Archives de catégorie : Sources scripturaires

Les sources scripturaires sont les textes issus des Écritures, regroupés sous le terme de Bible.

Rituel latin de Florence – Sainte Oraison 2

Ce texte, écrit en latin était inséré vers la fin du « Livre des deux principes », dans un manuscrit de la ville de Florence[1]. Il semble postérieur au rituel occitan de Lyon qu’il semble amplifier. À ce titre, peut-être a-t-il été écrit directement par les Cathares réfugiés en Italie.
Le présent document est une traduction de René Nelli publié dans le recueil « Écritures cathares » publié par les éditions du Rocher dans une édition actualisée et augmentée par Anne Brenon en 1995. Pour respecter le droit des auteurs je ne vous livrerai ni la préface, ni les notices que vous trouverez dans le livre. J’espère qu’en ne publiant que la traduction je ne causerai aucun tort à personne et je permettrai à tous d’accéder à cet ouvrage essentiel à la compréhension de la doctrine cathare.
Je me suis également appuyé sur le travail de Déodat Roché, publié dans l’Église romaine et les Cathares albigeois, aux éditions Cahiers d’études cathares – 1957 – Narbonne.

1. Tradition de la sainte Oraison

« Viennent ensuite les mots : Donnez-nous aujourd’hui : c’est-à-dire en ce temps de grâce ou : pendant que nous sommes dans cette vie temporelle, donnez-nous votre force (virtutem) ; afin que nous puissions accomplir la loi de votre fils Jésus-Christ[2]. »

Mon analyse :
Interprétation intéressante qui met le croyant dans une position active et non pas simplement réceptive de la grâce divine. Certes, c’est Dieu seul qui peut donner la grâce mais en réclamant les conditions de son application, le croyant participe.

« Et remettez-nous nos dettes : c’est-à-dire : ne nous imputez pas les péchés que nous avons commis dans le passé, à nous qui voulons désormais observer les commandements de votre Fils. »

Mon analyse :
Très cathare comme comportement. Il ne s’agit pas de pardon mais de remise gracieuse, c’est-à-dire d’abandon des charges. Le fait de s’engager dans une attitude chrétienne vaut remise à zéro du compteur. On n’est pas dans le Bouddhisme où l’on traîne son karma d’une vie dans l’autre.

« Comme nous les remettons à nos débiteurs : c’est-à-dire : comme nous les remettons à ceux qui nous persécutent et qui nous font du mal. »

Mon analyse :
Et bien entendu, l’abandon des griefs vaut aussi pour le croyant envers les autres.

« Et ne nous induisez pas en tentation : c’est-à-dire : ne permettez pas plus longtemps que nous soyons induits en tentation, maintenant que nous désirons suivre votre loi. Il y a en vérité, une tentation charnelle et une tentation diabolique. La tentation diabolique est celle qui procède du cœur, par suggestion du Diable, comme l’erreur, les pensées d’iniquité, la haine et autres choses semblables. La tentation charnelle est celle qui résulte de la nature humaine, comme la faim, la soif, le froid et toutes choses du même genre : nous ne pouvons pas l’éviter. C’est pourquoi l’Apôtre dit dans la première épître aux Corinthiens : « Qu’aucune tentation ne vous saisisse à moins qu’elle ne soit humaine[3]. Dieu est fidèle et il ne souffrira pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais en permettant la tentation, il vous donnera d’en sortir, même avec avantage, en sorte que vous aurez la force de soutenir ces épreuves » (I Cor., X, 13). »

Mon analyse :
Nous voyons là une problématique dont l’auteur peine à se sortir. Comment Dieu pourrait-il induire, ou même simplement tolérer que nous soyons induits en tentation ? La réponse est autre. Dieu est omnipotent sur ce qui relève de lui, c’est-à-dire du Bien. Pour le Mal il n’a rien à lui opposer que l’éternité. En fait, c’est le Mal qui lutte contre lui-même, tout comme le scorpion qui tue la grenouille alors qu’elle est en train de le sauver, va se tuer lui-même en raison de sa nature. Dieu agit donc en nous en nous donnant la capacité à surmonter le Mal mais il ne peut empêcher le Mal d’agir car il ne le veut pas. L’auteur est ici en contradiction avec la nature de Dieu, situation dont Jean de Lugio se sortira bien mieux dans le Livre des deux principes.

