université de Montpellier qui organise une exposition pour montrer que le catharisme n’a jamais existé en Occitanie.

    Bien entendu, cette « hérésie » intellectuelle a immédiatement provoqué de nombreuses réactions des plus éminents spécialistes du sujet, tant elle contient d’erreurs et de démonstrations que son auteure n’a pas étudié le sujet. À moins bien entendu qu’il ne s’agisse que d’un épisode supplémentaire de l’entreprise de désinformation menée par l’université de Montpellier via un groupe appelé GIS HEPOS qui fait de ce comportement sa marque de fabrique. Il faut dire qu’il compte en son sein la fine fleur des révisionnistes du catharisme, en leur temps étrillés par Jean Duvernoy et Michel Roquebert, mais qui tentent de reprendre du poil de la bête maintenant que ces autorités ont soit disparues, soit pris un peu de distance.

    Grâce au réseau de veille sur le catharisme composé notamment de personnalités de la recherche sur le catharisme et des associations : Rencontres de Montségur, Église cathare orientale, Culture et Études Cathares, etc., voici quelques unes des réactions que cet article a suscitées :


    Michel Roquebert, historien du catharisme et de la croisade albigeoise, Président d’honneur de l’Association d’études cathares – René Nelli.

    Il n’est pas très difficile de répondre à une telle ignorance des sources.
    Le vocable de cathares est dû à un bénédictin allemand, Eckbert de Schönau, qui désigna ainsi, vers 1163, les hérétiques rhénans, dont il dénonçait la théologie, et en premier lieu sa racine dualiste.
    Or on ne manque pas de sources attestant la rapide extension de l’appellation cathare hors de l’Allemagne et son application aux hérétiques languedociens. En premier lieu le canon 27 du IIIe Concile œcuménique du Latran, réuni en mars 1179 : « Dans la Gascogne albigeoise, le Toulousain, et en d’autres lieux, la damnable perversion des hérétiques dénommés par les uns cathares (catharos), par d’autres patarins, publicains, ou autrement encore, a fait de si considérables progrès…1 ».
    Le 21 avril 1198, le pape Innocent III écrit aux archevêques d’Aix, Narbonne, Auch, Vienne, Arles, Embrun, Tarragone, Lyon, et à leurs suffragants : « Nous savons que ceux que dans votre province on nomme vaudois, cathares (catari), patarins2». Or cette bulle pontificale s’adresse à des prélats qui sont tous en exercice au sud de la Bourgogne ; il est bien évident, comme le notent d’ailleurs les plus récents éditeurs allemands de la correspondance d’Innocent III, que le mot de catari est dès cette époque une Allgemeinbezeichnung für die Häretiker des 12. und 13. Jh., une appellation générique pour désigner les hérétiques des XIIe et XIIIe siècles3, et appliquée ici à ceux du pays d’oc.
    Entre 1194 et 1202, le théologien catholique Alain de Lille écrit à Montpellier – donc en Languedoc – sa « Somme en quatre parties, ou De la foi catholique contre les hérétiques4 ». Absolument rien ne dit que les catari qui apparaissent à diverses reprises au cours de son texte seraient les hérétiques rhénans ou italiens, et non ceux de son pays d’adoption.
    Mais l’argument décisif se trouve assurément dans le Liber contra Manicheos, le « Livre contre les Manichéens » attribué à Durand de Huesca. Chef de file des disciples de Valdès qui étaient venus en Languedoc y répandre l’hérésie des « Pauvres de Lyon »,  Durand revint au catholicisme romain à la faveur de la conférence contradictoire tenue à Pamiers en 1207 et se mit, dès lors, à écrire contre les autres hérétiques languedociens. Son ouvrage est peu ordinaire : c’est la réfutation d’un ouvrage hérétique que l’auteur du Liber prend soin de recopier et de réfuter chapitre après chapitre ; l’exposé, point par point, de la thèse hérétique est donc présenté, et immédiatement suivi de la responsio de Durand. Or le treizième chapitre du Liber est tout entier consacré à la façon dont les hérétiques traduisent, dans les Ecritures, le mot latin nichil (nihil en latin classique) ; les catholiques y voient une simple négation : rien ne… Ainsi le prologue de l’évangile de Jean : Sine ipso factum est nichil, « sans lui [le Verbe], rien n’a été fait ». Les hérétiques, en revanche, en font un substantif et traduisent : « Sans lui a été fait le néant », c’est-à-dire la création visible, matérielle et donc périssable. Preuve, au passage, de leur dualisme. Mais ce n’est pas ce qui nous importe ici.  Laissons la parole à Durand : « Certains estiment que ce mot ‘nichil’ signifie quelque chose, à savoir quelque substance corporelle et incorporelle et toutes les créatures visibles ; ainsi les manichéens, c’est-à-dire les actuels cathares qui habitent dans les diocèses d’Albi, de Toulouse et de Carcassonne5… »

