Archives de catégorie : Pensée cathare au quotidien

Où va le monde ?

Où va le monde ?

Comparaison n’est pas raison

Certes, ce dicton a toute sa validité dans notre façon d’analyser le monde et d’essayer de le comprendre. En effet, chaque élément et chaque environnement où il s’exprime sont différents de ceux auxquels on voudrait les comparer.
Mais, faut-il pour autant considérer, à l’aune de cette conception, qu’il est interdit d’espérer que l’expérience passée puisse servir la compréhension du moment présent ?
Je ne le crois pas. Même si nous vivons un temps où la nouveauté est systématiquement considérée comme meilleure que le passé ; que l’expérience est systématiquement à rejeter puisqu’elle n’a pas débouché sur la totalité de l’espoir que l’on faisait porter sur elle ; il me semble que les jugements à l’emporte-pièce ne peuvent aucunement aider notre société à avancer sereinement et efficacement.
Donc, même si la comparaison ne permet pas forcément d’obtenir une analyse imparable et immédiatement applicable, il n’en reste pas moins — à mes yeux — qu’elle permet de dégager de grandes lignes et des axes de compréhension dont nous aurions tort de nous priver. Continuer la lecture

Testis unus, testis nullus

Cette locution latine est utilisée dans le domaine du droit, mais aussi de l’historiographie et se traduit par : un seul témoin, pas de témoin.
Elle serait tirée de la Bible hébraïque, plus précisément du Deutéronome : « Un seul témoin ne pourra se dresser contre un homme pour quelque faute ou quelque péché que ce soit, de quelque péché qu’il ait péché, mais sur le dire de deux témoins ou sur le dire de trois témoins l’affaire sera réglée. » (Dt XIX, 15).
Elle démontra autant la fragilité du témoignage que celle de sa réception, c’est-à-dire la facilité avec laquelle nous sommes susceptibles de nous laisser influencer.
Je voudrais vous faire partager ma compréhension de l’importance que j’attache à la prudence, surtout quand il s’agit d’écrire l’Histoire ou de conforter sa foi.

La fragilité du témoignage

Comment les sens nous trompent

J’ai gardé comme une blessure un événement de ma vie, déjà très ancien, qui m’a fait toucher du doigt la vanité de l’image que l’on peut avoir de son honnêteté personnelle et du danger qu’elle présente pour les autres.
Ce jour-là, je déambulais sur l’avenue Denfert-Rochereau, dans le 14e arrondissement de Paris, quand, derrière moi, j’entendis le bruit d’une voiture heurtant un piéton. Me retournant quasi instantanément je vis le piéton au sol et la voiture deux mètres plus loin arrêtée, feux stop allumés. Je me précipitais au secours du piéton, étant alors déjà actif dans les premiers secours, afin de faire le bilan de son état. Comme la voiture ne menaçait pas de partir, vu que son conducteur en descendait, je me concentrais sur la victime, heureusement peu touchée. La police arriva en premier et les pompiers ensuite qui prirent mon relais. Un policier m’interrogea alors afin de recueillir mon témoignage puisque j’étais une des personnes les plus proches de l’accident. Je lui racontais ce que j’avais vu, le piéton au sol et la voiture qui l’avait renversé quelques mètres plus loin. C’est alors que je reçus un choc. Le policier m’indiqua que les autres témoins avaient une version différente de la mienne. Ce n’était pas ce véhicule qui avait renversé le piéton, mais autre garé juste devant. Le véhicule que j’avais vu avait simplement dépassé la zone du choc pendant que je me retournais et s’était ainsi intercalé entre la victime et celui qui l’avait percuté.
Lorsque nous vivons un événement traumatisant le temps se contracte et se dilate dans notre psyché. Quand vous êtes au cœur de l’événement il vous semble durer plus longtemps et quand vous en êtes témoin il semble se contracter et les événements se bousculent devant vos yeux. En fait, comme beaucoup de témoins, et cela je l’ai souvent vécu lors de mes interventions en secourisme routier ou avec le SAMU, mes sens avaient réalisé des associations d’idées à partir des images que j’avais captées et avaient construit un scénario crédible qui s’était imposé à moi comme la vérité. Si j’avais été le seul témoin, si l’autre automobiliste s’était enfui et si la victime avait été inconsciente, le second automobiliste se serait vu imputer la responsabilité de l’accident sur mon témoignage. Et peu importe que les constatations l’aient ensuite lavé de tout soupçon, cette personne aurait souffert d’une injustice par ma faute.