« Mais délivrez-nous du mal, c’est-à-dire : du Diable, qui est le tentateur des fidèles, et de ses œuvres. »

Mon analyse :
Là encore, Dieu ne nous délivre pas du Mal. Il nous soutient dans l’épreuve et nous délivre du mauvais principe en nous accueillant en son sein.

« Car à vous appartiennent le règne — on dit que ce mot (et les suivants) se trouve dans les livres grecs[4] ou hébreux — cela revient à dire : la raison pour laquelle vous devez faire pour nous ce que nous vous demandons, c’est que nous sommes votre peuple.
Et la puissance : il faut entendre : vous avez le pouvoir de nous sauver.
Et la gloire : c’est-à-dire : à vous louange et honneur, quand vous faites cela pour votre peuple.
Dans les siècles : c’est-à-dire : dans les créatures célestes[5].
Amen signifie : sans défaillance (sine defectu[6]). »

Mon analyse :
Cette doxologie, qui ne figure pas dans les textes latins de l’époque, comme l’indique l’auteur, comporte une notion extrêmement anthropomorphique que l’auteur remplace par des considérations moins marquées. Ici le règne est remplacé par un lien de Bienveillance, la puissance et la gloire sont liées à la capacité divine d’agir pour ses créatures qui sont représentées par le mot siècle.

« C’est pourquoi (après avoir entendu ces explications et ces témoignages) vous devez comprendre, si vous voulez recevoir cette oraison, qu’il importe que vous vous repentiez de tous vos péchés et que vous pardonniez à tous les hommes. Le Christ n’a-t-il pas dit dans l’évangile (Matth., VI, 15), (Marc, XI, 30) : « Si vous ne pardonnez pas aux hommes (les fautes qu’ils auront faites), votre Père céleste ne vous pardonnera point non plus vos péchés. » ? Et il importe aussi que vous vous proposiez, en votre cœur, de retenir cette sainte oraison tout le temps de votre vie, si Dieu vous donne la grâce de la recevoir, selon la coutume de l’Église de Dieu, avec soumission et chasteté, et avec toutes les autres bonnes vertus que Dieu voudra vous donner. C’est pour cette raison que nous prions le Bon Seigneur qui a donné aux disciples de Jésus-Christ le pouvoir de recevoir cette oraison avec constance, qu’il vous donne aussi la force de la recevoir avec la même fermeté, à son honneur et pour votre salut. Parcite nobis. »

Mon analyse :
Le sermon se termine par un rappel des points essentiels liés à l’Oraison, c’est-à-dire l’éloignement du péché, qu’il soit personnel ou lié à autrui et la fermeté dans la foi et le respect de la règle.

« Alors, que l’Ordonné[7] prenne le livre des mains du croyant, et dise : « Jean (en supposant qu’il s’appelle ainsi), avez-vous la volonté de recevoir cette sainte oraison comme on vous a rappelé (qu’il fallait la recevoir), et de la retenir tout le temps de votre vie avec chasteté, véracité et humilité, et avec toutes les autres bonnes vertus que Dieu aura voulu vous donner ? » Le croyant doit répondre : « Oui, j’en ai la volonté. Priez le Père Saint qu’il me donne lui-même sa force. » L’Ordonné dira alors : « Que Dieu vous fasse la grâce de la recevoir à son honneur et pour votre salut. »

Mon analyse :
Enfin, vient la formule de transmission de la capacité à pratiquer le rituel et le répons.

Le ministère. Rôle de l’« Ordonné ».

