Archives de catégorie : Vivre le catharisme au quotidien

Le miroir aux alouettes

Le monde du virtuel

Réussir sans effort

Notre monde est sans cesse mû par un désir de fuite en avant, persuadé qu’il est qu’il faut tout vivre tout de suite et que la patience est une perte de temps. Dans cet esprit, l’idée même d’un apprentissage est considérée comme obsolète et il n’est pas surprenant que les activités demandant justement de longs apprentissages soient dévalorisées.

Qui aujourd’hui serait prêt à consacrer des années à apprendre à confectionner et réparer un instrument de musique ? Qui voudrait mettre sa vie entre parenthèse le temps d’acquérir les compétences liées à une formation de médecin, de pilote de ligne, de souffleur de verre, de compagnon charpentier ? Personne, ou presque plus personne. Aujourd’hui ce qui est valorisé c’est la réalisation immédiate, l’accomplissement sans effort, la réussite liée au hasard et non à la compétence. Je ne sais pas réaliser un objet complexe, qu’importe, une imprimante 3 D le fera à ma place. Je n’ai pas envie de consacrer ma vie à bâtir une situation sociale, qu’importe, un ticket de Loto® m’apportera immédiatement la possibilité de réaliser mes rêves.

Mais quand les compétences s’avèrent néanmoins nécessaires et qu’elles sont liées à un apprentissage considéré comme fastidieux, il reste encore l’option du virtuel. Faire semblant d’être un golfeur d’exception grâce à un logiciel complaisant, faire semblant de savoir piloter un avion grâce à un simulateur qui me leurre pour mieux me satisfaire. Et vous vous en doutez, si je vous parle ainsi c’est que ces comportements sont également visibles dans le domaine de la spiritualité.

La réalité et la fiction

De tous temps il s’est trouvé des personnes pour simuler des situations afin de nous faire passer un message ou pour nous permettre de vivre par procuration des situations passées ou rêvées. Ces personnes, les comédiens, étaient considérées comme faisant l’apologie du mensonge et c’est pourquoi pendant de nombreuses années elles furent dévalorisées par les autorités. Cependant, à cette époque les gens savaient très bien différencier le réel et l’illusion, même si certains menteurs particulièrement adroits arrivaient encore à faire douter de la frontière existant entre ces deux mondes. Les prestidigitateurs, les alchimistes, étaient à la frontières et pouvaient tromper efficacement les foules. Cela expliquait qu’ils étaient également souvent pourchassés.

Malheureusement, de nos jours, la frontière entre réalité et fiction tend à s’atténuer. Georges Méliès, les frères Lumière, Orson Welles quand il raconta l’invasion extraterrestre issue du roman de H. W. Wells, réussirent l’exploit de donner à la fiction une telle consistance que leur public la confondit avec la réalité. Et souvent, cela fut l’occasion de problèmes, voire de drames. De nos jours, la chasse virtuelle de personnages de fiction provoque des accidents réels par le manque d’attention des piétons pris dans leur jeu qui oublient qu’ils se déplacent dans un univers réel et risqué. Des personnes sensibles ou immatures n’arrivent plus à s’extraire de leur monde virtuel et commettent des actes dangereux voire criminels, confondant réalité et fiction.

Ce que révèle tout cela c’est que notre impatience nous fait croire qu’il est nécessaire pour exister de pouvoir vivre plusieurs vies simultanément. Au lieu d’une vie correctement menée, nous essayons d’en vivre mal plusieurs. Pourtant, notre espérance de vie devrait nous donner à penser que nous avons la chance de pouvoir mener à bien, voire de façon plus approfondie, une vie que nos prédécesseurs ont réussi à mener de façon correcte dans les contraintes de leur temps.

Vivre dans le réel

Le monde de la foi

La spiritualité a ceci de spécifique qu’elle n’est pas sensible à l’illusion car elle ne requiert pas le truchement sensoriel pour s’exprimer. Une foi sincère et profonde n’a pas besoin d’artifices et, au contraire, le recours à des faux semblants est la marque d’une foi incomplète. Mais pour atteindre une foi de qualité il faut du temps et de la patience. En effet, notre esprit est tellement bien engoncé dans la matière, tellement éloigné de ses origines spirituelles, qu’il faut un lent et patient travail pour le ramener à sa vie réelle, comme on le fait d’une personnes en hypothermie que l’on réchauffe doucement du cœur vers la périphérie, alors qu’un réchauffement brutal de la périphérie vers le cœur provoquerait sa mot inéluctable.

La foi est un long processus que rien ni personne ne peut forcer ou travestir. S’illusionner sur sa foi c’est s’interdire de l’atteindre. La mimer et la feindre c’est la rendre inaccessible. Prétendre l’avoir atteinte c’est s’enfoncer sur le chemin, pavé de bonnes intentions, qui mène en enfer. Car, ce n’est pas par malice que l’on commet ces erreurs. Souvent c’est dans une intention louable et dans l’espoir d’accélérer un peu les choses que l’on essaie de se convaincre que telle ou telle façon de faire est un bon moyen d’atteindre la foi.

L’Église catholique a institutionnalisé, en quelque sorte, ce genre de comportement. On en a vu et on en voit encore régulièrement le résultat. La mise en place de rituels et de sacrements mal adaptés conduit l’adepte à se croire ce qu’il n’est pas et à agir à contretemps voire à l’opposé de ce qu’il devrait pour progresser.

Les comportements mortifères

En donnant le baptême à un enfant, sous couvert d’un engagement de vie professé par son parrain et sa marraine, alors qu’il est incapable de le faire et d’en comprendre la portée, fait de lui un faux Chrétien dans le but de l’intégrer à une communauté avant qu’il ait eu le temps de réfléchir à ses propres choix. Jalonner sa vie de rituels vides de sens, de prétendus enseignements qui sont autant de bourrage de crâne et de sacrements qui ne sont que des comédies, fait de lui un adepte du mensonge qui se persuade peu à peu qu’il suffit de peu pour compenser une vie très imparfaite. Certains, et je pense notamment aux criminels de la Mafia, ont poussé le concept dans ses limites en croyant qu’il suffisait de quelques donations et d’une piété de façade pour compenser l’effet de leurs crimes sur leur évolution spirituelle.

Mais sans aller aussi loin, comprenons qu’il est aussi grave d’agir impétueusement et impatiemment dans le domaine de la foi pour nous qui rêvons d’être des croyants cathares, voire des Bons-Chrétiens. Certes, au royaume des aveugles les borgnes sont rois nous dit le proverbe. Il est donc facile, même de bonne foi, de se croire parvenu à un stade avancé sur le simple témoignage de personnes ignorantes ou débutantes. Cela m’arrive régulièrement dans bien des domaines. Ainsi, il me suffit de discuter cinq minutes avec quelqu’un en lui expliquant les toutes premières bases de l’histoire médiévale pour qu’elle me demande si je ne suis pas enseignant en histoire ou, à tout le moins, guide touristique. Il me faut alors systématiquement répondre que non car ces professions demandent des compétences et une formation que je n’ai pas et que j’aurais été bien incapable d’acquérir. De la même façon, il m’est aussi arrivé d’entendre dire que j’étais déjà un Bon-Chrétien simplement parce qu’ayant un peu plus étudié le sujet que la plupart, je dispose d’un vernis de compétence qui oublie certains de ceux qui n’en ont aucune.