L’objectivité du témoin

La bonne foi et l’honnêteté intellectuelle ne font rien à l’affaire. Contrairement à ce que pensent beaucoup l’objectivité est un mensonge plus grand que l’existence de Nessie, le monstre du Loch Ness.
L’objectivité serait la capacité d’un individu à faire abstraction de sa culture, de son éducation, de sa personnalité et de ses opinions à chaque fois qu’il exprime une idée. Les journalistes qui présentent le journal télévisé se réunissent en conférence de rédaction pour mettre en commun leur lecture d’un événement afin d’en faire une synthèse qu’il pensent être objective. Calembredaine que cela ! Ce qui sort de cette conférence, c’est la subjectivité majoritaire ou bien celle du journaliste le plus charismatique, voire simplement la décision du rédacteur en chef. Et quand il s’agit de l’expression d’un seul individu, c’est encore pire puisqu’il n’y a aucun filtre qui puisse tempérer son opinion. Mais, la plupart du temps celui qui s’exprime est persuadé d’être objectif, tout comme l’est celui qui, recevant son opinion la fait sienne sans la comparer à d’autres et sans y faire porter un esprit critique.
Quand nous lisons un texte, il peut nous parler profondément ou, au contraire, nous heurter. Dans le premier cas nous serions tentés de considérer qu’il s’agit de la vérité et dans l’autre que c’est un bricolage ou un ramassis de mensonges. Explorons cette analyse.
Je suis un croyant cathare absolu. Quand je lis Le livre des deux principes de Jean de Lugio de Bergame je ne trouve rien à y redire. Cela me parle au plus profond de moi et cela coule de source selon mon intelligence et mes convictions religieuses. Par contre, quand je lis Le Rituel de Dublin, attribué par Anne Brenon à Didier de Concorezzo, cela me heurte et me semble incohérent et mal ficelé. Est-ce une opinion objective ? Non, bien entendu, c’est simplement mon analyse, comme je l’indique à chaque fois que je veux commenter les textes que je publie. Quoi que je pense de ces auteurs et de leurs opinions, je sais que je le fais à l’appui des mes propres préjugés et qu’un autre en aura une lecture différente. Alors, comment vais-je faire pour savoir si tel ou tel texte est fiable ou pas ? La solution est dans le titre de cet article. Je ne peux pas me fier à un seul témoignage, donc je dois accumuler les informations diverses et variées afin de créer un entrelacs d’où je tirerai une information plus crédible, ce qui ne voudra pas dire qu’elle sera objective pour autant. Mais au moins aurai-je des arguments et des sources pour appuyer ma théorie.

La « vérité » des textes

L’authenticité des auteurs

Après sa condamnation à mort, qui nous est relatée par son disciple Platon dans L’apologie de Socrate, le grand philosophe retrouve ses proches amis, venus le convaincre de fuir — ce qui le sauverait et arrangerait bien ses juges, bien embêtés d’en être arrivés à une telle extrémité. Ceux qui ont lu Phédon le savent, Socrate refusera et boira la cigüe afin de rester en cohérence avec sa pensée et son enseignement. Ce dernier texte de Platon est un morceau d’anthologie. Il nous décrit les paroles du maître, ses états d’âme et les remarques de ses amis avec la précision d’un orfèvre façonnant la pierre précieuse qu’il tient en main.
Il y a juste un tout petit problème : Platon n’a jamais assisté à cette scène qu’il raconte selon les témoignages des personnes présentes et sur la base de sa connaissance de Socrate.
Et pourtant, non seulement un lecteur non averti pourrait considérer qu’il s’agit d’un témoignage de première main, mais c’est tout juste si l’on ne pourrait pas dire que l’on assiste nous aussi à cette scène tant elle est rendue avec précision et intensité.
Ce problème se rencontre dans bien d’autres situations. Le seul point commun entre Bouddha, Socrate et Jésus est l’incertitude qui les entoure, comme le dit si bien Frédéric Lenoir dès le premier chapitre de son livre[1]. En effet, nous n’avons aucune trace ni aucune preuve que ces grands hommes, qui ont façonné trois grandes philosophies, aient simplement existé. Ils n’ont rien écrit personnellement et les témoignages que nous avons d’eux furent écrits quelques années pour Socrate, quelques décennies pour Jésus et quelques millénaires pour Bouddha après leur mort putative.
Pour autant nous sommes nombreux à considérer que l’un ou l’autre, voire les trois, ont vécu et parlé comme nous le disent les textes qui leur sont attribués.