« Alors, que l’ordonné dise au croyant : « Dites l’oraison avec moi, mot pour mot, et dites le perdonum[8] comme l’aura dit celui (qui est à côté de moi) et le croyant devra le dire comme l’aura dit celui qui est à côté de l’Ordonné[9]. Alors l’Ordonné se mettra à dire le perdonum. Ensuite il dira l’oraison comme il est d’usage : cette oraison étant achevée, ainsi que la gratia, le croyant devra dire en faisant une révérence (avec génuflexion) devant l’Ordonné : Benedicite parcite nobis, amen. Fiat nobis, Domine secundum verbum tuum. » (Bénissez-nous, pardonnez-nous, amen. Qu’il nous soit fait, Seigneur, selon ta parole !) L’Ordonné doit dire alors : Pater et filius et spiritus sanctus dimittat vobis omnia peccata vestra. (Que le Père, le Fils et le Saint-Esprit aient pitié de tous vos péchés) et le croyant se lèvera. L’Ordonné lui dira : « Par Dieu, par nous, par l’Église, par son Ordre saint, ses préceptes et ses disciples saints, ayez le pouvoir de dire cette oraison avant de manger ou de boire, de jour ou de nuit, seul ou en compagnie d’autres personnes, comme c’est la coutume dans l’Église de Jésus-Christ. Vous ne devez ni manger ni boire sans avoir dit cette prière. S’il vous arrive d’y manquer — ce que vous ferez savoir à l’Ordonné de l’Église, aussitôt que vous le pourrez —, vous en subirez la pénitence qu’il voudra vous donner. Que le Seigneur vrai Dieu vous donne la grâce de l’observer (la pratique de l’oraison) à son honneur et pour votre salut. » Le croyant fera alors trois révérences en disant : Benedicite, Benedicite, Benedicite, parcite nobis. Dominus deus tribuat vobis bonam mercedem de illo bono quod fecistis mihi amore dei. (Que le Seigneur Dieu vous donne bonne récompense de ce bien que vous m’avez fait pour l’amour de Dieu !)
Alors, si le croyant ne doit pas être consolé (ce jour-là), il convient qu’il reçoive le service[10] et qu’il aille « faire la paix[11] ».

Mon analyse :
Enfin, l’auteur décrit le déroulement de la passation du rituel entre l’ordonné et son second et le croyant. À l’époque, le latin était la langue officielle, tant de l’Église que de la vie officielle ; il est donc normal qu’il soit employé dans les formules. Maintenant que c’est le français, il est cohérent que ce soit en français qu’elles soient prononcées. On voit à la fin que la remise de la tradition de l’Oraison dominicale ne s’accompagne pas toujours d’une Consolation. Il semble bien que seuls les malades, les femmes et les hommes n’étant pas appelés à devenir des prédicateurs étaient consolés dès la fin de leur première année de noviciat. Les autres poursuivaient leur formation et recevaient une Consolation finale à son terme.

[1] Traduit et édité pour partie (ouvrage incomplet) par le P. Dondaine dans : Un traité néo-manichéen du XIIIe siècle. Le Liber de duobus principiis, suivi d’un fragment du rituel cathare – Istituto storico domenicano. S. Sabina. Roma 1939.
[2] Sur cette terre les « âmes » sont soumises au temps, qui s’oppose à l’Éternité et qui est du Démon (l’être toujours changeant). Elles ne peuvent opérer leur salut d’elles-mêmes, par liberté ; elles ne peuvent que « demander » la grâce, et que Dieu combatte en elles le Mal. La vie temporelle est donc exactement le temps de la Grâce.
Ces quelques lignes — auxquelles on ne saurait refuser la « profondeur » philosophique — figuraient plus haut, dans le manuscrit, et y ont été rayées (voir note 3, page 228), sans doute pour faire place au long développement sur le Pain supersubstantiel.
[3] Le catholicisme romain interprète un peu différemment ce passage : « Vous n’avez eu encore que des tentations humaines (et ordinaires). »
[4] « Les derniers mots : Quoniam tuum est regnum et virtus et gloria in saecula appartiennent au texte grec… Les Latins eux-mêmes n’ignoraient pas ce texte » (A. Dondaine, op. cit., p. 48). Les Cathares suivaient la tradition grecque sur ce point, notre auteur commente la formule « grecque », alors que son exemplaire de l’évangile de saint Matthieu ne contenait pas — sa remarque le prouve — les mots en question.
[5] « Secula traduit le terme du texte grec : Aiônas. Il ne s’agit pas ici du temps terrestre, mais des siècles dans le sens d’éons, sphères spirituelles des hiérarchies célestes : anges, archanges, principes… comme pour les gnostiques et les manichéens » (D. Roche, op. cit., p. 189).
[6] Amen : ainsi soit-il. Notre auteur interprète ce mot comme signifiant : sans défaillance, sans changement ni diminution : il évoque pour lui la Plénitude de l’Éternité.
[7] Celui qui a reçu l’Ordination ou la Consécration.
[8] « Perdonum paraît bien être, comme venia, une demande de grâce et de pardon » (D. Roche). « Le perdonum est la confession générale des fautes unie au melioramentum » (A. Dondaine). Il semble que le Perdonum du rituel latin corresponde au melhorier du rituel occitan.
[9] Passage corrompu : A. Dondaine le rétablit ainsi : « Et perdonum dicite sicut dixerit ille. » Et dicat sicut dixerit ille (scilicet ancianus) qui est justa ordinatum. Rappelons que dans le rituel latin l’Ordonné remplit toujours la fonction de l’ancien du rituel occitan, et l’ancien celle du « bonhomme ».
[10] Ici, pénitence liturgique.
[11] Ire ad pacem : trad. de D. Roche : « et qu’il aille en paix ».

