Évangile des Nazaréens – 2

Évangile des Nazaréens – 2

Parmi les nombreux textes non reconnus dans le canon catholique figurent des évangiles. Certains furent un temps adoptés (canonisés) par certaines communautés chrétiennes avant d’être rejeté lors de l’établissement du canon définitif à la fin du 4e siècle de notre ère.
Les trois textes que nous allons étudier auraient été utilisés par les Cathares, notamment selon Jean Duvernoy, et les confusions dans les noms employés m’amènent à vous présenter les trois textes.
Je m’appuie pour les textes originaux sur l’édition de la Bibliothèque de la Pléiade aux éditions Gallimard : Écrits apocryphes chrétiens. Cet ouvrage publié en 1997, était sous la responsabilité de François Bovon et Pierre Géoltrain. Comme d’habitude les introductions, notices et notes ne sont pas reproduites afin de vous inciter à acquérir cet ouvrage et de ne pas nuire aux droits d’auteurs.

Étude des fragments

Le problème est que nous n’avons que quelques fragments qui ont été cité par certains auteurs, comme Eusèbe de Césarée et Jérôme et que l’on retrouve dans des codex.
Concernant l’évangile des Nazaréens, certains ont cru y voir une forme antique ayant pu servir de source à l’écriture d’évangiles plus récents comme notamment celui de Matthieu. Cette hypothèse eut son heure de gloire à l’époque de la recherche de la source Q, mais aujourd’hui cette source reste tout à fait hypothétique.

XII. Codex 1424

L’Évangile judaïque : Corban, le secours que vous recevrez de nous !

Mon analyse :
Ce terme désigne l’offrande faite au temple qui justifiait pour certains de s’abstenir de l’assistance due aux parents.

XIII. Codex 1424

Ce qui est signalé par l’astérisque manque dans d’autres manuscrits, ainsi que dans l’Évangile judaïque.

Mon analyse :
Cela se rapporte à l’absence de signes météorologiques.

XIV. Codex 566 et 1424

L’Évangile judaïque : fils de Jean.

Mon analyse :
Variante pour fils de Jonas.

XV. Jérôme : Contre les Pélagiens, III, 2

Il est encore dit dans ce même ouvrage : « Si ton frère a péché en parole et t’en a offert réparation, pardonne-lui sept fois en un jour. » Son disciple Simon lui dit : « Sept fois en un jour ? » Le Seigneur lui répondit ainsi : « Et bien plus, je te le dis : jusqu’à soixante-dix fois sept fois ; car même chez les prophètes, après leur onction d’Esprit saint, il s’st trouvé des paroles de péché. »

Mon analyse :
La référence au chiffre sept est liée au fait qu’il est considéré comme celui de l’accomplissement.

XVI. Pseudo-Origène : (interpolation de la version latine du Commentaire sur Matthieu, XV, 14)

Voici ce qui est écrit dans un certain Évangile, dit selon les hébreux — à supposer qu’on souhaite le prendre en considération, non comme norme, mais comme éclaircissement pour la question posée : Le second des deux riches lui dit : « Maître, que dois-je faire de bien pour vivre ? » Jésus lui dit : « Homme, pratique la Loi et les Prophètes. » L’autre lui répondit : « Je l’ai fait. » Jésus lui dit : « Va, vends tout ce que tu possèdes et distribue-le aux pauvres, puis viens et suis-moi. » Le riche se mit alors à se gratter la tête ; cela ne lui plaisait pas. Et le Seigneur lui dit : « Comment peux-tu dire : “ J’ai pratiqué la Loi et les Prophètes ” ? alors qu’il est écrit dans la Loi : “ Tu aimeras ton prochain comme toi-même ”, voici qu’un grand nombre de tes frères, fils d’Abraham sont couverts d’ordures, mourant de faim, tandis que ta demeure regorge de biens et qu’ils n’en sort absolument rien pour eux ! » et il ajouta, en se tournant vers son disciple Simon qui était assis à côté de lui : « Simon, fils de Jonas, il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. »

Mon analyse :
Ce texte fait des références qui n’apparaissent pas dans les Évangiles, comme celle à l’observance de la Loi et celle des deux riches. Cela vient à l’appui de l’idée que cet Évangile est antérieur à ceux des canoniques.

XVII. Jérôme : Commentaire sur Matthieu, IV

Dans l’Évangile dont se servent les nazaréens, au lieu de « fils de Barachie », nous avons découvert qu’il est écrit fils de Joïada.