    Une éclatante confirmation, à la fois, de l’emploi du mot cathare à propos des hérétiques languedociens, et de sa signification générique, puisqu’il s’adresse aussi aux cathares d’Italie et « de France », se trouve dans la Summa de Rainier Sacconi ; après avoir dénoncé les erreurs de l’Eglise des Cathares de Concorezzo, l’ancien dignitaire cathare repenti, entré chez les Frères Prêcheurs, titre un des derniers paragraphes de son ouvrage : Des Cathares toulousains, albigeois et carcassonnais, Il savait de quoi il parlait.  Il enchaîne : « Pour finir, il faut noter que les Cathares de l’Eglise toulousaine, de l’albigeoise et de la carcassonnaise tiennent les erreurs de Balesmanza et des vieux Albanistes6 » etc.
    Bref, l’usage du mot cathares pour désigner les hérétiques du sud du   royaume de France est attesté, tant en Languedoc et en Italie qu’à la Curie romaine, dès le dernier tiers du XIIe siècle, et son usage perdura au XIIIe.
    Il est donc tout à fait légitime de s’en servir encore au XXIe siècle. D’autant que, pas plus que Rainier Sacconi, nul n’ignore aujourd’hui, quand il rencontre ce mot, de qui il s’agit…
    Quant à penser que la lutte contre l’hérésie ne fut qu’un faux prétexte pour lancer la conquête française, c’est ignorer que le roi Philippe Auguste a refusé de s’engager dans la croisade et que, s’il n’a pu l’empêcher, il a quand même réussi à la retarder de dix ans. Il suffit de lire sa correspondance avec  le pape Innocent III… Si la « guerre sainte » qu’avait voulue le pape a rapidement dégénéré en pure et simple guerre de conquête, c’est parce qu’elle a inévitablement provoqué un grave conflit entre le droit canonique et le droit féodal… Ce n’est pas très difficile à comprendre.

    SOURCES

    [1] Texte dans J. D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XXII, 231. Traduction française par Raymonde Foreville dans Histoire des conciles œcuméniques, Paris, L’Orante, 1965, t. VI, p. 222.
    [2] Texte dans Migne, Patrologie latine, t. 214, col. 82, et dans O. Hageneder et A. Haidacher, Die Register Innozens’III, vol. I, Graz/Cologne, 1964, bulle n° 94, p. 135-138.
    [3]  Die Register Innocenz’III,   p. 136, note 4.
    [4] Summa quadrapartita  ou De fide catholica contra haereticos , Manuscrit à la Bibliothèque Vaticane, Vatic. Lat. 903 ; édité par Migne, Patrologie latine, t.210, col. 305 et suiv. Cf. notamment la col. 366, passage où l’auteur tente de donner l’étymologie du mot cathare.
    [5] Quidam estimant hoc nomen ‘nichil’ aliquid significare, scilicet aliquam substantiam corpoream et incorpoream et omnes visiblies creaturas, ut manichei, id est moderni kathari qui in  albiensi et tolosanensi et carcassonensi diocesibus commorantur. Texte édité par Christine Thouzellier, Une somme anti-cathare : le Liber contra manicheos de Durand de Huesca, Louvain, 1964, p.217.
    [6] Ultimo notendum est quod Cathari ecclesiae tholosanae, et albigensis et carcassonensis tenent errores Belezinansae. …  (Summa de Catharis, édit. FranjoSanjek, Archivum Fratrum Praedicatorum, n° 44, 1974.)

