L’alimentation cathare-2 : le végétalisme

L’alimentation cathare : le végétalisme

S’il est un point qui suscite de la curiosité et de l’intérêt de la part de celles et ceux qui découvrent le catharisme, je crois pouvoir dire qu’il s’agit de l’alimentation des Bons-Chrétiens.
Je précise ce dernier point car il faut comprendre que le simple croyant, c’est-à-dire celui qui mène une vie de citoyen classique, qui ne vit donc pas en maison cathare ni comme novice ni comme consolé, n’a aucune obligation alimentaire particulière, même s’il est très engagé dans sa foi.
De ce point de vue il est même moins contraint que ne l’est un croyant catholique, par exemple, qui est tenu d’observer les restrictions alimentaires du vendredi et du carême de Pâques.

Qu’est-ce que le végétalisme ?

Le végétalisme, appelé en France alimentation végane, consiste à ne consommer que des aliments n’ayant aucune origine animale, c’est-à-dire y compris les aliments provenant d’une exploitation animale n’impliquant la mise à mort de ce dernier.
Donc, outre les aliments classiques qui nécessitent de tuer l’animal comme la viande, le poisson et les fromages à présure animale, le végane va également refuser les aliments nécessitant le recours à un élevage — considéré comme une violence — puisque supprimant la liberté de l’animal. C’est le cas des œufs, du miel et des produits laitiers. Ce dernier cas est intéressant car l’obtention de lait animal constitue une double forme de violence et est mortifère pour l’animal considéré. En effet, outre le contexte d’élevage, la femelle est engrossée de façon excessive par rapport à sa vie naturelle, ce qui provoque un épuisement responsable d’une espérance de vie réduite de façon importante, jusqu’à 80% dans le cas des vaches d’élevage par exemple. Il faut aussi compter sur les pratiques habituelles qui visent à retirer le petit à sa mère, ce qui engendre un stress des deux animaux et, le plus souvent à tuer ce dernier qui fournira, outre la viande, la présure présente dans son estomac quand il s’agit d’un ruminant.

Quel est le régime alimentaire normal de l’homme ?

Aujourd’hui l’homme est dit omnivore, c’est-à-dire qu’il consomme presque de tout ce que la nature produit. Le plus souvent il tend à transformer les aliments ce qui peut avoir des effets néfastes sur les qualités nutritives de ces derniers.
Mais il n’en a pas toujours été ainsi.
En effet, à l’origine les hominidés comme les Australopithèques étaient frugivores-granivores, c’est-à-dire strictement végétaliens, comme le sont aujourd’hui beaucoup de grands singes, comme les gorilles par exemple.
L’introduction de produits carnés s’est faite assez tôt (entre 2 et 1 millions d’années avant notre ère) par le biais d’insectes et de petits animaux consommés dans un cadre de nécrophagie. Cette activité de charognard occasionnel doit être considérée comme opportuniste mais elle va devenir l’occasion d’un changement de mode de vie, car la viande procure une qualité alimentaire telle qu’elle permet de réduire sensiblement le temps consacré à l’alimentation. C’est pourquoi, assez rapidement l’homme va devenir chasseur-cueilleur et, plus tardivement, éleveur-cultivateur.

Obligations alimentaires

La science nous enseigne qu’il existe deux obligations alimentaires essentielles pour l’homme qui sont liées à l’impossibilité pour le corps humain de synthétiser les acides aminés essentiels et la vitamine B12.
Si ces deux éléments se retrouvent facilement dans le cadre d’une alimentation animale, incluant notamment des ruminants, ils sont parfois délicats à se procurer dans une alimentation strictement végétalienne, surtout pour ce qui concerne la vitamine B12.

Les acides aminés essentiels

Les acides aminés essentiels, qui sont globalement au nombre de huit pour les adultes sains (le tryptophane, la lysine, la méthionine, la phénylalanine, la thréonine, la valine, la leucine et l’isoleucine), ne peuvent pas être synthétisés directement en quantité suffisante par notre organisme. Cependant, ils se trouvent dans l’alimentation végétale. Pour autant une grande vigilance s’impose dans un régime végane car il faut consommer quotidiennement l’ensemble des ces acides aminés pour que les réactions enzymatiques puissent se faire correctement afin de produire les protéines vitales nécessaires. Il faut donc associer sur la journée les légumineuses et les céréales qui vont apporter, de façon complémentaire, les acides aminés indispensables. Cela est d’autant plus important que certains d’entre eux participent à la synthèse d’autres acides aminés essentiels.

