Être chrétien

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Être chrétien

Il y a des moments où il est bon de revenir aux fondamentaux. L’histoire médiévale nous montre que des chrétiens sont entrés en guerre contre une religion chrétienne et qu’ils ont fini par en tuer les membres qui refusaient d’apostasier leur propre christianisme. Au nom de quoi un chrétien peut-il agir ainsi ?
C’est là qu’il faut revenir aux fondamentaux afin de voir si quoi que ce soit peut justifier une telle attitude.

Qu’est-ce qui définit un chrétien ?

Ce qui définit le chrétien c’est le baptême reçu au nom de christ. On ne devient chrétien qu’au moment du baptême. C’est sans doute l’explication de la dérive judéo-chrétienne, notamment catholique, qui pousse à baptiser des petits enfants. Comme ils sont incapables d’assumer leur rôle — pourtant essentiel dans ce sacrement —, on leur impose deux adultes qui vont se substituer à eux et décider en leur nom quel choix spirituel doit être le leur. On critique les actes d’appartenance imposés aux jeunes juifs et musulmans par le biais de la circoncision, mais en quoi le judéo-christianisme est-il meilleur ? Certes, il n’y a pas de signe physique marquant de la religion, mais la volonté d’imposer une religion avant qu’elle ne puisse être librement choisie est la même.

Donc, le baptême définit le fait d’entrer dans la famille chrétienne. Certes, mais le baptême ne peut être valable que si le demandeur répond correctement à l’interrogatoire de celui qui le baptise. Si cela est relativement succinct dans le catholicisme, cela est beaucoup plus approfondi dans le catharisme. Au final, l’état de chrétien est subordonné à la réception du baptême et ce dernier est subordonné à l’acceptation des éléments doctrinaux fondamentaux.

Mais, ces fondamentaux doctrinaux sont liés directement à la parole de christ, notamment telle qu’elle nous est parvenue dans les évangiles. Donc, il est cohérent de dire que le chrétien est celui qui suit et respecte la parole de christ. Il suffit donc de voir si nous respectons cette parole pour définir si notre baptême est valable ou pas ou si nous sommes en mesure de le demander.

La parole de christ

Le chapitre 5 de l’Évangile selon Matthieu, abusivement appelé Sermon sur la montagne, puisqu’il se déroulait dans une zone plate, donne des indications intéressantes.
Je passe sur les neuf exhortations, car elles sont difficiles à appréhender d’emblée. Vous pourrez en lire mon interprétation dans mon étude de cet évangile dont l’accès est ouvert aux abonnés du site.

Tout doit être dévoilé

Les versets 14, 15 et 16 sont importants :
14 – Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut se cacher.
15 – On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le lampadaire, et elle brille pour tous dans la maison.
16 – Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes pour qu’ils voient vos belles œuvres et glorifient votre père qui est dans les cieux.

Ce passage est très clair ; celui qui veut suivre christ ne peut le faire dans le secret. Si l’on se réclame de lui, il ne faut pas se cacher ni réserver ses propos à une minorité. L’apôtre, et celui qui ambitionne de le devenir, doivent se tenir debout, face au monde, pour dire ce dont ils veulent témoigner. L’ésotérisme n’est pas un enseignement secret, mais un enseignement densifié à destination de ceux qui ont déjà avancé dans leur cheminement. Aujourd’hui, certains veulent se réclamer du christianisme — cathare ou autre — en se cachant ou en prétendant que leur parole ne vaut pas pour tous : ils ont tort !

La loi de christ n’est pas la Torah

17 – Ne croyez pas que je suis venu défaire la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu défaire, mais remplir.
18 – Oui, je vous le dis, tant que n’auront pas passé le ciel et la terre, pas un i, pas un point ne passera de la Loi, que tout ne soit arrivé.
19 – Celui donc qui délie l’un des moindres des commandements et qui enseigne ainsi les hommes sera appelé le moindre dans le règne des cieux, mais celui qui le pratique et l’enseigne sera appelé grand dans le règne des cieux.
20 – Car je vous le dis, si votre justice n’a rien de plus que celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le règne des cieux.

Il n’est pas facile de comprendre ce passage. Si christ annonce qu’il n’est pas venu défaire la loi des prophètes, la Torah, il ajoute aussitôt qu’il est venu la remplir. Elle n’est donc pas complète ! Il ajoute que rien de cette loi incomplète ne changera, tant que le monde existera. Mais, après ? Cependant ses commandements sont acceptables et doivent être respectés.