    Roquebert Michel


    Annie Cazenave, chercheur en histoire médiévale, docteur en histoire et chercheuse au CNRS (aujourd’hui à la retraite).
    « L’indépendant vient de nous offrir une interview assez réjouisante, et même carrément drôle, par l’annonce d’une exposition sur un sujet qui n’existe pas.
    Alessia Trivallone a été l’étudiante d’une étudiante de R. Manselli, auteur de « L’eresia de Male » — l’hérésie du Mal. Quel Mal ? que signifie-t-il pour lui. et pour A.Trivallone ?
    Rien de neuf dans ce qu’elle dit ; on repère les auteurs, constate les lacunes et remarque les incohérences.
    Puisqu’elle croit que les Bons Hommes sont des notables, on va la décorer du titre de Bona femina, terme qu’elle ignore, ce qui est dommage, ne serait-ce que pour la parité.
    Elle prétend que les sources sont trop biaisées pour être crédibles. Si, on peut les étudier, ça s’appelle la critique des sources. Mais alors, il y a des sources ? Elle le nie. On présume donc qu’elle ne connait que l’inquisition.
    L’explication par l’anticléricalisme date d’avant 1905 et la querelle à propos de la Séparation. L’argument social a été repris par Morghen dans les années 50.
    Michel Jas et Michel Roquebert ont remarquablement pointé les erreurs on doute que ce lui soit utile.
    On la remercie de nous apprendre que le Moyen-Âge est une époque différente, quant à une « vision plus large et globale » on ne saurait trop lui conseiller de la mettre en application en l’étudiant.
    Le P. Dondaine s’exclamait : « il faut lire les textes pour en parler ». Vous savez, le P. Dondaine, l’éditeur du Liber de duobus principiis — Livre des deux principes —, source « hérétique » superbement ignorée.
    On peut aussi finir par une autre citation : « ce qui est excessif est insignifiant ». Nous avons connu de grands professeurs à l’Université de Montpellier. Que lui arrive t’il ?