Rituel latin de Florence – Sainte Oraison 1

Ce texte, écrit en latin était inséré vers la fin du « Livre des deux principes », dans un manuscrit de la ville de Florence[1]. Il semble postérieur au rituel occitan de Lyon qu’il semble amplifier. À ce titre, peut-être a-t-il été écrit directement par les Cathares réfugiés en Italie.
Le présent document est une traduction de René Nelli publié dans le recueil « Écritures cathares » publié par les éditions du Rocher dans une édition actualisée et augmentée par Anne Brenon en 1995. Pour respecter le droit des auteurs je ne vous livrerai ni la préface, ni les notices que vous trouverez dans le livre. J’espère qu’en ne publiant que la traduction je ne causerai aucun tort à personne et je permettrai à tous d’accéder à cet ouvrage essentiel à la compréhension de la doctrine cathare.
Je me suis également appuyé sur le travail de Déodat Roché, publié dans l’Église romaine et les Cathares albigeois, aux éditions Cahiers d’études cathares – 1957 – Narbonne. Continuer la lecture

Rituel occitan de Lyon : La Consolation aux mourants

Ce texte est tiré du Nouveau Testament de Lyon publié chez Slatkine reprints à Genève à partir du document original de M. L. Clédat, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Le seul original connu est actuellement la propriété de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon qui l’a indexé dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Palais Saint-Pierre sous la côte n°36.
D’après les travaux de Anne Brenon, David Sbiral et leur équipe, cet ouvrage pourrait être daté de la fin du XIIIe siècle et aurait été rédigé en Italie du nord. Ce faisant, il se pourrait qu’il ait été la propriété de Peire Autié ou d’un de ses prédicateurs.

Consolation aux mourants

Présentation

Un peu comme cela est le cas avec les derniers sacrements catholiques, la Consolation au mourant veut mettre ce dernier en état d’être accessible au salut. Cependant, c’est au malade de faire ce qu’il doit pour en être digne. Le sacrement n’est pas suffisant en lui-même.

Rituel

« Si les chrétiens auxquels le service de l’église est confié reçoivent un message d’un croyant malade, ils doivent y aller, et ils doivent lui demander en confidence comment il s’est conduit vis à vis de l’église depuis qu’il a reçu la foi, et s’il est en quoi que ce soit endetté vis à vis de l’église, ou s’il lui a causé du dommage. Et s’il doit quelque chose et qu’il puisse le payer, il doit le faire. Et s’il ne veut pas le faire, il ne doit pas être reçu. Car si l’on prie Dieu pour un homme coupable ou déloyal, cette prière ne peut profiter. Mais s’il ne peut payer, il ne doit pas être repoussé. »

Mon analyse :
Encore une fois, on le voit, l’engagement des Bons-Chrétiens envers l’Église et l’engagement de l’Église envers les croyants n’est pas une façade. Il est profond et ne souffre pas de dérogation. Les Bons-Chrétiens prenaient tous les risques pour se rapprocher des croyants demandant leur aide. Les Cathares insistaient sur la nécessaire validité de l’officiant et la pureté du récipiendaire pour que le sacrement soit valide. Si l’Église est stricte dans l’exigence du règlement des dettes ou des offenses, elle demeure bienveillante vis-à-vis des faibles.

