L’Église cathare et l’argent

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Dans ce monde, dont l’argent est devenu le Dieu, tout regroupement durable de personnes sur des objectifs inusités donne lieu à des spéculations sur un objectif caché qui ne peut être que celui de l’argent. Cette obsession mondaine est même si forte qu’elle figure en bonne place dans les critères de sectarisme de la Milivudes.
Aujourd’hui, des projets de communauté de vie se montent avec pour objectif premier d’économiser de l’argent. D’autres, placent cet avantage en bonne place dans leurs choix.
Alors, forcément, comment envisager la mise en place d’une communauté évangélique cathare sans aborder cette problématique ?

Le système judéo-chrétien

L’épisode du couple Ananie et Saphire qui figure dans les Actes des apôtres nous montre l’exigence de la communauté pétrinienne vis-à-vis de l’argent des membres désirant la rejoindre. Même si l’image de la mort du couple ayant distrait un peu d’argent à ce qui est remis à la communauté doit être pris au sens allégorique de la mort vis-à-vis de la communauté et non pas de la mort physique, il n’en reste pas moins qu’elle renforce la notion que l’appartenance à la communauté doit s’accompagner du don intégral des biens personnels de celui qui sollicite l’entrée en vie chrétienne.
Ce principe s’est assoupli au fil des siècles mais il s’est également répandu dans tous les groupes issus du judéo-christianisme, schisme après schisme.
Un texte mis en valeur récemment, Vivre en communauté, une nécessité inéluctable, daté du XVIIe siècle, montre que pour les communautés protestantes — en l’occurrence anabaptistes — rien n’a changé dans cette approche exclusive et rigoriste.
Il n’est pas étonnant de constater la prospérité d’églises qui prônant la pauvreté de ceux qui s’y engagent pleinement, oublient un peu facilement qu’elles doivent elles aussi faire preuve de mesure.

La référence christique

Sur quoi se basent les chrétiens quand ils parlent de dépossession que doivent réaliser ceux qui veulent vivre une vie chrétienne authentique et intégrale ?
Il s’agit de l’épisode dit du jeune homme riche que l’on trouve dans les évangiles canoniques. Fait notable, cette histoire se retrouve dans tous les évangiles synoptiques ce qui signe l’importance qui y est attachée. Elle figure dans Matthieu (XIX, 16-26), dans Marc (X, 17-27) et Luc (XVIII, 18-27). Le récit est très proche, ce qui peut signer une origine commune, et d’égale longueur ce qui peut signifier qu’il n’a pas subi d’altérations.

À titre d’information et d’analyse je reproduis ici la version de Luc (éditions de La Pléiade) qui fait intervenir un homme plus âgé et donc plus au fait des obligations religieuses.

« Un chef lui demanda : Bon maître, qu’est-ce que je peux faire pour hériter de la vie éternelle ?
Jésus lui dit : Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n’est bon, que Dieu seul.
Tu sais les commandements : Tu ne seras pas adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne témoigneras pas à faux ; honore ton père et ta mère.
Il dit : J’ai gardé tout cela dès ma jeunesse.
À cette parole, Jésus lui dit : Une chose te manque encore : vends tout ce que tu as et distribues-en le prix aux pauvres ; et tu auras un trésor dans les cieux. Et viens ici, suis-moi.
À ces paroles il devint triste, car il était fort riche.
Jésus le vit et dit : Comme il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le règne de Dieu !
Il est en effet plus facile à un chameau d’entrer par un trou d’aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le règne de Dieu.
Ceux qui l’écoutaient lui dirent : Et qui peut être sauvé ?
Il dit : Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. »

Lecture cathare de cette parole

Comment peut-on analyser ce texte quand on veut se positionner du point de vue cathare ?
Tout d’abord il faut noter que Jésus montre que la voie juste, imposée par le Dieu juste — celui d’Abraham et de Moïse —, est insuffisante pour atteindre le salut.
En effet, dans la loi juive, l’enrichissement personnel n’est pas interdit et l’on verra dans certains courants protestants qu’il en va de même.
Pour autant Jésus n’invalide pas ces commandements moraux qui peuvent donc tout à fait être observés par des croyants cathares à titre de conduite morale, tout en sachant qu’ils sont insuffisants à les mener à une bonne fin.
Ensuite Jésus délivre la clé du salut. Il s’agit d’un détachement personnel des biens matériels qui sont un obstacle insurmontable à tout espoir de salut. Mais cela vaut également pour l’ensemble de l’Église cathare. En fait, l’homme comme l’Église ne doivent pas accumuler mais user du strict nécessaire.
C’est pourquoi Jésus ne dit pas à l’homme de donner ses biens à la communauté des disciples pour assurer sa subsistance, mais d’en donner le profit aux pauvres, c’est-à-dire à ceux qui n’ont pas le strict nécessaire. De même, celui qui rejoindrait une communauté évangélique cathare, devrait se déposséder à sa guise de son superflu mais pas forcément au profit de la communauté et cette dernière ne serait en aucune façon légitime à prétendre retenir quoi que ce soit d’un éventuel don. Car si l’un des membres vient à changer d’avis et désire quitter la communauté, c’est qu’il comprend qu’il n’est pas prêt à vivre en vue de son salut proche. Donc, cet homme ne peut être dépossédé de ses biens. L’Église, et particulièrement la communauté évangélique qui, elle prétend vivre en vue d’un salut proche, ne saurait en aucune façon refuser de lui rendre ses biens éventuellement donnés à l’époque où il croyait pouvoir suivre cette voie.
Redevenu simple croyant, il est libre de récupérer son bien — sans que cela mette en danger la communauté — et d’en faire l’usage qui lui plaît, y compris envers la communauté.