    Annie Cazenave


    Roland Poupin, pasteur, docteur en théologie, docteur en philosophie

    L’article dans lequel vous donnez la parole à Mme Alessia Trivellone m’a été communiqué par un ami de votre région qui connaît mon travail sur les cathares (deux thèses universitaires, deux livres, quelques dizaines d’articles dans des revues diverses et participation à divers colloques internationaux).
    Ayant utilisé pour mes recherches les textes (qui sont loin d’être rares !) issus des cathares eux-mêmes, quelle n’est pas ma surprise de lire que selon Mme Trivellone « ces mystérieux « hérétiques » ne nous ont laissé aucune source de leur côté… » (sic !) Surprenant de lire un tel propos asséné par une historienne travaillant au XXIe siècle ! Une telle affirmation eût été à la limite recevable au XVIIIe siècle, quand les sources découvertes depuis la fin XIXe jusqu’à la deuxième moitié du XXe siècle étaient inconnues. Mais de nos jours ! La liste est longue des sources hérétiques – incontestées ! – découvertes depuis : une traduction en langue d’Oc du Nouveau Testament (début XIVe ; redécouvert en 1883 et édité en 1887) ; deux traités de théologie : le Livre des deux Principes (XIIIe s. ; redécouvert et édité en 1939) ; plus un traité reproduit pour réfutation, le « traité anonyme » (attribué à Barthélémy de Carcassonne, daté du début XIIIe ; redécouvert et édité en 1961) cité dans un texte attribué à Durand de Huesca (cité avant d’être réfuté, comme cela se pratique depuis haute époque – pour ne donner qu’un seul autre exemple : on ne connaît Celse que par ses citations par Origène) ; plus trois rituels, dits : de Lyon, annexé au Nouveau Testament occitan ; de Florence, annexé au Livre des deux Principes ; de Dublin (redécouvert et édité en 1960) — avec éléments d’accompagnement, ou de préparation, en l’occurrence une glose du Pater, outre notamment une Apologie de la vraie Église de Dieu. Or ces textes émanent bien, depuis différents lieux, de ceux que les sources catholiques appellent cathares : des rituels équivalents suite à un Nouveau Testament et suite à un traité soutenant le dualisme ontologique, tout comme le soutient aussi le traité cathare anonyme donné dans un texte catholique contre les cathares !… Textes suffisamment éloignés dans leur provenance (Occitanie, Italie), et dont la profondeur de l’élaboration implique un débat déjà nourri antécédemment au début XIIIe où apparaît le « traité anonyme ». Et puis apparaissent aussi deux versions latines de la fameuse Interrogatio Iohannis (XIIIe s., avec fragments bulgares du XIIe s.), une conservée à Vienne (témoin le plus ancien, édité depuis 1890) annexée à un Nouveau Testament en latin, l’autre trouvée à Carcassonne (éditée dès 1691).
    Excusez du peu !
    Mme Trivellone affirme avoir bâti sa conviction sur le livre de 1998 Inventer l’hérésie ?, actes du colloque de Nice, dont l’objet était de s’interroger sur l’authenticité de la « charte de Niquinta ». Sans compter qu’une inauthenticité de ce seul texte n’aurait pas d’incidence décisive sur l’existence de l’hérésie en terre d’Oc (il y a abondance d’autres sources), Mme Trivellone semble ignorer que le colloque de Nice ne pouvant trancher sur la question traitée avait décidé de s’en remettre à l’expertise philologique de l’historien Jacques Dalarun et du philologue spécialisé en paléographie latine Denis Muzerelle, qui concluaient… en faveur de l’authenticité du document !
    Le seul point sur lequel on peut s’accorder avec les propos assénés par Mme Trivellone est son affirmation que les hérétiques ne se nommaient pas eux-mêmes « cathares ». C’est loin d’être un scoop ! C’est un point acquis depuis des décennies et mis en lumière définitivement par Jean Duvernoy en 1978 ! Mais de là à extrapoler de cet acquis pour aller jusqu’à dire que « les Cathares ne sont mentionnés que dans un très petit nombre de sources aux XIIe et XIIIe siècles dans de rares sources de l’Empire germanique, dans les années 1160, puis brièvement dans des documents pontificaux, et en Italie au cours du XIIIe siècle » ! Quand on sait que parmi lesdits documents pontificaux, il y a l’usage du mot « cathares » pour qualifier l’hérésie médiévale fait par le pape Innocent III désignant l’hérésie dans le Midi de la France (contre lequel il lancera la croisade), et ce sur la base des canons du IIIe concile de Latran (1179), visant lui aussi sous ce terme « cathares » les mêmes hérétiques du Midi de la France, après que le cistercien Alain de Lille les ait désignés lui aussi sous ce terme depuis l’université de Montpellier, suite à ce que les polémistes rhénans (chez qui on trouve le premier usage connu du terme) aient correspondu sur le problème de l’hérésie dualiste / « manichéenne » / « cathare » donc, avec le cistercien Bernard de Clairvaux prêchant dans le Midi, on est fondé à être interrogé par cette minimisation des sources (« rares », « brièvement » – sic) : que faut-il de plus ?
    Et il y a plus dans la dénonciation des « manichéens » (i.e. « cathares ») du Midi de la France, jusqu’à la fondation de l’ordre des dominicains, puis à leur œuvre de prédication, puis d’inquisition, dont on comprend bien qu’on doive être prudent en en lisant l’abondante production. Ce pourquoi j’ai préféré fonder mes recherches sur les sources issues des cathares eux-mêmes… Ce qui permet toutefois de constater que les Inquisiteurs et polémistes, certes de façon négative et donc caricaturale, ont tout de même au-delà de leurs a priori négatifs – forcément ! – une connaissance finalement assez fiable de l’hérésie qu’ils décrivent comme « manichéenne ».
    Gageons qu’un travail plus poussé sur les sources (car, à nouveau, elles sont loin d’être rares !) ramènera un peu de raison dans ce débat devenu décidément bien passionnel.