« Et les chrétiens doivent lui montrer l’abstinence et les coutumes de l’église. Et puis ils doivent lui demander, pour le cas où il serait reçu, s’il a l’intention de les observer. Et il ne doit pas le promettre s’il n’en a pas bien fermement l’intention. Car Saint Jean dit que la part des menteurs sera dans un étang de feu et de soufre[1] (Apoc. XXI, 8). Et s’il dit qu’il ne se sent pas assez ferme pour souffrir toute cette abstinence, et si les chrétiens sont d’accord pour le recevoir, ils doivent lui imposer l’abstinence de telle façon qu’ils lui demandent s’il se propose de se garder de mentir et de jurer et d’enfreindre les autres défenses de Dieu, et [s’il se propose] d’observer les coutumes de l’église et les commandements de Dieu, et de tenir son cœur et ses biens, tels qu’il les a ou qu’il les aura dans l’avenir, au gré de Dieu et de l’église et au service des chrétiens et des chrétiennes, toujours dorénavant tant qu’il pourra. Et s’il dit que oui, ils doivent répondre : « Nous vous imposons cette abstinence pour que vous la receviez de Dieu et de nous et de l’église, et que vous l’observiez tant que vous vivrez ; car si vous l’observez bien, avec les autres que vous avez à faire, nous avons l’espérance que votre âme aura la vie. » Et il doit dire : « Je la reçois de Dieu et de vous et de l’église. »

Mon analyse :
Faute de pouvoir assurer un vrai noviciat, les Bons-Chrétiens essaient d’amener le croyant mourant à atteindre l’état de renoncement au monde nécessaire à la transmission de l’Oraison dominicale et au sacrement de la Consolation.

« Et puis ils lui demander s’il veut recevoir l’oraison. Et s’il dit que oui, qu’ils le revêtent de chemise et de braies, si faire se peut, et qu’ils le fassent tenir sur son séant, s’il peut lever les mains. Et qu’ils mettent une nappe ou un autre drap devant lui sur le lit. Et sur ce drap qu’ils mettent le livre, et qu’ils disent une fois Benedicite, et trois fois Adoremus patrem et filium et spiritum sanctum. Et il doit prendre le livre de la main de l’ancien. Et puis, s’il peut attendre, celui qui conduit le service doit l’admonester et le prêcher avec témoignages convenables. Et puis il doit lui demander, à propos de la promesse qu’il a faite, s’il a l’intention de l’observer et de la tenir comme il l’a faite. Et s’il dit que oui, qu’ils la lui fassent confirmer. »

Mon analyse :
Là encore, le manque de temps et des capacités du malade à respecter les règles précises autorise des adaptations mais cela n’empêche d’essayer de faire au mieux. Pour les Bons-Chrétiens et les croyants, même administré à un mourant le sacrement peut aider à son salut, c’est pourquoi il ne faut pas que de leur faute, il puise s’avérer invalide.

« Et puis ils doivent lui passer l’oraison, et il doit la suivre. Et puis que l’ancien lui dise : « C’est l’oraison que Jésus-Christ a apportée dans ce monde, et il l’a enseignée aux « bons hommes. Et que jamais vous ne mangiez ni ne buviez aucune chose, que vous ne disiez premièrement cette oraison. Et si vous y apportiez de la négligence, il faudrait que vous en portassiez pénitence. » Il doit dire : « Je la reçois de Dieu et de vous et de l’église. » Et puis qu’ils le saluent comme une femme. Et puis ils doivent prier Dieu avec « double » et avec veniæ, et puis ils doivent remettre le livre devant lui. Et puis il doit dire trois fois : Adoremus patrem et filium et spiritum sanctum. Et puis qu’il prenne le livre de la main de l’ancien, et l’ancien doit l’admonester avec témoignages et avec telles paroles qui conviennent au consolamentum. Et puis l’ancien doit lui demander s’il a l’intention de tenir et d’observer la promesse comme il l’a faite et qu’il la lui fasse confirmer. »

Mon analyse :
J’avoue qu’il y a là une phrase qui me pose problème. Que veut dire l’auteur en précisant que le mourant — donc a priori un homme — doit être salué comme une femme ? Est-ce à dire qu’il doit y avoir de la distance entre la main de l’officiant et la tête du récipiendaire, même couverte du Livre ? Je ne peux l’affirmer.