La vitamine B12

Il circule énormément d’informations erronées au sujet de cette vitamine essentielle à la vie humaine.
« La vitamine B12 (Cobalamine) provient de micro-organismes (bactéries) et du fait de son rôle essentiel pour la santé, reçoit parfois le sobriquet de « reine des vitamines ». La cobalamine est un des co-enzymes essentiels qui participent au métabolisme de toutes les cellules reproductrices, notamment la formation des globules sanguins, des nerfs, du matériel génétique et du métabolisme des protéines. La cobalamine appartient au groupe restreint des vitamines hydrosolubles (solubles dans l’eau) dont font partie le complexe des vitamines B et la vitamine C. Elle peut être stockée dans le foie, ce qui signifie qu’en principe il n’est pas obligatoire d’en consommer quotidiennement. En cas d’excès, le surplus est éliminé par les reins via l’urine grâce à la propriété hydrosoluble de cette molécule[1]. »
On comprend aisément l’extrême importance de l’apport régulier de cette vitamine dans notre alimentation, d’autant que le stockage hépatique n’excède pas trois ans chez les individus en bonne santé.
Chez l’homme, l’absorption se fait au niveau de la salive et dans le bas de l’intestin grêle (iléon). La voie principale d’absorption est liée au facteur intrinsèque, produit dans l’estomac, mais on a mis en évidence une absorption lente et régulière tout au long de l’intestin grêle, en l’absence de facteur intrinsèque.
Bizarrement, l’homme produit lui aussi de la vitamine B12, par l’intermédiaire de bactéries présentes… dans le gros intestin (colon). Comme la production intervient après les zones où la vitamine B12 peut être absorbée dans notre organisme, elle est inefficace en usage normal. Mais cela explique certains comportements des grands singes, dont on peut penser qu’ils furent les nôtres il y a quelques millions d’années. En effet, les études ont montré qu’un comportement particulier était existant chez les jeunes singes (il disparaît s’ils sont élevés en captivité mais on en trouve des traces chez les enfants humains ce qui pourrait confirmer qu’il est bien inné). Il s’agit de la coprophagie, c’est-à-dire de la consommation de ses propres selles. Ainsi, la vitamine B12 produite dans le colon et rejetée immédiatement dans les selles peut-elle être absorbée au niveau de la bouche (salive) et de l’iléon.
De même, ces bactéries productrices se trouvent dans la terre et la consommation de légumes peut ou pas nettoyés peut expliquer l’absorption de vitamine B12 dans certaines populations dont l’hygiène corporelle peut également laisser penser à une coprophagie indirecte et involontaire.
Cependant il est clair que dans le cadre d’un hygiène rigoureuse et compte tenu de l’appauvrissement de nos sols en matière organique, en raison de cultures sur sols pauvres ou utilisant des pesticides, l’apport de vitamine B12 est à peu près impossible de nos jours.

Compensations alimentaires

Si nous voulons respecter, ou nous approcher, des règles alimentaires cathares, il faut donc gérer avec une extrême prudence et une grande attention nos apports alimentaires.
Concernant les acides aminés essentiels, il faut veiller à un apport quotidien — idéalement à chacun des deux principaux repas — de légumineuses et de céréales dont la combinaison permettra l’apport et la synthèse des acides aminés essentiels.
De façon concomitante, nous devons nous supplémenter en vitamine B12, une fois par jour à des doses garantissant l’apport minimal nécessaire.

Problématique spécifique de la vitamine B12

Si l’apport quotidien nécessaire pour un individu sain semble faible (de l’ordre de 1,5 à 2 microgramme[2] par jour), la compensation rencontre des problèmes selon les situations.
En effet, plusieurs facteurs viennent entraver les apports quotidiens.
Par exemple, un régime végétarien (également appelé ovo-lacto-végétarien) qui n’apporte pas de viande animale (notamment de ruminants), pour peu qu’il soit aussi pauvre en fromage à présure animale, peut enclencher un appauvrissement en vitamine B12 qui va forcer l’organisme à puiser dans ses réserves hépatiques. À terme, une carence peut s’installer.
Autre problème qui vient se rajouter au premier. Beaucoup ont cru que certains végétaux, notamment les algues (spiruline), les champignons et certains composés à base de soja (tempeh), comportaient de la vitamine B12 assimilable par l’homme. Les dernières études montrent qu’il s’agit d’analogues à la vitamine B12 totalement non assimilés.
Les troubles digestifs, qu’ils soient d’origine pathologique ou chirurgicale, peuvent empêcher la synthèse du facteur intrinsèque, empêchant ainsi l’absorption de la vitamine B12. Cette malabsorption est elle aussi cause de troubles empêchant son absorption, ce qui crée un cercle vicieux extrêmement dangereux.
L’âge est également un facteur d’appauvrissement en facteur intrinsèque, notamment en raison de la baisse de compétence du tractus digestif dans le domaine de l’absorption de la vitamine B12.
Au total, non seulement il existe de nombreux facteurs réduisant l’absorption de la vitamine B12, mais une carence vient encore les majorer et peut rapidement créer une situation critique qui peut produire des troubles sanguins et neurologiques.