    Roland Poupin, pasteur, docteur en théologie, docteur en philosophie


    Michel JAS, pasteur – auteur, entre autre, de Braises cathares

    Six inexactitudes dans  l’article présentant Alessia Trivelonne et son exposition « LES CATHARES UNE IDEE RECUE » (l’indep du Vendredi 5 octobre 18) :

    1. autour du terme « cathare » : il fut utilisé par les condamnations papales qui visaient le Midi et par Alain de Lille descendu à Montpellier pour les contredire .
    2.  autour d’une prétendue extrapolation à partir de certains registres de l’Inquisition ( revus à la baisse et travaillé, de façon universitaire donc brillante, mais incomplète par M.-G. Pegg, repris par Théry et encore ici par Trivellone ) qui permettraient de voir une Eglise Hérétique Organisée ( Jean Duvernoy, meilleur connaisseur des registres de l’Inquisition, avait, encore une fois, avant sa mort, répondu à Pegg et plus récemment Peter Biller, Shelagh Sneddon et Caterina Bruschi, éditant en 2010 les sources ignorées par Pegg  dans «  Inquisitors and Heretics in Thirteenth-Century Languedoc : Edition and Translation of Toulouse Inquisition Depositions, 1273-1282 »)
    3. l’ignorance des sources hérétiques (« cathares ») : trois rituels, deux ou trois traités  (j’ai personnellement travaillé les originaux cathares sorte de compte rendu, coté occitan hérétique, du colloque de Montréal)
    4. Alessia Trivellone reprend la thèse de Pegg sur les « boni homines » (sécularisant l’expression pour nier le fait hérétique) sans recul critique depuis les réponses aux erreurs de Pegg (cf mon point 2)
    5. Les historiens, plus jeunes, usant d’approche critique (en fait ce n’est plus de la critique mais de la démolition hypercritique ) auraient le mauvais rôle. C’est tout le contraire  (confer “The invention of the invention”: archeology or ideology?, Gabrièle Wersinger-Taylor : “ On constate l’« inflation », dans les milieux des sciences humaines et de l’anthropologie, de publications récentes dont le titre contient le mot invention : L’invention du sujet moderne ; L’invention de Dieu ; L’invention du monde ; L’invention de la culture (Environ 710 titres de l’Année philologique portent cette mention avec une croissance nette ). Aucune notion ne semble aujourd’hui échapper à son invention » etc.)
    6. La Charte de Niquinta (Nicétas) qui serait un faux : Mme Trivellone fait semblant d’ignorer les publications  qui ont répondu à ce soupçon !

    Heureusement la page incriminée de l’indépendant présente en bas de page la mention du colloque « Aux sources du catharisme »  Carcassonne 25 octobre – Mazamet 27 octobre qui dira tout le contraire des affirmations de Mme Trivellone .
    Mais la pagination met cette annonce sous le titre « À Montpellier et l’an prochain à Fanjeaux » qui concerne l’exposition de Mme Trivellone, ce qui prête à confusion .

    Michel JAS, pasteur


    Éric Delmas, Président de Culture et études cathares, gestionnaire de ce site et auteur de Catharisme d’aujourd’hui

    Patrick du Côme, de l’association Rencontres de Montségur, m’a signalé une exposition à Montpellier sur la thématique de la non-existence des cathares.
    Effectivement, le mouvement négationniste anti-cathare est en pleine effervescence sous l’impulsion d’universitaires du sud de la France et, bien entendu, du microcosme d’historiens affiliés aux Cahiers de Fanjeaux.
    Un des arguments avancé est que le mot cathare n’a jamais été utilisé au Moyen Âge et que c’est donc une invention tardive.
    Puisqu’il paraît que ces gens sont des chercheurs, professionnels de surcroît, je soumets à leur attention un document qui a dû leur échapper, en raison de sa faible importance sans doute : le 27e canon du Concile œcuménique de l’Église catholique de Latran III (1179) qui nous dit : « Quoique l’Église, suivant que le dit saint Léon, rejette les exécutions sanglantes, elle ne laisse pas d’être aidée par les lois des princes chrétiens, en ce que la crainte du supplice corporel fait quelquefois recourir au remède spirituel ; c’est pourquoi nous anathématisons les hérétiques nommés cathares, patarins ou publicains, les albigeois et autres qui enseignent publiquement leurs erreurs, et ceux qui leur donnent protection ou retraite, défendant, en cas qu’ils viennent à mourir dans leur péché, de faire des oblations pour eux, et de leur donner la sépulture entre les chrétiens. »
    Retrouver à cette époque — qui je crois fait bien partie du Moyen Âge — une phrase on ne peut plus officielle mêlant cathares, patarins et albigeois, me semblent infirmer ce que disent ces messieurs-dames. Comme quoi la profession d’historien n’a rien d’une garantie de perspicacité.


