1-0 – Découverte du catharisme

Les niveaux d’avancement dans le catharisme

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Les niveaux d’avancement dans le catharisme

Il existe au sein du catharisme deux sortes de personnes : celles qui sympathisent et s’intéressent mais qui ne partagent pas notre foi et ceux qui partagent notre foi.
Les premières sont appelées auditeurs ou sympathisants, car ils viennent écouter et posent des questions mais leurs rapports avec les membres de la communauté ecclésiale ne vont pas plus loin.
Les secondes sont les croyants qui ont reçu l’éveil et progressent dans leur foi, à leur rythme et selon leur volonté personnelle librement exprimée.
Quand un curieux le souhaite, il reçoit une première information générale sur ce qu’est le christianisme cathare, ses particularités, ses différences avec d’autres christianismes, etc. S’il manifeste son adhésion intellectuelle à la doctrine chrétienne cathare, il est admis dans la collégialité et devient un sympathisant (auditeur). Ce stade ne s’accompagne d’aucune mesure rituelle puisque le sympathisant n’est pas membre de l’ecclésia.

Du sympathisant au croyant

Si le sympathisant, après un temps qui est généralement assez long, et peut même atteindre plusieurs années, progresse dans son adhésion aux éléments doctrinaux du catharisme au point de les faire siens, il commence un parcours qui dépasse le stade intellectuel de l’adhésion pour entrer dans celui spirituel que beaucoup considèrent comme le fait de devenir un croyant.
De mon point de vue, ce stade est intermédiaire entre le sympathisant et le croyant. En effet, spirituellement l’individu se sent concerné par la foi cathare, mais il lui reste encore une empreinte de son passé athée ou croyant d’une autre religion. Ce passé l’empêche encore de lâcher prise et de se laisser aller dans la foi cathare.
Quand cela arrive, il va changer de paradigme. Le catharisme ne lui apparaît plus comme une hypothèse séduisante, cohérente, voire logique. Non, à ce niveau la voie cathare devient une évidence et tout autre cheminement s’avère inadapté pour celui qui est devenu un croyant. Non pas qu’il dénigre aux cheminements des autres la possibilité de les mener à bonne fin, mais pour lui rien ne peut convenir que de suivre les Bons-Chrétiens dans la voie qu’ils ont tracée. Il a passé la porte de la foi cathare. Quand on passe une porte on perd la vision de ce qu’il y avait avant et on découvre un nouvel espace. Et si, comme cela s’est produit quelques fois dans le passé, on revient en arrière, on n’est plus vraiment le même et on a besoin d’agir vigoureusement pour tenter d’effacer ce souvenir. Il n’est pas étonnant que certains cathares ayant abjuré leur foi se soient retrouvés être des collaborateurs zélés de l’Inquisition.
Pour en revenir au croyant, le passage de la porte est pour lui une révélation qui peut être vécue de façon positive ou non. En effet, et cela s’observe à chaque moment de l’évolution dans la foi cathare, le passage d’une porte revêt un côté définitif qui peut occasionner une souffrance psychologique, car le détachement aussi avancé soit-il est contrecarré par notre mondanité que cherche à nous faire revenir en arrière. Un doute peut alors se manifester, mais comme nous savons que cet avancement est sans retour, une légère inquiétude peut l’accompagner. C’est d’ailleurs utile de savoir cela, car bien des sympathisants sont au contraire dans l’euphorie quand ils pensent être devenus croyants. Souvent c’est parce qu’ils n’ont pas encore vraiment franchi ce cap. Ils sont dans cet entre-deux que je viens d’expliquer et leur euphorie est due à leur mondanité qui tente de les leurrer pour éviter qu’ils continuent d’avancer.

Du croyant au Consolé

Un point essentiel pour reconnaître le croyant est qu’il cesse d’être passif. En effet, quand on intègre totalement la foi cathare, on sait qu’il n’y a qu’une voie possible pour atteindre le salut : obtenir l’aide de Bons-Chrétiens pour être en position de recevoir la grâce qui nous ouvrira la dernière porte, celle du salut !
Par conséquent, le croyant veut absolument participer, à la hauteur de ses compétences, au renouveau d’une structure ecclésiale cathare qui permettra de former et donc, de disposer de Bons-Chrétiens qui guideront les croyants dans leur cheminement. Et cela, même si le croyant, en raison de son implication mondaine antérieure, doute de pouvoir devenir novice un jour.
Outre son engagement personnel dans la résurgence cathare, le croyant va participer activement à la vie de l’Église cathare. Face à d’autres croyants avérés de même sexe, il pourra pratiquer le caretas (baiser de paix) et, face à un Consolé, il pratiquera en sus l’Amélioration (Melhorament) qui est une adresse faite au Saint-Esprit consolateur à travers la personne d’un Bon-Chrétien. Le croyant va alors faire le choix logique de progresser dans sa foi à titre personnel en intégrant progressivement les éléments de la règle de justice et de vérité dans sa vie quotidienne. Il est aussi un intermédiaire entre la population non croyante et celle des novices et Bons-Chrétiens pour permettre aux premiers, s’ils le souhaitent, de s’informer. Il ne s’agit en aucun cas de prosélytisme puisqu’à aucun moment, ni croyants, ni Bons-Chrétiens ne veulent et ne peuvent chercher à attirer dans leur foi ceux qui n’en ressentent pas l’appel personnel.
Un des éléments premier dans la relation entre le croyant et les autres membres de l’Église, à laquelle il vient d’adhérer, est celui de l’Amour ou Bienveillance qui l’amène à ne pas développer de conflit au sein de la communauté ecclésiale, et si possible, en dehors non plus.
Quand le croyant a atteint ce premier objectif, il continue sa progression dans la Bienveillance en soutenant ceux qui en ont besoin, en tous lieux et tous temps où cela lui est possible, et bien entendu auprès de son Église et des communautés évangéliques existantes. Cette entraide peut prendre toutes les formes et intensités dont il est capable sans que cela puisse être considéré comme une contrainte. Ce niveau d’avancement dans le giron de l’Église l’amène à accéder à une pratique rituelle des communautés évangéliques, la bénédiction du pain. Cette pratique peut être réalisée en dehors des communautés évangéliques par un Bon-Chrétien entouré de croyants ayant atteint ce niveau. Ils peuvent également assister tous les mois au rituel du service (Apparelhment), au cours duquel l’ancien de la maison cathare fait une pénitence collective devant le diacre.

À ce stade, sa foi sera suffisamment affermie pour qu’il puisse demander à l’Église de l’autoriser à préparer sa bonne fin. S’il ne peut entrer en noviciat, il va préparer sa fin de vie de façon à ce qu’un Bon-Chrétien puisse l’assister dans sa Consolation, y compris au seuil de la mort. Pour éviter tout retard qui serait préjudiciable à la réception de cette Consolation, il va passer un accord anticipé : une convention (convenenza) avec l’Église. Par cette convention, il effectuera une partie du sacrement de la Consolation, de façon à ce que le Bon-Chrétien, qui sert d’intermédiaire entre lui et le Saint-Esprit consolateur, puisse finaliser le sacrement même s’il ne peut plus lui répondre alors.
Si le croyant poursuit son avancement dans la foi de son vivant, notamment en faisant sienne la règle de justice et de vérité, c’est-à-dire quand approche le moment où il demandera à être accepté comme novice dans une communauté évangélique, il est reconnu comme tel et admis à assister à un rituel réservé normalement aux Bons-Chrétiens et aux novices : la tradition de l’oraison au cours de laquelle il écoutera les Consolés et les novices avancés réciter le Pater, élément central des  méditations chrétiennes cathares.

Il ne lui restera plus alors qu’un pas à franchir quand il s’y sentira prêt et que les membres de la communauté évangélique valideront son choix, devenir novice en vue d’être un jour revêtu à son tour.
Il rejoindra alors une communauté de vie évangélique cathare où il suivra intégralement le mode de vie de la communauté sous la responsabilité d’un Bon-Chrétien qui le guidera dans sa progression par des enseignements complémentaires de ceux donnés lors des méditations quotidiennes dispensées lors des Heures régulières. Après au moins un an, c’est-à-dire après avoir suivi l’intégralité des éléments de la vie communautaire évangélique cathare, il évaluera s’il lui pense être suffisamment avancé pour demander à recevoir la Consolation (Consolament). Si c’est le cas — et après avoir pris conseil et avis des autres Bons-Chrétiens — il sera admis à ce baptême d’esprit et continuera sa formation par un compagnonnage qui l’amènera à s’attacher successivement à des Bons-Chrétiens dévolus à cette tâche. Sinon, il pourra soit continuer son noviciat aussi longtemps que nécessaire (deux à trois ans était semble-t-il courant au Moyen Âge), soit demeurer en maison cathare pour y finir sa vie sans prendre de responsabilités apostolique, soit choisir de rejoindre la vie de croyant en attendant d’être prêt de nouveau pour refaire un noviciat.

Contrairement à d’autres formes de christianisme, le catharisme respecte les choix de ses membres, y compris les Bons-Chrétiens s’ils souhaitent quitter la vie communautaire évangélique. De la même façon il accepte de les voir revenir pour reprendre un noviciat.

Les fondamentaux de la doctrine et de la praxis cathare

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Les fondamentaux de la doctrine et de la praxis cathare

Structuration de la règle1

Les cathares nous ont donné l’image de penseurs structurés et cohérents. Appuyés sur la philosophie grecque, ils comprenaient la religion comme une pratique spirituelle simple, ouverte et compréhensible. Très loin des circonlocutions ésotériques et des constructions complexes du gnosticisme, ils voulaient comprendre ce que leur foi les poussait à mettre en œuvre, et ils voulaient que cela soit clair pour tous.
D’ailleurs, au Moyen Âge, même leurs opposants catholiques leur reconnaissaient cette lisibilité, au point que Dominique de Guzman en fera l’explication de l’échec de la campagne de prédication des légats pontificaux et conseillera d’imiter les cathares, dans leur comportement, pour être mieux perçus.

Le commandement nouveau

En venant « accomplir » la loi juive — ce qui veut dire, au sens littéral, y mettre un terme — christ propose de servir Dieu et non pas le démiurge dont les défauts et les vices sont si nombreux qu’on se demande comment des hommes ont pu le confondre avec Dieu. Et là, comme les premiers chrétiens détachés du judaïsme — et donc les cathares, l’avaient compris —, c’est la simplicité qui fait loi : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Si ce n’est fait, je vous invite à lire mon travail sur la Bienveillance, afin de comprendre cela en détail.
Mais ce commandement est une direction à suivre et, pas une carte ou une recette détaillée.
Même si toute la règle de justice et de vérité est soutenue par ce commandement, il n’en fait pas partie.

