Rituel occitan de Dublin – Église de Dieu – 1

Ce texte, traduit et annoté par Anne Brenon, fut mis en avant au début des années soixante par Théo Venckeleer, philologue belge, qui l’avait trouvé dans un manuscrit conservé à la bibliothèque du Trinity Collège de Dublin sous la cote A 6 10 et reclassé maintenant sous l’appellation « manuscrit 269 ».
Le présent document est donc un ajout à l’ouvrage de René Nelli, « Écritures cathares » publié par les éditions du Rocher dans une édition actualisée et augmentée par Anne Brenon en 1995. Pour respecter le droit des auteurs je ne vous livrerai ni la préface, ni les notices que vous trouverez dans le livre. J’espère qu’en ne publiant que la traduction je ne causerai aucun tort à personne et je permettrai à tous d’accéder à cet ouvrage essentiel à la compréhension de la doctrine cathare.
J’ai également utilisé la publication de Déodat Roché : Un Recueil cathare. Le manuscrit A. 6. 10. de la « collection vaudoise » de Dublin, publié dans le n°46 de la série II (XXIe année) de l’été 1970 des Cahiers d’études cathares.

L’Église de Dieu[1]

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Nous voulons rassembler quelques témoignages des Saintes Écritures, pour faire comprendre et connaître ce qu’est l’Église de Dieu.

Mon analyse :
Cette partie n’est pas un rituel mais plutôt un traité théologique. Sa volonté d’être fortement ancré dans les sources scripturaires donnera l’occasion d’un commentaire.

Chapitre I

Cette Église n’est pas de pierre, ni de bois, ni de rien qui soit fait de main d’homme. Car il est écrit dans les Actes des Apôtres (Act 7, 48)[2] que : « Le très haut ne demeure pas en chose faite de main d’homme ». Mais cette sainte Église est assemblée des fidèles et des saints, dans laquelle Jésus-Christ se tient et se tiendra jusqu’à la fin des siècles, ainsi que le dit Notre Seigneur dans l’évangile de saint Matthieu (Mt 28, 20) : « Voici : je suis avec vous pour toujours jusqu’à la consommation des siècles ». Et dans l’évangile de saint Jean, il dit (Jn 14, 23) : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui et nous demeurerons auprès de lui ». Et il dit encore (Jn 14, 15-18) : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements et je prierai le Père et il vous donnera un autre consolateur, qui sera avec vous pour l’éternité, Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit ni ne le connaît ; mais vous, vous le connaîtrez, car il se tiendra en vous et il sera en vous ; je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous. »

Et de cette sainte Église, saint Paul dit aux Corinthiens (I Cor 3, 16-17) : « Ainsi, vous ne savez pas que vous êtes temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Mais si quelqu’un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple de Dieu est saint et c’est vous qui êtes ce temple ». Et il dit encore (I Cor 6, 19) : « Ainsi, vous ne savez pas que vous-mêmes, avec vos membres, vous êtes temple du saint Esprit, qui est en vous, que vous tenez de Dieu ? » Et il dit encore (2 Cor 6, 16-18) : « Vous êtes temple du Dieu vivant, ainsi que Dieu l’a dit : je me tiendrai en eux et j’irai et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple ; pour cette raison, sortez du milieu d’eux et tenez-vous à l’écart et ne touchez à rien de souillé, et je vous recevrai et je serai pour vous un père et vous serez pour moi des fils et des filles, ainsi dit le Seigneur Dieu tout puissant ».

Et saint Paul dit encore à Timothée (I Tim 3, 14-15) : « Je t’écris ces choses en espérant aller bientôt vers toi ; mais si je tardais, il faut que tu saches de quelle manière il convient que tu te comportes dans la maison de Dieu, laquelle est l’Église du Dieu vivant, colonne et support de vérité ». Et il dit encore aux Hébreux (Héb 3, 6) : « Le Christ est comme un fils dans sa maison, et cette maison, c’est nous ».

Et de cette Église, le Christ dit à saint Pierre dans l’évangile de saint Matthieu (Mt 16, 18) : « Tu es Pierre et sur cette pierre j’édifierai mon Église et les portes de l’enfer ne pourront rien contre elle ». Et saint Luc dit dans les Actes des Apôtres (Act 9, 31) : « Assurément, l’Église avait la paix par toute la Judée, la Galilée et la Samarie, et elle s’était édifiée dans la crainte du Seigneur et elle était comblée de la consolation du saint Esprit ». Et Notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l’évangile de saint Matthieu (Mt 18, 15-17) : « Si ton frère vient à pécher contre toi, va le réprimander seul à seul et s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère ; mais s’il ne t’écoute pas, fais-toi accompagner d’un ou deux autres, si bien que de la bouche de deux ou trois témoins sorte toute parole ; mais s’il ne les écoute pas, dis-le à l’Église et s’il n’écoute pas l’Église, qu’il soit pour toi comme un païen et un publicain ». Tout cela, l’Église du Christ ne pourrait l’accomplir si elle était une de ces maisons que les gens appellent des églises, car de telles maisons ne peuvent marcher, écouter ni parler.