« Puis l’ancien doit prendre le livre, et le malade doit s’incliner et dire : « Parcite nobis. Pour tous les péchés que j’ai faits ou dits ou pensés, je demande pardon à Dieu et à l’église et à vous tous. » Et les chrétiens doivent dire : « Par Dieu et par nous et par l’église qu’ils vous soient pardonnés, et nous prions Dieu qu’il vous les pardonne. » Et puis ils doivent le consoler en lui posant les mains et le livre sur la tête, et dire : Benedicite parcite nobis, amen ; fiat nobis secundum verbum tuum. Pater et filius et spiritus sanctus parcat vobis omnia peccata vestra. Adoremus patrem et filium et spiritum sanctum trois fois, et puis : Pater sancte, suscipe servum tuum in tua justitia, et mitte gratiam tuam et spiritum sanctum tuum super eum. Et si c’est une femme, ils doivent dire : Pater sancte suscipe ancillam tuam in tua justitia, et mitte gratiam tuam et spiritum sanctum tuum super eam. Et puis qu’ils prient Dieu avec l’oraison, et ils doivent dire à voix basse la « sixaine ». Et quand la « sixaine » sera dite, ils doivent dire trois fois : Adoremus patrem et filium et spiritum sanctum, et l’oraison une fois à haute voix, et puis l’évangile. Et quand l’évangile est dit, ils doivent dire trois fois : Adoremus patrem et filium et spiritum sanctum, et l’oraison une fois à haute voix. Et puis qu’ils la saluent comme un homme. Et puis ils doivent faire la paix (s’embrasser) entre eux et avec le livre. Et s’il y a des croyants ou des croyantes, qu’ils fassent la paix. Et puis les chrétiens doivent demander le salut[2] et le rendre. »

Mon analyse :
La Consolation se déroule normalement avec une légère variante selon le sexe du récipiendaire. Ensuite, vient une nouvelle fois une phrase énigmatique : « Et puis qu’ils la saluent comme un homme ». S’agit-il d’une coquille typographie ? Cela serait logique car l’idée de saluer d’abord comme une femme, puis ensuite comme un homme montrerait une conception de progression pour l’époque. Mais saluer une femme comme un homme, est impossible dans le respect de la règle de non contact physique entre un Bon-Chrétien et une personne du sexe opposé. D’ailleurs, le Caretas qui suit rappelle bien cette règle puisqu’il se pratique soit en direct, soit avec le Livre.

« Et si le malade meurt et leur laisse ou leur donne quelque chose, ils ne doivent pas le garder pour eux ni s’en emparer, mais il doivent le mettre à la disposition de l’ordre. Si le malade survit, les chrétiens doivent le présenter à l’ordre, et prier qu’il se console de nouveau le plus tôt qu’il pourra ; et qu’il en fasse sa volonté. »

Mon analyse :
Là encore, la règle est claire. Pas d’appropriation personnelle et retour à une procédure classique si le patient guérit. Il devra faire son noviciat et être consolé de nouveau.

[1] Apocalyse de Jean (XXI, 8) : « Mais les craintifs, les mécréants, les horribles, les meurtriers, les prostitueurs, les drogueurs, les idolâtres et tous les menteurs, leur part est dans l’ardent étang de feu et de soufre qui est la seconde mort. »
[2] Le salut : l’Amélioration.

Rituel occitan de Lyon : La Règle des Bons-Chrétiens

Ce texte est tiré du Nouveau Testament de Lyon publié chez Slatkine reprints à Genève à partir du document original de M. L. Clédat, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Le seul original connu est actuellement la propriété de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon qui l’a indexé dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Palais Saint-Pierre sous la côte n°36.
D’après les travaux de Anne Brenon, David Sbiral et leur équipe, cet ouvrage pourrait être daté de la fin du XIIIe siècle et aurait été rédigé en Italie du nord. Ce faisant, il se pourrait qu’il ait été la propriété de Peire Autié ou d’un de ses prédicateurs. Continuer la lecture

Rituel occitan de Lyon : Sacrement de la Consolation

Ce texte est tiré du Nouveau Testament de Lyon publié chez Slatkine reprints à Genève à partir du document original de M. L. Clédat, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Le seul original connu est actuellement la propriété de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon qui l’a indexé dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Palais Saint-Pierre sous la côte n°36.
D’après les travaux de Anne Brenon, David Sbiral et leur équipe, cet ouvrage pourrait être daté de la fin du XIIIe siècle et aurait été rédigé en Italie du nord. Ce faisant, il se pourrait qu’il ait été la propriété de Peire Autié ou d’un de ses prédicateurs. Continuer la lecture