De la même façon que nous savons qu’il est dangereux de prendre les commandes d’un avion avec pour seul bagage quelques heures passées sur un logiciel de simulation de pilotage, nous devons comprendre qu’il ne suffit pas de simuler un état de Bon-Chrétien pour en être un. Faire cela est non seulement mortifère pour celui qui s’y risquerait, mais aussi pour ceux qui le suivraient en se persuadant de sa valeur. Les comédiens dont je parlais précédemment savent parfaitement qu’ils ne sont pas réellement le personnage qu’ils incarnent et leur public le sait également. Mais si l’on vous convainc de la validité d’un placement financier mirobolant, le résultat sera votre ruine. De même quand un gourou — qu’il soit convaincu lui-même de sa position spirituelle — vous entraîne à sa suite, c’est votre ruine spirituelle qu’il provoque.

L’apprentissage du Catharisme

Le Catharisme est un Christianisme qui, par sa résurgence moderne présente l’avantage de n’avoir quasiment pas subi cette lente évolution du factice dans le monde réel. Il nous revient donc de ne pas l’y introduire aujourd’hui par nos comportements.

Si l’on est désireux d’approfondir cette spiritualité il faut renoncer aux comportements mondains de notre époque et accepter d’en revenir à des pratiques plus saines que beaucoup ont oubliées. La patience est la vertu cardinale de celui qui veut comprendre le Catharisme, même s’il sent en lui l’appel de la foi. En effet, la foi cathare n’est pas bâtie sur du sable. Elle nécessite une connaissance qui ne peut s’acquérir que par un effort d’étude sérieux et prononcé.

Une fois que la connaissance est là, il faut s’interroger sur ce qu’elle nous révèle en nous. Considère-t-on le Catharisme comme un passionnant sujet d’histoire ou bien cette doctrine et cette philosophie répondent-elles en notre moi intérieur à un questionnement existentiel profond ? Dans ce dernier cas, les propositions du Catharisme fournissent-elles la réponse évidente, logique et seule spirituellement acceptable ? Si oui, on entre dans la famille des croyants et l’on va alors cheminer pour accomplir ce que notre foi nous impose, tenter de devenir en cette vie des Bons-Chrétiens afin qu’au seuil de la mort physique nous soyons en mesure d’espérer la grâce divine et le salut pour notre esprit saint prisonnier.

Il va sans dire qu’un tel cheminement demande beaucoup de travail et de temps. Il faut apprendre les deux choses les plus difficiles pour un individu de notre époque : l’humilité et l’obéissance. L’humilité nous permet de faire preuve de patience et de progresser au rythme nécessaire à un approfondissement correct de notre foi. L’obéissance permet de comprendre que nos prédécesseurs dans ce cheminement ont acquis des compétences que nous n’avons pas encore et que c’est à cause de cette immaturité spirituelle que nous avons tendance à vouloir sans cesse considérer que nos convictions sont de meilleure qualité que leurs enseignements. Ainsi, nous pourrons progresser, lentement sans aucun doute mais plus sûrement, et atteindre un jour le même avancement qu’ils atteignirent en leur temps, afin de pouvoir en finir avec les transmigrations qui nous maintiennent encore prisonniers de l’enfer de ce monde.

Le Catharisme est un long apprentissage qui demande un investissement permanent et une pratique prudente. Il ne suffit pas de quelques journées consacrées à ce sujet pour en acquérir la connaissance nécessaire, tout comme on ne peut pas mimer le Catharisme sans remettre gravement en question l’espoir de le vivre pleinement.

Chacun de nous progresse à son rythme et, comme me le rappelait un ami très cher, il peut être comparé à une échelle où chacun se trouve sur le barreau correspondant à son niveau d’avancement. Croire qu’un autre peut vous hisser à son niveau serait une erreur. Faire comme si l’on était déjà en haut de l’échelle serait une faute. Se hâter dans l’espoir de la gravir plus vite provoquerait la chute. Nous devons gravir les échelons, un à un, à notre rythme et selon nos capacités du moment et nous abstenir de croire que ceux qui sont montés avant nous étaient rétrogrades et incompétents quand ils nous ont laissé leur mode d’emploi de l’échelle. Ce n’est pas non plus en faisant semblant de la gravir que nous y parviendrons dans la vraie vie et si l’on dit qu’un barreau est vermoulu, ce n’est pas en affectant de ne pas le croire que nous réussirons.

Réussir dans sa voie

J’en terminerai en vous disant qu’après près d’un an consacré exclusivement à mon propre avancement, je me rends compte combien il est difficile de progresser efficacement dans cette voie. J’ai conscience de n’avoir fait qu’un tout petit pas et je me rends compte à quel point j’ai pu m’illusionner dans le passé sur ma capacité à avancer dans ma foi. Aujourd’hui, après quarante semaines de travail, de pratique rituelle respectueuse des indications des Bons-Chrétiens médiévaux, après de nombreux échanges avec les uns et les autres, je commence à peine à entrevoir l’orée du chemin qu’il me reste à parcourir. Nul doute que ma route sera encore longue avant de pouvoir espérer passer un cap de plus. Mais en fait, j’ai appris qu’il ne faut pas agir dans l’espoir d’être mais agir pour mettre sa vie réelle en accord avec sa foi et avec les prescriptions de Christ. Les Bons-Chrétiens les ont développées pour les adapter à notre mondanité et s’il nous demandent de faire ceci ou, au contraire, de ne pas faire cela, ce n’est pas par lubie mais pour nous aider à mieux canaliser nos pulsions mondaines pour avancer efficacement. L’habit ne fait pas le moine, et s’il suffisait de pratiquer tel rituel ou de se donner telle apparence pour être ce que l’on veut être, il y a longtemps que nous serions tous aptes à rejoindre notre espace originel. Ce n’est pas le cas. Aussi devons-nous agir autrement et retrouver l’humilité et la patience qui nous font si cruellement défaut.

Être un Chrétien cathare aujourd’hui

Qu’est-ce qu’un Chrétien cathare ?

J’avais traité, voici quelques années, le cas du croyant cathare afin d’en expliquer les particularités. Maintenant que j’ai bouclé les trois-quarts de ma première année de noviciat, malgré mon évidente limitation spirituelle, je voudrais réfléchir à « haute voix » sur la sujet du Chrétien cathare, c’est-à-dire celui qui est revêtu, qui a donc reçu la Consolation du Saint Esprit Paraclet.
Certes, nous avons la mémoire de ceux qui s’appelaient ainsi, ou à peu près, au Moyen Âge. Mais ils étaient des éléments d’une lignée très ancienne dont l’étude ne permettait pas d’identifier avec précision l’élément princeps et, qui sait, l’existence éventuelle d’un chaînon manquant.
En outre, je m’interrogeais sur d’apparentes contradictions. Si l’on admet ce qui était considéré à l’époque, à savoir qu’un Bon-Chrétien — pour reprendre la terminologie des croyants de l’époque — avait l’entendement du Bien, avait reçu l’onction du Saint Esprit et cheminait désormais dans les pas de Christ, comment expliquer la très mauvais opinions qu’ils manifestaient d’eux-mêmes et certains revirements profonds ou certaines attitudes contraires à leur foi ?
C’est pourquoi il me semble important de partager ces réflexions et de présenter ma compréhension de ce statut particulier et si rare.