La praxis

Comme l’explique Aristote, dans Éthique à Nicomaque, l’état par lequel l’homme devient auto-suffisant à lui-même, et par conséquent, détaché du monde, qu’il appelle le bonheur et que nous nommons l’ataraxie, s’acquiert par la vertu et la pratique qui doit contenir en elle les mêmes critères que la vertu.
Il est donc nécessaire de pratiquer la vertu — que nous appelons la Bienveillance —, pour être complets dans notre démarche et atteindre l’ataraxie, état de stabilité absolue qui, tenant le monde à distance de nous, nous permettra le moment venu d’échapper à cet enfer.
Cette pratique autocentrée sur la Bienveillance s’appelle la praxis.

Les fondamentaux

Les fondamentaux du catharisme sont les éléments doctrinaux qui constituent la base de tous les éléments de la doctrine et de la praxis, mais qui de leur côté n’ont comme élément de référence que la Bienveillance. Ils ne dépendent pas les uns des autres et ne sont pas composés.
Après avoir étudié aussi sérieusement que je le peux le sujet, j’en retiens deux seulement : l’humilité et la non-violence.
En effet, ces deux éléments doctrinaux sont l’application directe de la Bienveillance, le premier à soi et le second aux autres. Par contre, ils sont à l’origine de tous les autres points doctrinaux sur lesquels s’appuie la praxis. Nous verrons, en les déclinant, qu’ils peuvent se combiner pour donner des éléments de la praxis où ils s’appliqueront, le premier aux autres et le second à soi.

L’humilité

La Bienveillance conduit naturellement à considérer les autres à l’aune de nous-même. La connaissance nous rappelle que nous ne sommes qu’une part d’un tout : l’Esprit unique émanant de Dieu, artificiellement divisé, et que les autres parties, prisonnières avec nous ou demeurées fermes, sont identiques.
Donc, contrairement à ce que la mondanité veut nous faire croire, nous ne sommes pas meilleurs que les autres ; dans la vérité nous ne sommes même pas différents des autres.
Cela les cathares l’avaient bien compris et faisait de ce point la base de leur doctrine. Leur Église n’était pas structurée hiérarchiquement de façon verticale. Chez les consolés, seules les compétences et les fonctions les amenaient à octroyer, par décision collégiale, une fonction ou une responsabilité à celui ou à celle dont ils pensaient que son avancement spirituel et ses qualités personnelles l’en rendaient capable, sans le mettre en difficulté dans son cheminement personnel.
L’humilité est d’abord un état intérieur et personnel qui signe la spiritualité, quand son opposé : la vanité signe la mondanité.
La personne humble est modeste dans la limite de la perception qu’elle a de ses compétences et de ses limites. Elle ne  mésestime pas ses compétences — ce qui la conduirait à refuser aux autres l’aide qu’elle serait en mesure de leur apporter —, mais elle ne se surestime pas au risque de priver le groupe d’une compétence plus utile. Contrairement à la parabole judéo-chrétienne, si elle ne s’assied pas devant (vanité), au risque d’être envoyée derrière, elle ne s’assied pas non plus derrière (fausse modestie) dans l’espoir d’être appelée devant.
Elle se donne le temps d’évaluer sa juste place — sans impatience —, sans céder aux sollicitations émanant de personnes moins au fait qu’elle de son avancement réel ; ce qui lui permet de se proposer là où elle sera utile à tous sans nuire à personne.
Nous verrons que, de l’humilité découle directement le refus de porter un jugement, d’affirmer avec certitude ou sous serment, de posséder plus que le strict nécessaire, etc.

La non-violence

La Bienveillance conduit à voir l’autre comme un autre soi-même. Nuire à l’autre est tout aussi désagréable que de subir une nuisance des autres. Donc, la règle de base envers les autres est de ne rien faire qui puisse leur nuire.

Or, nuire aux autres ne se limite pas à une neutralité non agressive ou à une défense proportionnée, car la non-violence n’est pas de l’anti-violence : il ne s’agit pas de s’opposer à la violence — personnelle ou extérieure —, mais d’évacuer tout concept de violence de sa nature spirituelle.
En fait, à chaque fois que nous agissons, nous devons nous interroger sur l’interaction que nous risquons de produire, à tous les niveaux de conséquences qu’elle pourrait avoir, et apprécier si elle est susceptible de nuire à qui que ce soit. Si aucune échappatoire n’est possible, nous devons veiller à ce que notre action soit neutre ou protectrice envers les autres formes de vie consciente selon une graduation qui s’évalue à l’aune de ce que la connaissance nous apprend. Une vie végétale doit bénéficier d’une meilleure protection qu’un élément minéral — a priori dépourvu de vie — ; une vie animale doit être favorisée au détriment d’une vie végétale — a priori dépourvue de conscience — et au sein du monde animal, ceux qui disposent d’une conscience — a priori apte à la spiritualité —, doivent être mieux protégés que les vies animales moins développées en ce domaine.
La non-violence s’applique dans la plupart des éléments de la règle que nous étudierons, tant dans les relations inter-humaines, que dans la pratique de vie la plus simple (alimentation, déplacements, etc.). En effet, nous devons être sensible à ce que le fait d’agir en bien pour les uns ne soit pas un mal pour les autres. La possession est donc à la fois un problème vis-à-vis de l’humilité, mais aussi de la non-violence, car l’excès dont bénéficie l’un est un manque dont souffre l’autre.

Ces fondamentaux posés, nous allons pouvoir dérouler la règle, point par point.

Éric Delmas, novice cathare.


  1. Gardons toujours à l’esprit que la règle est une ligne de conduite librement et volontairement choisie par les chrétiens cathares consolés (ayant reçu le baptême d’esprit) et qu’elle ne s’applique qu’à eux. Les croyants, tout comme les sympathisants, peuvent y voir une forme de conduite morale à suivre de façon plus ou moins complète et plus ou moins approfondie, mais rien d’autre.
    Ce travail d’étude et de présentation se veut une première démarche en vue de la mise en place d’une structuration de l’Église cathare moderne, comme l’Église cathare que nous connaissons par les sources était celle des bonshommes de l’époque médiévale.

La Bienveillance

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La Bienveillance

« Aimez-vous les uns les autres »

« Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés, vous aussi vous aimer les uns les autres. Par là, tous sauront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » Évangile selon Jean (13, 34-35)

Ces phrases, anodines de nos jours, étaient presque anarchiques à leur époque. D’abord par la présentation qui en est faite. Présentée comme un commandement nouveau, elle affirme qu’une telle proposition est nouvelle, donc que la Torah et ses dix commandements sont incomplets puisqu’ils ne prévoient pas ce cas. Or, on y trouve pourtant, dans l’Exode et le Deutéronome[1], l’amour dû à Dieu et, dans le Lévitique[2], l’amour du prochain.

La loi mosaïque

Le prochain, pour les juifs, désigne celui dont on était proche d’un point de vue ethnique et spirituel ; le congénère et le coreligionnaire. L’amour filial étant dans les dix commandements, il ne peut s’agir d’une redite.

En effet, dans les dix commandements : la loi mosaïque, dite également loi positive, il y a plusieurs points fixant des obligations préférentielles :
1 – Obligation d’avoir Iahvé comme seul Dieu puisqu’il a libéré le peuple juif d’Égypte ;
2 – Interdiction de toute idolâtrie et, également iconoclasme (image), car Iahvé est un Dieu jaloux se vengeant sur les fils des fautes des pères ;
3 – Utilisation parcimonieuse et justifiée du nom de Iahvé ;
4 – Observation du septième jour, le Sabbat, totalement réservé à honorer Iahvé en souvenir de la libération d’Égypte ;
5 – Respect envers les parents ;
6 – Proscription du meurtre, sans précision ;
7 – Proscription de l’adultère ;
8 – Proscription du vol ;
9 – Proscription du faux témoignage contre le prochain ;
10 – Proscription de toute atteinte aux biens du prochain, y compris en pensée.

La loi du talion

La loi du talion[3]prévoit également une réciprocité équivalente envers celui qui cause un tort à son semblable. Cela va du remboursement d’une bête tuée sous les coups (âme pour âme) à la mise à mort pour un meurtre, en passant par la réciprocité des blessures (fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent). Il semble que la loi du talion adoptée par les juifs soit héritée des mésopotamiens puisqu’on la trouve dans le code d’Hammurabi[4]prône la réciprocité : «  § 196 : Si quelqu’un a crevé un œil à un notable, on lui crèvera un œil. § 197 : S’il a brisé un os à un notable, on lui brisera un os. § 200 : Si quelqu’un a fait tomber une dent à un homme de son rang, on lui fera tomber une dent. »

La non-violence absolue

Christ se positionne clairement en opposition à ces lois positives, comme cela nous est rapporté chez Matthieu et Luc :
Matthieu (5, 43-44) : « Vous avez entendu qu’on a dit : Tu aimeras ton proche et détesteras ton ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous poursuivent ; alors vous serez fils de votre père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons et pleuvoir sur les justes et les injustes. »
Luc (6, 27-28) : « Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous détestent,  bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous insultent. »

Luc et Matthieu ajoutent même une partie qui fait penser à une loi du talion inversée :
Luc (6, 29-30) : « Celui qui te tape sur une joue, présente-lui aussi l’autre ; et celui qui te prends ton manteau, ne l’empêche pas non plus de prendre ta tunique. »
Matthieu (5, 38-41) : « Vous avez entendu qu’on a dit : Œil pour œil, dent pour dent. Et moi je vous dis de ne pas vous opposer au mauvais. Mais quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre ; et celui qui veut de faire juger pour prendre ta tunique, laisse-lui aussi le manteau. Quelqu’un te requiert pour un mille, fais-en deux avec lui. »

Il ne fait aucun doute qu’il s’agit bien d’un commandement nouveau. Il a deux sens connexes. D’abord, il signe une absence dans les lois antérieures. La Torah est donc une loi incomplète. De ce fait, il indique que la loi d’Amour vient prendre le pas sur la loi mosaïque. Cela ne nous étonne pas puisque la loi mosaïque est accomplie sans qu’on ne lui retire ne serait-ce qu’un iota, c’est-à-dire comme toute action que l’on a accomplie, elle est terminée et manifestement incomplète, voire contraire à la loi que vient édicter christ.

L’amour demandé n’est pas rien. En effet, il se base sur l’exemple de celui que christ à offert à l’humanité ; c’est donc un amour absolu, sans limites et sans la moindre attente de retour. Ce corps de phrase est d’ailleurs intéressant, car il fait la bascule entre les deux autres à qui il sert de conclusion et d’entame. La première partie est une demande normale, alors que si l’on commence la lecture avec : « comme je vous ai aimé », elle devient forte et insistante.
En fait, cette phrase marque la séparation entre le judaïsme et le christianisme. Le premier prône l’amour et la soumission à son Dieu quand le second met en avant l’amour universel. Mélanger les deux pose problème.

