Le carême de la régénération

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Des trois carêmes cathares, celui de la régénération est le seul qui ne dispose pas d’un jour de début ou de fin fixe. En fait il se termine le dernier vendredi précédant le solstice d’hiver qui se situe habituellement au 21 ou 22 décembre. Ce dernier carême de l’année calendaire représente la dernière étape de l’emprisonnement des esprits saints prisonniers en ce monde, avant qu’ils n’entament le cheminement qui les mènera vers leur salut.

Le sens de ce carême

Les trois carêmes sont des manifestations symboliques de notre situation et de notre cheminement. Le carême de la régénération nous invite à réfléchir sur notre situation mondaine et sur son apparente absurdité. Les païens y voyaient la fin d’un cycle et le début d’un nouveau. Une sorte d’éternel recommencement dont l’issue est déjà connue et dont le message est brouillé. Les judéo-chrétiens, uniquement déterminés à affirmer leur toute puissance, depuis que l’Empire romain en avait fait la seule religion autorisée, cherchèrent à masquer l’attachement populaire à certains rites païens et ils profitèrent de cette date pour inventer l’histoire de l’apparition de leur Dieu en ce monde, histoire qu’ils adaptèrent afin d’en faire la suite et l’accomplissement du message juif. Ainsi dotée de la puissance mondaine par l’empereur et de la puissance divine par son rattachement à la plus ancienne religion de l’époque, la religion judéo-chrétienne pensait se mettre en situation d’invulnérabilité. Un changement de date lié à la réforme du calendrier liturgique et calendaire dissocia cette date de la précédente, ce qui fait qu’aujourd’hui l’idée initiale a disparu.

Les Bons-Chrétiens cathares, qui savaient que Christ n’avait pas pris chair en ce monde, conservèrent la date initiale et en firent un événement positif. Au lieu, d’être le révélateur d’un cycle déprimant, ils en firent l’instant d’une révélation. Cette révélation est celle de la connaissance. Le catharisme nous révèle que nous sommes en fait étrangers à ce monde qui nous retient prisonnier dans notre tunique d’oubli, ce corps de boue, et que nous appartenons à un autre monde qui nous sera accessible quand nous aurons fait le deuil de celui-ci. Et alors, la mort de la lumière en ce monde est symbolique de l’évasion du dernier esprit saint prisonnier et la reprise du cycle lumineux qui suit symbolise notre éveil à la connaissance et notre éveil à la foi.

Un moment privilégié pour les croyants et les sympathisants

Les carêmes ont pour objectif de permettre aux hommes de libérer leur esprit prisonnier en affaiblissant légèrement la part mondaine qui les contraint. Celui de la régénération, comme celui de la désolation, précède l’événement mis en avant. En fait, ils veulent préparer les esprits afin qu’ils soient en état de pureté face à un événement qui demande une grande clairvoyance afin d’éviter les dérives. Bien entendu, ils étaient strictement suivis et respectés par les novices et les Bons-Chrétiens, les croyants étant laissés libres de leurs choix en cette période.

Le carême de la régénération étant celui qui nous apprend que les ténèbres où nous évoluons, entièrement vouées à la mondanité, peuvent déboucher sur l’illumination de l’éveil et le début d’un cheminement chrétien qui nous mènera un jour à la Consolation, il est important que les prédicateurs se mettent dans les meilleures conditions spirituelles pour apporter leur connaissances aux sympathisants et pour aider les croyants dans leur rôle. En effet, le solstice étant pour les païens un moment neutre entre la victoire des ténèbres et la croissance de la lumière, il est idéal pour les croyants et les Bons-Chrétiens qui veulent proposer une autre compréhension à ces païens, et plus largement aujourd’hui, pour symboliser l’importance de la connaissance dans la compréhension de la foi. Notre monde comportant plus de sceptiques que de vrais athées, plus d’agnostiques à la recherche d’un point d’accroche de leur foi errante que de mécréants, il y a de nombreuses personnes à qui l’on peut proposer une compréhension de ce monde qui ne soit pas forcément incohérente avec la foi. Ainsi, on peut les aider à conforter leur foi et leur lecture de leur quotidien. Libres à eux ensuite de choisir leur voie.

Ce carême nous révèle donc l’importance capitale des croyants dans la religion chrétienne cathare. Ce sont eux, qui par leurs choix de vie et donc leur exemplarité, vont provoquer l’interrogation de leur entourage, social et familial. Il leur reviendra donc d’être les premiers à parler du catharisme à des gens qui, soit ne le connaissent pas du tout, soit en ont une notion erronée. Ensuite, ces curieux seront accompagnés des croyants, s’ils le souhaitent, afin de rencontrer des prédicateurs cathares qui leur donneront une compréhension plus profonde de cette religion et du monde dans lequel elle se développe.
De même, les croyants les plus récents pourront profiter eux aussi de ces prêches pour améliorer leur propre connaissance et ce carême peut les aider dans ce travail.

Bien entendu, il n’est pas question de demander aux croyants de suivre strictement ce carême, notamment dans son ascèse. Ce qui ne veut pas dire que les croyants qui le souhaitent ne peuvent pas en profiter pour réguler leur alimentation par exemple, soit en faisant des jeûnes ponctuels, soit en réduisant certains aliments comme la viande ou les graisses animales. Un jour de jeûne hebdomadaire, surtout s’il n’est pas strict et autorise les boissons, un potage, voire un peu de pain, peut s’avérer très profitable en ce début d’hiver par le « décrassage » qu’il provoque sur nos organismes suralimentés. De même, une alimentation moins carnivore agira de même. La chair rend la chair orgueilleuse disaient les Bons-Chrétiens. La recherche de l’humilité est notre première action dans le cheminement croyant. Ainsi, chacun fera ses propres choix afin de se mettre en situation d’amélioration pendant ce carême. Ce peut être aussi l’occasion de relire des ouvrages qui aideront dans le cheminement.

Conclusion

Comme je viens de tenter de l’expliquer, ce carême est plein de sens, comme le sont les deux autres. Si les judéo-chrétiens l’ont supprimé comme celui de la Consolation c’est simplement qu’ils ont perdus le sens et la signification de ces périodes au profit de l’illusion sacrificielle de la Passion.

Pour nous croyants et sympathisants cathares, ce carême est une étape essentielle de notre cycle mondain, et le solstice d’hiver, loin de symboliser la naissance d’un messie, symbolise l’entrée en vie cathare pour les esprits-saints tombés en cet enfer mondain.
Je vous propose donc de faire de cette date le moment d’un engagement personnel dans l’étude et la recherche centrées sur le message chrétien cathare. Profitons-en pour nous ouvrir aux autres et pour les aider à mieux comprendre les apparentes incohérences de notre monde. Que ce solstice soit celui de votre éveil ou qu’il jalonne efficacement votre cheminement si l’éveil vous a déjà touché.