Ce que christ fait c’est un complément d’éducation. Il annonce que la base de la Torah est acceptable, mais qu’il va devoir y ajouter des points qui viendront en complément ou en approfondissement d’une loi incomplète. Or, si Dieu avait vraiment donné cette loi aux hommes, elle n’aurait besoin d’aucun ajout, car dans sa perfection, il ne peut rien produire d’imparfait.

Nous allons le voir, ce qui fait défaut à cette loi, ce sont tous les points qui découlent de la Bienveillance, que d’autres appellent Amour agapê, dilection, etc. C’est pour cela que ceux qui se contentent d’appliquer la Torah (scribes, pharisiens) n’auront pas accès au salut.

La non-violence universelle

21 – Vous avez entendu qu’on a dit aux anciens : Tu ne tueras pas ; celui qui tuera sera passible du jugement.
22 – Et moi je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement ; celui qui dit à son frère : raca, sera passible du Sanhédrin ; celui qui dit : stupide, sera passible de la géhenne du feu.
23 – Si donc tu présentes ton offrande sur l’autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi,
24 – laisse ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande.
25 – Sois vite arrangeant avec ton adversaire pendant que vous êtes en chemin ensemble, de peur que ton adversaire te livre au juge et le juge, au garde, et que tu sois jeté en prison.
26 – Oui, je te le dis, tu ne sortiras pas de là que tu n’aies rendu le dernier centime.

Le commandement du décalogue : Tu ne tueras pas, est largement étendu à toute forme de violence. La colère est rejetée, tout comme l’injure, le jugement négatif de l’autre et le refus de la réconciliation. Et cela ne se limite pas à son proche, mais à toute personne avec qui nous sommes en conflit.

Le refus de la sensualité

La Torah valorise la sensualité et impose des limites sociales à son exercice.

27 – Vous avez entendu qu’on dit : Tu ne seras pas adultère.
28 – Et moi je vous dis que celui qui regarde une femme pour la convoiter est déjà adultère avec elle dans son cœur.

Christ étend cette norme sociale de façon à rendre quasiment impossible toute pratique sensuelle. Cela l’amène logiquement à dire que la Torah, loi juste qui prévoit des compensations, n’est pas bonne :

31 – On a dit : Celui qui renvoie sa femme, qu’il lui donne une répudiation.
32 – Et moi je vous dis que quiconque renvoie sa femme, sauf cas de prostitution, la rend adultère, et celui qui se marie avec une répudiée est adultère.

L’engagement envers l’autre est indissoluble ! Nul ne peut, unilatéralement, mettre fin à un accord pris en commun. Dans le catharisme, il ne peut y avoir de séparation — le mariage n’existant pas, il n’y a pas de divorce —, qu’après un accord unanime.

Le refus du serment et du jugement

Là encore, christ montre que la Torah est insuffisante :

33 – Vous avez encore entendu qu’on a dit aux anciens : Tu ne te parjureras pas, mais tu acquitteras au Seigneur tes serments.
34 – Et moi je vous dis de ne pas jurer du tout,

Oui, notre situation en ce monde nous met dans l’incapacité d’avoir une opinion fiable sur quoi que ce soit. Or, le serment et le jugement sont des décisions grave qui nous engagent de façon définitive, car ils peuvent avoir des conséquences que nous ne pourrons pas corriger. Donc, nous devons nous en abstenir absolument.

Mais, parfois, il est impossible de se soustraire à une interrogation. C’est pourquoi christ conseille :

37 – Que votre parole soit : oui oui, non non ; le surplus est du mauvais.

Cela veut dire que nous devons limiter notre expression à sa plus simple manifestation. Les cathares allaient un peu plus loin. Ils utilisaient abondamment les périphrases visant à atténuer toute impression d’un quelconque caractère péremptoire de leurs affirmations. Les Si Dieu veut, À ce que je crois, etc. émaillaient régulièrement leurs propos afin de montrer qu’ils n’affirmaient rien. Ils demandaient aussi aux croyants d’éviter d’insister dans leur questionnement envers un consolé si ce dernier semblait hésiter à leur répondre. Il devait les orienter vers un autre apôtre plus compétent que lui pour répondre sans faillir à cette règle.