On voit bien que celui qui veut suivre christ est obligé d’effacer les lois antérieures pour repartir sur une seule loi : la loi d’Amour, c’est-à-dire la Bienveillance ou, comme le dit Paul, la charité qui le seul Évangile de christ.

Le commandement des cathares

Il est désormais bien clair que les cathares, hautement respectueux d’appliquer à la lettre cet unique commandement de christ, ne pouvaient qu’en faire la pierre d’angle, le faîte de leur doctrine.
C’est pourquoi ils vont organiser leur doctrine en veillant à ce que chaque point la constituant respecte absolument ce commandement.

La Bienveillance était effectivement considérée comme le signe que son porteur était sur le bon chemin, celui qui le mènerait vers sa bonne fin. On le voit bien dans les dépositions faites devant l’Inquisition. Par exemple, Arnaud Sicre[5], fils d’une bonne croyante, décidé à dénoncer et faire capturer des bons-chrétiens, indique dans sa déposition qu’arrivé à San Mateo, en Aragon, il rencontre une femme qui se dit de Saverdun, mais qu’il identifie comme étant de Prades ou de Montaillou. Il s’agit de Guillemette Maury, dont la tête est mise à prix. La première chose qu’elle lui demande est : « As-tu “Entendement de Be ?” », ce qui signifie l’entendement (la connaissance) du Bien. Par extension, elle propose à Arnaud de rencontrer le Be (Bien), c’est-à-dire un bon-chrétien, en l’occurrence, Guillaume Bélibaste.
Il est donc clair que, pour les cathares, le Bien est le point suprême de leur foi et de leur doctrine.

Je vous présenterai en détail tous les éléments de la doctrine, avec un maximum de références, afin que chacun puisse vérifier la validité de mes propos.

En attendant et pour conclure, je voudrais confirmer que nous ne pouvons pas envisager la résurgence du catharisme, si nous ne mettons pas nous aussi la Bienveillance en tête de la doctrine, non pas comme élément fondamental, mais bel et bien, comme fondement.

Il ne saurait y avoir d’Église cathare de France qui accepte la moindre entorse à ce sujet.

Éric Delmas, novice cathare.


[1]Décalogue : Exode (20, 1-17) et Deutéronome (5, 6-21)

[2]Lévitique (19, 18) : « Tu ne te vengeras pas, tu ne garderas pas de rancune envers les fils de ton peuple, mais tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

[3]Lévitique (24, 17-21) et Deutéronome (19, 21)

[4]Roi de Babylone qui a régné de 1792 à 1750 avant notre ère.

[5]Version française de Jean Duvernoy du Registre d’Inquisition de Pamiers devant Jacques Fournier. Déposition 65, tome 3, pp 751 et suivantes.

La résurgence cathare est-elle possible ?

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La résurgence cathare est-elle possible ?

Le catharisme est-il définitivement mort et enterré ?

Près de sept siècles se sont écoulés depuis la mort du « dernier » cathare consolé, Guillaume Bélibaste mort en 1321, sans qu’apparemment rien ne permette de dire qu’une sorte de permanence de cette religion lui ai survécu. Il n’est donc pas anormal de considérer cette religion comme morte.

Mais que veut dire le mot mort concernant une pensée spirituelle, une idéologie, un concept détaché du monde ? Quand le christianisme tenta de supplanter les religions de la Rome antique, avec l’aval des empereurs, ces religions antiques ne se sont pas éteintes. Plusieurs siècles après on trouvait encore des statuettes de lares dans les foyers médiévaux. Le catholicisme dû même « superposer » certaines de ses fêtes à des fêtes païennes qu’il ne parvenait pas à faire oublier.

Il semblerait donc que des pensées aussi puissantes que les pensées spirituelles ne s’éteignent pas vraiment, mais qu’elles subsistent sous différentes formes, parfois même à l’insu de la compréhension de ceux qui les véhiculent, sous forme de contes, de chansons, etc. Je racontais cette conversation avec un homme de la région qui me parlait de ses souvenirs d’enfants quand une vieille tante conservait une poêle neuve, accrochée à sa cheminée, pour la donner à un potentiel bonhomme, afin qu’il puisse se faire à manger sans courir le risque d’y trouver une quelconque graisse animale. Sur Facebook®, ce récit me valu immédiatement une réponse d’un monsieur qui conservait — par transmission familiale — un caquelon de terre cuite qu’ils appelaient « patarinon », en étrange résonnance avec le nom des cathares du Nord de l’Italie.

Mais suffit-il de dire que l’on croit le catharisme mort, ou au contraire qu’on le croit capable de resurgir à notre époque, sans argumenter ce point de vue ? Non, bien entendu. Aussi vais-je essayer d’argumenter mon point de vue.

Une spiritualité dans le monde

Le catharisme présente une particularité par rapport aux autres christianismes connus. En effet, pour lui le monde n’est pas une création divine. Dieu en est même absent, mais il demeure cependant tout-puissant sur le bien qu’il détient prisonnier. Donc, a priori on voit difficilement comment ce qui relèverait de Dieu pourrait disparaître contre sa volonté. Mais ce n’est pas un point de vue scientifique.

Comment l’Église cathare est-elle apparue ? Les historiens buttent en général sur un moment qu’ils considèrent comme historiquement être le témoignage de la première manifestation du catharisme : le discours de Cosmas le prêtre contre bogomile. Ce texte indique pourtant, qu’au moment où son auteur interroge le « bogomile », ce dernier reconnaît l’existence de cinq évêchés déjà implantés. Il faut donc admettre que cet instant n’est pas l’origine de cette religion. D’ailleurs Evervin de Steinfeld, quand il interroge des cathares à Cologne, les entend affirmer une filiation apostolique directe.

Malheureusement, les chercheurs n’avaient pas trouvé le moyen de remonter ce fil pour en trouver l’origine. Avec un ami qui avait largement débroussaillé le terrain avant moi, j’ai fait le chemin inverse. Partant du premier siècle j’ai tenté de montrer qu’un courant « chrétien » avait bien évolué, dès la première moitié du premier siècle, vers des groupes religieux qui étaient vraisemblablement les « ancêtres » des cathares. Comme je l’explique dans mon livre, la « filiation » doctrinale entre ces groupes permet d’établir une filiation historique, certes parfois ténue, qui va de Paul de Tarse aux bogomiles en passant par certains « gnostiques » (Ménandre, Satornil), puis Marcion et les pauliciens. Ces derniers auraient même pu importer leur doctrine en Languedoc par deux voies (simultanées ou pas) via le déplacement des bogomiles en Europe centrale jusqu’en Rhénanie et via les troupes de Raimond IV de Saint-Gilles, revenant soutenir son fils cadet après sa mort en croisade.

La filiation historique, pour utile qu’elle soit n’est pas essentielle dans une religion. On voit bien aujourd’hui que malgré l’éradication du nazisme, des groupes se développent en s’en revendiquant sans qu’aucun de leurs membres n’en ait reçu une transmission directe.

Pourtant le catharisme comportait des éléments qui pourraient laisser croire qu’il lui est impossible de renaître de ses cendres.

En effet, le sacrement de la Consolation est essentiel au développement du catharisme. Sans lui, pas de chrétien consolé, donc pas de communauté évangélique, donc pas d’Église constituée. Or, le rituel de la Consolation nous montre bien deux cathares consolés imposant les mains au novice au cours de la cérémonie. Est-ce que sans ces cathares consolés un tel rituel reste possible ? Non vous diront certains historiens.

Pourtant l’étude sérieuse des documents nous donne à connaître un point essentiel des rituels cathares. Les bons chrétiens, contrairement à ce qui se passe dans les cérémonies catholiques, ne transmettent rien par eux-mêmes. Ils ne sont que des intermédiaires entre le novice et le Saint-Esprit. De même qu’à la Pentecôte, les disciples n’ont pas reçu le baptême d’esprit de mains d’hommes, mais directement du Saint-Esprit, lors de la Consolation le novice le reçoit lui aussi du Saint-Esprit et non pas des bons chrétiens. Cela se confirme avec le rituel de l’Amélioration. Là aussi, le cathare impose les mains, mais il exprime son rôle d’intermédiaire et pas du tout un quelconque rôle d’apport sacramentel.

Dans l’absolu, l’absence de cathare n’interdit pas la Consolation de pouvoir se faire. Ce qui d’un point de vue logique est cohérent avec la doctrine cathare, car si le mal devait se contenter d’éliminer physiquement les porteurs du bien pour l’empêcher d’agir, cela reviendrait à dire que Dieu est impuissant !

D’un point de vue doctrinal et spirituel, rien n’empêche donc le catharisme de se relever.

Mais est-ce que le contexte historique le permet ? Est-ce qu’il est opportun qu’il le fasse ?

J’emploie à dessein depuis le début de mon texte des arguments que vient de m’opposer un chercheur qui me semble compétent et bien informé.

Existe-t-il un contexte historique favorable à l’émergence d’une religion ? J’avoue que plus je me pose la question, plus je me dis que le seul contexte historique réellement de nature à pousser les hommes vers la religion serait celui… de la fin du monde ! En dehors de ce cas extrême, les hommes se sont sentis attirés par la religion ou pas selon des moments de leur histoire variés et notre époque n’est pas si différente. Certes, depuis le siècle des Lumières, la science a supplanté la religion dans les esprits, car les hommes pensaient qu’elle résoudrait tous les problèmes et qu’elle pourrait invalider Dieu.

En fait, elle a certes invalidé une certaine compréhension humaine de Dieu et résolu bien des problèmes de l’humanité, mais elle montre aussi ses failles qui confirment qu’elle n’est pas forcément toute-puissante.

L’opportunité d’une religion est en général de se manifester quand les hommes souffrent et cherchent des raisons d’espérer. Ce monde est-il si serein et dénué de toute souffrance qu’une religion n’ait pas d’opportunité à proposer aux hommes une voie de salut ? Je ne le pense pas.

Le catharisme est-il approprié à notre époque ?

La question qui me semble devoir être la plus pertinente, mais que l’on ne m’a pas posée, est de savoir si l’offre religieuse actuelle justifie d’une résurgence cathare ?

En quoi le catharisme pourrait-il proposer quelque chose d’intéressant dans un Occident où l’offre chrétienne, mais aussi juive et musulmane fait florès ?

Je pense qu’il faut comprendre la religion cathare pour que la réponse affirmative devienne une évidence.

Contrairement aux religions que je viens de citer, le catharisme dispose d’un atout qui permet à des hommes de toutes les époques de lui trouver de l’intérêt. En effet, il dissocie Dieu du monde et le cantonne strictement à la sphère du bien.