La fiabilité des textes

Quoi de plus fragile qu’un texte ? En effet, derrière chaque texte nous trouvons un homme avec sa subjectivité qui nous donne la version qu’il veut nous faire partager. Qu’il soit honnête, comme je veux le croire de Platon et de Jean de Lugio, ou qu’il mente pour des raisons qui lui sont propres, comme Jules César et Flavius Josèphe, peu importe en fait. Leurs textes sont à la fois intéressants et dangereux. Intéressants car ils décrivent un contexte et des pensées et laissent filtrer des informations malgré leur auteur qui nous permettent de reconstruire une vraisemblance. Dangereux car, en fonction du talent de l’auteur, nous pouvons nous laisser prendre à son histoire et confondre récit et vérité. La guerre des Gaules de César fut longtemps considérée comme un récit historique indiscutable et fut utilisé pour brosser les portraits des chefs gaulois. Or, il n’y a aucun autre témoignage sur ce sujet. Testis unus…
Quand nous pouvons comparer il devient plus facile de comprendre que ces textes sont discutables. C’est le cas des évangiles. Même les canoniques (Matthieu, Marc, Luc et Jean) ne sont pas d’accord entre eux ! Alors si vous y rajoutez les apocryphes, parfois appelés aussi les gnostiques, vous n’avez aucun mal à comprendre qu’il faut s’en méfier.
Mais ce qui fait la fiabilité d’un texte n’est pas sa cohérence avec d’autres ou son unicité. C’est aussi, et je devrais dire, c’est surtout la façon dont nous le recevons. Or, cette réception dépend de bien de choses. Notamment et nous l’avons dit, de notre propre subjectivité, mais aussi du talent de l’auteur. Un romancier comme James Hadley Chase, maître du thriller, avait compris qu’un récit à la première personne touche plus le lecteur qu’un récit mené de l’extérieur. Il alla même jusqu’à faire raconter son histoire à un personnage qui meurt avant la fin du livre !
Avec ma modeste expérience de lecteur assidu, qui a épuisé plus d’un millier de livres, je peux dire qu’il me semble que la meilleure façon d’éviter ces pièges est de comparer, de confronter ce qui nous semble bon ou mauvais à d’autres sources comparables afin de voir si la première impression est la bonne. Et, bien entendu, veiller à ne pas se circonscrire à des documents de même obédience ou de proximité avec celui que l’on veut apprécier. Cela n’interdit pas ensuite d’en revenir à la même opinion que celle que l’on avait auparavant, mais au moins cette fois, il nous sera permis de penser qu’elle est construite et défendable avec de bons arguments.

Les choix essentiels

Il y a lecture et lecture

Si ce que je préconise peut sembler un peu lourd comme procédure, il faut savoir qu’il y a lecture et lecture. Certes, un roman étant par définition romanesque n’oblige pas à une démarche critique. Mais, le journal d’information est un exemple type de ce que je dis. Autrefois, quand la presse écrite foisonnait, il était courant d’acheter deux ou trois journaux le matin en fonction des courants politiques qu’ils incarnaient : L’Humanité pour les communistes, le Figaro pour la droite gaulliste, l’Unité pour les socialistes, etc. Cela permettait de connaître l’approche des mêmes événements et situations selon le point de vue de chacun et ainsi, de se construire sa propre opinion.
Concernant les sujets profonds, comme la philosophie, l’histoire, la politique, la religion, etc. il est essentiel de faire de même car si on se laisse envouter par une première lecture, c’est-à-dire par un auteur, on sera manipulé sans le savoir et sans forcément que l’auteur en question l’ait voulu. Il faut donc étudier le même sujet sous les différents angles que proposent ceux qui l’ont étudié avant nous. Comme disait un ami récemment, il faut se poster sur les sept collines de Rome si l’on veut voir la ville comme il convient. C’est un peu la morale de la fable jaïn des aveugles et de l’éléphant dont je parlais dans ce site il y a peu de temps.