Le refus de considérer les fautes des autres

S’il est un domaine où la Torah manifeste son caractère de loi positive, c’est bien celui-là. Mais beaucoup de chrétiens ont mal interprété ce qui suit :

38 – Vous avez entendu qu’on a dit : Œil pour œil, dent pour dent.
39 – Et moi je vous dis de ne pas vous opposer au mauvais. Mais quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre ;
40 – et celui qui veut te faire juger pour prendre ta tunique, laisse-lui aussi le manteau.
41 – Quiconque te requiert pour un mille, fais-en deux avec lui.
42 – Donne à qui te demande et, si on veut t’emprunter, ne te détourne pas.

En effet, ce qui est dit n’est pas de pardonner un acte agressif ou une menace, mais de faire comme si cela n’existait pas et d’en profiter pour aller plus loin que l’acte ou la demande. En effet, le pardon a deux défauts : il remet les compteur à zéro et il place celui qui pardonne en position de supériorité.

Le vrai christianisme ne veut pas ignorer ce qui s’est passé, mais en faire une occasion de rattraper un éventuel préjudice ressenti. Si l’on me frappe, c’est que l’on me reproche quelque chose. Il ne suffit pas de pardonner, car cela reviendrait à inverser le ressenti de l’agresseur qui, de victime désirant se venger, se retrouverait en agresseur coupable. Non, le chrétien ressent la souffrance de l’autre et comprend que le geste commis vise à exprimer quelque chose. En lui proposant d’assouvir son désir de vengeance on veut l’amener à exprimer différemment son désarroi de façon à pouvoir y répondre positivement. En effet, même s’il gifle une seconde fois, rien n’aura changé pour lui. Le lui proposer revient à lui faire comprendre que l’on accepte la première gifle et que l’on veut l’aider à apaiser sa souffrance.

Dans la mesure du possible il faut éviter de créer les conditions d’un conflit et si ce dernier intervient, il faut le résoudre, y compris à notre détriment. C’est que fit notamment Pierre Authié avant de partir faire son noviciat en Italie. Il régla tous ses comptes avec tous ses débiteurs, sans s’occuper de l’équité des compensations.

Appliquer la Bienveillance

43 – Vous avez entendu qu’on a dit : Tu aimeras ton proche et détesteras ton ennemi.
44 – Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous poursuivent ;

Voici un point particulièrement clivant. La loi mosaïque n’applique la Bienveillance qu’au proche, c’est-à-dire celui qui partage la même vision spirituelle. On le voit dans le terrible épisode du veau d’or, relaté dans l’Exode (chap. 32, v. 9, 26-29), elle autorise même le meurtre de celui de même sang dès lors qu’il se détourne de Iahvé. Christ étend tellement la prescription mosaïque à tous, qu’il rend cette dernière caduque. La Bienveillance doit être universelle et aucun chrétien n’a le droit de tenir rigueur à quiconque de quoi que ce soit. Aucune autorité chrétienne ne peut, sous peine de s’exclure de fait du christianisme, manifester un rejet de qui que ce soit et encore moins prononcer des peines ou organiser des actions violentes contre qui que ce soit. La repentance prononcée à Montségur par l’évêque Jean-Marc Eychenne le 16 octobre 2016, ne peut se comprendre qu’ainsi. La communauté chrétienne catholique ne peut que se désolidariser d’un acte qui manifeste la contravention de ses représentants à la loi de christ.

Mais la Bienveillance doit être notre fonds naturel. Ce n’est pas un moyen d’échange. Il ne faut jamais espérer un retour à la Bienveillance donnée.
Le chapitre suivant nous apprend également des choses importantes.

L’humilité

3 – Toi, quand tu fais l’aumône, que ta gauche ignore ce que fait ta droite,
4 – pour que ton aumône reste dans le secret ; et ton père qui regarde dans le secret te le rendra.
6 – Toi, quand tu pries, entre dans ta resserre, ferme ta porte, et prie ton père qui est dans le secret et ton père qui voit dans le secret, te le rendra.
7 – Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens. Ils croient qu’avec leur bavardage ils seront exaucés.
8 – Ne soyez donc pas pareils ; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous lui ayez demandé.

Le chrétien, et celui qui aspire à le devenir, doit être en permanence dans l’humilité. Il ne fait pas spectacle de sa pratique naturelle.
Ainsi, il ne devrait pas y avoir d’œuvre caritative qui se revendique de christ. Il ne manque pas d’organismes non confessionnels à qui nous pouvons apporter discrètement notre aide, afin de demeurer dans le secret de nos actes. C’est là un point fondamental. Ce ne sont pas nos œuvres qui comptent pour notre salut, c’est notre état permanent de chrétien, c’est-à-dire notre attitude respectueuse de la loi de christ, la Bienveillance.
Bien entendu, notre relation avec le paraclet, notre intermédiaire avec Dieu, depuis le départ de christ, doit être du même ordre. Et le contenu de notre expression spirituelle doit également être modeste. La prière des cathares n’est pas une litanie d’exigences, mais une reconnaissance de notre indignité et une espérance d’aide dans les efforts que nous voulons faire pour mériter la grâce à l’instant du salut.