Mais de cette sainte Église du Dieu vivant, saint Paul dit aux Éphésiens (Éph 5, 25-27) : « Le Christ a aimé l’Église au point de se livrer pour elle, au point de la sanctifier en la purifiant par le bain de l’eau, par la parole de vie, pour qu’elle puisse lui apparaître comme une Église de gloire, sans tache ni ride ni rien de cette sorte, mais sainte et immaculée ». Une telle Église, sainte et immaculée, est demeure du saint Esprit, comme il sera montré plus loin. Le Christ en dit (Mt 10, 20) : « Ce n’est pas vous qui parlez, mais c’est l’Esprit de votre Père qui parle en vous ».

Mon analyse :
L’auteur définit clairement ce qu’est l’Église (ecclesia) qu’il ne faut pas confondre avec l’église (bâtiment). C’est pour cela que les Cathares ne voyaient aucun intérêt à consacrer un lieu à Dieu. Il use largement des citations pour montrer que nous sommes de Dieu et que Dieu nous habite plus sûrement que n’importe quelle bâtisse de pierre. La référence à la parole de Jésus à Pierre pourrait être sentie comme une moquerie envers les Catholiques qui auraient mal compris son sens et en seraient restés au sens littéral (Tu es Pierre et sur cette pierre).

Chapitre II

Cette Église de Dieu dont nous parlons a reçu tel pouvoir de Notre Seigneur Jésus-Christ que par sa prière sont pardonnés les péchés, comme le dit le Christ dans l’évangile de saint Jean (Jn 20, 22-23) : « Recevez le Saint Esprit et, ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés et, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus ». Et saint Matthieu dit (Mt 20, 1) : « Il leur donna le pouvoir de chasser les mauvais esprits ». Et saint Marc dit (Mc 3, 15) : « Il leur donna le pouvoir de guérir les langueurs et de chasser les démons ». Et saint Luc dit (Lc 9, 1) : « Il leur donna pouvoir sur tous les démons ».

Et le Christ, dans l’évangile de saint Matthieu (Mt 18, 17-20) : « Si ton frère n’écoute pas l’Église, qu’il soit pour toi comme païen et publicain ; car je vous le dis en vérité, toutes les choses que vous lierez sur la terre seront liées dans le ciel, et toutes les choses que vous délierez sur la terre seront déliées dans le ciel ; et derechef je vous le dis, si deux d’entre vous unissent leurs voix sur la terre, toute chose qu’ils demanderont sera accomplie pour eux par mon Père qui est au ciel ; car là où deux ou trois se trouvent assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux ».

Et saint Pierre dit en son épître (I Pe 3, 12) : « Car le Seigneur a les yeux sur les justes, et tend l’oreille à leur prière ». Et saint Jacques dit (Jac 5, 16) : « La prière fervente du juste a beaucoup de pouvoir ». Et le Christ dit dans l’évangile de saint Marc (Mc 11,24) : « C’est pourquoi je vous dis : tout ce que vous demanderez par la prière, croyez que vous le recevrez, et cela vous sera accordé ». Et il dit encore (Mc 16, 17-18) : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui seront les croyants : en mon nom, ils chasseront les démons et ils parleront en langues nouvelles et ils écarteront les serpents et ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci en seront mieux ». Mais à propos de ces infirmes, c’est-à-dire de la maladie du péché, saint Jacques montre de quelle manière doit être guérie l’infirmité de l’âme, quand il dit (Jac 5, 13-15) : « Si l’un de vous est malade, amenez les prêtres de l’Église et qu’ils prient sur lui, l’oignant d’huile au nom du Seigneur ; la prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le relèvera, et s’il est en état de péché, ses péchés lui seront pardonnés ».

Ainsi, pour toutes ces raisons et pour beaucoup d’autres, il est manifeste que ce n’est que par la prière de la sainte Église du Christ que sont pardonnés les péchés, comme le dit le Christ (Jn 17, 19-21) : « Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus ». Mais si quelqu’un était aveugle et mal enseigné au point de prétendre qu’un tel pouvoir n’avait été donné qu’aux Apôtres, et n’avait été reçu que par eux, qu’il regarde dans l’évangile de saint Jean, ce que dit le Christ (Jn 17, 20-21) : « Ô Père, je ne te prie pas seulement pour ceux-là, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi, afin que tous soient un ». Et le Christ dit encore dans l’évangile de saint Matthieu (Mt 18, 20) : « Voici, je suis avec vous pour toujours jusqu’à la consommation des siècles ». Et il dit encore (Mt 24, 34) : « Cette génération ne passera pas, que toutes choses ne soient accomplies ». Pour de telles raisons, il est certain que, ce pouvoir que l’Église du Christ possédait, de la même manière elle le tient et le tiendra jusqu’à la fin.

Mon analyse :
Clairement l’objectif de l’auteur est de montrer que ceux qui suivent Christ sont soutenus par Dieu puisqu’ils ont des pouvoirs merveilleux, et non seulement ceux qui l’ont connus mais tous ceux qui suivent ses préceptes et jusqu’à la fin des temps.

[1] Dublin, Biblioth. de Trinity Collège, Ms. 269. F° 1a-23a.
[2] Le système des références scripturaires utilisé dans les pages qui suivent correspond aux normes actuelles. Il est plus récent que celui de René Nelli duquel il diffère donc.