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La fin d’un monde ?

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La fin d’un monde ?

Il est un point que l’on voudrait éviter d’évoquer quand on a choisi de vivre l’essentiel de son temps dans la spiritualité, mais la prégnance mondaine est forte et ne s’en laisse pas compter. En effet, nous sommes soumis à ce monde quand bien même nous aspirons à retrouver notre origine spirituelle éternelle.

En outre nous sommes tous différents. Certains, les mondains, sont totalement voués à ce monde et n’ont aucune idée qu’ils ont une essence spirituelle ce qui les pousse dans tous les travers de la violence mondaine. D’autres, parmi lesquels je place les sympathisants cathares, ont conscience et espèrent en un autre monde, mais ne veulent pas lâcher celui-ci, tant cela leur semble dépasser leurs propres capacités. Les croyants, qu’ils soient cathares ou non, ne veulent pas revenir en arrière et cherchent comment résister à la prégnance mondaine quand le monde devient fou. Enfin, les spirituels comme les consolés, se moquent de cela car leurs choix leur font considérer les conséquences de la violence du monde comme sans importance vu qu’ils sont déjà hors du monde. Ils sont en quelque sorte avantagés par rapport aux trois autres catégories.

Le temps cyclique

Les Grecs considéraient le temps comme cyclique au sens strict du terme, c’est-à-dire qu’un événement du passé se reproduira indéfiniment dans l’avenir. Aujourd’hui nous considérons le temps comme linéaire, quitte à inventer un temps négatif quand l’événement s’est produit antérieurement à la date de référence.

Mais je pense qu’on peut mélanger les deux concepts, non pas en raison d’un état chronologique cosmogonique, mais en raison de la nature humaine qui reproduit sans cesse ses actions antérieures faute de les avoir suffisamment mémorisées, analysées et conceptualisées. Nous en faisons l’expérience sans cesse sans toujours le comprendre.

L’expérience du 20e siècle

Nous vivons des événements en Europe que la plupart ne regardent que par le petit bout de la lorgnette au lieu de les replacer dans un contexte dont nous avons déjà fait l’expérience. Certes, vous me direz à juste titre qu’un événement du passé ne se reproduit jamais exactement de la même façon deux fois de suite, ne serait-ce qu’en raison du fait que les humains changent individuellement et que les motivations elles aussi évoluent.

Pourtant, dans les grandes lignes, nous voyons aujourd’hui un État dont le dirigeant, légitimement élu, est devenu un autocrate et devient maintenant un dictateur dans le sens où il ne se contente pas de manipuler les élections-plébiscites qu’il organise à sa gloire, mais en précise d’avance les résultats précis qu’il veut obtenir. Les dictateurs n’ont que deux manières de prendre le pouvoir aujourd’hui : l’élection démocratique secondairement confisquée et le coup d’État. Nous pouvons citer pour mémoire concernant les élections les cas de Bonaparte et de Hitler et pour le second cas celui de Pinochet et de Franco. Les Romains, quand la situation devenait critique et que les institutions s’avéraient incapables d’y faire face, faisait le choix de désigner un dictateur parmi la population et lui donnaient tout pouvoir pour une période limitée. Une fois sa mission réussie, il retournait à ses affaires antérieures et, en cas d’échec, il restait la roche tarpéienne.