Un choix mûri

Une fois acquis une connaissance élargie du sujet, il sera temps de se faire sa propre analyse et d’en tirer les conclusions qui conviendront à notre approche personnelle.
Ce qui importe est de dégager le sujet de l’enveloppe que constitue la forme écrite qui l’aborde afin de l’appréhender dans sa profondeur. Pour en revenir aux exemples cités en début de mon texte, lire Socrate revient à comprendre que l’on lit l’opinion de Platon sur Socrate, comme lire un évangile revient à lire l’opinion de telle ou telle école chrétienne sur Jésus.
Il faut considérer ces textes pour ce qu’ils sont et essayer d’en tirer le moyen de se construire sa propre opinion. Une fois cela fait, on sera en mesure d’en tirer des moyens de progresser dans connaissance ou dans sa foi.

[1] Frédéric Lenoir. Socrate, Jésus, Bouddha. Trois maîtres de vie. 2009 – Librairie Arthème Fayard (Paris)

Du déconstructionnisme au négationnisme

À force d’entrendre ou de lire des choses plus que surprenantes, j’en suis venu à me demander ce qu’était cette nouvelle lubie de certains historiens : le déconstructionnisme.

Un peu de sémantique

Continuer la lecture

Magazine l’Histoire n° 430 de décembre 2016

Ce magazine propose un dossier intitulé : Les cathares. Comment l’Église a fabriqué des hérétiques.

Voici le courriel que je viens d’envoyer à sa directrice de la rédaction, madame Valérie Hannin.

Madame,

Il y a tant à dire sur la revue que vous venez de publier, essentiellement consacrée au « négationnisme » du Catharisme que j’ai du mal à savoir comment vous répondre sans y consacrer 300 pages. Pour faire simple et au risque de répéter certains arguments, je vais user d’une méthode simple qui va consister à répondre aux articles, les uns après les autres.

Dans l’édito, signé par L’Histoire — peut-être est-ce vous qui vous cachez sous ce pseudonyme —, je lis que la geste des cathares d’Occitanie est une légende bien enracinée. Votre a priori personnel est légitime et prouve qu’un auteur peut se départir de la fausse objectivité journalistique qui n’a jamais existé en aucun domaine, chacun exprimant forcément dans ses écrits une part de son opinion personnelle. Le titre « Pays cathare » est d’origine moderne et n’a donc rien à voir avec le Catharisme médiéval. Charles Schmidt fut effectivement un historien qui relança l’intérêt des chercheurs pour le Catharisme et il est vrai qu’il était encore fortement imprégné des opinions judéo-chrétiennes qui avaient été construites par la rhétorique catholique anti-cathare médiévale. L’idée que le Catharisme était une contre-Église (catholique et orthodoxe) est une idée effectivement fausse. C’était simplement une résurgence d’une Église chrétienne ignorée, quoique toujours active dans le sud de la Bulgarie.

[Digression destinée à expliquer la phrase précédente]
Les historiens ont toujours pensé que la transmission vers l’Occitanie s’était faite via les routes commerciales des Balkans, par la Rhénanie, le nord de la France puis était redescendue par l’Orléanais, l’Aquitaine et enfin le Toulousain. Dans mon livre j’ai étudié une autre possibilité, non pas concurrente, mais parallèle d’une transmission directe via les troupes de Raymond IV de Saint-Gilles, comte de Toulouse qui, après la mort du comte en terre sainte, rentrèrent à Toulouse pour soutenir son fils. Or, ces troupes avaient été renforcées d’éléments de l’armée de l’empereur Alexis 1er Comnène qui comptait dans ses rangs des pauliciens intégrés — en raison de leurs compétences militaires — après la chute définitive de leur ville Téphriké vers 872 – 875. Or, ces pauliciens étaient eux-mêmes des chrétiens dont la doctrine était fort proche de celles des marcionites dont on peut penser qu’ils furent à l’origine de la création de ce groupe, tout comme il est vraisemblable que les pauliciens initièrent à leur foi ceux que l’on appelle désormais les bogomiles et les cathares. [fin de la digression]