Dans un monde où le mal semble croître à l’envi, une religion qui explique clairement que Dieu ne peut en être l’auteur ouvre forcément des perspectives encourageantes. Si en plus elle n’en attribue pas la responsabilité à l’homme, mais le place en victime innocente, c’est encore mieux. Enfin, si elle explique comment l’homme en ce qu’il ressent de plus profond en lui est assuré du salut, c’est Byzance ! On le voit, même d’un point de vue athée, ce programme ne pourrait être que vendeur.

C’est quand l’humanité est en souffrance, et elle le fut en permanence quand on regarde bien l’histoire, qu’elle est réceptive à des propositions religieuses. Mais si les principales religions mettent l’homme en position de responsabilité de ses malheurs et ne lui proposent qu’un cheminement hasardeux pour espérer en sortir, le catharisme est lui porteur d’un infiniment plus optimiste.

Donc, oui, le catharisme est parfaitement adapté à notre époque et sa résurgence pourra rencontrer des esprits à qui il proposera une meilleure lecture de leur état et de leur avenir que ne font les autres religions.

Mais les hommes sont-ils en mesure d’accueillir ce message ?

C’est là une question à laquelle je ne crois pas qu’il y ait de réponse facile et assurée.

En fait, je dirais que ce n’est pas une question pertinente. Notre état d’être vivant dans ce monde nous fixe des limites intellectuelles, et parfois spirituelles, qui nous empêchent de comprendre quelques points pourtant essentiels.

D’une part Dieu est tout-puissant sur le bien. Donc, si nous considérons être une part de bien prisonnière du mal, Dieu est tout-puissant sur nous. Cela veut dire que, d’une part le temps est sans prise sur nous, puisqu’à l’image de Dieu nous sommes éternels dans notre part spirituelle, et que d’autre part le mal est sans pouvoir sur nous ce qui nous garantit de pouvoir lui échapper au moment opportun. Si ce message est diffusé aux hommes, nul doute qu’ils finiront par le percevoir et, un jour, par l’entendre.

Pour autant la diffusion de ce message sera très difficile et très lente. Comment pourrait-il en être autrement dans un monde où le catharisme a disparu de presque toutes les mémoires et où les messages contradictoires ont acquis le statut de vérité indiscutable ?

Chaque génération ne verra que peu d’hommes capables de recevoir ce message et notre enfermement en ce monde sera, en terme de temps mondain, extrêmement long. Mais n’oublions pas la parole cathare : « Si le Mal est vainqueur dans le temps, le Bien est vainqueur dans l’éternité. »

C’est pourquoi je pense que la résurgence cathare est nécessaire, pour aider celles et ceux qui sont déjà convaincus de sa pertinence et qui recherchent un moyen de se rassembler pour cheminer ensemble, mais aussi pour apporter la connaissance de ce qu’est le christianisme cathare aux autres, qui le comprendront ou pas et qui passeront leur chemin ou bien auront envie de mieux l’approfondir. Ce sera leur liberté. Par contre, refuser de remettre en place l’Église cathare reviendrait à décider qu’ils n’ont pas le droit d’avoir ce choix. Et cela serait profondément injuste et tout à fait inacceptable.

Éric Delmas, novice cathare à Carcassonne.

Une Église cathare : présentation

1-0 - Découverte du catharisme
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Une Église cathare : présentation

En marge de notre rendez-vous associatif d’hier, nous avons parlé de l’idée que je proposais dans un précédent article, visant à créer une structure réglementaire, conforme aux critères juridiques et réglementaire français, afin de doter notre religion d’une assise claire dans la société.

Le regroupement de personnes partageant la même foi, s’appelle une ecclesia, mot latin que le français rend sous le terme d’Église. Ce mot ne doit pas être confondu avec celui d’église qui désigne un bâtiment utilisé pour la pratique des cultes dans certaines religions, notamment judéo-chrétiennes.
Sur un plan administratif et juridique, la loi parle d’Église pour désigner une association qui s’appuie sur deux lois — celle de 1901 et celle de 1905 — qui permettent sa reconnaissance officielle par les autorités légales du pays.

Il est donc important de comprendre que la mise en place d’une structure juridique et administrative ne se substitue pas à l’ecclesia et qu’elle n’en reprend pas forcément les contours. En effet, ses objectifs ne sont pas d’encadrer un groupe existant pour le formaliser officiellement et d’y inclure obligatoirement tous les membres se réclamant de cette religion. S’agissant d’une association, la loi française est claire : l’appartenance à un groupe informel ou la pratique d’une activité donnée ne permettent pas d’imposer l’adhésion des personnes concernées à une association déclarée. En fait  trois cas de figures peuvent coexister :

  1. Des personnes qui partagent la foi cathare et qui veulent la pratiquer, que nous appelons des croyants, souhaitent s’engager dans cette association.
  2. Des personnes qui ne partagent pas la foi cathare, mais qui considèrent qu’elle doit pouvoir exister officiellement dans ce pays, souhaitent s’engager dans l’association pour soutenir cette religion.
  3. Des croyants souhaitent être considérés comme faisant partie de l’ecclesia sans s’engager dans l’association.

Les deux premiers groupes pourront donc s’investir dans la mise en place de l’association. Le troisième pourra participer aux activités rituelles mises en place par l’association sans devoir s’engager.

Associations : quels statuts ?

Pour celles et ceux qui ne sont pas au fait des subtilités du système associatif français, permettez-moi de vous en faire un résumé.

Il existe deux types d’associations : celles qui ne sont pas déclarées et celles qui le sont.
Passons très vite sur les premières. Vous décidez, avec quelques amis, de rénover un bâtiment pendant vos loisirs, ce choix fait de vous une association de fait. Chacun reste indépendant des autres, libre d’aller et venir, mais responsable de ses actes comme le veut le Code pénal. Cette association ne peut s’exprimer d’une seule voix, ne peut ouvrir de compte bancaire et ne peut ester en justice. En cas de problème, chacun reste individuellement responsable juridiquement et financièrement à hauteur d’un niveau qu’appréciera le juge.
Les associations déclarées ont en commun d’avoir réalisé une démarche en Préfecture qui en retour leur confirme qu’elles ont été enregistrées, ce qui ne constitue en aucune façon un jugement de valeur sur leur nature ou leurs objectifs.
Cette démarche est régie par des obligations ouvrant des droits et des devoirs. Elles peuvent ouvrir un compte bancaire comme personne morale, avoir une activité financière propre et ester en justice.

Le statut commun à toutes la associations déclarées est celui de la loi de 1901. Cependant, selon les objectifs visés, certaines doivent satisfaire à d’autres réglementations qui s’ajoutent à la loi de 1901 : loi de 1905 pour les associations cultuelles, Code du travail pour les associations professionnelles (généralement appelées syndicats), etc.

Associations déclarées sous la loi de 1901

Cette loi s’impose à toutes les associations déclarées, de façon unique ou en complément d’autres textes réglementaires et législatifs, comme je viens de le dire.
Elle permet de structurer l’association, même si elle reste très ouverte par le faible nombre d’obligations qu’elle impose.
Ainsi, elle fixe le nombre d’adhérents à un minimum de deux personnes. Comme c’est aussi le nombre de membres du Conseil d’administration qu’elle impose (dont un trésorier), une association peut donc ne compter que deux personnes en tout et pour tout. Vous noterez que le poste de Président n’est en rien obligatoire, pas plus que celui de secrétaire. Seul le trésorier compte aux yeux de la loi, histoire d’avoir une personne vers qui se tourner en cas de problèmes financiers graves.
Elle n’impose l’existence d’une Assemblée générale que pour un cas de figure : la dissolution. Cependant, les juges ont souvent considéré qu’une association sans Assemblée générale manquait de capacité à s’organiser et à prendre des décisions collégiales. Ils ont donc parfois requalifiées de telles associations en association de fait.
C’est tout ! Une association n’a donc pas d’obligation à ressembler à l’organisation de la société que ce soit en termes démocratiques ou institutionnels.
Par contre, elle reste soumise aux obligations légales, car aucun statut et aucun règlement intérieur ne peut contenir des dispositions qui seraient en contravention avec les lois et règlements français.

Associations déclarées sous la loi de 1905

Je vais me concentrer sur ce statut particulier, puisque c’est l’objet de cette série de publications que j’entame ici.
La loi de 1905 introduit quelques modifications à la précédente qu’il convient de bien connaître :
D’abord, si elle ne dit rien du nombre de membres du Conseil d’administration, qui peut donc être limité à deux dont un trésorier, elle impose un nombre d’adhérents nettement plus important. Il va de 7 à 25 en métropole, selon le ressort que se donne l’association. Le nombre s’applique selon le nombre d’habitants de la zone d’application que se donne l’association. Si le texte détaille ce nombre au regard des habitants d’une ville, en fait le ressort peut très bien être différent et s’appuyer sur des structures existantes (quartier, région, voire pays tout entier) ou spécifiques (diocèse par exemple). Si le ressort est inférieur à la disposition la plus faible, c’est cette dernière qui s’applique ; s’il est supérieur à la plus grande, c’est également la plus grande qui sert de référence.
Donc, pour un ressort de plus de 20 000 habitants, c’est le nombre de 25 membres qui s’applique.
Ensuite, elle impose des objectifs extrêmement limités, contrairement aux associations qui peuvent se définir n’importe quels objectifs, dans le cadre de la législation française cependant.
La loi de 1905 n’autorise que l’objectif visant à organiser des cultes publics.
Elle ne définit pas ce qu’est un culte, mais il doit être ouvert à toute personne désirant y participer sans déroger aux règles fixées pour son déroulement et sans porter atteinte à l’ordre public.
Même si elle ne fixe pas de fréquence à la tenue des cultes, il est clair que celle-ci doit être raisonnable. Un culte par an risque d’empêcher la reconnaissance de l’association.
Par conséquence à cet objectif, la loi permet à l’association de se fixer comme mission, le logement, l’entretien et la formation des ministres du culte. Ce terme est suffisamment vague pour permettre de l’adapter à chaque religion. L’entretien comprend la rémunération.
En fait cette restriction statutaire oblige les Églises à constituer en plus des associations de 1901 pour assurer toutes les missions non couvertes par celle de 1905.
Autre obligation que fixe cette loi : la remise annuelle de comptes validés. Ce point a posé des problèmes à beaucoup de groupes religieux qui, pour s’en affranchir, ont préféré rester en loi de 1901 à objectif cultuel.
En contrepartie de ces obligations contraignantes, la loi prévoit des avantages financiers.
La capacité à recevoir des dons notariés et des legs en sus des dons manuels. Cette capacité s’assortit de la déduction fiscale des dons reçus.
L’exemption fiscale des droits de mutation des dons et legs et de l’impôt foncier sur les locaux servant à un des objectifs fixés ci-dessus.

Voilà un premier aperçu de ce système particulier qui s’applique, pour la loi de 1905, sur tout le territoire français à l’exception notable de l’Alsace et de la Moselle qui n’étaient pas françaises à la publication de cette loi et qui ont souhaité demeurer sous le régime du Concordat en vigueur en Allemagne.