Mais cela ne suffit pas à parler de temps cyclique. Comme je l’ai déjà détaillé précédemment, la seconde guerre mondiale fut précédée d’événements dont nous retrouvons aujourd’hui équivalents troublants. En 1938, l’Allemagne nazie a multiplié les actions visant à réaliser ses objectifs d’annexion : en mars l’invasion et l’annexion de l’Autriche (Anschluss) se fait au motif supposé de mauvais traitements infligés au nationaux-socialistes autrichiens. Ni la France, ni l’Angleterre ne réagissent au-delà de quelques protestations diplomatiques. En 2014, ce sont des motifs similaires qui sont avancés par les Russes pour envahir ces provinces ukrainiennes. En 1938, suite aux troubles qu’elle organise depuis le printemps dans les Sudètes de Tchécoslovaquie, l’Allemagne envahit et annexe cette province avec l’accord de l’Angleterre, de la Russie et de l’Italie mussolinienne et l’abandon de la France qui s’était engagée dans la préservation des frontières tchécoslovaques. La réunion de Munich qui s’est tenue 4 jours plus tôt avec l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et la France, acte cet abandon en l’absence de l’ambassadeur tchécoslovaque qui n’est même pas invité. Cela fait penser à la situation survenue à la chute de l’URSS (1991), dans la région moldave, située sur la rive gauche du Dniestr, auto-proclame son indépendance du reste de la Moldavie, sans qu’aucun autre pays ne la reconnaisse. Seules deux régions de Géorgie (l’Abkhasie et l’Ossétie du Sud Alanie), ainsi que la province à majorité arménienne du Haut Karabagh en Azerbaïdjan reconnaissent cette indépendance. Les révoltes intervenues en Géorgie, indépendante depuis 1991 et en Transnistrie furent largement soutenue sur un plan logistique par la Russie désireuse d’affaiblir ces pays frontaliers. En 1938, l’absence de réaction ferme lors de la conférence de Munich fit dire à Churchill devant le Parlement anglais : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre. Ce moment restera à jamais gravé dans vos cœurs » Ces paroles prophétiques devraient nous inquiéter, car Hitler, loin de se contenter de ces victoires faciles continua en envahissant la Pologne en septembre, sans déclaration de guerre et malgré un accord de non-agression signé au printemps. En Europe, si la France et l’Angleterre déclarèrent la guerre à l’Allemagne, la plupart des autres pays européens se dirent neutres. La France trop tardivement alertée n’arrivera pas à contenir les troupes allemandes et la drôle de guerre se terminera en avril par l’entrée de envahisseurs dans Paris.

Alors, que devons-nous craindre ? L’annexion de la Crimée et des quatre régions situées à l’est du Dniepr (Luhansk, Donetsk, Zaporizhia et Kherson) par la Russie est déjà effective. La Transnistrie demande son rattachement à la Russie et des troubles liés à des actions cyber touchent tous les pays opposés à la Russie. Attendrons-nous l’équivalent de l’invasion de la Pologne pour prendre conscience de la répétition de l’Histoire ?

Vous me direz que ces ressemblances sont uniques et relèvent des habituels conflits inter-Étatiques. En sommes-nous sûrs ?

L’expérience médiévale

Regardons l’Occitanie médiévale.

Une tentative d’émancipation politico-religieuse des populations locales va déboucher sur une guerre de religion qui provoquera une guerre classique dirigée dès 1228 par le roi de France.

Ce mélange politico-religieux crée de fait plusieurs groupes de population :

  • Les croisés, qui agissent autant par intérêt personnel que par conviction religieuse ;
  • Les faydits qui se battent pour leur indépendance des pouvoirs royaux et accessoirement pour une religion qui ne leur impose aucune contrainte ;
  • Les croyants cathares qui doivent à la fois se protéger des dangers qui les menacent eux et leur famille et qui doivent protéger les chrétiens cathares non-violents ;
  • Les chrétiens cathares dont la Règle de vie en fait des proies faciles.

Quand le pouvoir papal agit pour éradiquer une alternative religieuse qui met en danger son pouvoir temporel, la plupart des croisés cherche à effacer ses dettes et acquérir des biens sans avoir à lutter en Terre sainte où le déplacement est aussi coûteux que dangereux depuis que Saladin taille des croupières aux armées croisées.

La situation géopolitique actuelle n’est guère différente. D’un côté nous avons un pouvoir dont la ligne de conduite est le profit et le pillage qui cherche à s’étendre pour augmenter sa population déclinante et acquérir des profits nouveaux. Face à lui des pays se sont organisés pour s’auto-protéger, mais ont démantelé leurs forces militaires pour investir dans le commerce et le confort.

S’en prendre à des pays situés à l’extérieur de cette alliance permet de jauger les forces et les volontés tout en éloignant la menace et en récupérant des moyens supplémentaires.

La question essentielle est d’estimer jusqu’au aller trop loin sans déclencher une réaction tellement puissante qu’elle provoquerait qui serait fatal aux membres du pouvoir russe.

En Occitanie médiévale aussi nous pouvons observer que la première réaction fut de tenter de s’adapter en essayant de se blanchir vis-à-vis de la croisade, ce que réussit Raimond VI mais pas Raimond Roger Trencavel.

