Cathares, néo-cathares, pseudo-cathares

Quid du catharisme ?

Le mot cathare est employé par de nombreuses personnes, sans qu’elles aient bien conscience de ce qu’il recouvre.
Le catharisme est un choix doctrinal chrétien parmi beaucoup d’autres. Il ne prétend pas être le seul choix valable mais il revendique une particularité qui lui semble plus cohérente que les autres et qui justifie à ses yeux un cheminement spécifique.
Rappelons aussi que le catharisme, s’il est clairement daté en ce qui concerne son commencement, n’est qu’une continuation d’une approche chrétienne spécifique qui fut sans cesse rappelée par les bons chrétiens médiévaux, tant par le choix de la mise en avant de la filiation apostolique qu’ils revendiquaient que par la valorisation du mot chrétien qu’ils se donnaient alors qu’il s’agissait d’un quolibet au premier siècle. Et cela s’observe par l’étude de courants chrétiens antérieurs comme le marcionisme ou le paulicianisme, pour autant que l’observateur soit capable de s’extraire d’une approche dogmatique judéo-chrétienne et accepte l’idée qu’une spiritualité puisse être en perpétuelle évolution.

Après l’extinction de l’émergence cathare dont nous pouvons suivre les traces de 967 à 1463, comment faut-il appréhender les cinq siècles suivants ?
Si le catharisme était mort et enterré ses concepts doctrinaux et sa philosophie spirituelle seraient morts avec lui et personne n’aurait jamais connu dans son entourage de parents ou de voisins qui leur aurait transmis, au moins partiellement, des éléments doctrinaux. Or, nous connaissons plusieurs personnes qui revendiquent d’avoir eu un proche familial ou une personne de leur entourage qui véhiculait des opinions cathares. En outre, aujourd’hui, nous sommes quelques uns qui considérons ces éléments doctrinaux comme parfaitement valables et adaptables à la psychologie de notre siècle au gré de quelques évolutions. Cela prouve bien que le catharisme n’est pas mort au XVe siècle. Il est simplement entré en « clandestinité » comme le font toutes les hérésies quand le temps n’est pas favorable à leur exposition publique.

Cinq cents ans de « sommeil »

Il est vrai que le XVIe siècle avec ses guerres de religion, les XVIIe et XVIIIe siècles avec le début de la pensée athée basée sur la science, le XIXe avec ses bouleversements politiques et les espoirs suscités en matière de paradis terrestre par le début de la révolution industrielle et le XXe siècle entièrement tourné vers l’espoir du développement énergétique n’ont pas été des terreaux favorables à un réveil spirituel de la population.
André Malraux disait : « Le vingtième siècle sera spirituel ou ne sera pas. ».
Et effectivement, la déception est grande dans tous les domaines où l’humanité avait placé ses espoirs d’un développement favorable aux humains. La révolution industrielle censée libérer l’homme de tâches épuisantes l’a finalement fait changer de tortionnaire. La révolution énergétique qui allait fournir à l’humanité les moyens d’un développement porteur d’humanité n’a fait que détruire l’homme et la planète. Les idéologies sociales ont créé de nouveaux maîtres et maintenu les autres en esclavage et les idéologies capitalistes ont remplacé les précédents par de nouveaux dictateurs.

Un siècle de renouveau du catharisme

Alors oui, le XXIe siècle s’ouvre devant un immense vide. Pas d’espoir énergétique avant au moins cinquante ans, pas de révolution technologique majeure susceptible d’aider l’humanité, la paix gravement menacée par les conséquences du mépris des pays riches pour les pays pauvres, la paix sociale ruinée par l’avidité d’une extrême minorité et l’espoir sanitaire gravement compromis par des conditions de vie de plus en plus difficiles, sans parler de l’épée de Damoclès que fait peser sur notre avenir notre gestion calamiteuse de l’écologie de notre planète.
Devant un tel mur, comment s’étonner que beaucoup se rappellent que la spiritualité offre une sortie « par le haut » ?
Comme Paul qui s’attendait à une fin du monde imminente, comme l’an mil qui laissait entrevoir la seconde parousie christique, les hommes d’aujourd’hui ont l’impression de vivre une fin de cycle, la fin d’une civilisation occidentale qui aura fait plus de mal que de bien. L’attrait pour les spiritualités et philosophies orientales n’a rien de surprenant face au scepticisme que suscite aujourd’hui tout ce qui vient de la civilisation occidentale.
Donc, oui, le temps est favorable à un développement d’un intérêt pour la spiritualité en général et pour celles qui ont fait leurs preuves en particulier.
Aussi, comment s’étonner que le catharisme puisse refleurir aujourd’hui ? Il lui manquait simplement d’être connue à sa juste valeur et cela est désormais fait grâce au travail exceptionnel fourni par les historiens qui, à la suite de Jean Duvernoy, ont su remettre le catharisme dans une voie chrétienne classique face à quelques dérives ésotériques où le cantonnait une méconnaissance de son histoire et des documents issus de ses maîtres à penser.
Par contre, le catharisme n’est pas une spiritualité facile. Sa doctrine qui nous est bien connue désormais montre que les cathares ont construit, à partir de Jean et de Paul et avec le concours du travail de Marcion, un édifice doctrinal solide et cohérent mais aussi, exigeant et difficile à contourner.