Statut divin et statut mondain

On a très peu d’explications en provenance des Bons-Chrétiens sur ce qu’ils pensaient être et sur la façon dont ils le sont devenus. La plupart du temps ce sont les croyants qui en parlent et l’on sent bien que leur admiration confinait parfois avec la dévotion, pour ne pas dire l’idolâtrie. En effet, quand on dispose d’une figure déifiée, comme c’était parfois le cas, on se sent privilégié. Je pense notamment à cette femme qui gardait dans son coffre un bout de pain plus que rassis parce qu’il avait été béni autrefois par un Bon-Chrétien, on comprend bien qu’on approche des limites de la foi.
Pourtant, et le rituel de l’Amélioration l’atteste, le Bon-Chrétien est considéré comme une sorte d’intermédiaire entre le croyant et le Saint Esprit Paraclet. Il y a donc quelque chose de divin chez celui qui par ailleurs s’astreint à mener une vie mondaine en parallèle. C’est une particularité du Catharisme cette obligation de mener de front une vie régulière, dans une sorte de clôture moniale, et une vie séculière dans un monde forcément très éloigné des préoccupations majeures de ces hommes et femmes. Et cela m’amène à m’interroger sur le premier point qui m’interpelle, à savoir comment les Bons-Chrétiens se jugeaient-ils eux mêmes ?

Se reconnaître pécheur

Si les Chrétiens cathares insistaient pour vivre au plus près du peuple c’est parce qu’ils ne se voyaient absolument pas comme des êtres exceptionnels. Notre époque en témoigne peut-être encore plus que la leur, ce qui mine notre spiritualité et qui enferme encore plus sûrement notre esprit dans sa gangue de chair c’est la vanité ! Nous sommes incroyablement vaniteux, imbus de nous mêmes, persuadés d’être au-dessus du lot commun, choisis voire présélectionnés pour un destin hors normes. Et cela, même si son expression est plus faible, presque imperceptible, est notre point commun à tous. Dès lors, il est facile de comprendre que nous soyons enclins à parer de toutes les vertus ceux qui sortent apparemment du lot.
Les Chrétiens cathares avaient la certitude d’être des pécheurs. Ils disaient même à l’envi qu’ils étaient plus pécheurs que les autres, croyants y compris, parce qu’ils avaient l’entendement du Bien. Et oui, comme nous l’apprend le dicton : « Un homme averti en vaut deux ! ». Celui qui sait qu’elle devrait être la voie à suivre est plus coupable de ne pas la suivre que celui qui erre sans but. Si les Chrétiens cathares avaient changé de statut en recevant l’imposition des mains, s’ils étaient devenus ces fameux « parfaits » dont on nous rebat les oreilles régulièrement, s’ils avaient quitté la route commune pour emprunter un chemin, certes plus difficile, mais surtout détaché du nôtre, pourquoi faisaient-ils amende honorable tous les mois devant leur diacre à l’occasion de leur Service ?
C’est bien parce qu’ils savaient qu’ils continuaient à pécher comme les autres, qu’ils trimaient sur la même voie et qu’ils étaient terriblement imparfaits. Mais, ils avaient fait un pas de plus, celui de le reconnaître et d’en être persuadés, sans fausse modestie et en pleine conscience, comme on dirait aujourd’hui. Ils avaient fait régresser leur vanité au point de l’empêcher de masque à leurs yeux leur véritable nature de pécheurs impénitents.

Les funambules de la Vérité

Admettons ! Les Chrétiens cathares étaient conscient de leur état de pécheurs mais, quand même, ils étaient bien différents des autres puisqu’ils étaient capables de mener une vie dont personne n’aurait voulu et d’aller jusqu’au bûcher plutôt que de renier leur foi. En sommes-nous si certains ?
Si la Consolation conférait un tel statut, comment expliquer que certains d’entre eux aient choisi — en dehors de toute violence ou souffrance — de renoncer et de retourner dans le monde, ou pire encore, de prendre la voie opposée des persécuteurs, comme le fit Rainier Sacconi ? En effet, le changement de statut s’accorde mal avec de tels revirements. Celui qui est intronisé médecin ne peut pas perdre ses compétences sans événement extérieur extraordinaire. Si le statut de Chrétien conférait à un Cathare une position stable et durable, aucun d’entre eux n’aurait choisi de retourner dans le monde comme celui qui quitta sa maison cathare pour aller combattre les croisés avant de revenir faire un nouveau noviciat, une fois la bataille perdue. Aucun d’entre eux n’aurait renié sa foi au point de devenir un fer de lance du camp adverse et de critiquer, parfois jusqu’au mensonge le plus éhonté, ceux qui furent ses frères auparavant.
La seule explication à tout cela est qu’il n’y a pas de position stable en Christianisme. Devenir Chrétien cathare c’est quitter le plancher des vaches pour monter sur un fil tendu au-dessus du monde et choisir de l’arpenter, en déséquilibre permanent, parce que l’on est persuadé qu’il est le seul moyen d’accéder un jour à la Vérité. Et cela explique qu’il arrive de tomber, poussé par d’autres, comme ce fut le cas de ceux qui hâtèrent leur mort afin d’échapper aux souffrances qu’on leur faisait endurer, ou de leur propre fait comme ceux qui retournèrent leur veste mal ajustée et qui, pour certains, devinrent les tortionnaires de leurs anciens coreligionnaires, comme Conrad de Marbourg dont la brutalité écœura jusqu’au Vatican.
Je reprends un instant ici l’image du film Matrix®, dont je vous ai souvent parlé. Il y a un personnage, Cypher, qui a rejoint Morphéus, le pilote du vaisseau rebelle et qui va le trahir, allant jusqu’à provoquer la mort de quatre de ses compagnons. Il le fait par dépit, déçu de ne plus voir en Morphéus l’être exceptionnel qu’il s’était forgé dans son imagination, et désireux de revenir à une vie plus confortable quand bien même il la sait fausse. il demande même à voir sa mémoire effacée pour ne plus risquer de souffrir de son choix. C’est une bonne image de ces Chrétiens cathares qui ont fait le choix de changer d’orientation, au prix d’une trahison mortelle le plus souvent, afin de casser ce qu’ils avaient peut-être trop idéalisé, mais ce qu’ils voient désormais comme un obstacle à leur désir de vivre. Car la mondanité à ceci de terrible, qu’elle nous insuffle un désir de vivre qui peut nous pousser aux pires extrémités.

Le Chrétien cathare à proprement parler

Alors, maintenant que nous avons un peu déboulonné la statue idéale du Bon-Chrétien, que nous reste-t-il à dire ? Peut-être devons-nous nous interroger sur ce qu’est en définitive un Chrétien cathare, sur ce qui permet de l’identifier, sur ce qu’il pense de lui-même, sur ce que peut lui conférer une Consolation, quelle que soit la manière dont il l’ait reçue et voir si cela est conforme à ce que les textes chrétiens nous apprennent.