Soyez assurés de ma profonde Bienveillance.

Éric Delmas, novice cathare à Carcassonne.

NB : Pour permettre à chacun de s’exprimer, non sur la validité du choix créer cette association, mais sur ses modalités, j’ouvre l’espace commentaires en plus des discussions qui seront possibles sur Facebook® et via le formulaire de contact situé en bas de page. Par contre, les commentaires seront modérés a priori (c’est-à-dire avant publication) tout comme les messages sur Facebook®. Tenez-vous-en donc au seul sujet et évitez toute remarque agressive ou diffamante. Merci d’avance.
Aucune publication sur un autre support ne sera prise en compte, faute de pouvoir être suivie et modérée.

Une Église cathare ; sérieux ?

1-0 - Découverte du catharisme
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Une Église cathare ; sérieux ?

J’avais trouvé ce titre en vue d’une publication de cet article le 1eravril dernier. Mes occupations ne m’en ayant pas laissé le loisir, je me dis que le jour anniversaire d’un débarquement est tout aussi propice pour se poser cette question.

En effet, depuis que je me suis attelé avec quelques amis à la structuration du catharisme d’aujourd’hui, je n’ai cessé de rencontrer les mêmes réactions d’hésitation, de scepticisme, de rejet, de la part de celles et ceux qui me semblaient pourtant les mieux placés pour souscrire à une telle idée :
Et si on créait un site Internet grand public sur le catharisme ? Pas question, ça ne marchera pas.
Et si on organisait une Rencontre autour du catharisme ? Oh non, c’est trop tôt et trop dangereux.
Et si on publiait une histoire des cathares qui comble les vides des historiens ? Non, c’est trop compliqué.
Et si on créait une association pour soutenir la recherche et la culture cathare ? Non, il ne faut pas se lancer dans ça.
Et si on essayait de relancer une communauté cathare ? Non, à notre époque ce n’est plus possible.

Forcément, à force d’entendre ce genre de réponse, parler de recréer à notre époque une Église cathare adaptée aux normes d’aujourd’hui sans trahir ce qu’elle était à l’époque a tôt fait de vous faire passer pour un comique. C’est pourquoi j’avais initialement pensé vous en parler le 1eravril, histoire de mieux faire passer la pilule.

Quelle structuration ?

En France, nous avons une particularité unique : la séparation des Églises et de l’État telle qu’elle est formalisée dans la loi de 1905.
Il semble donc logique, si l’on désire déclarer une Église, de passer par cette structuration. Mais cette loi est assez compliquée à utiliser. En effet, construite à l’origine pour gérer la religion catholique, elle est structurée pour des organismes comptant un grand nombre d’adeptes, ce qui ne correspond pas du tout au catharisme d’aujourd’hui.
Par contre, elle me semble présenter des éléments intéressants. D’abord, elle permet d’obtenir la reconnaissance du statut d’Église, ce qui n’est pas rien dans un pays où tout ce qui gêne est facilement qualifié de secte, avec toutes les conséquences que cela induit. Ensuite, elle donne accès à des avantages fiscaux qui sont en fait la compensation de certaines contraintes. Enfin, elle impose la transparence financière, ce qui me semble indispensable dans un domaine aussi sensible que celui de la religion.
Mais, elle comporte deux points que je trouve négatifs. Le premier est qu’elle exige un nombre d’adhérents identifiés important et la publication de leur identité. Déjà trouver vingt-cinq personnes qui voudraient bien faire partie d’une association cultuelle, à notre époque, me semble difficile pour le moment, mais s’il faut qu’elle acceptent d’être officiellement et publiquement identifiées comme telles, sans être forcément des croyantes cathares, cela relève presque de l’impossible. Le second est la restriction de l’objet de l’association. En effet, une association cultuelle ne peut avoir qu’un seul objectif : organiser des cultes ouverts à tous. Certes, la loi prévoit qu’elle puisse héberger et former les ministres du culte, mais rien n’est possible en terme d’activité financière qui soit apte à assurer les revenus de l’association. En fait, elle devrait vivre de dons et de legs. Cela oblige les Églises déclarées à organiser autour d’elles un réseau de structures associatives et entrepreneuriales qui leur permettent de se financer. C’est à la fois un peu vicieux et dangereux, car ces à-côtés échappent souvent aux radars en se déclarant sous la loi de 1901 qui est très laxiste.

Donc l’Église cathare est aujourd’hui dans l’incapacité de se structurer en loi de 1905, mais peu motivée pour faire comme les autres et profiter de l’opacité de la loi de 1901, notamment pour éviter toute accusation sectaire.

Quelles solutions ?

Ce bilan qui peut sembler négatif est en fait à pondérer. En effet, le projet d’une Église cathare est bien plus motivant que celui d’une association culturelle. Bien des gens, soucieux de ne pas laisser la parole religieuse chrétienne au seul groupe judéo-chrétien (catholique, orthodoxes et protestants), pourrait accepter de rejoindre officiellement une structure visant à donner corps légal au pagano-christianisme cathare. Une telle association n’aurait de fait que peu d’activité administrative, compte tenu de son objet unique. La loi permet d’établir des groupes d’adhérents en son sein qui tiennent compte des différents groupes qui la constitueraient, afin d’en garantir la pérennité et l’essence.

Donc, il faudrait qu’une trentaine de personnes, au moins, soient d’accord pour s’unir dans le but de donner une vraie visibilité au catharisme d’aujourd’hui en acceptant d’entrer dans l’effectif de l’association. Nul besoin d’être croyant cathare, même si les fonctions de gestion et les majorités de décisions seront assurées par des personnes proches de cette sensibilité, comme je le disais ci-dessus.
Il serait même intéressant de voir des sympathisants et des croyants cathares côtoyer des athées, et pourquoi pas des croyants d’autres religions désireux d’ouvrir la porte de l’expression spirituelle aux autres, dans le respect de l’universalité qui est souvent revendiquée par leur propre chapelle.

Une fois cette structure édifiée, son financement sera assuré par les dons manuels, les dons notariés (grosses sommes ou biens), voire par les legs quand cela sera le moment. Elle pourra vivre si le catharisme est bien vivant, comme nous sommes quelques uns à le croire. Donc, il n’est pas nécessaire de prévoir une cotisation importante.

La structuration interne fera l’objet de discussions lors d’une assemblée constitutive, comme l’exige la loi. Il est clair qu’un Conseil d’administration devra refléter la vision de l’Assemblée générale qui ne pourra pas agir à l’encontre des objets de l’Église. Cela impose que ces structures délibératives et décisionnaires soient constituées de façon à ce que les croyants cathares, les novices et les futurs chrétiens revêtus disposent de la majorité finale.

Au quotidien, un local pourra être prêté par un croyant de façon à remplir l’obligation statutaire d’organiser des cultes publics. Ce terme peut vous impressionner, tant il est fortement connoté par le judéo-christianisme. Mais, qu’est-ce qu’un culte public cathare ? C’est un sermon, comme les cathares en faisaient régulièrement, quelle que soit l’importance de leur auditoire. Rien de plus simple donc que d’organiser un rendez-vous régulier avec un thème relevant de la religion cathare qu’un croyant avancé ou un novice pourra présenter aux personnes présentes.

Quelle justification ?

Je dirais que c’est la question essentielle ; celle qui va déterminer si cette idée peut devenir un projet puis une réalité.

Quand on n’est pas croyant cathare on peut trouver saugrenu de passer du stade de l’évocation romantique ou apitoyée des cathares médiévaux à celui d’un rétablissement d’une Église cathare organisée et active.
Mais tous les croyants vous le diront : la résurgence de l’Église cathare, en tant qu’organisme actif, est essentiel, car elle est le seul moyen pour chaque croyant de faire sa bonne fin dans le cadre de sa foi. Qu’il choisisse un jour d’entrer en noviciat ou que les obligations de sa vie l’obligent à attendre son dernier souffle pour demander sa Consolation, il ne peut atteindre ce but que si une Église cathare existe bel et bien.

Il est donc justifié, et je dirais même plus, nécessaire de remettre l’Église cathare de France sur pieds pour remplir la seule obligation des croyants cathares d’aujourd’hui : faire leur bonne fin.

Pour les autres, sympathisants ou observateurs neutres, la résurgence de l’Église cathare ne peut que donner de l’air à la religion qui est depuis pas mal de temps mise à mal par des choix et des positions idéologiques assez éloignées des principes fondamentaux. Donc, y apporter son aide directe ne peut pas être vécu comme un risque, mais plutôt comme un espoir pour une humanité souvent en dérive.

C’est pourquoi je vous adresse à tous, ce manifeste. Réfléchissez à ce projet et, si vous partagez mon point de vue, n’hésitez pas à me contacter par tous les moyens que vous voudrez utiliser.

Si nous sommes assez nombreux à partager cet idéal, je m’engage formellement à en assurer la mise en œuvre.

Soyez assurés de ma profonde Bienveillance.

Éric Delmas, novice cathare à Carcassonne.

Définir le Catharisme d’aujourd’hui

1-0 - Découverte du catharisme
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Définir le Catharisme d’aujourd’hui

Qu’est-ce que le Catharisme ?

Cette question peut en surprendre plus d’un, émanant d’une personne qui mène des recherches approfondies sur le sujet depuis douze ans et qui vit depuis deux ans et demi comme un novice cathare.
Pourtant elle n’est pas anodine.

En effet, si le Catharisme médiéval nous est de mieux en mieux connu, si sa structuration était indubitablement celle d’une Église au sens commun du terme, si ses pratiquants — les Bons-Chrétiens — étaient organisés comme n’importe quelle confrérie religieuse et étaient considérés comme tels par leurs croyants, sans parler de leurs opposants catholiques de l’époque, peut-on extrapoler aujourd’hui cette organisation pour dire que les mêmes appellations et considérations s’appliquent encore à lui ?

Comme je vais essayer de l’étudier devant vous, nous allons voir que le Catharisme aujourd’hui se reflète de façon extrêmement variée dans les yeux de ceux qui l’observent avec le filtre de la considération du phénomène religieux qui a cours au 21esiècle.

Quelques définitions

Impossible de raisonner conjointement sans poser d’abord les bases sémantiques qui s’imposent.

Le premier terme à bien définir est celui de religion. Une religion est une approche spirituelle qui agglomère les individus qui la reconnaissent et la pratiquent. Ce terme tire son nom du latin religo, qui signifie attacher, lier et religio, qui signifie avoir du scrupule. Il s’agit donc d’une pratique scrupuleuse qui relie, attache, des gens qui la partagent. Il faut donc, pour qu’il y ait religion, que l’on puisse définir un lien entre ceux qui ont une pratique faisant état de la même observance scrupuleuse d’une spiritualité.

