La résurgence cathare est-elle possible ?

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La résurgence cathare est-elle possible ?

Le catharisme est-il définitivement mort et enterré ?

Près de sept siècles se sont écoulés depuis la mort du « dernier » cathare consolé, Guillaume Bélibaste mort en 1321, sans qu’apparemment rien ne permette de dire qu’une sorte de permanence de cette religion lui ai survécu. Il n’est donc pas anormal de considérer cette religion comme morte.

Mais que veut dire le mot mort concernant une pensée spirituelle, une idéologie, un concept détaché du monde ? Quand le christianisme tenta de supplanter les religions de la Rome antique, avec l’aval des empereurs, ces religions antiques ne se sont pas éteintes. Plusieurs siècles après on trouvait encore des statuettes de lares dans les foyers médiévaux. Le catholicisme dû même « superposer » certaines de ses fêtes à des fêtes païennes qu’il ne parvenait pas à faire oublier.

Il semblerait donc que des pensées aussi puissantes que les pensées spirituelles ne s’éteignent pas vraiment, mais qu’elles subsistent sous différentes formes, parfois même à l’insu de la compréhension de ceux qui les véhiculent, sous forme de contes, de chansons, etc. Je racontais cette conversation avec un homme de la région qui me parlait de ses souvenirs d’enfants quand une vieille tante conservait une poêle neuve, accrochée à sa cheminée, pour la donner à un potentiel bonhomme, afin qu’il puisse se faire à manger sans courir le risque d’y trouver une quelconque graisse animale. Sur Facebook®, ce récit me valu immédiatement une réponse d’un monsieur qui conservait — par transmission familiale — un caquelon de terre cuite qu’ils appelaient « patarinon », en étrange résonnance avec le nom des cathares du Nord de l’Italie.

Mais suffit-il de dire que l’on croit le catharisme mort, ou au contraire qu’on le croit capable de resurgir à notre époque, sans argumenter ce point de vue ? Non, bien entendu. Aussi vais-je essayer d’argumenter mon point de vue.

Une spiritualité dans le monde

Le catharisme présente une particularité par rapport aux autres christianismes connus. En effet, pour lui le monde n’est pas une création divine. Dieu en est même absent, mais il demeure cependant tout-puissant sur le bien qu’il détient prisonnier. Donc, a priori on voit difficilement comment ce qui relèverait de Dieu pourrait disparaître contre sa volonté. Mais ce n’est pas un point de vue scientifique.

Comment l’Église cathare est-elle apparue ? Les historiens buttent en général sur un moment qu’ils considèrent comme historiquement être le témoignage de la première manifestation du catharisme : le discours de Cosmas le prêtre contre bogomile. Ce texte indique pourtant, qu’au moment où son auteur interroge le « bogomile », ce dernier reconnaît l’existence de cinq évêchés déjà implantés. Il faut donc admettre que cet instant n’est pas l’origine de cette religion. D’ailleurs Evervin de Steinfeld, quand il interroge des cathares à Cologne, les entend affirmer une filiation apostolique directe.

Malheureusement, les chercheurs n’avaient pas trouvé le moyen de remonter ce fil pour en trouver l’origine. Avec un ami qui avait largement débroussaillé le terrain avant moi, j’ai fait le chemin inverse. Partant du premier siècle j’ai tenté de montrer qu’un courant « chrétien » avait bien évolué, dès la première moitié du premier siècle, vers des groupes religieux qui étaient vraisemblablement les « ancêtres » des cathares. Comme je l’explique dans mon livre, la « filiation » doctrinale entre ces groupes permet d’établir une filiation historique, certes parfois ténue, qui va de Paul de Tarse aux bogomiles en passant par certains « gnostiques » (Ménandre, Satornil), puis Marcion et les pauliciens. Ces derniers auraient même pu importer leur doctrine en Languedoc par deux voies (simultanées ou pas) via le déplacement des bogomiles en Europe centrale jusqu’en Rhénanie et via les troupes de Raimond IV de Saint-Gilles, revenant soutenir son fils cadet après sa mort en croisade.

La filiation historique, pour utile qu’elle soit n’est pas essentielle dans une religion. On voit bien aujourd’hui que malgré l’éradication du nazisme, des groupes se développent en s’en revendiquant sans qu’aucun de leurs membres n’en ait reçu une transmission directe.

Pourtant le catharisme comportait des éléments qui pourraient laisser croire qu’il lui est impossible de renaître de ses cendres.

En effet, le sacrement de la Consolation est essentiel au développement du catharisme. Sans lui, pas de chrétien consolé, donc pas de communauté évangélique, donc pas d’Église constituée. Or, le rituel de la Consolation nous montre bien deux cathares consolés imposant les mains au novice au cours de la cérémonie. Est-ce que sans ces cathares consolés un tel rituel reste possible ? Non vous diront certains historiens.

Pourtant l’étude sérieuse des documents nous donne à connaître un point essentiel des rituels cathares. Les bons chrétiens, contrairement à ce qui se passe dans les cérémonies catholiques, ne transmettent rien par eux-mêmes. Ils ne sont que des intermédiaires entre le novice et le Saint-Esprit. De même qu’à la Pentecôte, les disciples n’ont pas reçu le baptême d’esprit de mains d’hommes, mais directement du Saint-Esprit, lors de la Consolation le novice le reçoit lui aussi du Saint-Esprit et non pas des bons chrétiens. Cela se confirme avec le rituel de l’Amélioration. Là aussi, le cathare impose les mains, mais il exprime son rôle d’intermédiaire et pas du tout un quelconque rôle d’apport sacramentel.