Un croyant amélioré ?

Et si le Chrétien cathare n’était rien d’autre qu’un croyant plus avancé que les autres ; un croyant maîtrisant mieux son sujet et donc plus apte à servir les autres ? Un serviteur un peu moins inutile que celui des évangiles. En choisissant la voie difficile du funambule de la foi, le Chrétien cathare ne se hausse pas de lui même mais il se met en difficulté pour essayer de pousser plus loin son cheminement. Il a conscience que plus il reste dans la mondanité permanente, plus il lui sera impossible de faire émerger sa part divine prisonnière.
Donc, il choisit de pousser l’expérience plus loin en devenant novice. Là, à son rythme, car il ne peut y avoir de standard tant nous sommes tous différents, il va progresser en profitant des temps de vie régulière qui le mettent à l’écart des agressions du monde. Mais, comme il n’est pas dupe de cet artifice, il n’en fait pas son unique mode de vie. En revenant régulièrement dans la vie mondaine, il reconnaît sa véritable nature en cette incarnation qui nous contraint. Ainsi, il combat plus efficacement sa vanité que s’il demeurait en clôture moniale au point de finir par croire que le Mal ne peut l’y atteindre.
Ce qui le différencie le plus sûrement des autres croyants, demeurés dans la vie mondaine, ce n’est pas ce qu’il pense avoir acquis — il n’en a pas une conscience aiguë, enfermé qu’il est dans sa démarche — mais ce que les autres lui renvoient comme image de lui même. Ce sont eux qui le voient changer, s’améliorer, s’affiner dans sa compréhension spirituelle et qui peuvent apprécier la qualité de ses pratiques rituelles. Il s’est clairement amélioré vis-à-vis des autres croyants et quand cette amélioration sera considérée par les autres croyants, ou par d’autres Bons-Chrétiens s’il en a autour de lui, comme acquise, ce sont eux qui lui diront voir devant eux un nouveau Chrétien cathare.

Un pécheur conscient

Mais, même revêtu de cette nouvelle appellation, qu’elle ait été manifestée ou non par le sacrement ritualisé de la Consolation, il sait très bien qu’il n’est qu’un croyant comme un autre. Au contraire, la connaissance acquise du Bien et Mal lui fait plus durement sentir à quel point il ne fait pas le Bien qu’il voudrait alors qu’il fait le mal qu’il ne veut pas, comme disait Paul.
Cette conscience affinée de son état peut l’aider à approfondir son cheminement en renforçant son humilité et en abaissant sa vanité. C’est en cela que l’on comprend combien l’humilité est un élément fondamental de la doctrine cathare. Car, si le nouveau Bon-Chrétien se laisse distraire par cette nouvelle reconnaissance, il risque — comme le funambule — de perdre son équilibre et de chuter. La vanité prendra alors le dessus, l’humilité sera vécue comme une faiblesse et bientôt la certitude d’avoir tout compris et d’être capable de remettre en cause les enseignements anciens le poussera à dériver dans sa foi et dans sa pratique jusqu’à le faire tomber plus bas qu’il n’était parti.
Il est facile de comprendre désormais qu’une reconnaissance trop précoce ou qu’ne mauvaise maîtrise de l’état de Bon-Chrétien sont pires que la situation antérieure de croyant cathare vivant exclusivement dans le monde. Rainier Saconni et bien d’autres de son époque en ont fait l’amère expérience. Aujourd’hui encore, nous ne sommes pas à l’abri car l’absence de Chrétiens cathares avérés et durablement éprouvés met en danger celles et ceux qui essaient d’avancer et qui par vanité personnelle ou par reconnaissance indue de la part des autres, se croient arrivés au bout du chemin alors qu’ils sont en fait en train de le quitter sans s’en apercevoir. Ce qui importe ce n’est pas seulement d’être humble face à ceux qui vous disent que vous êtes à leur yeux un Bon-Chrétien, c’est d’être capable de se dire en soi et en permanence que l’on est un pécheur, comme le faisait l’esclave monté sur le char du triomphe qui — portant la couronne de laurier — murmurait à l’oreille du général triomphant : « Rappelle-toi que tu n’es qu’un homme ».
Prêter une oreille complaisante aux flatteries, même sincères, des autres est aussi dangereux que se gonfler personnellement d’une fausse gloire.

Et la Consolation alors ?

On peut légitimement s’interroger de l’intérêt qu’il pourrait y avoir à maintenir le sacrement de la Consolation au vu de ce que je viens de dire. En effet, quel besoin ou pire, quelle nécessité de formaliser ainsi un statut qui en fait n’existe pas vraiment et dont l’officialisation fait courir un risque à celui qui la reçoit ?
Comme souvent avec les sacrements, et le judéo-christianisme nous en apporte la démonstration flagrante, ils sont plus souvent destinés aux spectateurs qu’ils ne s’adressent en fait aux récipiendaires. Et dans ce dernier cas, c’est davantage une flatterie, une récompense, qu’une annonce statutaire. Bien entendu le summum du ridicule en la matière est le baptême catholique. Comment le nouveau-né que l’on baptise pourrait-il être concerné par le sacrement qu’on lui inflige ? Et je dis bien inflige car il est rare qu’il ne s’insurge pas du mauvais traitement qu’il doit subir dans un bâtiment souvent froid à coup d’onction d’huile et d’arrosage d’eau froide. Les sacrements sont en fait un moyen de maintenir soudée une communauté qui, sans ces rendez-vous réguliers, risquerait de voir ses convictions s’amoindrir.
La Consolation, telle qu’elle était pratiquée à l’époque médiévale notamment, était une manifestation publique destinée à présenter à la foule une personne choisie par les Chrétiens cathares qui apportaient ainsi la double information, au public autorisé, de la perduration d’une structure ecclésiale d’une part et de la disponibilité pour les croyants d’un nouveau membre du groupe chargé de les servir.
Si le récipiendaire avait été correctement choisi, ce n’est pas lui qui pouvait se sentir grandi par cette célébration, car son humilité lui faisait forcément ressentir que cette désignation était sans doute exagérée par rapport à ses propres mérites.
Pour autant, la Consolation aujourd’hui ne serait pas sans valeur. Les hommes sont les mêmes et leurs attentes également. Voir Consolé un nouveau Bon-Chrétien, après des siècles d’absence, mettra du baume au cœur des croyants. Par contre, la Consolation n’a rien d’obligatoire car la reconnaissance de l’avancement d’un croyant et son acceptation de son nouveau rôle au service de la communauté peuvent se faire en toute simplicité. La Consolation reste un sacrement marquant une évolution de statut et c’est bien pour cela qu’elle était renouvelée régulièrement au cours de la vie des Bons-Chrétiens, notamment lors de l’accession à de nouvelles fonctions comme diacre ou évêque.

Ce qui vient d’être expliqué est-il légitime ?