La spiritualitéest donc à différencier de la religion. Là où la religion exige plusieurs personnes réunies, la spiritualité est individuelle. La spiritualité est une aspiration religieuse qui amène à considérer des éléments intellectuels et pratiques comme justifiés, voire nécessaires, à la manifestation de la foi ressentie.

La foi est, comme l’indique sa source latine fides, la confiance que l’on place en une conception intellectuelle relative à une entité transcendante que l’on place au-dessus de toute chose.

Quand cette foi, qui a donné lieu à une approche spirituelle, aboutit à rassembler des personnes au sein d’une religion, comment peut-on nommer ce rassemblement ?

On constate qu’il existe plusieurs termes pour cela. Est-ce pure conjecture ou bien y a-t-il moyen de déterminer un usage précis à chacun de ces termes ?

La communauté religieuse est un terme employé pour désigner des personnes attachées à la même religion quelle qu’en soit la position et la pratique. C’est un terme vague qui va donner lieu à des précisions.

La communauté spirituelle ou ecclesia est un ensemble regroupant des personnes qui partagent la même foi. Il s’agit essentiellement des croyants, mais le Catharisme introduit une nuance dans ce terme. Alors que les autres religions se contentent de demander à un croyant d’affirmer sa foi, dans le Catharisme le croyant a reçu l’éveil, c’est-à-dire qu’un événement spirituel s’est produit en lui — une révélation — qui l’a convaincu que cette foi était la seule possible pour lui. Donc, par extension, on admet généralement dans la communauté spirituelle des sympathisants avancés, qui ne partagent aucune autre foi, mais qui n’ont pas encore reçu l’éveil, même si l’on peut facilement imaginer qu’ils le recevront bientôt pour peu que leur engagement intellectuel et spirituel soit sincère.

La communauté évangéliquese distingue par le fait que ses membres vivent de la manière évangélique que pratiquaient les cathares du Moyen Âge, c’est-à-dire regroupés en maison cathare.

Si le terme Église tire son nom du latin ecclesia que nous avons vu plus haut, il est doté de deux acceptions un peu différentes. Certes, il s’agit bien d’une communauté spirituelle pratiquant la même conception religieuse, mais il s’agit aussi d’un statut juridique et administratif particulier. Ne la confondons pas avec le bâtiment catholique qui sert de lieu de culte : l’église.

L’Église à notre époque

La France a une particularité unique à la date d’aujourd’hui, d’avoir organisé en son sein la séparation de l’Église et de l’État, créant de ce fait une notion particulière que l’on appelle la laïcité. Cette séparation s’est faite dans la violence et a provoqué un profond clivage au sein de la population qui se manifeste encore de nos jours par des positions extrémistes des deux bords. En effet, selon les périodes, les religieux tentent d’imposer leurs vues afin d’infléchir la conception de laïcité à leur avantage et à d’autres, ce sont les athées qui font de même.
Les modérés, désireux de voir respectés les choix des uns et des autres sont souvent pris en otages dans ces luttes. J’ai déjà étudié la laïcité dans deux autres textes, aussi je n’y reviendrai pas ici.

Dans le cadre de la loi de séparation de l’Église et de l’État, dite loi de 1905, est proposé un statut spécifique pour les associations dont l’objectif est une pratique religieuse exclusive. Contrairement aux associations déclarées, qui relève de la loi de 1901, l’association cultuelle a, comme son nom l’indique, comme seul objet d’organiser des cultes. Cependant, la loi prévoit que ce qui s’avère nécessaire à l’organisation des cultes soit prévu et couvert par cette loi, c’est-à-dire la prise en charge des officiants (ministres du culte), de leur formation et des locaux les accueillant et de ceux où se déroulent les cultes. Dans ce cadre très restrictif, la loi accorde des avantages non négligeables à ces associations, comme le droit de recevoir des dons notariés et des legs et l’exonération de taxe foncière pour les bâtiments cités ci-dessus. En contrepartie, ces associations sont soumises à des obligations. Prouver qu’elles sont représentatives de la communauté sociale où elles exercent et faire preuve d’une totale transparence financière. La représentativité minimale est imposé par un quota d’administrateurs déclarés et nommément désignés qui est fonction du nombre d’habitants de la zone géographique considérée. La transparence financière exige de faire vérifier et de publier les comptes.

Mais quand on parle d’Église de façon plus générale, c’est la structure de la communauté ecclésiale qui est désignée, avec comme référence celle du culte catholique. Or, cette institution a pris, au cours des siècles, des positions religieuses et politiques qui ont fortement altéré son image chez beaucoup. De ce fait, ce terme tend à provoquer un rejet quasi systématique, mais il faut surmonter cela car il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. En effet, si vous perdez un proche dans un accident de voiture, vous ne considérerez pas systématiquement la voiture comme un instrument mortifère. Par contre, vous serez plus prudent quant à son usage et à ceux à qui vous vous confiez quand ils vous proposeront de vous emmener.

Que dire du Catharisme aujourd’hui ?

Bien des gens se sont intéressés au Catharisme au cours des siècles et s’y intéressent encore aujourd’hui sans pour autant avoir la même vision de ce qu’il est.

Ainsi certains n’y voient qu’un corps mort que l’on dissèque à l’envi, mais dont la forme d’apparition médiévale ne saurait laisser imaginer une quelconque résurgence moderne. Et encore je ne parle pas ici de ceux qui essaient de prétendre à sa non-existence !
Il en est qui n’y voient qu’une sorte de philosophie non violente, n’en retenant que les principes spirituels sans tenir compte de la pratique rituelle et sacramentelle.
D’autres considèrent que cette religion n’est plus adaptée aux hommes de notre époque et que l’on doit s’en tenir à une pratique spirituelle intellectuelle et individuelle.
En fait, bien peu nombreux sont ceux qui pensent que le Catharisme a toujours sa place dans notre société ; mais il y en a !

Les historiens qui s’abstiennent volontairement et vigoureusement de chercher à comprendre les racines et l’origine du Catharisme, ne peuvent d’évidence l’imaginer se remettre en ordre de marche aujourd’hui. Comme le chimpanzé voyant son reflet dans un miroir va considérer qu’il est en face d’un congénère, faute d’avoir la maturité intellectuelle suffisante pour comprendre ce qu’il voit, ils sont partiellement aveuglés par les limites qu’ils s’imposent au nom d’une prétendue objectivité qui n’existe que dans leur conception autocentrée de leur exercice professionnel.

Nombreux sont ceux qui ne retiennent du Catharisme que quelques principes à intégrer, éventuellement, dans une morale personnelle ou à utiliser comme étendard d’un monde plus tolérant et respectueux de tous. Je comprends cela, mais je ne peux m’empêcher de leur rappeler que cette vision minimaliste est à des années-lumière du Catharisme médiéval. De là à penser que cette approche signe une profonde méconnaissance du Catharisme, il n’y a qu’un pas que je franchis aisément.

La troisième catégorie fait florès. De grands noms en ont fait partie, comme Déodat Roche ou Yves Maris par exemple. Est-ce pour autant le signe que cette approche est la bonne ? Je ne le crois pas.

En effet, si les cathares avaient raison — et c’est le point de vue de ceux qui partagent leur foi —, comment imaginer que leur religion serait adaptée à une forme d’incarnation des esprits saints prisonniers et ne serait pas à une autre ? Soit le Catharisme s’adresse à notre être profond, soit il n’a pas de raison d’être. Méconnaître la portée universelle que la doctrine cathare apporte à cette part d’éternité souffrante que nous représentons aujourd’hui, comme l’étaient celles et ceux qui l’ont porté au Moyen Âge, serait incohérent. Ou bien le Catharisme est valable tant qu’il restera un esprit saint prisonnier ici-bas, ou bien il ne s’est jamais justifié. Personnellement, je mets cette conception d’une approche purement intellectuelle sur le compte d’un manque d’approfondissement global. À force de regarder le Catharisme avec une loupe, on peut en venir à perdre de vue ce qu’il est globalement et profondément.

Et c’est pourquoi j’appartiens résolument à la dernière catégorie ; celle qui pense que le Catharisme n’est ni archaïque ni désuet à notre époque. En effet, comparé à l’époque médiévale, peut-on dire que notre siècle n’a plus besoin de Bienveillance, d’égalité, de considération et de spiritualité ? Franchement, à part la sophistication mise dans les moyens de faire souffrir et de tuer l’autre, je ne vois aucune différence entre ces deux périodes.
Non seulement le Catharisme nous apporte une compréhension claire et logique de notre monde en notre siècle, mais il nous propose également les moyens de l’analyser et ceux nécessaires pour nous positionner individuellement et collectivement par rapport à lui.

Donc, ne voir le Catharisme que par des filtres qui en opacifieraient certains aspects, me semble être une erreur. Certes, le Catharisme est une spiritualité qui nous éveille individuellement, mais pas que. Certes, il est aussi une pratique morale et sociale, mais pas que. Certes, il est aussi un moyen de rassembler des porteurs d’une foi identique, mais pas que. Il est tout cela et bien plus encore ; il est l’outil nécessaire pour emprunter et suivre le chemin enseigné par Christ et ainsi atteindre l’objectif de tout croyant : faire sa bonne fin !

La foi cathare

1-0 - Découverte du catharisme
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La foi cathare

Le sujet de la foi interroge beaucoup, car en règle générale, il se pose assez peu dans les autres christianismes ; disons plutôt qu’il semble aller de soi. Le catharisme a cette particularité que la foi n’y est pas fournie « clés en mains », mais doit se construire, notamment par la connaissance et l’introspection.
Celui ou celle qui découvre le catharisme entre donc dans un domaine vierge pour lequel il ne dispose d’aucune référence valable, alors que l’ensemble paraît avoir un air de déjà vu.
Je voudrais essayer, à la faible lumière de mon expérience et de mes propres réflexions, de vous présenter la foi cathare de façon suffisamment simple pour que chacun puisse mieux en comprendre les différents stades.
En effet, la foi cathare n’est pas monolithique, mais elle est en évolution permanente et les différents stades que j’ai identifiés me semblent comparable à la vie d’un être humain, à savoir, la petite enfance, l’adolescence, l’âge de la vie active, la maturité et la retraite.

La découverte de sa foi

Habituellement, les gens découvrent le catharisme, s’y intéressent, approfondissent sa connaissance par la sympathie qu’il leur inspire, et parfois, se sentent aspirés par cette religion qui leur paraît répondre à leurs conceptions spirituelles.
Ce premier éveil s’accompagne généralement d’une forme d’exaltation, plus ou moins marquée selon chacun, qui correspond à celle du petit enfant découvrant le monde.
Le croyant est emporté par la joie d’avoir acquis la conviction d’être enfin en accord sur le plan spirituel avec d’autres ; l’entrée dans une ecclesia— une Église — c’est-à-dire une assemblée humaine portée par une identité spirituelle a de quoi nous emporter.
C’est logiquement un moment propice à une frénésie d’apprentissage, de découvertes, de comparaisons et un désir profond d’aller encore plus loin, afin de se rapprocher du but ultime : la Consolation.