Il faut donc compenser ces problèmes par un apport en vitamine B12 sous forme de complément alimentaire. Il existe différentes formes de compléments en vitamine B12. Les deux plus connus sont la cyanocobalamine et la méthylcobalamine.
La supplémentation doit intervenir au mieux dans les trois premières années du régime alimentaire susceptible de provoquer un appauvrissement, c’est-à-dire le végétarisme strict (ovo-lacto-végétarisme) et, bien entendu, le végétalisme (régime végane).
Si d’autres facteurs viennent se surajouter, il est conseillé de ne pas se contenter d’une supplémentation, mais d’opter pour un traitement correctif d’au moins une année.
Cela est d’autant plus facile à faire que le surdosage en vitamine B12 est sans danger car il s’agit d’une vitamine hydrosoluble, facilement éliminée par les reins. Au pire, notamment en cas de problème rénal, le risque encouru est de développer une acné.
La supplémentation peut jouer sur les deux voies d’absorption, pour les individus en bonne santé et non carencés, en prenant de petites doses fractionnées en deux ou trois prises dans la journée (de 100 à 500 microgrammes par jour). Pour les autres, la liaison au facteur intrinsèque étant douteuse voire nulle, il faut une supplémentation plus forte et en dose unique (500 à 1000 mcg/j). Enfin, les carencés, ou ceux qui pensent l’être doivent rétablir un état d’équilibre par un apport quotidien régulier de 1000 mcg utilisant, si possible, les deux voies d’absorption (buccale et iléale), par exemple via des comprimés à croquer. Dans ces derniers cas, le recours à la forme active (méthylcobalamine) est plus que préférable.
Une supplémentation simple recourant à la cyanocobalamine par des gélules végétales de vitamine B12 (Solgar®) dosées à 500 mcg (50 gélules par flacon) est suffisante en prévention et en l’absence de signes de carence ou de risque carenciel associé. Dans les autres cas on pourra utiliser de la méthylcobalamine en comprimés à croquer (Solgar®) dosés à 1000 mcg (30 comprimés par flacon). Ces produits reviennent à moins de 20 € chacun. Cela fait un traitement à 20 €/mois dans le dernier cas et à 10 €/mois dans le précédent. Dans les cas de carence avérée et selon sa gravité on peut doubler la dose de méthylcobalamine ou associer les deux formes, ce qui porte le coût à 30 ou 40 €/mois. Le traitement de fond est à prendre à vie et le traitement de choc est à évaluer avec son médecin ou son nutritionniste en fonction de l’évolution des symptômes et des résultats d’examen.

Conclusion

L’alimentation végétalienne, si elle correspond à notre choix spirituel et si elle tend à intéresser de plus en plus de personnes désireuses d’une alimentation moins riche, moins génératrice de troubles alimentaires et généraux et d’un meilleur respect des animaux, doit faire l’objet d’une mise en œuvre réfléchie et très sérieuse au risque de développer des troubles graves et difficilement curables en l’absence de diagnostic.
Il faut rappeler qu’à ce jour, les prises de sang ne permettent pas de doser efficacement la vitamine B12 efficace, car des formes inactives circulent dans notre sang qui ne contient qu’une toute petite partie de cette vitamine, l’essentiel étant stocké dans les cellules. C’est donc un test urinaire qui va renseigner sur la présence efficace de vitamine B12 dans nos cellules (test de l’acide méthylmalonique MMA) dont un taux élevé est indicateur d’une carence en vitamine B12.

[1] Définition issue du site Vitamine B12 et la santé du Dr Schweikart : http://www.vitamine-b12.net/b12/
[2] Le microgramme (mcg) est parfois signalé sous son ancienne unité de mesure, le gamma-gramme (μg)