Est-ce que ce que je viens de dire, et qui semble aller à contre courant de ce que pensent de nombreuses Églises chrétiennes, est légitime au vu de ce que nous avons comme trace de la parole de Christ ?
Paul le dit lui même il n’a quasiment jamais circoncis quiconque et, me semble-t-il, n’a jamais immergé personne. Par ailleurs, il a souvent imposé les mains. D’ailleurs on retrouve dans l’imposition des mains toutes proportions gardées, une pratique comparable à l’adoubement du chevalier.
En fait, dans les évangiles, on trouve l’idée que Jésus dit aux disciples qu’il leur donne la permission d’agir en son nom et qu’il validera leur choix. Certes, on peut penser que les textes sont un peu adaptés aux intérêts de ceux qui les ont écrits. Mais on retrouve là cette notion d’intermédiaire si souvent reconnue dans le statut du Bon-Chrétien.
Donc, la Consolation marquerait le passage d’un statut de pratiquant à un statut d’intermédiaire, non pas direct, mais par procuration. C’est en cela qu’il est aussi utile de manifester aux yeux du peuple croyant qui sont les intermédiaires possibles à qui l’on peut s’adresser.
Est-il légitime de conférer une Consolation à quelqu’un dont je viens de dire qu’il était autant, sinon plus, pécheur que les autres ? Si l’on voit ce qui nous est dit dans le Nouveau Testament, les disciples n’étaient pas exempts de fautes et de péché. Et il s’en faut de beaucoup ! Pourtant, ils ont bien reçu la première Consolation de l’histoire juste après l’ascension de Christ. Donc, les pécheurs du moyen Âge étaient aussi légitimes qu’eux et ceux de notre siècle ne le seront pas moins.

Je voudrais terminer sur une note un peu moins pessimiste que ce que vous avez pu ressentir de mon trop long discours.
Il ne faut certes pas se faire une idée trop élevée du statut de Chrétien cathare et l’idéaliser au point de mettre en danger ceux que nous aurons désignés comme tels. Il ne faut pas se précipiter à en désigner dans l’espoir d’avoir enfin un serviteur à notre disposition. Il ne faut pas conforter trop chaleureusement ceux qui voudrais apparaître comme Consolés sans avoir pris le temps de nous assurer de leurs qualités réelles. L’émergence de Bons-Chrétiens aujourd’hui sera, dans un premier temps, avant tout un danger pour la communauté cathare. Le risque de se laisser illusionner en voyant tel ou telle pratiquer des rituels, dont la tenue est réservée aux Bons-Chrétiens, est grand et peut faire prendre un grand retard à la résurgence cathare véritable.
Soyons patients, et nous verrons comment les novices avanceront et c’est seulement dans le suivi d’une pratique rigoureuse et respectueuse de nos anciens que nous pourrons faire émerger un groupe conforme à l’idée qu’ils nous ont léguée de ce que doit être une Chrétien cathare d’aujourd’hui.

Le travail et le Cathare

L’activité mondaine et le Catharisme

L’étude des textes et des témoignages est sans ambiguïté sur ce sujet : les Bons-Chrétiens travaillaient pour gagner leur vie et ce en toutes circonstances. C’est une différence non négligeable avec les Catholiques qui admettaient, en raison de la classification sociale médiévale notamment, que ceux qui avaient la charge de prier pour le salut de tous, pouvaient éventuellement bénéficier de la charité de tous. En effet, le travail était de la responsabilité de la classe laborieuse (laboratores), alors que les nobles étaient en charge de la protection physique de tous au moyen des armes (bellatores) et que le salut des âmes relevait de la classe religieuse (oratores).
Certes, une partie du clergé, y compris dans les monastères menait des activités laborieuses, matérielles ou intellectuelles, en plus de leur activité spirituelle. Mais, la contemplation était acceptée comme seule activité, ce qui obligeait donc la population environnante à pratiquer la charité envers ces moines. Aujourd’hui on retrouve ce principe dans le Bouddhisme notamment dont les moines mendient chaque jour leur nourriture.
Les Cathares voyaient les choses autrement. Ils considéraient qu’une activité mondaine était indispensable pour assurer la subsistance du corps. Pensaient-ils que la mendicité active était mauvaise ? On peut le croire, même si dans les temps les plus durs, certains en bénéficieront de façon passive. Je voudrais essayer d’étudier ce point et de voir comment le concept de travail peut s’articuler avec les particularités de notre monde moderne dont plusieurs spécificités n’existaient pas au Moyen Âge.

Concept de travail mondain

Je différencie volontairement le travail, que j’appelle mondain, du travail spirituel, car je crois que l’activité strictement moniale est un travail, même s’il ne produit pas de richesse palpable. Le travail mondain est de deux natures qui s’entremêlent la plupart du temps : la pratique matérielle liée à une gestuelle et la pratique intellectuelle liée à une réflexion.
Au Moyen Âge certains Cathares étaient d’anciens intellectuels (médecins, notaires, etc.) et nous savons que d’aucuns purent conserver cette activité même après avoir été consolés. Certes, Pèire Autié n’a pu demeurer notaire, car cette activité était intenable vis-à-vis des pouvoirs locaux et royaux, mais un médecin est attesté dans les rangs des Cathares, ce qui démontre que l’activité intellectuelle n’était ni valorisée ni dévalorisée à l’époque.
Pour autant, la plupart des Bons-Chrétiens étaient des travailleurs manuels, soit parce qu’il s’agissait d’activités dont l’apprentissage pouvait se faire rapidement, notamment pour celles et ceux qui venaient des classes nobiliaires et qui donc n’avaient pas l’habitude de travailler, et pour ceux qui devaient abandonner un ancien métier qui les aurait mis en danger. En outre, le travail manuel constituait l’énorme majorité des activités humaines d’une époque où l’accès à l’éducation était extrêmement restreint et où l’économie vivrière des États nécessitait une production de biens de consommation directe importante.
Aujourd’hui les choses ont bien changé. L’économie mondialisée a provoqué un changement complet de paradigme. Produire pour sa consommation n’est plus considéré comme nécessaire et l’on voit apparaître des sectorisations qui dépassent les pays en créant des zones industrieuses à faible coût de revient et des zones de consommation effrénée qui créent, elles aussi, des catégories de pauvres faute d’emploi le plus souvent.
L’éloignement des possibilités de production directe fait que nous sommes le plus souvent amenés à acheter les biens que d’autres ont produits, voire transformés, pour notre usage. De même, certaines activités font désormais l’objet d’une activité professionnelle alors qu’autrefois elles revenaient de fait à certaines catégories sociales, notamment les femmes, sans qu’il ait pu sembler justifier de les monétiser. C’est le cas de l’entretien domestique des lieux de vie et des personnes de la famille. Seuls les plus aisés payaient pour ces services.
De fait, au quotidien nous avons des activités mondaines de deux types : celles ayant pour objectif de produire un profit financier et celles ayant pour objectif d’organiser notre vie quotidienne. Nous les modulons selon nos besoins et souvent selon nos moyens. Ainsi, celles et ceux qui considèrent que leur activité de rapport nécessite un investissement important et dont les moyens le leur permettent, vont-ils déléguer les activités relevant de la vie quotidienne à d’autres personnes qui seront rémunérées pour cela. Dans certains cas, ce choix sera lié à la notion de rentabilité. C’est-à-dire que la pratique d’une activité pour laquelle nous sommes moins performant sera néfaste à la qualité et à la productivité d’une autre activité pour laquelle nous avons des appétences et des compétences. Le choix de les déléguer sera là aussi justifié.
Il y a aussi une particularité qui n’existait pas autrefois et qui a toute sa place aujourd’hui. Je veux parler de la suppléance sociale. Certains d’entre nous ne peuvent pas fournir un travail en raison d’un handicap et bénéficient à ce titre d’aides sociales. En effet, la disparition de la famille élargie a rendu vulnérables les personnes isolées et affaiblies. L’autre cas, beaucoup moins dramatique, est celui des retraités. L’assurance retraite obligatoire depuis 1947 a créé, en France notamment, une catégorie sociale particulière. Le retraité est qualifié d’inactif, ce qui de moins en moins vrai, car il me semble plus logique de parler de non productif au sens économique du terme, même si beaucoup produisent des richesses dans des domaines où le secteur public et le secteur marchand refusent de s’investir en raison, soit des coûts que cela induirait, soit d’une rentabilité jugée insuffisante. Ce retraité, même s’il reste oisif n’est pas fautif puisqu’il a en fait financé a priori son statut actuel par des cotisations sociales payées tout au long de sa vie. Et même s’il vit longtemps et qu’arrive un moment où il aura gagné plus qu’il n’a cotisé, ce n’est pas du vol mais la simple conséquence du hasard qui l’a favorisé à son insu et qui en a défavorisé d’autres. Nous retrouvons opportunément là une idée qui transparaît dans la parabole des talents où le mauvais maître remet à chacun de ses serviteurs une somme (les talents romains) différente au lieu de leur donner la même à tous. Le mieux servi fournira le meilleur profit et le second, moins bien loti, ne pourra pas faire aussi bien.
Maintenant que je pense avoir dressé un tableau à peu près exhaustif, voyons ce qu’il faut en penser d’un point de vue cathare.