Dans l’absolu, l’absence de cathare n’interdit pas la Consolation de pouvoir se faire. Ce qui d’un point de vue logique est cohérent avec la doctrine cathare, car si le mal devait se contenter d’éliminer physiquement les porteurs du bien pour l’empêcher d’agir, cela reviendrait à dire que Dieu est impuissant !

D’un point de vue doctrinal et spirituel, rien n’empêche donc le catharisme de se relever.

Mais est-ce que le contexte historique le permet ? Est-ce qu’il est opportun qu’il le fasse ?

J’emploie à dessein depuis le début de mon texte des arguments que vient de m’opposer un chercheur qui me semble compétent et bien informé.

Existe-t-il un contexte historique favorable à l’émergence d’une religion ? J’avoue que plus je me pose la question, plus je me dis que le seul contexte historique réellement de nature à pousser les hommes vers la religion serait celui… de la fin du monde ! En dehors de ce cas extrême, les hommes se sont sentis attirés par la religion ou pas selon des moments de leur histoire variés et notre époque n’est pas si différente. Certes, depuis le siècle des Lumières, la science a supplanté la religion dans les esprits, car les hommes pensaient qu’elle résoudrait tous les problèmes et qu’elle pourrait invalider Dieu.

En fait, elle a certes invalidé une certaine compréhension humaine de Dieu et résolu bien des problèmes de l’humanité, mais elle montre aussi ses failles qui confirment qu’elle n’est pas forcément toute-puissante.

L’opportunité d’une religion est en général de se manifester quand les hommes souffrent et cherchent des raisons d’espérer. Ce monde est-il si serein et dénué de toute souffrance qu’une religion n’ait pas d’opportunité à proposer aux hommes une voie de salut ? Je ne le pense pas.

Le catharisme est-il approprié à notre époque ?

La question qui me semble devoir être la plus pertinente, mais que l’on ne m’a pas posée, est de savoir si l’offre religieuse actuelle justifie d’une résurgence cathare ?

En quoi le catharisme pourrait-il proposer quelque chose d’intéressant dans un Occident où l’offre chrétienne, mais aussi juive et musulmane fait florès ?

Je pense qu’il faut comprendre la religion cathare pour que la réponse affirmative devienne une évidence.

Contrairement aux religions que je viens de citer, le catharisme dispose d’un atout qui permet à des hommes de toutes les époques de lui trouver de l’intérêt. En effet, il dissocie Dieu du monde et le cantonne strictement à la sphère du bien.

Dans un monde où le mal semble croître à l’envi, une religion qui explique clairement que Dieu ne peut en être l’auteur ouvre forcément des perspectives encourageantes. Si en plus elle n’en attribue pas la responsabilité à l’homme, mais le place en victime innocente, c’est encore mieux. Enfin, si elle explique comment l’homme en ce qu’il ressent de plus profond en lui est assuré du salut, c’est Byzance ! On le voit, même d’un point de vue athée, ce programme ne pourrait être que vendeur.

C’est quand l’humanité est en souffrance, et elle le fut en permanence quand on regarde bien l’histoire, qu’elle est réceptive à des propositions religieuses. Mais si les principales religions mettent l’homme en position de responsabilité de ses malheurs et ne lui proposent qu’un cheminement hasardeux pour espérer en sortir, le catharisme est lui porteur d’un infiniment plus optimiste.

Donc, oui, le catharisme est parfaitement adapté à notre époque et sa résurgence pourra rencontrer des esprits à qui il proposera une meilleure lecture de leur état et de leur avenir que ne font les autres religions.

Mais les hommes sont-ils en mesure d’accueillir ce message ?

C’est là une question à laquelle je ne crois pas qu’il y ait de réponse facile et assurée.

En fait, je dirais que ce n’est pas une question pertinente. Notre état d’être vivant dans ce monde nous fixe des limites intellectuelles, et parfois spirituelles, qui nous empêchent de comprendre quelques points pourtant essentiels.

D’une part Dieu est tout-puissant sur le bien. Donc, si nous considérons être une part de bien prisonnière du mal, Dieu est tout-puissant sur nous. Cela veut dire que, d’une part le temps est sans prise sur nous, puisqu’à l’image de Dieu nous sommes éternels dans notre part spirituelle, et que d’autre part le mal est sans pouvoir sur nous ce qui nous garantit de pouvoir lui échapper au moment opportun. Si ce message est diffusé aux hommes, nul doute qu’ils finiront par le percevoir et, un jour, par l’entendre.

Pour autant la diffusion de ce message sera très difficile et très lente. Comment pourrait-il en être autrement dans un monde où le catharisme a disparu de presque toutes les mémoires et où les messages contradictoires ont acquis le statut de vérité indiscutable ?

Chaque génération ne verra que peu d’hommes capables de recevoir ce message et notre enfermement en ce monde sera, en terme de temps mondain, extrêmement long. Mais n’oublions pas la parole cathare : « Si le Mal est vainqueur dans le temps, le Bien est vainqueur dans l’éternité. »

C’est pourquoi je pense que la résurgence cathare est nécessaire, pour aider celles et ceux qui sont déjà convaincus de sa pertinence et qui recherchent un moyen de se rassembler pour cheminer ensemble, mais aussi pour apporter la connaissance de ce qu’est le christianisme cathare aux autres, qui le comprendront ou pas et qui passeront leur chemin ou bien auront envie de mieux l’approfondir. Ce sera leur liberté. Par contre, refuser de remettre en place l’Église cathare reviendrait à décider qu’ils n’ont pas le droit d’avoir ce choix. Et cela serait profondément injuste et tout à fait inacceptable.

Éric Delmas, novice cathare à Carcassonne.

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