C’est aussi l’âge où les erreurs d’orientation doivent être identifiées pour éviter que le cheminement ne s’approfondisse dans l’erreur de route. L’homme a un instinct grégaire qui le pousse à rechercher la compagnie des autres, et ce dans toutes les composantes de sa vie. « Accrocher » le wagon cathare est un comportement logique pour ceux qui se sentent SDF (sans doctrine fixe), mais si ce wagon n’est pas le bon, il faudra du temps pour s’en rendre compte et cela rendra d’autant plus difficile le retour à la gare où le bon wagon sera peut-être déjà parti dans une autre direction qui nous aurait mieux convenue.

Comme la petite enfance est le moment le plus important de la construction de l’adulte en devenir, ce premier stade de l’éveil est important pour le devenir du futur chrétien cathare. C’est là qu’il devra trouver des guides et des compagnons de route qui sauront lui montrer les écueils les plus graves et qui pourront l’aider à trouver la voie de son propre avancement pour un meilleur cheminement.
En fait, la première chose qu’il devra intégrer c’est que le cheminement demande de l’humilité et beaucoup de patience.

L’entrée réelle dans la foi

Comme l’adolescent qui quitte le monde merveilleux de l’enfance pour affronter les premières difficultés de la vie, les premiers déboires que ses parents ne pourront pas gérer pour lui et les premiers choix essentiels qui vont déterminer son avenir, le croyant cathare va lui aussi rencontrer des épreuves et faire des choix essentiels.
Le croyant qui a su calmer ses impatiences et qui a compris les dangers que la vanité place devant ses pas, va logiquement chercher à affermir sa foi grâce à une bonne connaissance de sa religion. Finies les dérives classiques du début, où l’on cherche à toujours vouloir trouver dans une religion autre chose que ce qu’elle nous propose. Le croyant cathare de ce stade n’en est plus à accumuler les religions possibles ; il a fait son choix et il sait vers où il veut aller. Il sait aussi que la connaissance, au combien indispensable, ne l’empêchera pas de devoir un jour avancer sans garde-fou. Car la foi est justement cette action où l’on avance sans aucune garantie que l’on va trouver du solide sous son pas. J’évoque souvent pour illustrer cela, le moment dans le film : Indiana Jones et la dernière croisade, où le héros doit faire la dernière partie du chemin censé le mener au Graal en passant les épreuves du pénitent qui donne lieu à des pièges physiques dans cette histoire. L’humilité vient en premier, qui le conduit à adopter l’attitude voutée qui le sauve de scies automatiques, puis la marche dans le nom de Dieu qui lui évite de tomber dans les éboulis, etc. Mais le moment suprême est celui où il doit affirmer sa foi. En effet, il se trouve dos à une paroi rocheuse et face à l’entrée de la grotte dont il est séparé par un gouffre immense. Entre les deux, rien ! Pas de pont, pas de corde tendue, aucun moyen de passer normalement. Alors, il se rappelle que la foi est comme un saut dans le vide et il pose son pied au-dessus de ce gouffre. Surprise ! il découvre qu’un pont existe, mais qu’il lui était caché par une illusion d’optique, et ainsi il peut continuer à avancer.
Cette image est excellente. Si l’on a suffisamment acquis de connaissances pour savoir ce qu’est vraiment le catharisme et si l’on a suffisamment étudié sa propre conviction pour savoir ce à quoi notre intuition nous pousse, l’esprit éveillé en nous va nous convaincre de changer de paradigme. Ce ne sont plus les yeux humains, susceptibles d’être trompés par toutes sortes d’illusions, qui peuvent nous guider, mais les yeux de l’esprit qui savent que Dieu ne peut pas nous abandonner. Et nous faisons aussi ce pas au-dessus du gouffre des peurs mondaines pour toucher pour la première fois le « pont » qui nous mène à la foi affermie.
Désormais les choses sérieuses commencent et il faut être certain de notre engagement, car une hésitation ou une erreur que l’on hésiterait à reconnaître nous mènerait à l’erreur qui serait gravissime pour notre salut.

La spiritualité active

Après ce passage difficile, douloureux parfois aussi, vient le moment, où porté par notre foi, nous cheminons sereinement en approfondissant la connaissance des ressorts profonds du catharisme et en ressentons pleinement la spiritualité.
Tout au moins est-ce le début de cette phase. En effet, comme l’adulte qui s’est lancé dans la vie active, le croyant confirmé va rencontrer nombre d’écueils à son cheminement. Bien entendu, le premier est celui de l’humilité aiguisé par la vanité et l’impatience. Le sentiment d’avoir fait un bon bout de chemin peut se transformer en certitude d’être presque arrivé. Le souvenir des difficultés rencontrées peut conduire au désir d’être reconnu comma ayant déjà surmonté toutes les épreuves. L’altérité, c’est-à-dire l’accompagnement d’autres croyants, est le meilleur moyen d’apprendre à tempérer cette attitude.
Mais comme ce jeune adulte, nous sommes amenés à faire des choix dans notre cheminement, à nous positionner, notamment vis-à-vis de nos proches, dans notre vie mondaine et à interroger la force de notre engagement spirituel. Le catharisme n’est pas la religion de la facilité et du laisser-aller. Quand on a compris que le chemin est long et ardu et que les portes qui le jalonnent n’en marquent pas la fin, mais seulement les étapes, il est nécessaire de se poser la question de la validité de son choix spirituel face à cette impression d’être face à un mur et de ne plus bien distinguer ce qu’il y a devant.
Je ne dis pas cela pour faire peur, mais pour vous rassurer au contraire. En effet, ce moment est généralement marqué par le doute. Le doute fait peur, car on y voit la marque d’un engagement insuffisant, d’une possible erreur de cheminement, d’une foi vacillante et faiblarde. En fait, c’est le contraire. Le doute a plein d’avantages. Il nous oblige à revoir de fond en comble notre engagement, ses motifs, sa genèse et son déroulé. Ainsi, la connaissance acquise nous permet de disposer de moyens de confronter nos choix à la réalité du catharisme, afin de savoir si nous nous sommes trompés ou pas. Il nous oblige à vérifier si nous maîtrisons bien les fondamentaux du catharisme. La non-violence est relativement facile à comprendre à ce stade. Elle doit concerner non seulement les autres, mais nous également. L’humilité est toujours le plus difficile à appréhender et à surmonter. Notre mondanité, encore fortement ancrée en nous, nous confronte à un monde profondément vaniteux, égoïste, méprisant, individualiste et aveugle à tout ce qui ne lui importe pas. L’humilité en ce monde est un boulet. Nous devons le traîner et considérer qu’elle ne nous ralentit pas, comme on pourrait le croire à priori, mais qu’elle nous évite d’aller trop vite et donc de courir le risque de quitter la route.

Si nous sommes sur la bonne voie, nous aurons alors logiquement des doutes sur la qualité de notre engagement, sur notre capacité à comprendre et intégrer la doctrine cathare dans nos choix spirituels et à poursuivre en ce monde avec ce bagage apparemment si peu adapté à notre cheminement. L’étude des religions nous montre que bien d’autres avant nous ont eu, eux aussi ces moments de doute intense : Gandhi, mère Teresa, et même un certain Jésus qui, dans la noirceur de sa dernière nuit, espérait encore ne pas devoir boire la coupe. Le doute est fondamental et la peur de l’échec est salvatrice. Certes ; il nous provoque de grandes souffrances et ceux qui le vivent seuls courent le risque d’échouer par abandon.
Mais, comme l’adulte qui finit par assumer ses choix et qui en accepte les conséquences, le croyant qui eu le temps de confirmer la valeur des siens va pouvoir continuer d’avancer.

La maturité

En fonction des choix que l’on fait dans la période précédente, la période de la maturité va revêtir des aspects eux aussi différents.
Entre le croyant avancé en noviciat et celui qui reste dans le monde en raison de ses engagements, la différence peut sembler énorme. Elle ne l’est pas tant que cela. Le premier s’entraîne à l’ascèse pour approfondir la spiritualité cathare dans ses tréfonds et le second la vit de façon moins approfondie, mais la confronte davantage à la mondanité. L’un est apnéiste quand l’autre est un marathonien. Les deux apprennent à séparer le mondain du spirituel pour que l’esprit qui est en eux puisse se détacher de la dépouille de l’Adam qui s’oppose à leur projet de résurrection.
Le novice qui a eu la chance de pouvoir s’extraire du monde à volonté, doit apprendre à explorer la religion cathare en comprenant qu’il n’ira que d’échec en échec, car la vivre dans la perfection n’est pas possible en ce monde. Vu de dehors on pourrait le trouver excessif et injuste envers lui-même dans ses exigences, mais lui sait qu’il n’en est rien. « Le diable est dans les détails » dit-on, et c’est vrai ! Les petites erreurs et les compromissions apparemment sans importance sont le lit de l’infection qui conduit à tout relativiser. Plus le novice sera rigoureux, plus il compensera l’avantage qu’il a de pouvoir tenir le monde à distance plus facilement que d’autres.
Le croyant avancé pris dans le monde, doit accepter son état sans se plaindre. Dieu n’est pas caché dans une maison cathare. On peut suivre sa voie partout et en tout temps. L’application de la règle est certes moins facile et parfois impossible, mais rien n’empêche de l’adapter à son contexte de vie. L’erreur que l’on peut commettre à ce moment est de penser que l’on n’est pas responsable d’une situation qui s’impose à nous et qu’il suffit de laisser le temps filer jusqu’au moment où l’on pourra demander la Consolation aux mourants. Grave erreur ! Ce n’est pas parce que l’on ne peut entrer en noviciat qu’il faut rester les bras croisés. Au contraire, le cheminement que l’on fera jusqu’au moment opportun, soit de rejoindre une communauté pour y vivre ses dernières années, soit de la rejoindre dans son agonie lors d’une Consolation aux mourants, est essentiel à la réussite de ce dernier moment.

Si les trois premières étapes ont aidé à construire la foi, celle-ci la met en pratique.

La retraite

Contrairement à celle que bien des travailleurs, épuisés par une vie de labeur, imaginent, la retraite du croyant est à l’image de celle de nos retraités d’aujourd’hui : particulièrement active.
Difficile pour moi de vous la détailler, car je n’en suis pas encore à ce stade. Je vais donc essayer de vous en dresser un portrait approximatif.