Malheureusement, aucune étude complète n’ayant jamais été entreprise sur ce sujet, les historiens des derniers siècles sont restés bloqués sur un texte qui signait, à leurs yeux, l’origine du Catharisme : Le slovo de Cosma le prêtre contre l’hérétique Bogomil. Sauf que ce texte contient une information importante à l’époque où il est écrit (vers 950), à savoir qu’il y a déjà cinq évêchés bogomiles en activité. Un historien aurait dû penser que cela indiquait une réelle antériorité de cette religion, mais aucun ne l’a fait. Par contre, ces sujets ayant fait l’objet d’études de la part d’historiens motivés, mais forcément influencés par une société judéo-chrétienne fort prégnante, la recherche d’une origine déviationniste fut une constante. Si tout le monde s’accordait pour dire que l’accusation de Manichéisme était due à la nécessité d’utiliser la réfutation de Manès écrite par Augustin d’Hippone, faute de disposer de personnes capables d’en produire une adaptée à la doctrine cathare médiévale, chacun chercha à trouver une origine plus ou moins lointaine de cette déviation du tronc catholique que plus personne n’imaginait considérer comme n’étant pas le seul point d’origine du Christianisme. On eu droit notamment à des hypothèses faisant surgir le Catharisme de l’Arianisme et, plus récemment, un des chercheurs le plus sérieux sur le sujet — Jean Duvernoy, opportunément absent de vos sujets — imaginait une déviation issue d’Origène, père de l’Église catholique accusé d’hérésie après sa mort en raison des déviances de ses disciples. Mais Origène, en bon père de l’Église, était parfaitement orthodoxe et opposé à ce qui allait devenir la doctrine cathare.
Ensuite vous parlez à juste titre des approches parfois romantiques, parfois occitanistes, voire protestantes, qui donnèrent au Catharisme des colorations qu’il n’a jamais eu.
Même aujourd’hui l’idée d’une dissidence catholique reste ancrée dans l’esprit d’historiens qui refusent de se plonger dans la doctrine qui leur montrerait à quel point ils se trompent. En effet, dès l’époque du moine rhénan Eckbert de Schönau, qui donna le premier ce nom de cathares à ces « hérétiques », il était observé plusieurs sortes d’accusés. Les uns étaient clairement des dissidents catholiques et en conservaient les pratiques (comme l’aumône), alors que les autres différaient dans leur discours et leurs pratiques et surtout, ils rappelaient qu’ils descendaient d’une lignée apostolique ininterrompue depuis le premier siècle. J’en profite pour vous signaler qu’il ne les accusait pas de baiser le cul des boucs, comme vous l’écrivez de façon erronée en encart rouge de votre édito, mais celui d’un chat blanc — représentation du diable à l’époque — d’où le nom Katzers, vaguement homophone de Ketzers désignant l’hérétique.
Je suis en outre fasciné de lire que vous prêtez foi, sans aucune réticence, à des affirmations d’historiens modernes, qui dénient toute valeur aux récits de contemporains des cathares sans jamais apporter d’autre preuve que leur conviction personnelle. Cela illustre bien la mentalité d’aujourd’hui qui à l’opposé de l’époque médiévale et des premiers siècles considère systématique que ce qui est ancien soit faux et ridicule et que ce qui est moderne soit forcément fiable. Dans dix ou vingt siècles, les historiens d’alors n’ont pas fini de rire de notre autosuffisance et de notre égo surdimensionné.