Le travail considéré du point de vue cathare

Nous ne savons pas si les Cathares médiévaux assuraient à la fois un travail rémunérateur et un travail domestique. Sans doute certains le faisaient-ils, mais il est permis de penser que ce n’était pas un cas général. Nous voyons bien qu’en période d’Inquisition — car c’est elle qui regroupe le plus grand nombre de témoignages —, certains Cathares vivaient dans des lieux où se mêlaient des hommes et des femmes. Or, les conditions sociales de l’époque imposaient aux femmes les travaux ménagers, sans pour autant les exclure de l’activité productive, comme c’est encore souvent le cas de nos jours. Donc, les Bons-Chrétiens étaient certainement souvent exemptés de ces tâches ménagères. Nous savons aussi que ceux qui avaient une activité spirituelle importante, notamment les évêques, étaient partiellement exemptés de l’activité professionnelle, sans s’y soustraire totalement pour respecter le principe intangible du travail nécessaire à une vie de bon-Chrétien.
Aujourd’hui, que devons-nous penser de ces exemples et comment devons-nous penser le rapport au travail des Bons-Chrétiens, quand nous en aurons parmi nous ?
Bien entendu, je ne suis pas consolé, donc je ne peux émettre que des hypothèses qui, je l’espère, feront l’objet de commentaires afin de me permettre de les conforter ou de les faire évoluer. Je pense que nous devons fondamentalement respecter le principe du travail, manuel ou intellectuel, pour les Bons-Chrétiens et les novices cathares. C’est un point important car la fonction spirituelle ne doit être entachée d’une valeur mondaine comme l’est celle de l’accès à des biens de consommation. Or, recevoir la charité pour une activité spirituelle revient à monétiser celle-ci. Donc, même si nous sommes retraités, nous devons continuer à fournir une activité, logiquement bénévole, de façon à garder cette notion de séparation entre la sphère mondaine et la sphère spirituelle. Reste le cas des handicapés qui ne pourraient plus fournir aucune activité. Leur cas relève effectivement de l’assistance que la société leur octroie. Ils ne sont pas coupables de refuser le travail mais ils en sont empêchés par leur état. C’est un cas d’exclusion comme il en existait au Moyen Âge dans les communautés cathares pour les malades notamment.
Ceci étant bien entendu, il nous faut définir les activités qui doivent être effectuées et celles qui peuvent être déléguées. Intervient là un point important qui est celui de la nécessaire humilité dont nous devons faire preuve. Il ne saurait être admissible de déléguer une tache que nous considérerions comme subalterne ou inintéressante en arguant que nous avons mieux à faire. Même si nous rémunérons quelqu’un pour nous remplacer, c’est l’idée du remplacement, à proprement parler, qui serait anormale. Donc, nous ne devons pas nous exempter du travail rémunérateur que nous pourrions accomplir et qu’accomplissent les autres pour un motif de besoins moindres, comme cela peut s’envisager aujourd’hui avec les temps partiels. Il y a néanmoins une exception valable à ce principe qui serait de partager son temps d’activité entre un travail rémunérateur accompli à temps partiel et un travail, rémunérateur ou pas accompli en parallèle au profit de la communauté ou d’un autre organisme. Mais le temps d’occupation total doit correspondre à l’équivalent d’un temps complet de travail.
Par contre, des motifs de santé liés à une maladie ou à l’avancement en âge peuvent rendre certaines activités, professionnelles ou domestiques, difficiles, très longues ou même carrément impossibles à effectuer. Dans ce cas, il est légitime d’en exempter la personne considérée où, quand celle-ci peut en assurer le financement, de les déléguer à un professionnel qui les réalisera à sa place. Bien entendu, le temps ainsi libéré devra être employé à d’autres activités si l’état de la personne le rend possible.

Le Catharisme est adaptable à notre époque

Finalement, il me semble qu’une réflexion saine et ouverte permet de résoudre des problématiques qui auraient pu sembler difficiles ou insolubles de prime abord. Le Catharisme est adaptable à notre société comme il a su s’adapter à celle qui prévalait au Moyen Âge et ce n’est pas parce que nous n’avons que leur référence qui soit portée à notre connaissance, que nous devons penser qu’elle est la seule possible. La plasticité de cette spiritualité permet bien des adaptations sans renier les principes fondamentaux. En cela je suis obligé de considérer que Yves Maris[1], qui ne voyait dans le Catharisme moderne qu’une école de pensée sans possibilité d’en faire une entité structurelle, comme c’était le cas à l’époque médiévale, se trompait de mon point de vue. Mais peut-être ai-je mal interprété ses paroles.

[1] « Le catharisme ne peut se développer dans la modernité que comme une école de sagesse tendue vers le dieu inconnu. Les cathares privilégient la simplicité et la vie de l’esprit en eux-mêmes. Ils ne prétendent pas former un groupe particulier à l’intérieur de la société, mais autant d’individualités conscientes et reliées, sources remarquables d’une vie différente que celle que le monde impose aux vivants. » Yves Maris in « La pensée cathare peut-elle constituer un nouveau lien social ? », Chemins cathares : http://www.chemins-cathares.eu

Être croyant cathare aujourd’hui

Qu’est-ce qu’un croyant cathare ?