À l’instar de la Consolation qui en marque le commencement, quelle qu’en soit la durée effective ensuite, la retraite du croyant devenu chrétien est active dans la spiritualité. C’est la période où se produit enfin la bascule entre la part mondaine et la part spirituelle du mélange qui nous définit. Le spirituel prend enfin réellement le pas sur le mondain et l’on entre dans ce que les anciens appelaient l’ataraxie.
Le Consolé n’en a pas fini d’approfondir sa foi quotidienne, mais il en appréhende tous les éléments : il n’est plus de ce monde ! Comme Christ disant au jardin de Gethsémani : « Mais que ta volonté soit faite », il s’abandonne enfin totalement à la volonté divine qu’il sert depuis si longtemps. On comprend bien qu’un tel état ne peut survenir ex abrupto et qu’il faut s’y préparer, comme je l’expliquais précédemment.
Certes le Consolé qui va vivre plusieurs années sera toujours en butte aux tentatives déstabilisatrices du monde désireux de le faire échouer, mais il en connaît tous les rouages et rien ne peut plus l’atteindre en ce monde qu’il a quitté volontairement.
Je ne peux pas vous en dire plus, car c’est à peine si j’entrevois ce que je vous décris. Aller plus loin serait manquer d’humilité et faire preuve d’impatience.

Avec ma profonde Bienveillance.

La sorcière et le chevalier blanc

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La sorcière et le chevalier blanc

Régulièrement je suis contacté, ou je lis dans les forums que j’anime, par des gens qui m’expliquent être des réincarnations de personnages divers : seigneurs, princesses, Bons-Chrétiens, etc. De façon assez peu surprenante, je n’en ai pas connu qui se rappellent avoir été inquisiteurs, conquérant sanguinaire ou bourreau.
Bien entendu, pour ces personnes ces perceptions sont fiables et ne peuvent provenir que de l’esprit saint prisonnier qui se souvient de ses transmigrations précédentes. Je voudrais tenter ici de faire le point sur ce sujet.

L’esprit saint chez les cathares

Pour les cathares l’esprit saint, tombé en ce monde de mélange, est pur et parfait dans le Bien. Ce qui l’empêche de s’échapper pour retourner auprès du principe du Bien est le fait d’avoir oublié son état antérieur lorsqu’il fut incarné par le diable. Donc, a priori, si l’esprit saint pouvait avoir conservé le souvenir d’une vie antérieure, il ne serait plus prisonnier puisqu’il serait suffisamment éveillé pour avoir retrouvé le souvenir de son état.

Comment fonctionne la prison mondaine ?

Pour les cathares, l’esprit saint prisonnier est maintenu en cet état de refroidissement spirituel par l’âme mondaine qui est à la fois la geôlière de l’esprit saint et l’animatrice du corps.
Cette âme doit empêcher l’esprit saint de sortir de sa léthargie et elle emploie pour cela tous les moyens. Or, quel est le meilleur moyen de faire tolérer les barreaux à un prisonnier ? Le convaincre qu’il n’y en a pas !
Comme dans le film Matrix dont je vous parle régulièrement, nous sommes prisonnier d’un monde factice qui cache une prison, mais comme nous croyons ce monde réel, la prison ne nous apparaît pas.
Dans les cas les plus faciles, il existe plein de moyens pour occuper le corps et ainsi contenir l’esprit dans un espace si restreint qu’il ne peut rien faire. Nous connaissons les capacités anesthésiantes de la spiritualité que sont la réussite professionnelle et la sexualité. Mais — et même si cela peut en choquer certains — comprenons bien que la famille en est un autre, tout aussi efficace.

Ainsi notre vie est jalonné de périodes où, d’obligations en activités choisies, de frustrations en accomplissements personnels, nous sommes maintenus dans ce monde contre notre volonté profonde, mais sans en avoir conscience.
Dans certains cas, la nature de l’individu le pousse à se lasser de ces activités habituelles et le pousse à rêver à d’autres possibles. Ce grand danger doit être surmonté, car comme dans le film The Truman show, le risque de voir le corps atteindre les limites de la prison et comprendre la situation, ce qui ne pourrait que provoquer l’éveil spirituel, est immense et doit être contré.
L’âme a trouvé un moyen très ingénieux de contrer cela : le détournement d’attention. Comme nos politiques le pratiquent régulièrement, il suffit souvent de dévier l’attention d’un point à risque vers une autre voie, au moins aussi attrayante, pour que le sujet oublie son premier centre d’intérêt et se jette avidement dans le second.
Si un individu se demande si l’assassinat du président Kennedy ne pourrait pas être de la responsabilité d’un autre commanditaire que Lee H. Oswald, il vaut mieux l’orienter vers des pistes sans issue, comme la mafia ou les réseaux castristes, que de courir le risque de le voir un jour rechercher des informations sur la CIA et les lobbies pétroliers américains.
De même, si une personne laisse vagabonder son imagination vers l’hypothèse qu’il y a peut-être une autre réalité que celle qu’elle voit au quotidien, il peut s’avérer efficace de lui en suggérer des factices, mais conformes à sa personnalité. C’est typiquement ce que l’on observe avec l’ésotérisme. Cette hypothèse ouvre le champs des possibles et fait de chacun de nous un élu appelé à un grand avenir individuel.

Comment déceler ces pièges ?

Compte tenu du fait que nous n’avons pas sur ces problèmes une vue d’ensemble et un regard détaché, puisque nous faisons partie de l’équation, il faut trouver d’autres moyens pour définir ce qui relève du piège et le distinguer de ce qui pourrait relever de la manifestation réelle de l’esprit saint.
En effet, repérer ces pièges est essentiel, car ils nous empêchent d’avancer vers l’éveil ou le retardent dans sa manifestation.
Souvent, prendre un temps de réflexion permet de mieux comprendre à quoi nous avons à faire. En effet, si l’idée qui nous taraude s’écarte de certains principes fondamentaux que nous reconnaissons comme  d’essence divine, c’est qu’elle est de nature mondaine et qu’elle vise à nous égarer.
Jamais une idée émanant de l’éveil de l’esprit saint que nous sommes ne saurait nous donner à croire que nous sommes privilégiés et différents des autres. L’égocentrisme n’est pas une valeur divine.
Jamais non plus elle ne saurait nous donner à penser que nous sommes meilleurs et plus méritant. La vanité n’est pas une valeur divine.
Jamais elle ne saurait nous donner à croire qu’il suffit de se fier à une intuition plutôt que de se forcer à rechercher et étudier afin de conforter ou infirmer le sentiment initial. La futilité n’est pas une valeur divine.
Jamais elle ne saurait nous convaincre de taire et de garder pour soi des éléments qui nous semblent importants. L’égoïsme et le secret ne sont pas des valeurs divines.
Jamais elle ne se manifesterait en prenant comme support des attributs de ce monde, comme une particularité physique par exemple. La mondanité n’est pas une valeur divine.
Jamais elle ne saurait nous conduire à vouloir nous dépêcher d’atteindre le but et à clamer notre réussite sans se donner le temps de l’attente et de la réflexion. L’impatience et l’enthousiasme ne sont pas des valeurs divines.

Sur la base de ces quelques pistes nous voyons que bien des idées apparemment hautement spirituelles ne sont en fait que des chausse-trappes que nous lance l’âme mondaine, comme le fait la sorcière qui fait surgir ronces, précipices et rocher sur la route du chevalier blanc, sans oublier le dragon final qui lui barre la porte de la chambre de la princesse endormie.
L’hypothèse ésotériste qui propose une voie réservée à une élite promise au salut indépendamment du reste de l’humanité est un piège.
La mémoire d’une vie antérieure où l’on aurait été quelqu’un de plus avancé, voir de déjà prêt à passer de l’autre côté, est un piège. Si en plus des éléments factuels et matériels viennent la corroborer, comme le fer à cheval dont parle Sibylle Peire dans son interrogatoire devant Jacques Fournier ou comme des stigmates physiques qui auraient perdurés d’une vie à l’autre, le piège est encore plus grand.
Ces pièges sont fondés sur une particularité de notre mondanité que les psychologues connaissent bien. L’homme veut appartenir à un groupe, car il a peur d’être seul, mais il veut cependant être distingué et reconnu.

Reconnaître le chemin

Je l’ai souvent dit, et c’est parce que je chemine très prudemment et très lentement, malgré les nombreuses remarques — parfois critiques — que ce choix me vaut, il y a de nombreuses étapes dans le cheminement et plusieurs paliers dans l’éveil.
Le croyant est comme un enfant. Au début, son éveil est timide et il ouvre grand les yeux et s’émerveille. Il est avide d’apprendre pour ouvrir en grand la porte. Plus il avance et grandit dans sa foi, plus il s’affermit dans ses connaissances, mais en découvrant que le kiosque à journaux qu’il avait entrevu initialement est devenu une immense bibliothèque, il rechigne à poursuivre sa formation dont il comprend bien qu’elle sera longue et difficile. Alors, forcément il est tenté de chercher un raccourci. Il se convainc qu’il en sait bien assez pour passer au stade supérieur et que ceux qui lui disent le contraire sont en fait peut-être moins avancés que lui.
Il est devenu un adolescent qui se voit déjà adulte et qui trouve les adultes séniles. Dans un monde où l’acquisition de la connaissance et le développement de la compréhension personnelle sont devenus des valeurs négatives face à l’instantanéité de la connaissance digitale dont les manipulateurs restent cachés, comment attacher de l’importance à la sagesse de celui qui s’est voué à la recherche et à l’étude. C’est un peu comme si l’on devait apprécier le travail du calligraphe alors que n’importe quel ordinateur peut vous proposer une police de caractère identique en une fraction de seconde.

Alors comment faire pour éviter ces pièges quand on n’est pas prêt à devenir un Bon-Chrétien ?

La règle de justice et de vérité nous aide

En effet, comme je l’ai dit dans le passé, le croyant peut tout-à-fait faire de cette règle une morale personnelle. Ainsi, il s’en servira au quotidien pour éprouver ce qui lui est proposé et voir si cela doit être bien ou mal considéré.
Même si nous avons du mal à l’appliquer en tout lieu et toute situation, la Bienveillance est très utile pour éviter les pièges de l’agressivité face à l’adversité.
L’humilité nous permet d’éviter les pièges de l’égoïsme et de l’égocentrisme.
L’obéissance à ceux que l’on reconnaît comme plus avancés est un bon moyen d’éviter l’enthousiasme.
L’attention et la concentration permettent de freiner l’impatience.
L’exemplarité des Bons-Chrétiens médiévaux nous rappelle que, si le chemin est long et difficile, c’est que l’âme est puissante et maligne.

Et bien entendu, il existe bien d’autres façons d’avancer sur notre chemin afin d’atteindre l’étape suivante et de pousser une nouvelle porte. Nous le ferons plusieurs fois en tant que croyant, comme le fait lui aussi le novice et comme le feront également les futurs Bons-Chrétiens, car le bout du chemin n’est pas de ce monde.

Avec ma profonde Bienveillance.

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