Mon analyse :
Cette variante montre une référence à un texte hébraïque qui signe l’indépendance de la traduction grecque.

XVIII. Eusèbe (Fragment grec d’origine indéterminée, transmis comme Sur la théophanie, fragment 22 dans l’édition de Migne)

L’Évangile qui nous est parvenu en caractères hébraïques ne faisait pas porter la réprobation sur celui qui a caché le talent, mais sur celui qui avait vécu de manière dissolue. Car on y trouvait trois serviteurs, celui qui a mangé le bien de son maître avec des courtisanes et des joueuses de flûte, celui qui a multiplié son revenu et celui qui a caché son talent ; à la fin l’un était approuvé, l’autre seulement réprimandé, et le premier jeté en prison. Par conséquent, je me demande si, dans Matthieu, après l’énoncé de la sentence contre celui qui n’a tiré aucun revenu, la réprobation qui est ajoutée à la suite ne concerne pas, non ce même serviteur, mais, par récapitulation, le précédent qui a mangé et bu avec les ivrognes.

Mon analyse :
Nous avons là un élément essentiel. En effet, non seulement cela nous montre l’antériorité de ce texte sur celui de Matthieu — et nous prouve les manipulations effectuées sur les textes canoniques —, mais cela donne plus de cohérence et remet en parallèle cette parabole et celle du fils prodigue. Pour autant cela ne change rien à la mauvaise compréhension générale que les Cathares relevait entre les serviteurs et la réelle nature du mauvais maître.

XIX. Codex 4, 273, 566, 899 et 1424

L’Évangile hébraïque : Et il nia, jura et maudit.

Mon analyse :
Le codex 4 contient les évangiles avec des lacunes (XIIIe siècle). Le codex 273 est de la même époque et contient en outre une lettre d’Eusèbe de Césarée à un Carpien. Contrairement à ce que nous trouvons dans Matthieu 26, 74, Pierre semble ici présenté comme très inquiet et perturbé d’être mis en accusation.

XX. Jérôme : Commentaire sur Matthieu, IV

Dans l’Évangile intitulé selon les hébreux, ce nom de Barrabas est compris comme « fils de leur maître ».

Mon analyse :
Ici l’attaque contre les Juifs est maximale. Il est sous entendu que si les Juifs font libérer Barrabas, bandit de grands chemins, c’est qu’ils le considèrent comme un coreligionnaire — littéralement fils du même maître (Iahvé) —, alors que Jésus est le fils d’un autre maître.

XXI. Jérôme : Commentaire sur Matthieu, IV

Dans l’Évangile dont nous faisons souvent mention, nous lisons que le linteau du Temple, d’une grandeur immense, se fendit et se cassa.

Mon analyse :
Là encore la volonté est de marquer que les Juifs sont exclus de la providence divine. Plus fort que le rideau qui se déchire (Matth. 27, 51), là c’est le linteau, c’est-à-dire la poutre qui soutient le mur à l’entrée du Temple, qui se fend et se casse. Le dieu des Juifs est symboliquement détruit par la mort de Jésus, c’est-à-dire que tout ce que représente ce sanctuaire est mis à bas. La lecture n’est plus sacrificielle mais bien démonstrative de l’erreur de la Loi juive.

XXII. Codex 1424

L’Évangile judaïque : Et Pilate leur donna des hommes d’armes, pour qu’ils demeurent en faction devant la caverne et la surveillent jour et nuit.

Mon analyse :
En désaccord avec Matthieu, il ne s’agit plus d’un sépulcre creusé dans la roche mais d’une cavité naturelle. Cela est plus en accord avec l’idée d’une sépulture organisée à la hâte.

XXIII. Eusèbe (Version syriaque du Sur la théophanie, IV, 12)

Pour ce qui est de la cause des dissensions entre les personnes dans les familles, le Christ l’a enseignée, comme nous l’avons trouvée quelque part dans l’Évangile en langue hébraïque qui est répandu chez les juifs, où il est dit : Je choisis pour moi les bons, ces bons que m’a donnés mon Père qui est au ciel.

Mon analyse :
Comme dans Matthieu (10, 34-36) les disciples de Jésus sont obligatoirement en opposition avec leurs proches, ce qui n’est pas étonnant vu qu’il renie Iahvé et en fait un diable.