Rituel occitan de Lyon : la sainte Oraison dominicale

Ce texte est tiré du Nouveau Testament de Lyon publié chez Slatkine reprints à Genève à partir du document original de M. L. Clédat, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Le seul original connu est actuellement la propriété de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon qui l’a indexé dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Palais Saint-Pierre sous la côte n°36.
D’après les travaux de Anne Brenon, David Sbiral et leur équipe, cet ouvrage pourrait être daté de la fin du XIIIe siècle et aurait été rédigé en Italie du nord. Ce faisant, il se pourrait qu’il ait été la propriété de Peire Autié ou d’un de ses prédicateurs. Continuer la lecture

Rituel occitan de Lyon : Service ou Apparelhement

Ce texte est tiré du Nouveau Testament de Lyon publié chez Slatkine reprints à Genève à partir du document original de M. L. Clédat, Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon.
Le seul original connu est actuellement la propriété de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon qui l’a indexé dans le catalogue des manuscrits de la bibliothèque du Palais Saint-Pierre sous la côte n°36.
D’après les travaux de Anne Brenon, David Sbiral et leur équipe, cet ouvrage pourrait être daté de la fin du XIIIe siècle et aurait été rédigé en Italie du nord. Ce faisant, il se pourrait qu’il ait été la propriété de Peire Autié ou d’un de ses prédicateurs.

Service (Servici) ou Apparelhement

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Traité cathare anonyme – Partie 8

Retrouvé dans le Liber contra Manicheos de Durand de Huesca, vaudois converti au catholicisme, ce traité — dont il ne reste que des extraits — est d’autant plus intéressant que ce moine catholique déploie de grands efforts pour tenter de le réfuter. Entièrement construit à partir de références scripturaires, ce traité comporte très peu de commentaires de l’auteur, ce qui le rend d’autant plus utile pour valider sa démonstration. L’auteur de ce traité serait Barthélémy de Carcassonne qui aurait pu être un représentant en Languedoc d’un haut dignitaire cathare de Bosnie. Ce document semble être un outil préparé en vue de controverse ou d’enseignement et utilisant les sources scripturaires afin de conforter la doctrine cathare dyarchienne.

Le présent document est une traduction de René Nelli publié dans le recueil « Écritures cathares » publié par les éditions du Rocher dans une édition actualisée et augmentée par Anne Brenon en 1995. Pour respecter le droit des auteurs je ne vous livrerai ni la préface, ni les notices que vous trouverez dans le livre. J’espère qu’en ne publiant que la traduction je ne causerai aucun tort à personne et je permettrai à tous d’accéder à cet ouvrage essentiel à la compréhension de la doctrine cathare. Continuer la lecture

Traité cathare anonyme – Partie 7

Retrouvé dans le Liber contra Manicheos de Durand de Huesca, vaudois converti au catholicisme, ce traité — dont il ne reste que des extraits — est d’autant plus intéressant que ce moine catholique déploie de grands efforts pour tenter de le réfuter. Entièrement construit à partir de références scripturaires, ce traité comporte très peu de commentaires de l’auteur, ce qui le rend d’autant plus utile pour valider sa démonstration. L’auteur de ce traité serait Barthélémy de Carcassonne qui aurait pu être un représentant en Languedoc d’un haut dignitaire cathare de Bosnie. Ce document semble être un outil préparé en vue de controverse ou d’enseignement et utilisant les sources scripturaires afin de conforter la doctrine cathare dyarchienne.

Le présent document est une traduction de René Nelli publié dans le recueil « Écritures cathares » publié par les éditions du Rocher dans une édition actualisée et augmentée par Anne Brenon en 1995. Pour respecter le droit des auteurs je ne vous livrerai ni la préface, ni les notices que vous trouverez dans le livre. J’espère qu’en ne publiant que la traduction je ne causerai aucun tort à personne et je permettrai à tous d’accéder à cet ouvrage essentiel à la compréhension de la doctrine cathare. Continuer la lecture