Les profiteurs du catharisme

Or, si le terme cathare en attire plus d’un avec son cortège d’honnêteté, de simplicité et de martyre, ils sont bien moins nombreux ceux qui envisagent de poursuivre ce travail doctrinal sur les mêmes pré-requis. Aujourd’hui, d’aucuns voudraient « adapter » le catharisme à leur petit confort.
Cela rappelle la démarche des philosophes latins qui ont remis au goût du jour les philosophies grecques en en écartant prudemment la partie la moins agréable, la vie philosophique.
De même aujourd’hui, la vie évangélique n’attire pas grand monde, surtout avec les concepts de non-violence alimentaire, d’ascèse, d’abstinence sexuelle et de pauvreté laborieuse.
Et donc, le concept de néo-cathare s’est mis à fleurir, à croître et embellir. Le catharisme intellectuel sans la pratique tellement contraignante à première vue.
Ces personnes ont simplement oublié l’éveil. Ce qui transforme une contrainte en une libération c’est l’éveil. Et l’on peut dire que cela devrait même être un critère d’auto-évaluation.
Puis, une nouvelle génération est en train de se développer. Non seulement la vie évangélique cathare est gênante, mais la théorie pose également problème. Alors, le plus simple est d’affubler n’importe quelle « spiritualité » de l’adjectif cathare et d’accuser ceux qui défendent la doctrine originelle de n’avoir rien compris car le catharisme du moyen âge est logiquement sans rapport avec celui d’aujourd’hui.
Ces pseudo-cathares ont juste oublié l’essentiel. Le catharisme n’est rien d’autre qu’un christianisme. Or, le christianisme repose sur des bases immuables. La voie choisie par les cathares peut plaire ou gêner, elle n’en reste pas moins originale.
Chacun est libre de préférer telle ou telle voie chrétienne existante, voire de désirer en créer une nouvelle, mais alors il faut avoir le courage de l’affirmer et éviter de se déshonorer en se servant sur la cadavre cathare afin de se couvrir d’une peau d’agneau quand on a l’esprit du loup.

Le catharisme spiritualité de droiture

Le catharisme n’est pas une idéologie soluble dans les contradictions et les lâchetés de notre siècle.
Il est une école de rigueur et de constance. Foin des néo-cathares et des pseudo-cathares. Les cathares se reconnaîtront à leur capacité de poursuivre l’entreprise de connaissance doctrinale et de mise en place d’une vie évangélique basée sur cette doctrine et non pas dans un traficotage honteux visant à adapter une spiritualité à un petit confort dont on ne veut surtout pas se départir.
C’est pourquoi les cathares d’aujourd’hui ne doivent pas avoir peur d’afficher cette dénomination. Le catharisme d’aujourd’hui ne peut pas être un néo-catharisme car le catharisme n’étant pas figé dans un dogme, le catharisme d’aujourd’hui ne fait que poursuivre sur la voie de l’évolution doctrinale et pratique qui a toujours été la marque de fabrique de ce christianisme.
Les néo-cathares ne peuvent être que des cathares d’opérette puisqu’en se croyants nouveaux ils affichent la méconnaissance profonde de cette évolution constante.
Les pseudo-cathares ne trompent qu’eux-mêmes s’ils sont convaincus et personnes s’ils ne le sont pas. Pas plus que ne nous trompent ceux qui vendent du saucisson cathare ou du château cathare quand ce n’est pas du chevalier cathare.

Jésus offrait le choix au jeune homme d’être un simple observateur de la loi de ses pères ou de devenir un vrai pratiquant de la foi en le suivant. Ce choix reste ouvert aujourd’hui. Mais, à l’instar du jeune homme, que ceux qui refusent l’invitation du Christ aient au moins la pudeur de ne pas le dépouiller de sa tunique.
Donc, pour ce qui nous concerne, ne soyons ni néo-cathares, ni pseudo-cathares mais simplement des cathares d’aujourd’hui aux yeux des autres et des croyants chrétiens maintenant et peut-être des bons chrétiens demain aux yeux des membres de notre communauté.

Texte modifié à partir de celui publié le 16/09/2009.