Face à la poussée des troupes croisées certains se tinrent à relative distance, quasiment neutres, comme le comte de Foix alors que d’autres y virent une occasion de prendre à leur compte les droits féodaux sur l’Occitanie.

Il va sans dire que les populations, toutes religions confondues, n’avaient aucun intérêt, ni pour les uns, ni pour les autres. Le massacre de Béziers le montre clairement.

Ce que nous impose le monde

Approche générale

La fin des guerres dans les pays développés nous a laissé croire qu’un temps était passé et que la civilisation nous ouvrait d’autres horizons. Cette vision autocentrée était aussi ridicule que géographiquement inexacte. La montée des extrémismes aurait dû nous alerter, mais étions-nous prêts à en tenir compte ?

Même en Europe, comme nous l’avait montré le conflit issu du démembrement de la Yougoslavie, le fait que les pays et les peuples ne sont pas géographiquement superposés, rend tout équilibre impossible. L’illusion d’une paix ou d’armistices, qui n’ont pas respecté les peuples, n’a pas tardée à s’effondrer avec les Bosniaques et les Serbes. Espérer qu’un accord entre la Russie et les anciens satellites soviétiques allait réussir sans mesure de sécurité était tout aussi illusoire.

Peu importe les motivations, seuls les intérêts personnels assurent la cohésion des groupes. Que cet intérêt soit religieux, ethnique ou vénal, tant que ceux qui le partagent se sentent unis par quelque chose qui les dépasse, ils seront impossibles à dissocier, que ce soit par un régime politique ou une frontière.

Mais quand on est attiré par une croyance spirituelle, qui n’a pas pour objet de dominer le monde, comment faire pour supporter les crises et les soubresauts que déclenchent les autres groupes ?

Les sympathisants

Les sympathisants effleurent à peine la spiritualité, mais cela leur permet cependant de comprendre que certains impératifs de notre société ne sont pas les bons : la violence légitime et le pouvoir. Au quotidien, ils se construisent une morale qui met en avant les éléments positifs, mais ne s’interdisent pas d’agir de façon mondaine s’ils considèrent que leurs intérêts fondamentaux sont en jeu. La protection de leur mode de vie fait généralement partie de ces fondamentaux ce qui fait qu’en cas de nécessité ils peuvent être amenés, à regret, à prendre les armes pour la défendre.

Les croyants

Pour les croyants, notamment cathares, la foi et l’espérance qu’elle porte priment sur bien des impératifs et des priorités de ce monde. Leurs engagements pris ici-bas les amènent à agir dans le cadre mondain même s’ils savent que la vérité est ailleurs. Pour éviter de devoir s’opposer frontalement, comme le font les objecteurs de consciences qui agissent par engagement politique, ils vont tout faire pour agir dans un domaine où ils n’auront pas à porter les armes, mais où ils pourront aider ceux qui le font et soulager les souffrances.

Les spirituels

Par la force des choses, les consolés cathares sont souvent plus âgés que la moyenne de la population. En outre, leur forte implication spirituelle les amène à considérer qu’aucun des malheurs susceptibles de se produire dans ce monde n’a d’importance à leurs yeux parce qu’ils savent qu’ils sont inévitables dans un monde dominé par le Mal et que leur aspiration à le quitter ne peut en aucune façon les empêcher de subir la violence qu’on pourrait leur infliger. Certains s’étonnaient que les cathares se rendant au bûcher chantaient, pensant qu’ils le faisaient pour se donner du courage. Il n’en est rien ; s’ils chantaient c’est tout simplement parce qu’ils n’étaient déjà plus de ce monde.

La fin d’un monde ?

Il ne faut pas croire que notre monde est le monde et encore moins que son devenir peut avoir une influence sur celui de l’Univers. La fin du monde interviendra quand toutes les parcelles de Bien prisonnières ici-bas se seront éveillées et auront rejoint l’Esprit unique.

Aussi les soubresauts actuels, s’ils devaient atteindre un point de non-retour, pourraient signer la fin de notre monde qu’on le considère sur le plan moral et politique ou qu’on le considère sur le plan géographique. Par contre, le monde — les mondes devrais-je dire —, continueront bien après nous, car le temps au sens où ne le considérons s’il nous semble extrêmement long, représente moins qu’une goutte dans l’océan si on le considère à l’aune de l’éternité.

Guilhem de Carcassonne

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