L’honnêteté

16 – Quand vous jeûnez, ne soyez pas sombres, comme ces comédiens qui rongent leur face pour que leur jeûne paraisse aux yeux des hommes ; oui je vous le dis, ils ont reçu leur salaire.
17 – Toi, quand tu jeûnes, oins-toi la tête et lave ta face,
18 – pour que ton jeûne paraisse non aux yeux des hommes mais à ton père, qui est dans le secret ; et ton père qui voit dans le secret, te le rendra.

Ce que nous faisons dans notre pratique spirituelle n’a pas vocation à nous faire plaindre ou à nous glorifier. Il ne faut donc pas nous apitoyer, car personne ne nous oblige à agir ainsi. Soit nous faisons abstinence de notre pleine volonté et sans chercher à souffrir, soit nous nous abstenons de le faire et attendons d’être plus avancés pour entamer des pratiques qui nous dépassent encore.
L’honnêteté relève de la juste appréciation de nos compétences. Il ne faut pas nous dévaloriser ni nous surestimer. Le pire étant la fausse modestie qui mélange les deux pour obtenir plus que ce qui nous revient.

Cela est dit différemment dans les versets suivants :

19 – Ne vous amassez pas de trésors sur la terre où la teigne et la rouille rongent, où les voleurs percent et volent ;
20 – amassez-vous des trésors au ciel où la teigne ni la rouillent ne rongent, où les voleurs ne percent ni ne volent ;
21 – car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur.
22 – La lampe du corps, c’est l’œil. Si donc ton œil est sain, tout ton corps lumineux ;
23 – mais si ton œil est mauvais, tout ton corps ténébreux. Et si la lumière qui est en toi est ténèbre, quelle, ténèbre !

Le détachement

24 – Personne ne peut s’asservir à deux seigneurs : car ou il détestera l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez vous asservir à Dieu et à Mamon.
25 – C’est pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps, plus que les vêtements ?

Ce qui relève de ce monde ne relève pas de Dieu. Cette affirmation cathare est la traduction exacte de cette parole de christ. Donc, aucune religion chrétienne ne peut considérer que l’attachement aux biens de ce monde soit chrétien.

Le détachement est le maître mot. C’est l’opposé de tout ce qui nous maintient prisonnier dans ce monde. L’attachement aux biens entraîne le désir de pouvoir. Le désir de pouvoir entraîne la violence envers ceux qui sont moins puissants que nous et interdit toute Bienveillance.
Apprenons à nous détacher de ce que nous ne possédons pas mais, qui en vérité nous possède !

Être chrétien

Comme nous venons de le voir le chrétien applique le principe de transparence et respecte la loi de Bienveillance de christ dont nous venons de détailler le contenu grâce à ces deux chapitres de Mathieu.
Sans doute comprenez-vous qu’un nouveau-né ne saurait en être capable dès sa naissance, quoi qu’en disent ses parrains. De même, l’enfant qui arrive au terme de son enfance et se prépare à devenir un adolescent, atteint bien l’âge de pouvoir raisonner, mais cet âge de raison n’est pas celui où l’on est raisonnable. Enfin, l’adulte qui est reconnu apte à décider pour lui, doit encore approfondir tout cela avant d’être en mesure de se l’appliquer. C’est pour cela que les cathares refusaient d’administrer la Consolation, le baptême de christ, à ceux qui ne pouvaient s’engager dans cette voie de leur propre volonté et en toute conscience.

Aujourd’hui, quiconque se prétend chrétien doit s’interroger pour savoir s’il respecte ce qui est écrit ci-dessus. Si sa réponse est oui, il porte l’espoir de toute la chrétienté. Si sa réponse est non, qu’il ne se considère plus comme chrétien, mais simplement comme croyant et qu’il poursuive son cheminement.
Car un sacrement ne fait pas de nous un chrétien. C’est suivre la loi de Bienveillance de christ, ouvertement et sans contrainte qui nous permet d’affirmer Être chrétien !

 

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