    Gilles-Henri Tardy, au nom de l’église Bogomilo-Cathare (Communauté cathare orientale) (Athènes) :
    « Sous l’impulsion de groupuscules hyper-catholiques qui se font l’écho d’ordres inquisitoriaux, la recrudescence de plus en plus virulente d’une rumeur veut que les Cathares n’aient jamais existé.
    Avant tout, il semble utile de rappeler que le catharisme est une spiritualité ou si l’on préfère, un courant de la religion chrétienne. Ce courant puise dans le christianisme paulinien et la tradition des églises d’Orient.
    Le catharisme est chrétien !
    Certains universitaires, probablement en mal de reconnaissance vis à vis d’une certaine église ou plus précisément de certains corps de cette église, avancent hardiment que le catharisme est de création récente et que les cathares ne sont qu’un mythe.
    Dans la mesure où ces universitaires auraient pu approfondir leurs recherches en utilisant les outils de l’herméneutique et de la sémiologie, ils auraient pu répondre à notre place.
    Cela n’a pas été fait, cette présentation est donc incomplète et frôle le mensonge (par omission). Cependant, comprenons bien que la bonne foi de ces chercheurs n’est pas en cause, c’est le matériau utilisé et la manière dont il est utilisé qui est en cause ; il est en cause par l’approche biaisé voulu par des clercs qui influencent les travaux et qui le font par peur de devenir « victime émissaire ». Or, il n’en est rien. Ces clercs sont passéistes et se meuvent dans un autre âge… très avancé… et qui ne peut plus appréhender les faits avec détachement, sérénité et honnêteté. Il est fort dommage que Mme Alessia Trivellone soit tombé dans le piège de l’obscurantisme ; peut être retrouvera-t-elle avec bonheur la voie de la recherche et rétablira, au moins pour elle-même, sinon une vérité du moins une réalité en parcourant les textes de l’inquisition, les témoignages des notaires royaux, les manuscrits de Leyrins et plus récemment la thèse de doctorat de Stéphanis Drakopoulos, prélat de l’église orthodoxe de Grèce. Nous souhaitons cela à Mme Trivellone, de grand cœur et avec respect.
    L’incompétence n’est pas une faute en soi, nous sommes tous incompétents en dehors des domaines que nous ne maitrisons pas nous rappelle le « principe de peter ». Ce qui est grave c’est de produire au public des sources erronées et de soustraire celles qui ne conviennent point à l’entendement d’un groupe clérical.
    Ce qui importe ce ne sont pas les noms et les diverses appellations dont, au fil des siècles, ont été « affublés les « Bons Chrétiens », les «Bons Hommes», et «Amis de Dieu» que nous appelons malgré tout « Cathares » ; ce qui importe, ce sont d’une part leurs actes, leurs pensées, et leurs enseignements et d’autres part, les critiques et les violences de leurs adversaires persécuteurs-éradicateur.
    Ces appellations ont varié à travers les siècles, à la faveur d’une part des langues utilisées et d’autre part à celle de la loi du plus fort du moment. Cathares est un terme générique pour un ensemble d’hérésies (heresae, dans le sens noble du terme).
    J’invite le lecteur à s’imprégner des Ecritures Cathares et de se rapprocher, au travers des multiples conférences, des communautés cathares existantes, qui n’ont rien de folkloriques mais restent des centres d’études ouverts sur le monde et l’Histoire, faisant fi de l’adage que « l’Histoire est écrite par les vainqueurs ».
    L’écoute, le partage et le respect en disent plus long que des arguties développées par manque de sources.
    (Gilles-Henri Tardy, Master of Arts, (Histoire, sciences sociales et culturelles françaises, NYU) ».


    Joël Lafaille, Pieusse

    Il ne manquait qu’une négationniste à nos martyrs. Pour ma part, elle pense et dit ce qu’elle pense, donc aucune polémique. Les bûchers, l’odeur des corps, les cris de la chair qui renâcle ne sont pas ceux des bons chrétiens, nous dit elle, mais d’hérétiques lambdas. Je suis triste que l’on salisse notre puissant passé.