Dans l’article : Les cathares ont-ils existé ?, je voudrais signaler que les appellations des groupes religieux minoritaires ont toujours été imposées par ceux qui étaient majoritaires. Ainsi, les disciples de « l’oint du Seigneur » (Chrestius) furent-ils appelés Chrétiens par dérision de la part des « païens », possiblement à Antioche pour la première fois. De même, les protestants des Cévennes furent moqués du terme Parpaillots en référence à ce papillon éphémère que les catholiques voulaient comparer à des « hérétiques » dont ils souhaitaient la prompte disparition. Alors les « Cathares » eurent eux aussi droit à de nombreuses appellations, car on leur refusait le droit d’utiliser le seul terme qu’ils reconnaissaient : celui de Chrétiens. On les nomma selon leur métier (Tisserands), en référence aux mensonges qu’on leur attribuait (Piphles c’est-à-dire joueurs de pipeau), selon leurs habitudes gyrovagues (Phoundagiates : porteurs de besace), selon les groupes sociaux contestataires qu’ils avaient acquis à leur foi (Bogomiles, Patarins) et de quelques autres encore, sans oublier Albigeois pour ceux d’Occitanie. Il va sans dire que cet argument de langage ne saurait permettre de distinguer ces groupes ou de les réunir. Seule l’étude doctrinale dans ses fondamentaux le permet, mais nos historiens refusent d’y tremper un doigt de peur de se salir. M. Moore fait l’impasse totale sur le mouvement initié par Jean Duvernoy — et je le comprends ! — qui comprit le caractère évangélique de ces groupes. Anne Brenon et bien d’autres à l’exception notable de Michel Roquebert seront également oubliés tout au long de votre revue. Je note néanmoins que c’est à Mazamet en 2009 que fut enfin émise l’idée d’un Catharisme issu d’une origine très ancienne du Christianisme authentique. À l’époque la référence au Marcionisme fut évoquée. Les « déconstructionistes » menés par Monique Zerner et Jean-Louis Biget furent largement obligés d’afficher un profil bas après plusieurs démonstrations de leurs erreurs, tant par Jean Duvernoy que par Michel Roquebert, et ce notamment en 2005. Mais Jean Duvernoy est mort, Michel Roquebert n’est plus tout jeune, le Conseil général de l’Aude à laissé mourir le Centre d’études cathares-René Nelli, après lui avoir coupé les vivres et avoir fait partir les chercheurs sérieux comme Anne Brenon, dans l’espoir d’en faire un centre de vulgarisation au service d’un Catharisme touristique et économiquement viable, mais surtout acceptable par un département où l’influence du clergé catholique et notamment des dominicains de Fanjeaux pousse naturellement à l’autocensure. Je ne peux reprendre toutes les erreurs de cet article, mais je voudrais en finir avec celle prétendant à l’inexistence d’un clergé cathare. Elle est pathognomonique d’une vision unique du terme hiérarchie. En effet, les cathares avaient bien une hiérarchie composée d’anciens, de diacres, de fils mineur ou majeur et d’évêques. Mais elle n’était pas verticale comme nous connaissons nos hiérarchies d’aujourd’hui ou comme l’était celles des judéo-chrétiens d’alors. Elle était horizontale, c’était une hiérarchie de service, comme il convient à l’Église du Christ. Ceux reconnus par leurs pairs comme plus compétents et avancés dans la foi consacraient un peu de leur temps de service à l’administration du groupe, d’un ensemble de communautés ou d’un diocèse.

De l’article de Jean-Louis Biget : Fils du diable !, je retiendrai l’étude du dualisme. C’est un grand classique. On accusa d’abord les opposants au judéo-christianisme d’être dualistes, puis on leur retira le titre de Chrétiens pour les ranger dans une catégorie fourre-tout appelée Gnostiques, avant de les associer sur la base d’un élément doctrinal mal compris ou volontairement discriminant, comme celui de Manichéens. Pour finir, le terme dualiste permettait d’évoquer un dithéisme que l’on ne pouvait démontrer et ainsi masquer ce qu’il comportait de logique. En effet, le dualisme cathare tient au fait qu’ils comprenaient le concept d’omniscience et d’omnipotence d’un Dieu parfait dans le Bien d’une façon qui ne souffrait aucune exception, sauf à le dégrader de son titre divin. Là où les judéo-chrétiens essayaient de faire de Iahvé et du Dieu de Jésus un seul Dieu, les ancêtres des cathares — dès le premier siècle — avaient compris que le premier ne pouvait être Dieu, mais qu’il était Satan cherchant à se faire passer pour Dieu. Cela semble incompréhensible à certains aujourd’hui qu’il puisse y avoir un principe du Bien séparé, mais coéternel à un principe du Mal. Aussi veulent-ils à tout prix faire de Dieu le maître du Bien et du Mal, quitte à l’exonérer ensuite du Mal sur le compte de sa créature qui, créée dans le Bien et donc n’ayant aucune connaissance du Mal se serait, tout à coup mis à préférer ce dernier qui lui était inconnu à un Bien dont elle était baignée. Et on me parle d’incohérences dans la doctrine cathare ?
En fait le vrai problème est que les cathares considéraient que notre monde comportait une dualité entre sa partie matérielle diabolique, incluant nos corps, et la partie spirituelle divine qui y était emprisonnée, mais qu’à la fin de cette création maléfique, la part diabolique disparaîtrait et que la totalité de la part spirituelle reviendrait auprès de Dieu qui ne laisserait personne derrière (parabole de la brebis perdue). Les catholique eux considèrent sans rire que Dieu est créateur de tout, le temporel comme le spirituel et qu’à la fin des temps il rejettera une part significative de ses créatures dans un enfer éternel comme doivent certainement le faire à leurs yeux les parents bons et aimant qui se respectent. C’est là que je vois un dualisme sidérant !