Mise en pratique pour un catharisme d’aujourd’hui

Dans l’hypothèse de la mise en place d’une communauté évangélique dans les années qui viennent, comment devrions-nous procéder pour être en accord avec cette pensée sans tomber dans le piège du système judéo-chrétien évoqué en début de sujet ?
Tout d’abord, contrairement à ce qu’exigeait la communauté pétrinienne ou à ce que prône de façon excessivement appuyée Andreas Ehrenpreis pendant plus de la moitié de son texte : Vivre en communauté, une nécessité inéluctable, la communauté évangélique ne peut en aucune façon exiger de ses membres qu’ils lui abandonnent leurs biens, même la part discrétionnaire car de toutes façons exiger plus serait carrément illégal.
Ensuite, ce que demande la communauté à celles et ceux qui veulent la rejoindre, c’est de se dessaisir de tout bien superflu au moment de leur engagement au sein de la communauté. Bien entendu, pendant leur présence les membres doivent assurer leur entretien personnel et celui de la communauté au prorata de leurs possibilités.
Dans l’hypothèse d’une création ex nihilo d’une première communauté, il est évident qu’il peut se poser le problème de la mise en place technique de cette communauté incluant l’achat d’un terrain, la construction de bâtiments, l’achat de meubles et de biens nécessaires à la vie quotidienne. C’est là que la communauté ecclésiale peut venir à l’appui de la communauté évangélique.
En effet, un système associatif, plus ou moins couplé à un système de société civile immobilière, peut très bien collecter des moyens financiers et matériels destinés à cet usage en prévoyant des conditions de versement qui évitent tout soupçon d’accaparement et des conditions de restitution qui préviennent tout risque d’effondrement financier délétère pour le projet.
Les membres de la communauté évangélique, partie prenante évidemment du projet de la communauté ecclésiale, vont disposer pour leur usage d’un système collectif de gestion (vraisemblablement sous forme associative) qui disposera de fonds participant au financement global et d’un droit de veto sur les décisions impactant le projet communautaire.
Bien entendu, chacun est libre d’abonder la caisse de la communauté évangélique pour augmenter sa participation dans le projet général de la communauté ecclésiale. Dès lors, ce qui entrera dans cette caisse perdra son caractère personnel pour devenir un bien collectif, donc impossible à rétrocéder. Pour des raisons évidentes de clarté vis-à-vis de la société mondaine, cette disposition doit être très progressive et doit s’étaler sur au moins cinq à dix ans.
Par contre, quelle qu’ait été la participation d’un membre de la communauté évangélique à son financement, ce dernier ne peut en aucune façon quitter la communauté sans disposer a minima des moyens de vivre correctement pendant un délai à déterminer qui peut être de l’ordre de deux mois. C’est la responsabilité de la communauté de ne pas rejeter dans la misère un de ses membres.

Conclusion

Comme vous le voyez, une fois encore, la démarche cathare est très différente des démarches observées dans d’autres religions et à l’exact opposé de la démarche sectaire.
L’homme qui s’engage en vie cathare évangélique le fait librement et il en sort librement s’il le souhaite. La communauté l’accompagne autant dans un sens que dans l’autre, elle ne tire aucun profit de ses membres et doit même financer sur ses fonds propres le retour à la vie mondaine d’un membre qui ne sent plus capable de mener une vie évangélique ou d’un qui s’en serait rendu visiblement incapable.

Contrairement au système judéo-chrétien qui a inversé les valeurs en faisant des possédant les premiers rangs de ses églises, le catharisme donne sans demander et aide sans espoir de retour, que ce soit au niveau de chacun de ses membres comme au niveau de la communauté elle-même.

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