    En écrivant ces lignes je pensais  à ce poème lu à la stèle dans le début des années 80 , Olivier Cèbe était présent je pense et Lucienne Julien absente mais en vie:  » seul immobile face à ce passé puissant, à l’heure où lancinante une chouette Ulule ,je regarde éperdu l’immense crépuscule embraser Montségur dans des flammes de sang » ce texte est resté en moi  et ce soir je pense aux victimes de l’intolérance de la barbarie à nos frères de Monségur mais aussi  à  ceux de Treblinka  et à ceux qui  mouront demain pour la liberté , pour moi ils font parti de la même cohorte , oui une grande tristesse a traversé mon être
    A leu Patrick


    Dominique Dhenry, Pdt de Catharisme et Paratge Foix 09

    Merci de ce message.
    J’ai visionné une conférence (début 2018) donnée à Montségur par Claire Colombi (Ecole des chartes).
    Ses considérations vont dans le même sens avec parfois des affirmations ahurissantes :
    – Parce que Déodat Roché était franc-maçon, rose-croix et affilié à la théosophie, ses propos ne peuvent être considérés comme scientifiques… (Isaac Newton s’adonnait à l’alchimie, B Franklin était FM…)
    – Ce sont les communistes, qui, au lendemain de la guerre, ont poussé à la roue pour faire surgir de l’histoire le catharisme (pour les communistes : ni dieu… ni maître, il faut le rappeler. On voit mal des communistes favoriser la résurgence d’une religion !),
    – Zoé Oldembourg n’a pas écrit ses livres sur le catharisme, elle était en fait le factotum d’un groupe secret qui tenait sa plume,
    – le Catharisme était, somme toute, un phénomène « extrêmement » marginal…
    Etc…

    Ce qui apparaît nettement : tout cela apparaît coordonné ! Ce ne peut être le fait de coïncidences… Certains redoutent une « résurgence » du catharisme !
    Une info, la vidéo est disponible sur un site ou intervient ….Alain Soral !!! c’est tout dire !!!
    Je pense que des réponses doivent être apportées. On devrait en discuter lors de notre prochaine réunion du 14 octobre prochain.

    Amistat

    Dominique Dhenry, Pdt de Catharisme et Paratge Foix 09

    La réaction qui suit est issue de la page Facebook du Musée du catharisme de Mazamet. Les deux personnes qui interviennent sont bien connues et sont les fondatrices du CIRCAED (collectif co-organisateur du colloque des 25 et 27 octobre prochains).

    Anne Brenon archiviste paléographe, historienne du catharisme, etc. et Pilar Jimenez docteur en histoire (université de Toulouse)

    « À propos des cathares, on a pu constater récemment qu’on joue « habilement » de ambiguïté du mot (cathare) et de la réalité. Que les « hérétiques » dits « cathares » ne (se) soient pas appelés cathares dans le Midi est aujourd’hui admis de tous les historiens. En réalité, si l’usage abusif du nom cathare remonte au XIXe siècle, le voilà aujourdhui utilisé comme prétexte pour affirmer que les « hérétiques » en question ne se sont jamais organisés en communautés, en Eglise – opinion/position défendue par A. Trivallone dans son entretien du 5 octobre à l’Indépendant…
    Pourtant, les sources médiévales témoignent longuement et abondamment du contraire, tant les registres de l’Inquisition que les sources cathares, pardon, les sources provenant des « hérétiques » eux-mêmes. Peut-on balayer leur existence d’un revers de main ?
    Contrairement à cette prise de position infondée, les sources documentant les « hérétiques » dits « cathare » sont nombreuses, riches et diversifiées. Le chantier historien ne peut se situer par rapport au faux problème de l’existence ou non de ces sources, mais porte, restons sérieux, sur leur étude critique. C’est ce à quoi s’emploient les médiévistes internationaux, spécialistes des textes médiévaux, qui viendront du 25 au 27 octobre prochain, à Carcassonne et Mazamet, faire un point actualisé de leur recherche sur les Sources cathares. Nous sommes heureux de vous convier à ces rencontres, librement ouvertes à tous, lieu d’un débat scientifique, constructif – et courtois. »