Je passerai très vite sur l’article de M. Pegg, tant il est ridicule. Si la croisade avait un objectif politique, on imagine mal que le roi de France n’y ait pas participé pour protéger ses territoires. Maintenant que certains croisés ont préféré une guerre sainte en Europe plutôt que d’affronter les armées de Saladin est parfaitement admissible. Mais si l’armée était dirigée par le pouvoir politique on imagine mal les croisés faisant prisonnier le vicomte de Carcassonne, venu négocier, au point que cette grave entorse au code de chevalerie poussera plusieurs grands seigneurs à refuser la proie qui représentait le deuxième domaine le plus important après Toulouse.

Pour faire simple, ce numéro est tristement risible par sa partialité et dramatique quand on imagine qu’il puisse servir d’outil d’éducation de nos concitoyens. Vous avez sélectionné vos auteurs et vos références, mélangé à loisir les travaux et les entreprises visant à la résurgence d’un catharisme spirituel avec les manipulations économiques et politiques locales, sans oublier de confondre les entreprises du 20e siècle avec ce qui se passe depuis moins de dix ans. Cela signe plus qu’une incompétence, une volonté de dénigrement et une participation à une entreprise de destruction culturelle. Je le regrette, mais, le Catharisme est ressorti de l’oubli forcé où il fut enfermé pendant sept siècles, et ce ne sont pas des manœuvres de ce genre qui y changeront quoi que ce soit. Je vous plains sincèrement, mais reste à votre disposition si vous voulez en savoir plus sans vous astreindre à lire mon travail qui lui aborde dans le fond le sujet de la doctrine cathare si absente de vos articles.

Avec ma sincère et profonde Bienveillance.

Éric Delmas, responsable du site et du compte Facebook Catharisme d’aujourd’hui, auteur du livre éponyme.

P.S. : Je comprends que vous ne puissiez publier ma lettre en entier, vu sa longueur imposée par le sujet, aussi je vous demande de n’en publier aucun extrait qui serait susceptible d’en dénaturer le propos. Je vais la publier sur mon site et ma page Facebook.

La grenouille et le scorpion.

Une fable d’origine inconnue

Cette fable, dont l’auteur reste inconnu, pourrait trouver son origine chez Ésope, le fabuliste grec qui dans Le laboureur et le serpent gelé reprend le même thème. Il a aussi inspiré Jean de La Fontaine pour deux fables qui inversent le propos final. Continuer la lecture

Haïssons-nous les uns les autres !

La haine comme seul moteur du monde ?

Certes, la crise et la peur font toujours ressortir les pires instincts de l’humanité. Mais aujourd’hui je reste sans voix, ou presque, en voyant le tournant que prend la campagne électorale française. Simultanément, une chaîne d’information continue, plutôt considérée comme ultra-libérale et très droitière, nous fait entendre un discours d’un candidat d’un parti démocratique de droite et un micro-trottoir réalisé dans l’assistance venue l’écouter. Reprenant, mot pour mot, ses propos, elle remarque que la plupart des interlocuteurs approuve sans réserve, voire en rajoute une louche, des propositions du candidat sur le refus de l’immigration, y compris de réfugiés de guerre, sur la volonté d’exclusion pour motifs religieux et sur le désir d’un isolationnisme du pays vis-à-vis de l’Europe, et donc du monde. Certaines propositions encore plus dures comme le rétablissement de la peine de mort ou de la perpétuité réelle, l’expulsion d’immigrés sans emploi, l’obligation d’employer les français avant les autres, le refus des aides sociales sur des critères nationaux, etc. font également florès. Et, quand la journaliste dévoile que l’ensemble des propositions sont en fait celles émises lors de la campagne de 2012 par le parti d’extrême droite, les sondés ne s’en inquiètent pas et trouvent normal que ces propositions extrémistes deviennent désormais des propositions « républicaines ». Continuer la lecture

De la démocratie à l’« athéocratie » ?