Ainsi que cela est le cas dans beaucoup de religions, le terme croyant cathare est souvent employé de façon abusive, généralement par des personnes qui soit ne connaissent pas suffisamment le sujet, soit qui s’illusionnent sur leur état d’avancement.
Le croyant cathare est une personne qui, non seulement est intimement convaincue de la validité de la doctrine cathare qu’elle a appris à connaître finement, mais qui par son éveil, ressent l’absolue nécessité de la pratiquer au mieux de ses possibilités même si son désir de devenir un jour novice et de se faire consoler ne peut être réalisé dans l’immédiat. Continuer la lecture

Vivre le Catharisme

 

Vivre le Catharisme aujourd’hui

Maintenant que la connaissance du Catharisme, de son histoire réelle, de son contenu doctrinal et de son organisation pratique nous sont mieux connus, celles et ceux qui se sentent portés par une telle spiritualité peuvent ressentir l’envie de l’expérimenter par divers moyens. Cela est tout à fait légitime, mais il faut nous assurer qu’une mise en pratique de nos jours serait non seulement réaliste mais aussi bénéfique, sinon nous ne serions pas dans une démarche de Bienveillance. À ma connaissance, il n’y a aujourd’hui que deux types de pratiques mises en place de façon durable qui cherchent à aller dans ce sens. Je me propose de les étudier avec vous afin d’en apprécier la qualité et l’efficience.

Comment mettre en pratique le Catharisme ?

Si l’on se réfère aux documents disponibles, nous voyons qu’il n’y avait au Moyen Âge que deux sortes de pratique du Catharisme. La plus connue est celle que les Bons Chrétiens, c’est-à-dire le personnes ayant reçu la Consolation et les novices qui se préparaient en vue de la recevoir, avaient choisis de vivre. Il s’agissait d’une vie régulière — c’est-à-dire organisée selon une règle —, comparable à la vie monastique des catholiques ou des orthodoxes, qui faisait une part prépondérante à la pratique spirituelle. Elle ne concernait évidemment qu’une très faible partie de l’Église cathare qui regroupait, je le rappelle, les Bons-Chrétiens, les novices et les croyants qui constituaient son immense majorité. Justement, les croyants cathares semblaient vivre d’une façon parfaitement identique à celle des croyants judéo-chrétiens qui les entouraient.

Nous voyons, par cette brève description, qu’à priori mettre en œuvre le Catharisme aujourd’hui pourrait sembler délicat. Mais, les systèmes monastiques judéo-chrétiens, catholique et orthodoxe, ont évolué au fil des siècles et proposent aujourd’hui à leurs croyants, et parfois même à des personnes qui ne se réclament pas de cette confession, des solutions de retraite individuelle en leur sein. Voyons comment cela se passe et si ces pratiques sont transposables au Catharisme.

Le système judéo-chrétien

La façon la plus connue et la plus ancienne de s’investir auprès d’un monastère sans pour autant prononcer des vœux monastiques est l’oblation. L’oblat, qui peut être séculier, régulier et qui fut même militaire, est une personne qui se rattache spirituellement à un monastère tout en conservant une vie classique (oblat séculier), ou en optant pour une vie monastique impliquant une participation pleine et entière aux charges et devoirs qui s’y rattachent (oblat régulier ou conventuel), voire en protection après une vie militaire ayant provoqué des blessures rendant le retour à la vie civile impossible (oblat militaire). Parmi les oblats célèbres citons : Thomas d’Aquin, Paul Claudel, Max Jacob et Robert Schuman.

Aujourd’hui, il existe une manière moins formelle et moins implicante de participer à la vie monastique qui consiste en des retraites monastiques brèves, souvent d’une semaine pendant les vacances.

Le principe est toujours le même, l’oblat ou le participant aux retraites, mène la vie des moines s’il est en monastère, de façon complète pour l’oblat — qui porte même un habit monastique classique ou spécifique —, ou de façon réduite aux repas et aux oraisons, pour les « retraitants ». Compte tenu de la règle de continence, seuls les hommes peuvent manger à la même table que les moines, ou bien tous mangent dans un réfectoire séparé. Le reste du temps le retraitant est libre de ses allées et venues, contrairement à l’oblat régulier, mais l’oblat séculier mène lui-aussi une vie mondaine classique.

La vie des croyants cathares

Les textes sont tout à fait clairs ; les croyants cathares n’avaient aucune obligation particulière pour ce qui concernait leur façon de vivre dans le monde car, n’ayant pas le statut de Chrétien, ils n’en avaient logiquement pas les nécessités requisent par la règle des Bons-Chrétiens.

Aujourd’hui il en va de même, les croyants sont libres de mener leur vie mondaine comme ils l’entendent et rien ne les distingue des autres citoyens qu’ils côtoient au quotidien. La différence est bien entendu spirituelle, car un croyant est fermement et intimement convaincu que la compréhension doctrinale cathare est la réponse qui lui convient pour accéder au salut. Cela implique donc pour lui, de mener sa vie en privilégiant ce qui lui permettra, le moment venu, de rejoindre une communauté cathare pour y faire son noviciat afin d’accéder à la Consolation et de mourir dans l’état de Chrétien cathare consolé. Cela l’amène donc logiquement à tout mettre en œuvre pour assurer le développement matériel des communautés de vie évangélique cathares et pour aider les Bons-Chrétiens dans leur vie quotidienne car leur état spirituel les rend vulnérables dans le monde extérieur.

L’absence de Bons-Chrétiens, unanimement reconnus par les croyants cathares d’aujourd’hui, fait que les croyants n’agissent pas forcément de façon visible pour assumer leurs obligations envers l’Église. De ce fait, vu de l’extérieur, il n’est pas facile de différencier un croyant d’un sympathisant. Cependant, le croyant cathare est aussi une personne en évolution, comme le sont les Bons-Chrétiens. Et s’il ne pratique pas la vie régulière (c’est-à-dire celle qui obéit à la règle des maisons cathares), il va en appliquer certains principes dans sa vie mondaine et en faire une sorte de morale personnelle. Ainsi, au fil de son évolution, son implication régulière deviendra de plus en plus forte jusqu’au moment où il ressentira la nécessité de passer le pas du noviciat. Rien n’interdit de nos jours à un croyant de se rapprocher d’une communauté pour participer à la vie régulière de celle-ci pendant une courte période. Un tel système de retraite peut se faire s’il y a une communauté de vie évangélique pour l’accueillir. Cependant, la règle cathare fixe des limites. Les croyants ne sont pas autorisés à assister aux oraisons des Bons-Chrétiens qui pratiquent entre eux avec toutefois la présence silencieuse des novices. Surtout les croyants ne doivent pas pratiquer eux-même l’oraison dominicale, c’est-à-dire réciter le Pater qui est exclusivement et très formellement réservé aux Bons-Chrétiens. Même les novices ne peuvent le réciter tant qu’ils ne seront pas reçu dans la tradition de l’Oraison dominicale qui signe en général la fin de leur première étape de noviciat.

Des croyants et des sympathisants peuvent toujours se réunir pour étudier ensemble le Catharisme, surtout de nos jours où je le rappelle nous manquons de Bons-Chrétiens pour les encadrer. Cependant, par humilité au regard de leur condition spirituelle et par respect envers l’Église cathare, il ne sauraient en aucune façon pratiquer des rituels qui requièrent la présence de Bons-Chrétiens ou qui leur sont réservés. La seule pratique accessible à des croyants, me semble être le Caretas ou Baiser de paix.