    Anne Brenon et Pilar Jimenez

    Rencontres cathares

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    Affiche Rencontre cathareC’est Yves Maris, « philosophe cathare », selon l’image que donnait de lui la presse, qui décida d’organiser un rendez-vous des personnes qui se réclamaient du catharisme à l’occasion du week end de Pentecôte en 2009.
    Après son décès, survenu l’été suivant, il fut décidé de reconduire cette initiative annuellement. Cela fut réalisé sans interruption depuis 2009.
    En 2011, une association culturelle fut créée à Carcassonne pour soutenir les actions en vue de la recherche et de la promotion culturelle du catharisme. Naturellement, elle fut chargée de faire vivre les Rencontres cathares.
    Nous avons essayé, tant bien que mal, de conserver la mémoire de ces rendez-vous qui furent cruciaux dans la mise en place de la résurgence du Catharisme médiéval et dans sa connaissance de plus en plus précise.
    Le menu ci-dessous vous permettra de vous replonger dans ces moments intenses.

    Après dix Rencontres, riches et variées, le public a perdu la volonté de participer à une autre édition. Respectueux de ce choix, nous avons donc décidé de tourner cette page de la résurgence cathare. Nous garderons néanmoins toujours une place pour Yves dans notre mémoire.

    Présentation des Rencontres cathares

    Dixième Rencontre cathare : 2018 à Carcassonne. Thème : La Consolation (Consolament) : ses origines, sa justification dans le Christianisme, sa pratique médiévale, sa place dans la résurgence.

    Neuvième Rencontre cathare2017 à Carcassonne – Thème : Le catharisme en Occitanie – Pyrénées, Méditerranée : réalités et perspectives.

    Huitième Rencontre cathare : 2016 à Carcassonne – Thème : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. »

    Septième Rencontre cathare : 2015 à Roquefixade – Thème : La mise en pratique du commandement d’Amour absolu.

    Sixième Rencontre cathare : 2014 à Roquefixade – Thème : La communauté ecclésiale cathare.

    Cinquième Rencontre cathare : 2013 à Roquefixade – Thème : Les croyants dans le Catharisme.

    Quatrième Rencontre cathare : 2012 à Roquefixade – Thème : Origine et filiation du Catharisme ; devenir des croyants et sympathisants après l’Inquisition.

    Troisième Rencontre de la diversité cathare : 2011 à Carcassonne – Thème : Doctrine et pratique.

    Seconde Rencontre de la diversité cathare : 2010 à Roquefixade – Thème : Le pur Amour et les fondements doctrinaux.

    Première rencontre de la diversité cathare : 2009 à Roquefixade – Thème : La résurgence cathare et le Catharisme aujourd’hui.

    Expression

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    Expression

    La communication ne fonctionne pas à sens unique.
    Cet espace vous est ouvert pour exprimer votre rapport au catharisme, que ce soit au plan spirituel, historique, artistique, etc.
    Il y a autant de formes d’expression que d’individus s’exprimant.
    En voici quelques unes :

    Expression artistique

    Christine Lany

    Cette artiste « surréaliste » vous propose, dans son exposition, des œuvres inspirées d’éléments naturels ou architecturaux découverts sur des sites en rapport avec le catharisme. Elle est aussi l’auteure du tableau ayant servi de couverture au livre Catharisme d’aujourd’hui.

    Ermessenda

    Œuvre anonyme, ce poème est dédiée à l’épouse du comte de Foix, jugée et brûlée post mortem pour hérésie.

    Parcours spirituels

    Chacun de nous s’interroge sur la spiritualité, un jour ou l’autre. Cela peut conforter une voie que nous suivons depuis l’enfance ou inciter à explorer d’autres chemins de foi. Parfois, après s’être engagé dans une voie qui nous semblait correspondre à notre spiritualité, nous nous apercevons qu’elle ne nous convient pas et nous en empruntons une autre.
    Ce qui importe est de savoir vers où nous voulons aller.
    Vous trouverez dans ces parcours personnels l’expression de choix anonymes ou assumés, mais surtout, vous pourrez m’adresser un texte présentant le vôtre, qui sera publié à votre guise de façon ouverte ou anonyme.

      AnonymePseudonymeMon nom réel

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