La démocratie un état politique et social virtuel ?

La démocratie est louée de tous côtés et dans le même temps, chacun passe son temps à en critiquer la mise en pratique selon sa compréhension intéressée, pour au final considérer que la démocratie n’existe pas. Continuer la lecture

Apocalypse now ?

Apocalypse et christianisme

Certes, je reprends ce terme — tiré du titre d’un film culte —, mais ce n’est pas pour faire un effet de style. Il n’échappe à personne que, quelque soit le lieu où se portent nos yeux sur cette terre, et même dans notre pays, tout semble se dégrader de plus en plus vite et les menaces globales semblent plus importantes que jamais. Mais, quand on commence à réfléchir comme cela, la crainte de l’emballement ou de la vision simpliste n’est pas loin. Le catastrophisme est à la mode et y céder peut sembler trop facile et exagéré. Continuer la lecture

L’athée, un croyant qui s’ignore ?

Les rapports houleux de l’homme envers la religion

Depuis que l’homme est homme, c’est-à-dire depuis qu’il a acquis cette capacité d’abstraction développée qui fait son originalité et qui a modifié radicalement les comportements des homo neanderthalensis et des homo sapiens qu’elle a touché, dans une période qu’il nous reste à préciser et qui se situerait entre 100 000 et 40 000 ans, il a toujours voulu créer une hiérarchie dont il n’était pas l’échelon le plus haut. Se plaçant juste en dessous d’une entité transcendante, qu’il ne sait pas encore nommer, il crée un rapport d’autorité qui lui permet de résoudre les conflits mimétiques provoqués au sein de la société qu’il a créé par le regroupement de cellules sociales nucléaires. Ce système va évoluer au fil du temps, mais il conservera une évidence, l’homme n’envisage pas de se passer d’un Dieu. Continuer la lecture

Les six aveugles et l’éléphant

Permettez-moi de vous proposer ce conte hindou fort prisé dans la religion jaïn :

Les six aveugles et l’éléphant

Un jour de grand soleil,
Six aveugles originaires de l’Hindoustan,
Instruits et curieux,
Désiraient, pour la première fois,
Rencontrer un éléphant
Afin de compléter leur savoir…

Le premier s’approcha de l’éléphant
Et, alors qu’il glissait
Contre son flanc vaste et robuste,
Il s’exclama : « Dieu me bénisse,
Un éléphant est comme un mur ! ».

Le deuxième, tâtant une défense
S’écria « Oh ! Oh !
Rond, lisse et pointu!
Selon moi, cet éléphant
Ressemble à une lance ! »

Le troisième se dirigea vers l’animal,
Pris la trompe ondulante
Dans ses mains et dit :
« Pour moi, l’éléphant est comme un serpent »

Le quatrième tendit une main impatiente,
Palpa le genou
Et fut convaincu qu’un éléphant
Ressemblait à un arbre !

Le cinquième s’étant saisi par hasard de l’oreille, dit :
« Même pour le plus aveugle des aveugles,
Cette merveille d’éléphant
Est semblable à un éventail ! »

Le sixième chercha à tâtons l’animal
Et, s’emparant de la queue qui balayait l’air,
Perçu quelque chose de familier :
« Je vois, dit-il, l’éléphant est comme une corde ! »

Alors, les six aveugles
Discutèrent longtemps et passionnément,
Tombant chacun dans un excès ou un autre,
Insistant sur ce qu’il croyait exact.
Ils semblaient ne pas s’entendre,

Lorsqu’un sage, qui passait par-là,
Les entendit argumenter.
« Qu’est-ce vous agite tant ? » dit-il.
« Nous ne pouvons pas nous mettre d’accord
Pour dire à quoi ressemble l’éléphant ! »

Et chacun d’eux lui dit ce qu’il pensait à ce sujet.
Le sage, avec son petit sourire, leur expliqua :
« Vous avez tous dit vrai !
Si chacun de vous décrit l’éléphant
Si différemment,
C’est parce que chacun a touché
Une partie de l’animal très différente !
L’éléphant à réellement les traits
Que vous avez tous décrits. »
« Oooooooh ! » s’exclama chacun.

Et la discussion s’arrêta net !
Et ils furent tous heureux d’avoir dit la réalité,
Car chacun détenait une part de vérité.

Continuer la lecture