Le noviciat

Aujourd’hui, un croyant qui se sent suffisamment avancé et motivé pour entamer un parcours vers la Consolation, peut, si cela lui est possiblement de façon pratique et au regard de ses obligations, décider d’entamer un noviciat, ainsi que je l’ai fait depuis le 16 mai 2016. Il devra alors voir s’il lui est possible de s’associer à une communauté existante ou à un autre novice désireux de l’accompagner dans cette démarche. En raison des particularités de notre résurgence débutante, il peut aussi commencer seul en espérant être rejoint plus tard. Cet isolement rend les choses plus difficiles mais était déjà pratiqué au Moyen Âge quand la répression éparpilla les Bons-Chrétiens et en obligea certains à demeurer seuls ou simplement entourés de croyants.

Il va sans dire que le noviciat est un engagement fort qui, normalement, ne saurait être envisagé pour un temps limité. Certes, chacun est toujours libre d’abandonner s’il pense s’être trompé dans ses motivations et capacités, mais la porte de sortie recherchée du noviciat est la Consolation. Cela revient à dire que le noviciat n’est pas une voie accessible de prime abord au croyant désireux d’approfondir sa spiritualité.

La participation à une communauté ecclésiale

Aujourd’hui, un croyant ou un sympathisant peut participer à des réunions, Rencontres ou périodes de retraite lui permettant d’étudier le Catharisme dans ses différentes orientations afin d’améliorer ses connaissances et d’essayer d’approfondir un peu sa compréhension spirituelle. Cela peut être l’occasion d’apprécier l’intérêt de la pratique du jeûne strict et ouvrir à des périodes de méditation collectives ou individuelles sans pour autant verser dans l’imitation partielle ou totale des rituels réservés aux Bons-Chrétiens ou aux novices.

Cependant, il peut paraître insuffisant à un croyant désireux d’approfondir sa spiritualité de se limiter à de telles pratiques. L’idéal serait de faire des retraites dans des communautés ecclésiales. Elles font défaut aujourd’hui et dans l’état de mon avancement de novice, je ne peux envisager d’accueillir un retraitant avant la fin de ma première année de noviciat car mes progrès sont lents faute d’être guidé par un Bon-Chrétien. Il m’est néanmoins possible d’organiser des périodes de partage consistant en des discussions ouvertes sur des sujets religieux ou même de vie courante avec des croyants et des sympathisants qui seraient cependant hébergés hors de la maison cathare. Le partage d’un repas, les jours non jeûnés, serait également possible.

Cela peut sembler extrêmement embryonnaire mais je rappelle que la patience est une grande vertu en Catharisme car elle provient de l’humilité, fondamental cathare s’il en est.

Conclusion

Voilà l’état de mes réflexions pour le moment en la matière. Je ne veux juger personne qui choisirait une autre manière de faire mais il ne peut y avoir de cohésion et de partage réel entre croyants avancés ou novices que si certains points majeurs sont compris et respectés à l’unisson.

Cependant, je peux entendre d’autres points de vue et étudier leurs arguments lors d’échanges formels, pour voir si certains aménagements sont possibles sans déroger au respect des obligation de la règle cathare et des enseignements des Bons-Chrétiens médiévaux dont l’opinion ne saurait être balayé au nom d’un modernisme qui considérerait comme rétrograde ce qui nous semble difficile pour nos mentalités modernes.

Là encore l’humilité doit nous rendre modeste et l’obéissance est un élément fondamental pour celui qui aspire à avancer jusqu’à sa propre Consolation.

Les Heures communautaires

Présentation

La vie communautaire a pour premier sens de réunir des croyants dans une démarche spirituelle. Cette démarche se manifeste dans les relations des membres entre eux, à l’égard de leur environnement et vis-à-vis des habitants extérieurs à la communauté.
Elle se manifeste aussi par des temps où le groupe se réunit pour exprimer sa foi et développer sa compréhension de la religion au moyen d’études de textes, de formations dispensées par un frère plus compétent en la matière et par un travail personnel d’analyse.
Ces activités ont une place très importante chez les cathares comme dans tous les groupes communautaires de toutes les religions. Elles portent des noms variés dont les plus courants sont Heures monastiques et Heures régulières.
Pour marquer le particularisme cathare je les ai appelées Heures communautaires. Continuer la lecture

Pratiques cathares et vie sociale

À l’occasion de publications précédentes, j’avais traité de l’isolement social et des retraites spirituelles. Aujourd’hui, je pense pertinent de refaire un point plus complet sur ces sujets et de l’étendre plus globalement aux rappels doctrinaux concernant les pratiques cathares concernant avec la vie sociale.

Rappels doctrinaux sur les pratiques cathares et la vie sociale

Le christianisme est divers dans ses pratiques et l’on y trouve des groupes vivant dans l’isolement social quasi intégral et d’autres, totalement intégrés à leur environnement social. D’une façon générale, quel que soit le groupe, les croyants mènent une vie classique, socialement intégrée et sans isolement, hormis pour ceux qui pratiquent des retraites spirituelles.

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Une maison cathare en conteneur

Construire une maison cathare en conteneur aménagé

Pour des raisons de sécurité et de faisabilité, je considère les événements à venir dans leur dimensions la moins favorable. Comme à ce jour je n’ai reçu aucune candidature à un éventuel accompagnement dans ma démarche de noviciat, je préfère considérer que cela risque de durer quelques années. C’est donc en partant du principe que je serai seul à vivre en maison cathare que je m’organise. Continuer la lecture

Les carêmes

Les carêmes cathares

Rappels doctrinaux

Jean Duvernoy est assez succinct dans sa présentation des carêmes. Il rappelle qu’ils étaient au nombre de trois par an et d’une durée de quarante jours.
Le premier précédait Pâques et correspondait à peu près à celui des catholiques. Pour autant cela ne lui conférait aucune valeur particulière car cette date n’était corrélée à aucun événement précis de la prédication de Jésus. Bélibaste précisait, dans l’interrogatoire d’Arnaud Sicre, que : « le carême avait été changé par les papes menteurs,… car le Christ a jeûné à une autre époque[1] ». On comprend cependant que l’Église catholique ait souhaité faire de ce carême le moment majeur de son année liturgique puisque, pour elle, la passion est le moment-clé de la prédication de Jésus. Pour les cathares, le moment-clé est bien entendu celui de la Consolation, c’est-à-dire Pentecôte. Donc, ce premier carême de l’année n’a pas une valeur supérieure aux autres. Continuer la lecture

Ascèse et Bienveillance

Ascèse et Bienveillance

Comme je vous l’ai déjà indiqué sur la page Facebook de la maison cathare de l’Aude, j’ai repris mon habitude de jeûne. Pour l’instant je ne jeûne qu’un jour par semaine, le vendredi et, à la façon cathare qui est plus une abstinence alimentaire qu’un véritable jeûne. En effet, aucun liquide n’est écarté, exceptés ceux conteant de la pulpe, et un apport solide est assuréle midi sous la forme de pain. En comparant la taille des pains médiévaux, j’ai estimé cet apport entre 80 et 100 grammes. Continuer la lecture